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Bibliotheca Lamoniana

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La Bibliothèque des Lamoignon, créée par Guillaume de Lamoignon (1617-1677) vers le milieu du xviie siècle, resta dans la même famille pendant près de cent-cinquante ans.



Traditionnellement, les Lamoignon tirèrent leur nom d’un fief situé près de Donzy [Nièvre], mais ce sont peut-être eux qui donnèrent leur nom au fief dont on a voulu faire leur berceau. Ils vécurent obscurément au fond de leur province jusqu’à Charles de Lamoignon (1514-1572) qui, le premier, vint à Paris en 1544 s’y faire recevoir avocat au Parlement et acquit la seigneurie de Bâville [Saint-Chéron, Essonne] en 1559.




Chrétien [I] de Lamoignon (1567-1636)
Son fils Chrétien [I] de Lamoignon (Paris, 22 août 1567-18 janvier 1636) fut pourvu d’un office de conseiller au Parlement en 1595, puis d’un office de président aux enquêtes en 1623. Le Roi le pourvut enfin d’un office de président « au mortier »* au même Parlement en 1633.





Ce fut lui qui, à la place de l’ancien manoir seigneurial, fit construire le château actuel de Bâville, entre 1625 et 1629. Son corps fut inhumé dans une des chapelles de l’église des Cordeliers de Paris et son cœur porté en l’église des Récollets de Saint-Denis.

* « Quelques-uns disent Président à mortier, mais on pense que ces quelques uns ne sont pas de grans docteurs en langue vulgaire. La raison & l’usage veulent qu’on dise, & qu’on écrive Président au mortier. » [sic] (P. Richelet. Dictionnaire françois. Genève, Jean Herman Widerhold, 1680, p. 69)
Les présidents « au mortier » de Paris présidaient les différentes chambres du Parlement en épitoge brodée d’hermine ajoutée à leur robe rouge. La Grand-Chambre, présidée par le premier président, comprenait huit présidents « au mortier », premier président compris, qui achetaient leur charge et qui assistaient le premier président. Ils tiraient leur nom de leur couvre-chef, mortier de velours noir à un galon d’or [deux galons d’or pour le premier président].





Guillaume de Lamoignon (1617-1677)


Guillaume de Lamoignon (Paris, 23 octobre 1617-10 décembre 1677) fut reçu avocat, puis conseiller au Parlement en 1635, maître des requêtes en 1644, et pourvu de l’office de premier président au Parlement de Paris en 1658. Il se comporta avec impartialité au procès de Fouquet (1662) et prit part à l’élaboration des ordonnances civile de 1667 et criminelle de 1670. Au mois de décembre 1670, ses terres et seigneuries de Bâville, de Boissy, etc. furent érigées en marquisat, et celles de Saint-Cehour, de Launay-Courson [Courson-Monteloup, Essonne], etc. en comté.






À partir de 1658, il fut locataire de l’hôtel de Lamoignon, ancien hôtel d’Angoulême, rue Pavée [aujourd’hui Bibliothèque historique de la ville de Paris, IVe]. Il protégea toute sa vie les gens de lettres, et se fit un plaisir d’assembler chez lui toutes les semaines un nombre des plus distingués d’entre eux, Louis Bourdaloue (1632-1704), Jean-François Regnard (1655-1709), Jean Racine (1639-1699), Nicolas Boileau (1636-1711), la marquise de Sévigné (1626-1696), Gui Patin (1601-1672), etc. Il fut l’Ariste du Lutrin de Boileau :

« Je ne diray point comment je fus engagé à travailler à cette bagatelle sur une espece de défi qui me fut fait en riant par feu Monseigneur le premier President de Lamognon, qui est celui que j’y peins sous le nom d’Ariste. […] C’étoit un Homme d’un sçavoir étonnant, & passionné admirateur de tous les bons livres de l’antiquité ; & c’est ce qui lui fit plus aisément souffrir mes ouvrages, où il crut entrevoir quelque goust des Anciens. » [sic] (Œuvres diverses du sieur D***. Paris, Denys Thierry, 1683, préface)





Il constitua une riche bibliothèque dont les ouvrages portent ses armes, « Losangé d’argent et de sable, au franc quartier d’hermines »,






ou son chiffre « GDL », ou les deux.






