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« Toute reproduction, représentation ou diffusion, par quelque moyen que ce soit, d’une œuvre de l’esprit en violation des droits de l’auteur, tels qu’ils sont définis et réglementés par la loi » est un délit de contrefaçon, en vertu de l’article L335-3 du Code de la propriété intellectuelle.

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    Fils du sénateur Pierre Boutourlin (1734-1787) et filleul de l’impératrice de Russie Catherine II « la Grande » (1729-1796), le comte Dmitri Boutourlin est né à Saint-Pétersbourg [Leningrad], en Russie, le 14 décembre 1763. Il fut élevé dans la demeure de son oncle, le très anglophile comte Alexandre Vorontsov (1741-1805), après la mort prématurée de sa mère en 1765. Il reçut une éducation militaire et fut d’abord aide de camp du prince Grigori-Aleksandrovitch Potemkine (1739-1791), puis il entra au ministère des affaires étrangères. Il démissionna en 1793, s’installa à Moscou et s’adonna complètement à la création de sa célèbre bibliothèque.

    Si les recueils biographiques sont muets sur son compte, ceux qui s’occupent de bibliographie n’ont pas perdu de vue ce fervent collectionneur de livres : sauf, entre autres, Joannis Guigard au xixe siècle (Nouvel armorial du bibliophile. Paris, Émile Rondeau, 1890, t. II, p. 86-87) et la Médiathèque de Montpellier aujourd’hui (http://www.purl.org/yoolib/bmmontpellier/13372), qui le confondent avec son homonyme le général Boutourlin (1790-1849), semblant ne pas se rendre compte de l’incompatibilité des dates.
    Le comte Alphonse Fortia de Piles fut le premier à s’en souvenir, dans son Voyage de deux Français en Allemagne, Danemarck, Suède, Russie et Pologne, fait en 1790-1792 (Paris, Desenne, 1796, 5 vol. in-8, t. III, p. 342-343) :

    « Comte Boutourlin. Il possède une très-jolie bibliothèque, en fort bon état, quoique continuellement feuilletée : elle est de 14 à 15 mille volumes (ils ne sont pas tous à Moskou). Rien d’unique ; mais dans le nombre, de très-beaux ouvrages : on a de la peine à concevoir comment le possesseur a pu, en cinq ans, former un recueil aussi considérable, et sur-tout aussi bien choisi dans le pays le plus dénué de ressources pour cette partie, où tout doit s’acheter au poids de l’or. On ne sera pas moins surpris de voir comment le comte Boutourlin s’exprime en français, comment il connoît la France, comment il parle de Paris, et cela sans être jamais sorti de Russie : il a de plus, sur son pays, des idées que l’on n’y rencontre que dans les gens qui ont voyagé, mais non dans tous, à beaucoup près ; ce qui prouve que les bons esprits trouvent en eux-mêmes toutes les ressources, et peuvent se passer de secours étrangers. Il a un cabinet de physique, garni des plus beaux instrumens : une belle collection de musique. Nous invitons les voyageurs à se procurer sa connoissance, sur-tout les Français, qu’il paroît aimer de préférence, et qui forment presque entièrement sa société. » [sic]

    C’est vers cette époque que le comte Boutourlin fit imprimer son premier catalogue domestique intitulé Catalogue de la bibliothèque de M. le comte D. Boutourline [sic] (Saint-Pétersbourg, 1794, in-4, II-149 p.) : rare, il contient des livres imprimés en langue française et quelques manuscrits.


    Le second catalogue, également domestique, fut le Catalogue des livres de la bibliothèque de S.E.M. le comte de Boutourlin (Paris, Charles Pougens, an XIII-1805, in-8, [2]-758 p., 4.003 numéros pour les imprimés, 24 numéros pour les manuscrits), revu par Antoine-Alexandre Barbier, bibliothécaire du Conseil d’Etat, et Charles Pougens, de l’Institut de France :

    « En fesant imprimer le Catalogue de mes livres, je n’ai d’autre intention que de me rendre compte à moi-même de mes propres jouissances. […]
    On trouvera dans ce Catalogue quelques éditions du xve siècle. Elles se sont trouvées inscrites à leurs places et sont ainsi restées ; mais j’avertis que je suis bien plus riche dans cette partie. J’en possède près de trois cents articles, dont quelques-uns infiniment précieux, tels que le Speculum humanae salvationis, sur vélin, la Biblia Pauperum, etc. J’en ai fait un Catalogue à part, avec quelques observations, que je compte faire imprimer. J’ai aussi quelques Manuscrits sur vélin : avec le tems, tout cela pourra paraître. Mais comme je n’y mets aucune espèce de prétention, je ne puis être tenu à aucune espèce de responsabilité. » [sic]

    Le « Catalogue des éditions du xve siècle faisant partie de la bibliothèque de M. le comte de Boutourlin » que promettait le comte a paru : in-4 de 467 pages, sans titre, sans nom, ni lieu [Leipzig], ni date [1806], contenant 379 articles, il fut rédigé par Louis de Ronca, bibliothécaire du comte pendant plusieurs années.    


