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Léopold Carteret (1873-1948), dit « Papa Poum », libraire et éditeur d’art

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Suaucourt. Vue générale

Léopold-Henri-Jean Carteret est né à Paris [IIe], 55 rue Réaumur, le 12 janvier 1873. Il descendait d’une famille originaire de Suaucourt [Haute-Saône, village fusionné en 1810 avec Pisseloup, puis rattaché en 1972 à La Roche-Morey], où elle était installée depuis le XVIesiècle : un Nicolas Carteret était curé en 1560, un Claude Carteret était échevin en 1657.

Germain-Ferdinand Carteret

Son père, Germain-Ferdinand Carteret, né le 31 juillet 1835 à Charmes-la-Grande [Haute-Marne], rue du Moulin, et décédé le 26 février 1921 au 11 rue du Cap, à Créteil [Val-de-Marne], était valet de chambre et demeurait 18 rue Matignon [avenue depuis 1926, Paris VIIIe], quand il épousa, le 20 avril 1865, à Paris [IIe], Catherine Coillot, cuisinière, née le 8 février 1838 à Trouhans [Côte-d’Or].


Son grand-père, Nicolas Carteret, signait « Cartré ». Il était né le 26 septembre 1808 à Charmes-en-l’Angle [Haute-Marne]. Plafonneur, il avait épousé, le 24 novembre 1828, à Saint-Urbain-sur-Marne [Haute-Marne, village fusionné en 1972 avec Maconcourt], Anne Charles, vigneronne, née le 23 ventôse An XIII [25 mai 1805] à Saint-Urbain-sur-Marne.

Son arrière-grand-père, Antoine Carteret, était charpentier à Joinville [Haute-Marne]. Né à Suaucourt le 18 mars 1768, il épousa, le 25 juin 1805, Anne-Louise Mouginot, à Charmes-en-l’Angle, où elle est née le 12 décembre 1784.

Son trisaïeul, Georges Carteret, né le 19 juin 1735 à Suaucourt et décédé le 10 brumaire An III [31 octobre 1794] à Joinville, fut maître cordier à Ranzières [Meuse], où il épousa, le 11 mai 1762, une jeune veuve, Marie-Florence-Apolline Morizot.

Son quadrisaïeul, Jean Carteret, laboureur, baptisé en l’église Saint-Didier de Suaucourt le 18 octobre 1700, y a épousé, le 22 janvier 1729, Marguerite Bonnaventure.

Son quinquisaïeul, Jean Carteret, dit « l’Aîne », a épousé à Suaucourt, le 29 novembre 1684, Anne-Antoine Morel, et y est décédé le 9 mai 1710.

5 rue Drouot, Paris IX

En 1887, alors âgé de 14 ans, Léopold Carteret entra comme commis à la librairie de Léon Conquet (1848-1897), 5 rue Drouot [IXe]. Il aimait fréquenter le musée du Louvre, et, plus tard, il visita tous les grands musées d’Europe : cette formation lui fut utile lorsqu’il eut à présider les sections françaises aux expositions du livre à l’étranger.

Le 17 décembre 1897, à 14 heures, Léopold Carteret déclara, à la mairie voisine du IXarrondissement de Paris, le décès de son ami Conquet, arrivé en son domicile, 4 rue Drouot, en face de sa librairie. Malade depuis deux ans, paralysé et ne s’exprimant plus qu’avec une difficulté extrême, il avait succombé à une hémorragie cérébrale, âgé seulement de 49 ans. Le 20 décembre suivant, malgré la coïncidence de ses obsèques avec celles d’Alphonse Daudet, une foule considérable envahit l’église Notre-Dame-de-Lorette, avant de se retrouver à Versailles [Yvelines], où il fut inhumé.

Léopold Carteret dans sa librairie, par Edmond Rudaux
Dans Paul Lacroix. Ma république (1902)

Carteret succéda à Conquet, bien décidé à continuer ses traditions glorieusement bibliophiliques.

« Par ce Catalogue illustré nous rappelons et nous offrons nos dernières publications. En outre, pour permettre à MM. les Bibliophiles et à MM. les Libraires de se faire une idée approximative du genre de nos publications illustrées par les artistes les plus réputés de notre temps, nous donnons, dans ce présent Catalogue, sous forme de Reproductions en Simili gravure, pour les principaux ouvrages, des spécimens des illustrations artistiques (gravures au burin, à l'eau-forte ou en couleurs) qu’ils renferment. Par contre, pour les livres à gravures sur bois, nous donnons un spécimen sur les bois mêmes.