Il fut inhumé dans le caveau de sa famille, en l’église des Cordeliers ; son cœur fut posé sous les pieds du cercueil de sa mère, ainsi qu’il l’avait ordonné par son testament.





Chrétien-François [I] de Lamoignon (1644-1709)


Chrétien-François [I] de Lamoignon (Paris, 26 juin 1644-8 août 1709), avocat général puis président « au mortier » au Parlement de Paris, académicien dans l’Académie royale des inscriptions et belles-lettres, resta comme son père l’ami des gens de lettres. Son souvenir reste attaché à la sixième Épître de Boileau, composée en 1677, et qui commence ainsi :

« Oui, Lamoignon, je fuis les chagrins de la ville,
Et contre eux la campagne est mon unique asile. »






Il avait augmenté la bibliothèque de son père et en avait confié la garde, en 1680, au savant Adrien Baillet (La Neuville-en-Hez, Oise, 13 juin 1649-Paris, 21 janvier 1706), premier biographe de René Descartes en 1691, qui dressa le catalogue manuscrit de la bibliothèque, en 35 volumes in-folio.





Les ouvrages portèrent un ex-libris imprimé – « Bibliotheca Lamoniana » – au contreplat supérieur,





et un timbre humide – « L » couronné – dans la marge de la page 3 du texte.
Il devint propriétaire de l’hôtel de Lamoignon en 1688. Il fut inhumé au tombeau de sa mère en l’église de Saint-Leu.







Sa veuve veilla à l’édification du portail de style Régence, couronné d’un fronton où deux enfants symbolisent la Vérité et la Prudence ; quand elle mourut en 1727, l’hôtel passa aux mains de son fils Guillaume de Lamoignon de Blanc-Mesnil (1683-1772), père du futur défenseur du Roi Louis XVI.
  
Chrétien [II] de Lamoignon (Paris, 14 mars 1676-28 octobre 1729) fut reçu avocat au Parlement en 1693, fait avocat du Roi au Châtelet en 1694 et reçu conseiller au Parlement en 1698. Le Roi lui accorda en 1706 l’office de président au Parlement en survivance de son père. Il prêta serment entre les mains du Roi en 1713 pour la charge de commandeur et greffier des ordres de sa majesté, dont il s’est démis en 1716.

Chrétien-Guillaume de Lamoignon (Paris, 1er octobre 1712-23 mai 1759) a été d’abord conseiller au Parlement, commissaire aux requêtes du Palais, puis président « au mortier » en 1730, à la place de son père. Il s’est démis de cette charge en 1747.







Chrétien-François [II] de Lamoignon (Paris, 18 décembre 1735-Bâville, 16 mai 1789) fut conseiller au Parlement (1755), président « au mortier » du Parlement de Paris (1758), dont il partagea l’exil en 1772, et se montra un des plus ardents adversaires de René-Nicolas de Maupeou (1714-1792), chancelier de France. Nommé garde des sceaux en 1787, en remplacement de Armand-Thomas Hue de Miromesnil (1723-1796), il contribua, avec Étienne-Charles de Loménie de Brienne (1727-1794), aux fameux édits du timbre et de la subvention territoriale qui excitèrent en France une fermentation générale, prélude de la Révolution. Après avoir donné sa démission, il se retira sur sa terre de Bâville, où il se suicida :

« L’an mil sept cent quatre vingt neuf, le dix sept mai, j’ai, Curé de cette paroisse, soussigné, inhumé, au cimetière de céans, le corps de très haut et très puissant seigneur, Monseigneur Chrétien françois de Lamoignon, Chevalier, Marquis de Bâville, Baron de St Yon, Seigneur de St Cheron, Sermaize, S. Sulpice, Breux, Breuilles, Torfou, Boissy sous St Yon, Ravenouville et autres lieux, ancien Garde-des-Sceaux de france, Chancelier, commandeur des Ordres du Roi, décédé hier matin, en son château de Bâville, en cette paroisse, agé de cinquante trois ans passés, vivant époux de très haute et très puissante Dame Marie Elizabeth Berryer […] » [sic] (Acte de décès. A. M. Saint-Chéron)