    
    Camellia japonica Comte Boutourlin
    
    Edouard-Daniel Clarke, dans ses Voyages en Russie, en Tartarie et en Turquie (Paris, Fantin, 1812, t. I, p. 179-182), décrivit la bibliothèque, le jardin botanique et les machines de Boutourlin :

    « La bibliothèque, le jardin botanique et le muséum du comte Botterline, sont peut-être les choses les plus curieuses à voir en Europe. Ce seigneur possède non-seulement les exemplaires les plus rares des classiques ; mais il a, de quelques auteurs, et particulièrement de Virgile, un si grand nombre d’éditions que d’elles seules on pourrait former une bibliothèque. Ces livres n’occupent pas un appartement particulier, mais remplissent une multitude de pièces : ils sont relier dans la maison ; et cet emploi occupe plusieurs ouvriers qui y sont entretenus pour cela. Le comte possède presque toutes les éditions princeps ; et sa suite des ouvrages imprimés durant le xve siècle, monte à près de six mille volumes, suivant Orlandi [Origine e progressi della stampa da Peregrin. Anton. Orlandi, Bononiae, 1722]. J’ai autrefois parcouru la liste que cet écrivain donne des auteurs imprimés entre 1457 et 1500 ; leur nombre s’élève à mille trois cent trois : il paraît très-probable que la collection du comte Botterline les renferme tous. Le catalogue de cette partie de sa bibliothèque remplit deux volumes in-folio. Il avait fait venir de Paris le fameux ouvrage de Théodore de Bry, collection de voyages avec de belles gravures en bois. Il avait mis beaucoup de soins à rassembler, de tous les pays, des suites complètes d’annales ecclésiastiques, qui montaient déjà à quarante volumes in-folio. Cette immense bibliothèque se divise en six classes distinctes. Les tableaux ne sont pas nombreux, mais ils sont bien choisis.
    Le jardin botanique (cette étude est son goût favori) renferme une serre qui n’a certainement pas sa pareille dans le monde. A l’une des extrémités est placée une petite bibliothèque de livres botaniques, qui lui offre l’avantage de se livrer à l’étude […] » [sic]

    La bibliothèque d’environ 40.000 volumes du comte Boutourlin, une des premières de l’Europe, brûla lors de l’incendie de Moscou en 1812. « La bibliothèque du comte Boutourline [sic] avait été estimée à un million [de roubles], et il n’en resta pas un volume. » (Comte Rostopchine. La Vérité sur l’incendie de Moscou. Paris, Ponthieu, 1823, p. 46-47)



    Après avoir occupé la place de directeur du musée de l’Ermitage, à Saint-Pétersbourg, son mauvais état de santé l’obligea à aller s’établir en 1817 à Florence, en Italie :

    « Je suis à pourchasser un reste de santé qui m’échappe journellement. Les drogues et la diète m’ennuient au-delà de toute expression. Mais il vaut encore mieux s’ennuyer que souffrir, et depuis longtemps je n’ai plus cette alternative. » (10 août 1809)

    Il y forma une nouvelle collection, plus remarquable que la première, d’environ 33.000 volumes :

    « Comme il faut bien remplir sa journée par quelque chose, je me suis mis à refaire une bibliothèque. Je sens bien dans cette occupation que je travaille pour mes enfans, plus pour mes enfans que pour moi-même ; car en lumières de l’esprit on n’acquiert guère à mon âge, mais dans cette besogne je retrouve parfois le calme du cœur et surtout une distraction utile qui m’éloigne du courant du siècle. Cicerone, Dante, Pascal, etc. me sont de meilleurs amis et bien meilleure compagnie que les plus illustres de nos jours. »[sic] (1819)

    Il y fut aussi l’auteur d’un opuscule d’actualité intitulé Des Grecs, des Turcs, et de l’esprit public européen (Paris, Jules Renouard, 1828).