De toutes nos publications il est tiré des exemplaires en grand et petit papier, avec plusieurs états des planches selon le genre de l’illustration. Le papier employé est généralement, pour le vélin, celui des Papeteries du Marais et de Sainte-Marie qui le fabriquent spécialement, fîligrané et à la cuve ; les autres papiers, japon, chine, whatman ou hollande, sont toujours d’origine et de première marque ; nos imprimeurs sont choisis parmi les premiers : c’est actuellement, pour la typographie, la maison Lahure et pour la taille-douce la maison Ch. Wittmann.

Nous disposons également d’exemplaires reliés de nos publications non épuisées. – Ces reliures, très soignées, sont de CanapeCarayonChambolle-Duru, de Marius-Michel ou de Mercier (successeur de Cuzin) pour les grands papiers en maroquin plein ; de Stroobants, successeur de Champs, et de Carayon pour les petits papiers en demi-maroquin à coins ou pour les cartonnages artistiques. »

(« Avis de l’éditeur ». Dans Catalogue illustré de la Librairie L. Carteret, ancienne Librairie L. Conquet. Éditions de Luxe. Paris, L. Carteret, s. d. [1909], in-8, 77-[1 bl.] p., ill.)

Le 12 mai 1898, à Paris [VIIe], Carteret épousa Marie-Thérèse-Christine Chapperon, née le 7 décembre 1879 à Paris [XXe], d’une famille originaire de La Ravoire [Savoie].

Louise Debaets

Divorcé le 18 mars 1911, Carteret épousa en secondes noces, le 19 octobre 1912, à Paris [VIIIe], Louise-Félicité Debaets, dite « Minnée », premier prix de violon du Conservatoire de Paris, élève de Georges Enesco (1881-1955), née le 29 juillet 1884 à Puteaux [Hauts-de-Seine] : sa mère, Thérèse-Marie-Eulalie Iwanoffska (1861-1955), repasseuse, dite « Miémiée » chez les Carteret, était la fille naturelle de Napoléon III et de la comtesse Nathalie-Marie-Thérèse Iwanoffska (° 1834), suivante de l’impératrice ; elle avait épousé, le 19 avril 1884, à Puteaux, Charles Debaets (1861-1905), employé.

Louise Debaets donna naissance à six enfants :


Catherine-Suzanne-Renée, née le 3 août 1913 au 21 rue d’Aumale [IXe] ; dite « Le Sphinx », elle épousa, le 10 septembre 1937, à Cuzion [Indre], Maurice Sérullaz (1914-1997), conservateur au musée du Louvre, spécialiste de Delacroix ; divorcée, elle mourut le 12 février 2011 à Azérables [Creuse].

Geneviève-Marie-Victoire, née le 18 octobre 1916 au 21 rue d’Aumale ; dite « Yoyo », elle épousa, le 15 novembre 1939, à Saint-Bris-des-Bois [Carteret possédait une résidence d’été à Roumette, hameau de la commune de Saint-Bris-des-Bois, Charente-Maritime], Raymond Sainflon (1918-1940), puis, à Paris [VIIe], le 9 mars 1950, Jean-Henri Sauvanet ; elle décéda à Olivet [Loiret] le 14 février 2000.

Hélène-Renée, née le 20 mars 1919 au 21 rue d’Aumale ; dite « Loulou », elle épousa, le 8 avril 1938, à Paris [VIIe], Marcel Joly (° 1916), ingénieur.

Louise-Marie-Léopoldine, née le 20 novembre 1920 au 21 rue d’Aumale ; dite « Pépée », elle épousa, le 29 juillet 1939, à Saint-Laurent-sur-Mer [Calvados], Pierre Sainflon (1917-2006) ; elle mourut à Dreux [Eure-et-Loir] le 10 décembre 1988.

Laurent-Ferdinand-Charles, né le 12 novembre 1923 au 21 rue d’Aumale ; dit « Nono », il eut une fin tragique.

Jean-Marie-Marcel, né le 8 mai 1925 dans le VIIe arrondissement, eut également une fin tragique.

Léopold Carteret
Photographie Librairie Auguste Blaizot

Libraire de la Société des Amis des livres, Carteret fut l’éditeur de 175 ouvrages de luxe, illustrés par les meilleurs artistes de l’époque et à tirage limité :

Exemplaire de Carteret sur Japon, relié par A. Cuzin
Aquarelle originale avec envoi (Catalogue 1949, n° 12)

Théodore de Banville. Gringoire(1899, in-4, ill. par Jacques Wagrez, 250 ex.).