Il avait écrit, dans son testament du 12 mai 1789 :

« Qu’on ne se trompe pas sur la véritable cause de ma mort : Traître à la patrie, à mon roi, à la nation, dépositaire infidèle des deniers de la succession du sieur de Beaujon, dont j’étois l’exécuteur testamentaire, & que j’ai dissipés ; abhorré de l’univers entier, de ma famille, de mes amis, & de moi-même, il m’est impossible d’étouffer plus long-temps la voix de ma conscience » [sic]   

Dernier propriétaire de la « Bibliotheca Lamoniana », il avait hérité en 1762 de la bibliothèque de son beau-père, Nicolas-René Berryer (1703-1762), successivement conseiller au Parlement, maître des requêtes, intendant du Poitou, enfin lieutenant de police (1747).







Nicolas-René Berryer (1703-1762)


Créature de Madame de Pompadour, il servit ses intérêts beaucoup mieux que ceux de l’État, peupla la Bastille des ennemis de la favorite et suscita des troubles par des actes de l’arbitraire le plus odieux. Sa protectrice le fit ensuite nommer conseiller d’État, ministre de la Marine, enfin garde des sceaux.
Il s’était occupé pendant près de quarante ans à se former un cabinet des plus beaux livres grecs et latins, anciennes éditions, soit de France, soit des pays étrangers. Si les catalogues des ventes publiques lui apprenaient qu’il existait un exemplaire plus beau, plus grand de marge, mieux conservé, que celui qu’il possédait, il le faisait acquérir, sans s’embarrasser du prix, et il se défaisait à perte de l’exemplaire moins beau. À l’égard des éditions modernes, il voulait les avoir en feuilles : il en faisait choisir, dans plusieurs exemplaires, un parfait, et il le faisait relier en maroquin de choix.






[Duchesne]. Code de la Police (Paris, Prault père, 1757, in-12)
Paris, Sotheby's, 29 mai 2013 : 5.000 €


Avant de joindre aux richesses littéraires de ses ancêtres le cabinet de Berryer, Lamoignon soumit à un examen rigoureux le catalogue manuscrit dressé par Baillet, afin de supprimer des éditions communes et beaucoup d’ouvrages que des éditions bien meilleures rendaient inutiles. On ajouta à ce choix les livres du cabinet de Berryer. Ces deux parties fondues ensemble déterminèrent Lamoignon à faire imprimer, pour son usage seul et au nombre de 12 à 15 exemplaires, le catalogue de sa bibliothèque : Catalogue des livres imprimés et manuscrits de la bibliothèque de M. de Lamoignon, président du Parlement (Paris, s. n. [impr. L. F. Delatour], 1770, in-fol., [6]-xij-668 [i.e. 654] p.). Cinq suppléments ont été imprimés au commencement de 1784 : [4] p. pour la Théologie, [5] p. pour la Jurisprudence, [8] p. pour les Sciences et Arts, [8] p. pour les Belles-Lettres et [15] p. pour l’Histoire.  




À la mort de Lamoignon, la bibliothèque fut acquise en totalité par Jean-Gabriel Mérigot (1738-1818), dit « le jeune », libraire sur le quai des Augustins, au coin de la rue Pavée, qui en dressa un catalogue pour la vente : Catalogue des livres de la bibliothèque de feu M. de Lamoignon, garde des sceaux de France (Paris, Mérigot jeune, 1791-1792, 3 vol. in-8, [4]-xvj-xx-400 p., [4]-376 p., 5.904 [i.e. environ 6.000] lots en numérotation continue [erreurs pagination et de numérotation, numéros manquants, numéros répétés 2 à 13 fois] et [4]-355-[1 bl.] p. [Table des auteurs]).

Il y avait dans cette bibliothèque environ 5.000 volumes reliés en maroquin du Levant, les uns en maroquin rouge, d’autres en bleu, en vert, en citron, et beaucoup de volumes doublés de tabis, ou de maroquin. La plupart ne portent pas ses armes. Nombre de ces volumes avaient été habillés par Étienne Anguerrand, reçu maître relieur en 1747. Les formats grand papier y dominaient. Beaucoup d’ouvrages étaient imprimés sur vélin, dont plusieurs avec miniatures.