    Le catalogue domestique de sa bibliothèque fut rédigé par Étienne Audin, aidé par l’Anglais Francis Sloane : Catalogue de la bibliothèque de son exc. M. le comte D. Boutourlin (Florence, s.n., 1831, in-8, [10]-26-[2]-156-[2]-18-[2]-14-74-[2]-26-42-[2]-50-[2]-54 p., 7.930 numéros, 200 ex.). Ce catalogue, qui contient bien des erreurs, compte 244 manuscrits, 964 éditions du xve siècle, des Aldes, la collection des Bodoni complète, des Classiques italiens, etc. :

    « En faisant publier le Catalogue des livres de M. le Comte D. Boutourlin, ses fils n’ont d’autre but que d’élever un monument au plus éclairé et au plus courageux des Bibliophiles. […]
    Il y a peu de Bibliothèques d’Amateurs qui présentent une réunion pareille de livres précieux, tant manuscrits qu’imprimés, et d’une aussi parfaite conservation : on y trouve des manuscrits très anciens ou richement enluminés, et quelques autographes, plusieurs éditions du xv siècle inconnues ou d’une extrême rareté, des superbes grecs et grand-papiers parmi les Aldes, des éditions des Giunti inconnues, la Collection des Bodoni complète, et celle des Classiques italiens d’une très vaste étendue ; plusieurs volumes sont encore dans leurs couvertures primitives et non rognés, et les reliures modernes sont faites avec élégance et presque toutes en maroquin ou en cuir de Russie. […]
    La mémoire prodigieuse dont M. le Comte était doué, favorisait singulièrement son goût passionné pour les livres ; et l’on peut dire, sans exagération, qu’il n’y a pas d’article remarquable en Bibliographie qui lui fût inconnu. Nous en avons eu nous mêmes les plus amples témoignages en travaillant sous sa direction pendant une suite d’années ; et les notices qu’il nous a laissées, nous ont servi de guide dans la rédaction de ce Catalogue. »


    
    Speculum vitae humanae
    Augsbourg, Zainer, 1472
    
    Après la mort de son propriétaire, arrivée à Florence le 7 novembre 1829, cette bibliothèque fut apportée à Paris et mise en vente publique. Le 10 août 1839, dans le Journal de la librairie, parut un « Avis aux bibliophiles » :

    « Il sera vendu, vers la fin de l’année, la magnifique bibliothèque de feu M. le comte de Boutourlin, composée de plus de vingt-cinq mille volumes, et que les héritiers de ce célèbre bibliophile se sont décidés à faire transporter et à faire vendre aux enchères à Paris. […]
    On peut affirmer que depuis la vente Mac-Carthy, il n’a pas été livré aux enchères, en France, une collection de livres rares et de manuscrits, comparable à la bibliothèque de M. de Boutourlin ; elle est des plus riches en éditions du quinzième siècle. La collection des Aldes y est presque complète et renferme des articles uniques. L’histoire et la littérature italienne, les classiques grecs et latins, la théologie, les ouvrages à figures, en un mot toutes les classes de la bibliographie sont dignement représentées dans cette bibliothèque qui doit exciter au plus haut point l’attention des bibliophiles. »



    À cette occasion fut publié un nouveau catalogue, classé selon la méthode française, en trois parties :  
    Catalogue de la bibliothèque de feu M. le comte D. Boutourlin (Paris, Silvestre, 1839, in-8, [4]-3-[1 bl.]-306-[8] p., 3.043 lots). Première partie vendue en 30 vacations du jeudi 25 novembre au lundi 30 décembre 1839.


    Catalogue de la bibliothèque de feu M. le comte D. Boutourlin (Paris, Silvestre, 1840, in-8, [4]-254-[8] p., 2.884 lots). Deuxième partie vendue en 28 vacations du lundi 16 novembre au jeudi 17 décembre 1840.


    Catalogue de la bibliothèque de feu M. le comte D. Boutourlin (Paris, Silvestre, 1841, in-8, [4]-142-[4] p., 1.757 lots). Troisième partie vendue en 15 vacations du jeudi 14 au samedi 30 octobre 1841.
    Les deuxième et troisième parties contiennent les ouvrages catalogués en 1831 ; la première ne se trouvait pas cataloguée précédemment. Trente exemplaires de ce catalogue ont été tirés sur grand papier vélin, et numérotés à la presse. 