Photographie BnF

Anatole France. Balthasar et la reine Balkis (1900, in-8, ill. par Henri Caruchet, 350 ex.).


Ernest Renan. Le Broyeur de lin (1901, in-8, ill. par Edmond Rudaux, 300 ex.).

Photographie BnF

Théophile Gautier. Le Roman de la momie (1901, in-4, ill. par Alexandre Lunois, 250 ex.).


Honoré de Balzac. La Femme de trente ans (1902, in-8, ill. par Albert Robaudi, 300 ex.).

Photographie Bertrand Hugonnard-Roche

Prosper Mérimée. Colomba(1904, in-4, ill. par Daniel Vierge, 300 ex.).


Alfred de Musset. On ne badine pas avec l’amour (1904, in-4, ill. par Louis Morin, 200 ex.).


Prosper Mérimée. Mateo Falcone (1906, in-4, ill. par Alexandre Lunois, 250 ex.).


Guy de Maupassant. La Petite Roque (1907, in-4, ill. par Alexandre Lunois, 50 ex.).


Guy de Maupassant. L’Héritage (1907, in-4, ill. par Maurice Eliot, 300 ex.).

Photographie BnF

Honoré de Balzac. L’École des ménages (1907, in-4, portr. d’après Bertall, ill. par Albert Robaudi, 300 ex.).


Louis Schneider. Massenet (1908, in-4, ill. et documents inédits, 50 ex.).


Guy de Maupassant. Ce cochon de Morin (1909, in-8, ill. par Henriot, 325 ex.).


Honoré de Balzac. Une ténébreuse affaire (1909, in-4, ill. par François Schommer, 300 ex.).


Aristide Marie. Un imagier romantique. Célestin Nanteuil (1910, in-4, portr. et 80 reproductions, 300 ex.).

Photographie Pierre Brillard

Mémoires de Madame Campan (1910, 2 vol. in-8, ill. par Adolphe Lalauze, 300 ex.).


Henry Murger. Scènes de la vie de bohème (1913, in-4, ill. par Albert Robaudi, 100 ex.).

Photographie Librairie Auguste Blaizot

Edmond et Jules de Goncourt. À Venise…Rêve (1913, in-8, ill. par Louis Morin, 150 ex.).


Albert Sorel. Vieux habits, vieux galons (1913, in-4, ill. Maurice Leloir, 300 ex. dont 50 sur papier de Hollande à la forme pour la Société normande du Livre illustré).


Eugène Fromentin. Les Maîtres d’autrefois (1914, in-4, ill. par Henri Manesse, 200 ex.).

Photographie Librairie du Cardinal

Albert Samain. Xanthis ou La Vitrine sentimentale (1917, in-8, ill. par Boizot, 145 ex.).

Photographie Librairie Pages Volantes

Gabriel Faure. Chateaubriand et l’occitanienne (1920, in-12, 200 ex.).


Guy de Maupassant. Une vie(1920, in-4, ill. par Maurice Leloir, 300 ex.).


Anatole France. Le Crime de Sylvestre Bonnard (1921, in-8, ill. par Edmond Malassis, 400 ex.).


Voltaire. Candide (1922, in-4, ill. par Edmond Malassis, 175 ex.).


Pierre Loti. Ramuntcho(1922, in-4, ill. par Jacques Camoreyt, 200 ex.).


Brillat-Savarin. Physiologie du goût (1923, 2 vol. in-4, ill. par Louis Monzies, 375 ex.).


Anatole France. Les Dieux ont soif (1924, in-8, ill. par Jacques Camoreyt, 450 ex.).


Gustave Flaubert. Par les champs et par les grèves (1924, in-4, ill. par Henri Jourdain, 225 ex.).


Erckmann-Chatrian. Madame Thérèse (1925, in-8, ill. par William Julian-Damazy, 400 ex.).


Pierre Loti. Aziyadé (1925, in-4, ill. par William Fel, 250 ex.).

Photographie BnF

Georges Rodenbach. Le Carillonneur (1926, in-4, ill. par Louis Titz, 280 ex., dont 80 ex. sur papier de Hollande pour la Société royale des Bibliophiles et Iconophiles de Belgique).


Stéphane Mallarmé. Contes indiens (1927, in-4, ill. par Maurice Ray, 650 ex.).


Gustave Flaubert. Madame Bovary (1927, 2 vol. in-8, ill. par William Fel, 500 ex.).


Alexandre Dumas Fils. La Dame aux camélias (1929, in-4, ill. par Gavarni, 175 ex.).