« Après ces renseignements généraux, nous allons entrer dans quelques détails sur chacune des cinq grandes Classes ou divisions du Catalogue de cette Bibliothèque, et sur le Catalogue en 2 vol. in-8°. que nous publions.

I.                   ThÉologie.

Elle n’est pas volumineuse, mais elle contient des Ouvrages majeurs. On y remarque les quatre Polyglottes, une suite de Bibles hébraïques et de Bibles grecques, un exemplaire magnifique sur vélin de la Bible latine de Mayence en 1462 ; les deux Bibles latines du Vatican ; une suite de Bibles françoises anciennes et modernes ; la Bible de Desmarets, 2 vol. in-fol. grand papier, édition des Elzévirs et vraiment leur chef-d’œuvre d’art typographique ; une suite des belles éditions des SS. Pères grecs et latins et les traductions qu’on en a données ; les Ouvrages des Théologiens les plus savans ; les Traités singuliers qui ont mérité leur réputation ; les Œuvres des Théologiens hétérodoxes et de ceux qui se sont livrés à la liberté de leurs opinions sur la fin du siècle dernier et dans celui-ci ; la Théologie des Mahométans, etc.

II.                Jurisprudence.

Cette classe est abondamment et complettement composée : savoir,
1°. Collections des Conciles, les belles Editions connues du Louvre : Droit Canonique et Ecclésiastique, Droit Ecclésiastique de France.
2°. Droit de la Nature et des Gens, dans lequel on trouve le Corps Diplomatique, les Traités de paix précédés des meilleurs Ouvrages sur le Droit public, et les Œuvres du Président de Montesquieu, dont la sagesse a eu plus d’admirateurs parmi les Nations étrangères que dans sa Patrie.
3°. Le Droit ancien, Grec et Romain, les Traités généraux, le corps de Droit de l’Edition in-folio nette et brillante des Elzévirs et celle in-8° ; les Commentateurs, les Jurisconsultes, etc.
4°. Le Droit François le plus complet qu’on puisse souhaiter.
5°. Les Ordonnances de nos Rois sous les différentes Races, en collections et séparées ; celles en nombre faites sous Louis XIV, tant admirées en Europe, et auxquelles les Magistrats les plus célèbres, consultés par le Conseil du Monarque, avoient eu part. De ce nombre sont les Arrêtés du Premier Président de Lamoignon, dernière Edition publiée en 1783, revue sur un Manuscrit corrigé de sa main, et rendue par les soins de sa famille, après plusieurs Editions fautives et défigurées, à toute sa perfection première.
6°. Les Recueils des Arrêts et Décisions des Cours Souveraines, appuyés par des Collections des Coutumes de France et par les Textes des Coutumes particulières dues aux Jurisconsultes les plus fameux ; par les Œuvres du Chancelier d’Aguesseau d’immortelle mémoire, par des Instructions sur la manière de procéder au Civil et au Criminel, et enfin par un nombre de bons Ouvrages sur le Droit Etranger.

Monsieur de Lamoignon, né dans la Magistrature, n’a rien négligé pour enrichir cette partie de sa Bibliothèque déjà bien fournie par ses prédécesseurs, tous familiarisés avec l’érudition, l’étude et la méditation des Loix.
On le dit avec vérité : peu de particuliers se sont journellement occupés avec autant de plaisir et d’intelligence de leur Bibliothèque : peu en ont connu l’ensemble et les différentes parties plus parfaitement : peu d’Amateurs et de Savans out [sic] plus sacrifié à la dépense pour réünir la facilité et la promptitude des recherches dans les Ouvrages majeurs qu’on a besoin de consulter.
Il existe dans sa Bibliothèque une Table générale et alphabétique des matières contenues dans les Collections des Edits et Ordonnances des Rois de France de Néron, Fontanon et Secousse, et du Traité de la Police par le Commissaire Lamare.
Les articles du Recueil de Néron sont marqués chacun d’une N. à la marge : ceux de Fontanon d’une F., ceux de Secousse d’une S., et ceux de Lamare d’une L.
Cette Table unique, en 3 vol. in-fol., a été rédigée en 1777, avec bien de la précision et de l’exactitude, par M. Saliver, Docteur en Droit, sur le plan donné par M. de Lamoignon : elle mêt sous les yeux très-commodément tous les articles contenus dans 22 volumes in-folio.
Il a fallu deux Exemplaires de ces corps d’Ouvrages, et les rendre de nulle valeur, pour former cette Table, la seule de son genre, et par conséquent d’un prix fort considérable.