    Tous les livres portent l’ex-libris armorié du comte Boutourlin : « Écartelé : au 1, d’or, à l’aigle de sable, couronnée d’or mouvante du flanc senestre de l’écu ; au 2, d’hermine à la couronne impériale d’or ; au 3, d’azur, à une dextrochère, armée d’un badelaire, mouvante du flanc senestre de l’écu ; au 4, d’or à l’aigle de sable contournée, couronnée d’or mouvante du flanc dextre de l’écu. Sur le tout, d’azur à l’aigle d’argent », accompagné de la devise de l’Ordre de Sainte-Anne du Schleswig-Holstein, « Amantibus justitiam, pietatem, fidem » [Pour ceux qui aiment la justice, la piété, la foi].



    Les livres anciens de cette bibliothèque, et surtout les éditions aldines, étaient pour la plupart mal conservés et ont été vendus à des prix médiocres. La Bibliothèque Bodléienne, de l’Université d’Oxford, fit de nombreux achats ; le meilleur, particulièrement des manuscrits, fut acheté par le fameux Guglielmo Libri.

    
    Cloture sacrée de l'église grecque de Livourne
    
    Le comte Boutourlin avait été enterré dans l’église grecque de Livourne. De son mariage avec sa cousine issue de germain, Anna-Artémievna Vorontsov, il avait eu deux fils et trois filles.





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  • 04/24/13--02:35: Bibliotheca Hulthemiana
  • C’est après l’acquisition par l’État belge de la collection Van Hulthem que le gouvernement décida la création de la Bibliothèque royale de Belgique.




    Dernier de neuf enfants, Charles-Joseph-Emmanuel Van Hulthem est né à Gand le 17 avril 1764. Orphelin de père à l’âge de cinq ans, il apprit le dessin chez Pierre-Norbert Van Reysschoot (1738-1795), artiste peintre qui possédait une des bibliothèques les plus remarquables qu’aucun peintre belge n’ait possédées et qui lui transmit le goût des arts et des livres. À la sortie du collège, il fut destiné au commerce et fut apprenti négociant à Lille, avant de réussir à convaincre sa mère de le laisser faire des études de droit à Louvain. 

    Devenu bachelier en droit en 1788, Van Hulthem rentra à Gand. Il fut successivement membre du Conseil de la ville de Gand (1789), secrétaire adjoint de la municipalité, membre du Jury des arts et sciences et du Jury d’instruction publique (1795), président de l’Assemblée primaire (1796), député au Conseil des Cinq-Cents, inspecteur de l’Imprimerie nationale de Paris (1797), bibliothécaire de la ville de Gand (1800), membre du Tribunat (1802), député à la section de l’intérieur du Conseil d’État, administrateur de la Société pour l’encouragement de l’industrie nationale à Paris (1803), membre de la Légion d’honneur (1803), secrétaire de la Société royale d’agriculture et de botanique de Gand (1809), recteur de l’Académie et de l’École de droit de Bruxelles (1809), greffier de la Seconde chambre des États-Généraux (1815), chevalier de l’Ordre du Lion Belgique, bibliothécaire et secrétaire perpétuel de l’Académie royale des sciences et belles-lettres de Bruxelles, président de la Société royale d’agriculture et de botanique de Gand (1816), curateur de l’Université de Louvain (1817), membre de la Seconde chambre des États- Généraux (1821), curateur de l’Université de Gand (1823).

    Amateur de botanique, c’est à lui qu’on doit le choix de l’emplacement du jardin botanique de Gand, créé en 1796. Il avait suivi, en 1785, les cours de Jean-Joseph Michaux (1717-1793), directeur du jardin botanique de Louvain, puis, en 1794, ceux de René-Louis Desfontaines (1751-1833), professeur de botanique au Muséum d’histoire naturelle de Paris.



    Il s’abreuvait à toutes les sciences et constitua une des plus belles et des plus complètes bibliothèques particulières consacrées à la Belgique.


    Il avait acheté son premier livre en 1773, à l’âge de neuf ans, un ouvrage sur les arts du dessin, par Willem Goeree (1635-1711), antiquaire et libraire à Middelburg, puis à Amsterdam, intitulé Inleydinge tot de algemeene teyken-konst (Leyden, van der Dyster, 1739).


