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Channel: Histoire de la Bibliophilie
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Gabriel Martin, « faiseur de catalogues »

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La bibliophilie naquit un jour du développement progressif du goût pour la collection de l’objet livre, pour le plaisir, aux dépens de la collecte du livre utile, pour l’instruction.
Parallèlement se développèrent la librairie spécialisée dans le commerce du livre ancien et les ventes aux enchères de livres. Deux libraires parisiens, Prosper Marchand (1678-1756) et Gabriel Martin (1679-1761), travaillèrent ensemble au perfectionnement décisif des catalogues de vente.    
  
Prosper Marchand, fils d’un musicien du Roi, est né à Saint-Germain-en Laye (Yvelines) le 11 mars 1678. Ayant perdu sa mère alors qu’il avait 5 ans, il fut élevé chez son grand-père maternel, à Guise (Aisne), puis fit des études à Versailles. Mis en apprentissage en 1693 chez quatre libraires parisiens – successivement Robert Pépie, Jean Guignard, Edme Couterot et Nicolas Pépie –, il fut reçu libraire le 1er août 1698 et s’installa en 1701 rue Saint-Jacques, à l’enseigne du Phénix, vis-à-vis la fontaine Saint-Séverin. Il travailla en étroite collaboration avec Gabriel Martin, édita quelques ouvrages, conçut plusieurs catalogues de livres et rassembla une bibliothèque personnelle. Passé à la Réforme, il fut obligé, à la fin de l’année 1709, de s’exiler en Hollande : il vécut successivement à La Haye, Amsterdam et Rotterdam, tenta en vain de s’établir en Angleterre, et revint se fixer définitivement à La Haye en 1726. Il s’était retiré officiellement des affaires de librairie en 1713, mais il poursuivit des transactions sur les livres, devint correcteur, puis rédacteur dans des journaux littéraires. Il mourut dans la misère, le 14 juin 1756, après avoir légué sa bibliothèque d’environ 3.000 volumes à l’Université de Leyde. Il fut l’auteur d’une Histoire de l’origine et des premiers progrès de l’imprimerie (La Haye, Veuve Le Vier et Pierre Paupie, 1740) et d’un Dictionnaire historique, ou Mémoires critiques et littéraires, concernant la vie et les ouvrages de divers personnages distingués, particulièrement dans la République des lettres (La Haye, Pierre de Hondt, 1758-1759).
Les deux premiers catalogues de Prosper Marchand furent des catalogues de vente : Bibliotheca Bigotiana (1706) et la Bibliotheca D. Joannis Giraud (1707). Contrairement à ce qu’affirme Christiane Berkvens-Stevelinck (Prosper Marchand. La Vie et l’Œuvre. Leyde, Brill, 1987, p. 12), le troisième fut aussi un catalogue de vente : l’exemplaire d’Antoine Moriau du Catalogus librorum bibliothecae domini Joachimi Faultrier (1709) porte des mentions manuscrites de prix (Bibliothèque de l’Institut, cote 8° AA1871). Seul le troisième catalogue est nommément attribué à Marchand, qui y reconnaît lui-même la paternité des deux autres.


D’une famille de libraires et imprimeurs établis depuis le xvie siècle à Paris, rue Saint-Jacques, à l’enseigne du Soleil d’or,Gabriel Martin naquit à Paris le 2 août 1679. Il servit pendant près de quatre ans chez Jacques Villery, dont il épousa la fille, Louise-Geneviève. Reçu libraire le 17 mars 1700, imprimeur en 1701, il s’installa rue Saint-Jacques, sur la paroisse Saint-Séverin, sous  l’enseigne de l’Étoile d’or. Entre 1702 et 1709, il collabora étroitement avec Prosper Marchand, son meilleur ami depuis 1698, pour proposer des ouvrages à leurs clients, notamment dans un Catalogue des livres qui se vendent à Paris chez Prosper Marchand, et Gabriel Martin, Libraires,  rue S. Jacque [sic], vis-à-vis la Fontaine S. Severin, au Phenix en 1703, et perfectionner la technique du catalogue de vente. Il mourut le 2 février 1761, âgé de 83 ans.