III.             Sciences etArts.

Dans cette division, 1°. les Ouvrages sur la Philosophie et les Philosophes sont suivis des Tratés grecs et latins des anciens Philosophes, de leurs traductions françoises les plus estimées ; des Ouvrages des Philosophes modernes des différentes Nations ; du Dictionnaire Encyclopédique, première Edition in-folio avec les Planches de bonnes Epreuves : puis de toutes les parties qui dérivent de la Philosophie, telles que la Logique, la Morale, la Métaphysique ; des bons Traités généraux et particuliers de Politique, de ceux modernes qui annonçoient le ressort des pensées si disposé à se fortement détendre sur les objets les plus graves, et sur l’examen de nos Finances, examen suivi de projets d’amélioration et de plans de réforme, en raison des abus, etc. ; des Ouvrages sur la Physique et sur l’Histoire Naturelle. On y trouve les anciens Auteurs d’Editions estimées et les modernes, parmi lesquels M. le C. de Buffon a jetté tant d’éclat par la magie de son style, la variété de ses peintures et la multitude de ses observations.
2°. Les parties subséquentes des Sciences, comme la Médecine, la Pharmacie, la Chirurgie, la Chymie, les Mathématiques en général et la Musique, présentent les Traités les plus savans et le déployement des connoissances transmises par les Anciens, et celles acquises jusqu’à nous.
3°. Les Arts en général ; mais la Peinture, la Gravure, l’Architecture, contiennent beaucoup de beaux et précieux Ouvrages.
La Collection des Arts publiée par l’Académie des Sciences, format grand in-folio, termine cette classe.

IV.              Belles-Lettres.

Cette quatrième division, chérie de tous les Littérateurs, présente de beaux Livres à chaque page : le savoir et le goût y sont réunis. Les Orateurs et les Poètes Grecs et Latins ; les Poètes Latins modernes, les Poètes Italiens, Espagnols, Portugais, François, Anglois, et les Poètes du Nord offrent un choix exquis des plus belles Editions depuis 1500 jusqu’à ce tems-ci, et elles sont d’une condition superbe.
Le Cicéron de l’Abbé d’Olivet est très-grand papier, 9 vol. in-4°. de même les Poètes Grecs et Latins pour la plupart : on trouve huit Editions complettes d’Homère en Grec et en Latin, dont celle d’Eustathe, 4 vol. in-fol. grand papier, et plusieurs autres, tant de l’Iliade que de l’Odyssée, sans les traductions. Le Lucrèce de 1563, 2 vol. in-4°. est sur vélin ; 18 autres Editions subséquentes du même Auteur sont remarquables. Quinze Editions différentes du Catulle, Tibulle et Properce, soit des Aldes, des Gryphes, des Plantins, des Etienne, des Elzévirs, des Tonson et du Louvre, soit celles d’Italie et presque toutes celles ad usum Delphini de France, ou cum notis Variorum publiées en Hollande : 30 Editions de Virgile, dont celle de Coustelier en 1743 sur vélin, une autre de Baskerville, première Edition 1757 in-4°., et celle de Rome en 1763, 3 vol. in-fol. fig. : 30 Editions d’Horace, 18 de Térence, et parmi les Poètes Italiens, la belle Edition du Dante. Venise, 1757. 5 vol. in-4°. grand pap., avec les Estampes tirées en encre de différentes couleurs etc. sans les traductions en différentes langues, sont citées ici pour exemple et donner une légère idée du tout.
Les Auteurs Polygraphes modernes, après les Grecs et les Latins, sont dans leurs langues Nationales ; et toujours les Ecrivains les plus célèbres.