    Sa première bibliothèque demeura à Gand. Dans son Voyage fait dans les départemens nouvellement réunis (Paris, Baudouin, 1803, t. II, p. 125-127), Armand-Gaston Camus (1740-1804), garde des Archives nationales, disait d’elle :


    « La bibliothèque de ce citoyen mérite elle-même d’être comptée parmi les belles bibliothèques particulières. [...] Ce qui est propre à cette bibliothèque, c’est une nombreuse collection d’ouvrages sur l’histoire de la Belgique. Tout ce qui a trait à cette histoire, dans quelque langue que ce soit, y est rassemblé [...] des recueils intéressans, et en grande partie manuscrits, acquis à la vente de la bibliothèque de Mercier, abbé de Saint-Léger, entr’autres un exemplaire de l’Histoire de l’imprimerie, de Prosper Marchant, considérablement augmenté de notes par Marchant lui-même, copiées sur le manuscrit original qui est à la bibliothèque de Leyde [...] » [sic]


    À partir de 1810, Van Hulthem habita à Bruxelles, dans sa maison située rue Royale, n° 34, à l’angle de la rue Montagne du Parc.

    Il y avait des livres partout, jusque dans le salon. Dans la salle à manger, la table sur laquelle il prenait son dîner en était couverte. Sa chambre en était encombrée. Il craignait si fort la fumée et la poussière pour ses livres, qu’il ne voulut jamais de feu dans sa chambre, même pendant l’hiver. Quand il était couché et que le froid était trop intense, il se faisait mettre sur les pieds un de ses in-folios relié en parchemin : le livre qu’il avait choisi à cet effet était les Rerum per octennium in Brasilia et alibi nuper gestarum (Amsterdam, J. Blaeu, 1647), par Caspar Van Baerle. Pendant l’hiver rigoureux de 1825, on le vit revenir en diligence du fond de la Hollande, sans manteau et tenant sur ses genoux deux magnifiques volumes in-4, qu’il n’avait pas osé mettre dans sa malle, de peur qu’ils ne se frottassent.

    Pendant quinze ans, Van Hulthem et ses deux amis, restés célibataires comme lui, le bibliomane anglais Richard Heber (1773-1833) et Pierre-Philippe-Constant Lammens (1762-1836), bibliothécaire de l’Université de Gand, assistèrent aux principales ventes de livres des Pays-Bas qui se terminaient autour d’une bonne table.

    Lorsqu’on venait à parler devant lui d’un livre introuvable, il laissait dire quelque temps puis terminait par ces deux mots : « Je l’ai. » Avec son fidèle domestique depuis 1804, Joseph Delforge, il a lavé environ 20.000 volumes. À Bruxelles, son relieur était Antoine Catoir (1782-1853), relieur du roi. N’ayant jamais revendu un seul livre, il posséda ainsi plusieurs exemplaires des livres les plus rares.


    Il fit graver cinq ex-libris :




    Le premier fut gravé en 1806 par Emmanuel de Ghendt (1733-1815), d’après un dessin de Bernard Duvivier (1762-1837) : il représente l’Étude, dans un cabinet de travail, avec l’épigraphe de Cicéron « Omnes artes, quae ad humanitatem pertinent, habent commune quoddam vinculum. » [Tous les beaux arts nés de la civilisation se tiennent comme par un lien commun].


    Le second, gravé en 1808 par Antoine Cardon (1739-1822), d’après André-Corneille Lens (1739-1822), montre Minerve assise, tenant d’une main une palme et de l’autre une couronne, avec la légende « Secundas res ornat, adversis perfugium ac solatium præbet. » et la mention « Ex Bibliothecâ C. Van Hulthem Gandensis, Rect. acad. Brux. »

    Le troisième, gravé par Adolphe Jouvenel (1798-1867), directeur de l’Académie de Gand, d’après le dessin de l’architecte François-Tilman Suys, représente une bibliothèque dominée par le buste d’Érasme, avec un passage tiré de son éloge des livres, « Libri vocat praesto sunt, invocati non ingerunt sese, jussi loquuntur, injussi tacent, secundis in rebus moderantur, consolantur in afflictis, cum fortuna minime variantur. » (Epistolarum, centuria VII, epist. 12), complété par « Ex bibliotheca C. Van Hulthem ».

    Le quatrième, gravé par Charles Onghena (1806-1886), représente la tête de Cérès avec cet exergue « Ex libris C. Van Hulthem soc. reg. agricult. et botan. Gand. praesidis. », entourés d’une riche guirlande de fleurs et de fruits.