Jusqu’au temps de Gabriel Martin, les catalogues de livres se faisaient par ordre de formats, ce qui obligeait de parcourir plusieurs fois la même classe pour trouver ce qu’on cherchait.
À partir de 1708, avec le catalogue Cloche, Martin adopta les 5 grandes classes (théologie, jurisprudence, sciences et arts, belles-lettres et histoire), que son ami Prosper Marchand (1678-1756) avait utilisées deux ans auparavant dans son catalogue Bigot. Mais il ne suivit cependant pas Marchand dans son revirement du catalogue Faultrier (1709) : les livres y sont décrits en une seule liste, quel que soit leur format, et se divisent en trois grandes classes – philosophie, théologie, histoire –, précédées d’une « Introductio ad rem librariam » pour la bibliographie et suivies d’un « Appendix » pour les polygraphes, mélanges et dictionnaires. Marchand explique son nouveau système bibliographique dans la « Praefatio, seu Epitome systematis bibliographici » qui est en tête du catalogue Faultrier. En reniant ses catalogues Bigot et Giraud, Marchand a perdu la paternité du système bibliographique dit « des libraires de Paris », auquel Martin demeurera toujours fidèle.

Martin ne se décida au mélange des formats et à la présence d’une table alphabétique des auteurs qu’en 1711 dans son catalogue Bulteau. Le catalogue Barré, « dressé du vivant de M. Barré par une personne intelligente qui y avait travaillé avec lui [Chapoteau], est un des plus parfaits de ceux que Gabriel Martin a publiés : le classement en est irréprochable et les anonymes y sont dévoilés avec beaucoup de curiosité. » (P.L. Jacob, bibliophile. In Bibliothèque dramatique de monsieur de Soleinne. Paris, Alliance des arts, 1844, p. 186, n° 810)
Le nombre de catalogues de ventes publiques ou à usage privé qui sont dus à ses soins, de 1705 à 1761, s’élève à 148, dont 22 avec tables. Les plus remarquables de ceux rédigés pour la vente sont les suivants :




. Bibliotheca Bultelliana : seu Catalogus librorum bibliothecæ v. cl. d. Caroli Bulteau, regi a consiliis & secratariorum regiorum decani. (Paris, Pierre Giffart et Gabriel Martin, 1711, 2 vol. in-12, [10]-xxxvj-499-[1 bl.] p., 4.768 lots ; [2]-535 p. chiffrées 501-1.035, 4.051 lots numérotés 4.769-8.819). L’ « Index authorum » du t. II renvoie aux pages des deux volumes.

D’une famille distinguée dans la magistrature, Charles Bulteau (Rouen, 1627 - Paris, 1710), Conseiller du Roi, doyen des Secrétaires du Roi, est le frère de l’historien bénédictin Louis Bulteau (1625-1693) et l’auteur de De la presseance des rois de France, sur les rois d’Espagne (Paris, Louis Billaine, 1674).




. Bibliotheca Baluziana : seu Catalogus librorum bibliothecæ v. cl. d. Steph. Baluzii Tutelensis. (Paris, Gabriel Martin et Jean Boudot, 1719, 3 parties en un in-12, [16]-XXXII-[2]-527-[1 bl.] p., 5.762 lots ; [2]-497, chiffrées 601-1.097-[1 bl.] p., 5.037 lots numérotés 5.763-10.799 ; [4]-136-116 p., 1.672 lots et 7 armoires). « Pars prima » pour les in-fol. et in-4 ; « Pars secunda » pour les in-8, in-12 et petits formats ; « Pars tertia » pour les manuscrits. Le feuillet 63-64 de la 3e partie est doublé.