V.                 Histoire.

Elle a beaucoup d’étendue et est magnifiquement remplie, dès ses prolégomènes ou préliminaires, tels que la Géographie et les Voyages, soit généraux, ou autour du monde, ou dans une partie du monde, soit en voyages particuliers. L’Exemplaire du Strabon de Casaubon, 1707, in-fol. est grand papier et d’une superbe condition.
L’Histoire de l’Eglise Gallicane est abondamment fournie, et l’époque présente la rend plus digne de curiosité.
Les belles Editions et en nombre des Historiens Grecs et Romains, se trouvent toujours dans l’ordre chronologique depuis 1500 jusqu’à nous. On cite pour exemple seulement 12 Editions majeures du Tite Live : 14 du Salluste : 13 du Cæsar, dont celle de Londres de Tonson, 2 vol. in-fol. grand papier avec les figures de belles Epreuves. Les Auteurs Latins de Tonson, format in-12, répandus dans le Catalogue, sont tous grand papier et difficiles à réunir. Douze Editions du Tacite, dont celle du savant Gabriel Brotier, 4 vol. in-4°. grand papier avec une Dédicace particulière à M. de Lamoignon, laquelle n’existe que dans cet exemplaire, où l’on voit que la reconnoissance et l’attachement le lui ont offert, etc. ; puis les traductions des Auteurs Latins en différentes langues. La Collection Byzantine, ou des Historiens du Bas-Empire, est bien complette et presque toute en grand papier.
L’Histoire moderne, des pays en Europe et hors d’Europe, offre une belle suite par Règnes, mais l’Histoire de France est plus complette que les Histoires étrangères ; les mêlanges curieux et d’un grand détail qui l’accompagnent, l’enrichissent extraordinairement.
On remarque dans la classe des Ouvrages qui traitent des Antiquités, un bel Exemplaire de la première Edition du Recueil des Peintures Antiques, donné en 1757 par M. le C. de Caylus ; cette Edition, connue des Amateurs, n’a été tirée qu’à trente exemplaires. Un modèle suffit pour enflammer les gens de goût et portés naturellement vers les belles choses. On se confirme dans cette vérité en se rappellant que les Campi Phlægræi de M. le Comte Hamilton, vol. in-fol., et les Antiquités Etrusques, 4 vol. grand in-fol., où l’érudition, la gravure, la richesse et les difficultés Typographiques se disputent la variété des talens et la prééminence, ne sont venus qu’après les Peintures antiques, qui étoient d’un genre tout nouveau, lorsqu’elles ont paru.
L’Histoire Littéraire, générale et particulière, tant de France que des autres Etats de l’Europe, fournit tous les bons Ouvrages principaux que l’on peut désirer. Elle termine cette dernière division, après laquelle est le Catalogue des Manuscrits.
Ce Catalogue particulier des Manuscrits est composé de 357 numéros, et contient ceux recueillis le siècle dernier et dans celui-ci par la famille de Lamoignon.
On y trouve parmi les articles les plus importans, une Collection complette des Registres, non-seulement du Parlement de Paris, mais aussi de plusieurs autres Cours Souveraines du Royaume, avec des Tables raisonnées, d’autres alphabétiques, d’autres par ordre de matière ; Collection faite à grands frais, mise dans un bel ordre, continuée jusqu’en 1776, et telle qu’il est difficile d’en trouver une qui puisse l’égaler.
Une suite des Lettres originales des Rois de France, des Ministres d’Etat, Généraux d’Armées et Ambassadeurs depuis 1493 jusqu’en 1560, faisant environ 80 vol. in-fol.
Les Procès-verbaux de plusieurs Procès criminels des deux derniers siècles ; et dans celui-ci, ceux de MM. de Lally et de la Chalotais, etc.
Ce Catalogue particulier est suivi d’une Table générale des Auteurs, avec l’indication de leurs Ouvrages. » [sic] (p. vj-xiv)       
              


La « Bibliotheca Lamoniana » fut vendue en bloc en 1792 au  libraire anglais Thomas Payne, qui en publia le catalogue l’année suivante :A catalogue of books ; containing a considerable part of the valuable and distinguished library of the late M. de Lamoignon (Londres, T. Payne, 1793, in-8, 332 p.).






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