Photographie Bertrand Hugonnard-Roche

Pierre Louÿs. Aphrodite(1931, in-8, ill. par Maurice Ray, 200 ex.).


Eugène Fromentin. Dominique(1931, in-4, ill. par Henri Jourdain, 200 ex.).


Henri de Régnier. La Double Maîtresse (1939, in-8, ill. par François de Marliave, 200 ex.).


Paul Arène. La Mort de Pan(1945, in-fol., ill. par Armand Coussens, 200 ex.).

Il publia aussi L’Enfer de la Bibliothèque nationale. Revendication, par M. Alfred Bégis, de livres saisis à son domicile et déposés à la Bibliothèque impériale en 1866. Débats judiciaires (Paris, Imprimé pour les Amis des Livres, Librairie L. Conquet, L. Carteret & Cie, Succr, 1899, in-8, portr.) et Paul Lacroix. Ma république (1902, in-8, ill. par Edmond Rudaux).

Il publia encore, comme auteur : Souvenirs du passé (Paris, L. Carteret, 1923), 


Le Trésor du bibliophile romantique et moderne 1801-1875 (Paris, L. Carteret, 1924-1928, 4 vol. in-8) 



et Le Trésor du bibliophile. Livres illustrés modernes 1875 à 1945 et Souvenirs d'un demi-siècle de bibliophilie de 1887 à 1945 (Paris, L. Carteret, 1946-1948, 5 vol. in-8).


 

Carteret fut l’un des 29 libraires membres fondateurs du Syndicat national de la Librairie Ancienne et Moderne [S. L. A. M.], le 23 juin 1914. Il devint président du Syndicat des Éditeurs de livres d’art et fut expert près la Cour d’appel de Paris. Il dirigea un grand nombre de ventes célèbres : 



Paul Gavault, auteur dramatique (1913) ; Raoul Pugno, pianiste (1917) ; Joseph Guillou (1917) ; Théodore Révillon, membre de la Société des Amis des Livres (1924) ; 



René Descamps-Scrive (1925) ; professeur Alfred Fournier et docteur Edmond Fournier (1926) ; Pierre Louÿs (1926) ; Léon Abrami, député du Pas-de-Calais (1926) ; 



Henri Lenseigne, président de la Société Les XX (1930) ; 



J. Le Roy (1931) ; 

Photographie Bertrand Hugonnard-Roche

Léon Schuck, membre des Sociétés Les Cent Bibliophiles, Les XX, Le Livre contemporain et Le Livre d’Art (1931) ; Jean Borderel, entrepreneur de travaux (1938) ; Valentin Paul Gros (1934) ; 

Collection Ader



Henri Beraldi (1934) ; 



Gabriel Thomas, créateur du musée Grévin et du théâtre des Champs-Elysées (1936) ; 


Victor Mercier, président honoraire à la Cour de cassation (1937) ; 



Aristide Marie, spécialiste de Gérard de Nerval (1938).

55 rue de Varenne (avril 2021)

Officier de la Légion d’honneur, Léopold Carteret mourut le 10 décembre 1948 à Paris [VIIe], en son domicile du 55 rue de Varenne ; ses obsèques eurent lieu le lundi 13 décembre en la basilique Sainte-Clotilde ; il fut inhumé au cimetière du Montparnasse. Louise Debaets lui survécut jusqu’au 4 février 1975, à Jouy-le-Potier [Loiret], et fut inhumée au cimetière d’Olivet.


La bibliothèque de Carteret, dont la plupart des livres étaient dans de riches reliures, fut vendue à l’hôtel Drouot, salle n° 10, les 26 et 27 avril 1949 : Bibliothèque Léopold Carteret. Livres illustrés modernes (Paris, L. Giraud-Badin et Marc Loliée, 1949, in-8, 52-[2] p., 8 pl., 219 lots). Son ex-libris, imité de celui d’un bibliophile anglais homonyme et tiré sur maroquin de diverses couleurs, montre un écureuil doré grignotant un blason traversé de raies et ayant dans un coin une carte à jouer [« carte-raies »], avec la devise « Admirer pour produire ».

Chiffre gravé en couleur du papier à lettre de Léopold Carteret

 

En 1952, Claude Coulet (1927-2016) et André Faure (1909-2003) reprirent la librairie Carteret. En 1987, François Chamonal (1932-1995) transféra la librairie de son père, située au 40 rue Le Peletier [IXe, ancienne librairie d’Albert Besombes (1871-1936)], au 5 rue Drouot, où son fils Rodolphe lui succéda.

 

 

 

 

 

  


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