Dans son testament, Étienne Baluze (Tulle, 1630 – Paris, 1718), bibliothécaire de Colbert et professeur de droit canonique au Collège royal, institua pour légataire universelle Geneviève-Magdeleine Muguet, veuve Le Maire, fille de son ami imprimeur François Muguet (1630-1702), précisant :

« Je deffends et prohibe expressément la vente de ma bibliothèque en gros, volant qu’elle soit vendue en détail au plus offrant et dernier enchérisseur, afin que les curieux puissent en avoir leur part, y ayant une très-grande quantité de livres rares, difficiles à trouver, que les gens de lettres seront bien aises d’avoir occasion d’acquérir. J’excepte néantmoins de cette prohibition ma bibliothèque de manuscrits, au cas qu’il se trouve quelqu’un qui les veuille acheter en gros et en donner un prix raisonnable, dont ma légatrice universelle puisse estre contente. » [sic]


. Bibliotheca Fayana, seu Catalogus librorum bibliothecæ ill. viri d. Car. Hieronymi de Cisternay du Fay, gallicanæ cohortis prætorianorum militum centurionis. (Paris, Gabriel Martin, 1725, in-8, [14]-xxij-450-107-[54] p., portrait frontispice, 4.414 lots). L’ « Index auctorum » renvoie aux pages.

Charles-Jérôme de Cisternay du Fay (Paris, 1662 - 1723), capitaine aux gardes françaises, avait eu une jambe emportée d’un coup de canon au bombardement de Bruxelles en 1695 ; il fut obligé de renoncer au service et se consola dans la bibliophilie. À propos du catalogue, l’avocat Mathieu Marais (1665-1737) écrivit : « ce n’est pas une bibliothèque, c’est une boutique de livres curieux faite pour vendre et non pour garder ».


. Musæum selectum, sive Catalogus librorum viri clariss. Michaelis Brochard. (Paris, Gabriel Martin, 1729, in-8, xvj-325-[1 bl.]-[42] p., 3.034 lots). L’ « Index auctorum » renvoie aux pages. Imprimé par Jacques Guérin.

L’abbé Michel Brochard, professeur au collège Duplessis, puis au collège Mazarin, passa la plus grande partie de sa vie à se former une collection de livres précieux, dont il exigeait une telle beauté, une telle conservation et une telle condition qu’l fit souvent le désespoir des libraires et des relieurs auxquels il s’adressait.

« Il les lui falloit en blanc & en grand papier, autant que la chose étoit possible ; […] Il choisissoit toûjours son exemplaire feuille à feuille sur quantité d’autres ; & la moindre tache, la moindre déchirure étoit un titre d’exclusion pour la feuille qui en étoit malheureusement atteinte : ce qui, sans jamais fatiguer sa patience, poussoit souvent à bout celle du Marchand. Sa délicatesse sur le fait des relieures ne donnoit pas moins d’exercice aux gens du métier. On ne pouvoit conserver assez à son gré les marges d’un Livre ; & il étoit des plus clairvoyans sur toutes les circonstances ou les minucies qui prouvent qu’un Livre sort des mains d’un Relieur habile & attentif. Aussi presque tous ses Livres sont-ils des mieux conditionnez & des mieux conservez ; c’est-à-dire, reliez en veau fauve ou en maroquin de toutes couleurs, & dorez sur tranche pour la plûpart ; bien margez & collationnez avec une exactitude, qui doit mettres en sureté contre les imperfections ou les défectuositez si frequentes dans les Livres ordinaires, quiconque voudra faire emplette de ceux de M. Brochard » [sic]   


. Catalogus librorum bibliothecæ illustrissimi viri Caroli Henrici comitis de Hoym, olim regis Poloniæ Augusti II. apud regem christianissimum legati extraordinarii. (Paris, Gabriel et Claude Martin, 1738, in-8, [6]-xx-528-[58] p., 4.785 lots). L’ « Index auctorum » renvoie aux pages.

L’un des plus célèbres bibliophiles de tous les temps, Charles-Henri comte de Hoym (Dresde, 1694 - Königstein, 1736), fut ministre plénipotentiaire en France de l’électeur de Saxe et roi de Pologne de 1720 à 1729. Il acheta en 1725 la « Fayana », et, trois ans plus tard, de nombreux ouvrages à la vente de la « Colbertine ». Sous la fausse accusation d’avoir livré à la manufacture de Sèvres les secrets de la fabrication de la porcelaine de Saxe, il fut arrêté comme intrigant et emprisonné à la forteresse de Königstein, où il se suicida par pendaison.


. Catalogue des livres de feu M. Bellanger, trésorier général du sceau de France. (Paris, Gabriel et Claude Martin, 1740, in-8, [4]-xxviij-[4]-638 p., 3.706 lots), suivi du Catalogue des estampes du cabinet de feu M. Bellanger, trésorier général du sceau (xij p., 62 lots), suivi d’une Table des auteurs (45-[3] p.). Ce catalogue ayant été imprimé dans plusieurs imprimeries en même temps, la numérotation des lots est désordonnée et la table des auteurs inutilisable.


Toussaint Bellanger, ancien notaire au Châtelet, trésorier général du sceau de France, mourut sans laisser d’enfants.
« On ne doit point s’attendre de trouver ici une Bibliotheque générale & suivie, mais un choix de Livres sur toutes les matieres, bons par eux-mêmes & par leurs Editions, suffisant pour former le Cabinet d’un Homme du Monde, qui ne donne point dans les Sciences, & qui ne veut des Livres que pour s’instruire & s’amuser. La condition en est très-belle, la plupart sont en maroquin ou en veau doré sur tranche, de la relieure du célébre Boyet Relieur du Roi. » [sic] 


. Catalogue des livres de feu M. Barré, auditeur des comptes (Paris, Gabriel Martin, 1743, 2 vol. in-8, [4]-xxxiv-409-[1 bl.] p., 3.338 lots ; [2]-472 p. chiffrées 411-882-[2]-69-[3] p., 4.262 lots numérotés 3.339-7.600). La « Table des auteurs » du tome II renvoie aux pages.


Jean-Louis Barré était Conseiller du Roi, auditeur ordinaire en sa Chambre des comptes.
« On sera peut-être surpris que dans un Cabinet de plus de dix mille volumes, il se trouve si peu de grands Livres, & de ces Collections qu’on regarde comme des objets capitaux & essentiels dans les Bibliotheques ; mais par une conséquence des ses principes M. Barré jugeoit que ces grands objets détournoient de la recherche des Singularités, qui s’échapent de jour en jour, & deviennent plus rares & plus difficiles à rencontrer, au lieu qu’on peut avoir les autres en tout temps. » [sic]


. Catalogue des livres de feu M. l’abbé d’Orléans de Rothelin (Paris, Gabriel Martin, 1746, in-8, [2]-xij-xxiv-618 p., portrait frontispice, 5.036 lots). La « Table des auteurs » renvoie aux pages.

Charles d’Orléans (Paris, 1691- 1744), abbé de Rothelin, prit le goût des médailles antiques et des livres à Rome. Reçu à l’Académie française en 1728 et à l’Académie des inscriptions en 1732, il était un des bibliophiles les plus savants de son temps.


. Catalogue de la bibliothèque de feu M. Burette, médecin de la faculté de Paris ; de l’Académie royale des belles-lettres ; & doyen des professeurs royaux. (Paris, G. Martin, 1748, 3 vol. in-12, xxxij-459-[1 bl.] p., 4.063 lots ; [2]-381 chiffrées 461-841-[1 bl.] p., 3.730 lots numérotés 4.064-7.793 ; [2]-363 chiffrées 843-1.205-[1 bl.]-[6] p., 2.398 lots numérotés 7.794-10.191). À la fin du t. III, un Index des « Variorum », des « Ad usum Ser. Delphini » et des « Elzevir » renvoie aux numéros des lots ; un « Index auctorum » renvoie aux pages.

Pierre-Jean Burette (Paris, 1665 – 1747) était docteur en médecine de la Faculté de Paris, pensionnaire de l’Académie des inscriptions et belles-lettres et professeur de médecine au Collège royal de France.



. Catalogue des livres du cabinet de M. de Boze. (Paris, G. Martin, H. L. Guérin et L. F. Delatour, 1753, in-8, [2]-x-552 p., 2.723 lots). La « Table des auteurs » renvoie aux pages. « Table des N°. des Elzevirs, des Dauphins, & des Variorum. »

Claude Gros (Lyon, 1680 – Paris, 1753) était l’un des plus grands collectionneurs français de la première moitié du xviiie siècle. Un oncle maternel, trésorier de France, nommé de Boze, lui laissa son nom en même temps que sa charge. Numismate, il fut secrétaire perpétuel de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, reçu à l’Académie française et devint garde du Cabinet des antiques et médailles de la Bibliothèque royale en 1719.



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