    Le cinquième renferme, dans une guirlande de fleurs et de fruits, un éloge de l’agriculture partiellement emprunté au De officiis de Cicéron : « Ex libris C. Van Hulthem soc. r. agric. et botan. Gand. praesidis. – Nihil est agricultura melius, nihil homine, nihil libero dignius. Cic. »  [Rien n’est meilleur que l’agriculture, rien n’est plus digne d’un homme, et d’un homme libre].


    Jamais les Belges n’avaient accepté d’être unis contre leur gré aux Pays-Bas : la révolution de Paris entraîna celle de Bruxelles, le 25 août 1830. Le 25 septembre, la maison de Van Hultem fut subitement envahie par une troupe de révolutionnaires belges : ils se mirent aux fenêtres après les avoir garnies de volumes in-folio pour s’abriter de la mitraille des troupes hollandaises. Plusieurs caisses de livres furent employées à la construction d’une barricade. Le fidèle domestique dut abandonner la maison qui devint, le lendemain, le quartier général des révolutionnaires. On ignore le nombre de livres détruits en cette circonstance, et dont quelques-uns servirent aux volontaires à faire des cartouches. Toutes les richesses numismatiques ne furent pas heureusement perdues. Les dégâts furent estimés à plus de 60.000 florins.


    Van Hulthem prit le parti de quitter la capitale et de transporter à Gand ses collections de livres, de gravures et de médailles. Le transport d’un nombre considérable de volumes et d’estampes fut une opération longue et coûteuse à laquelle plus de cinq mois furent employés.

    Van Hulthem vécut deux ans à Gand, dans la retraite. Quoique sobre, ne se nourrissant que de bouillie, de pommes de terre, d’eau et de punch, mais d’une forte corpulence, il mourut le 16 décembre 1832, à l’âge de 68 ans, d’un coup d’apoplexie. Quelques heures avant sa mort, il avait acheté son dernier livre : De l’état moral et politique de l’Europe en 1832 (Paris, Ladvocat, 1832) par Pierre-François-Xavier Bourguignon d’Herbigny (1772-1846). 


    Il laissa une masse énorme de volumes, qu’il ne s’occupa jamais de mettre en ordre. Seul un petit nombre d’ouvrages d’histoire se trouvait classé dans une seule chambre. Tout le reste était entassé dans le vaste salon et dans quatorze chambres, ou renfermé dans des caisses depuis un quart de siècle. Des caisses qui n’avaient pas été ouvertes depuis qu’il les avait envoyées de Paris, en 1810, furent ouvertes : les livres qu’on en tira étaient en partie détruits, soit par les vers, soit par l’humidité.


    Les collections précieuses des abbayes ayant été englouties par la Révolution française, les bibliothèques des universités ayant une destination spéciale, la bibliothèque de la ville de Bruxelles étant très incomplète et seule la bibliothèque de manuscrits, dite « des ducs de Bourgogne », étant la propriété de l’État, il appartenait au gouvernement de créer enfin une bibliothèque nationale et de négocier pour conserver à la Belgique la collection de Van Hulthem qui était mise en vente. Si cette bibliothèque était incomplète sur beaucoup de points, elle se recommandait par plus de mille manuscrits presque tous relatifs à l’histoire de la Belgique, par une collection unique de livres dans toutes les langues et de toutes les époques qui ont trait à cette histoire et par la collection la plus complète de livres relatifs à l’histoire littéraire et à l’histoire de la bibliographie de la Belgique.


    Charles-Jean-François Bremmaecker (1801-1844), de Gand, était l’héritier universel de Van Hulthem. Il céda au gouvernement la précieuse bibliothèque délaissée par son oncle, qui forma le premier fonds de la bibliothèque royale, se réservant un grand nombre d’ouvrages à planches et de livres relatifs aux beaux-arts, toutes les gravures et dessins sous glace ou en feuilles et la collection de médailles et de monnaies :


    « Vu le contrat conclu à Gand, le 2 août 1836, entre les commissaires autorisés à cet effet par le ministre de l’intérieur, d’une part, et Mr. Charles-Jean-François de Bremmaecker, tant en son nom que comme fondé de pouvoirs de Mlle. Marie-Charlotte-Caroline de Bremmaecker [1797-1838], d’autre part, en vertu duquel la bibliothèque de feu Mr. Charles Van Hulthem est acquise pour compte du gouvernement, [...] Il est ouvert au département de l’intérieur un crédit supplémentaire de 315,000 francs pour faire face au prix d’achat [279.400 francs], aux frais d’impression du catalogue et autres frais relatifs à l’acquisition de cette bibliothèque [35.000 francs]. »


    Le baron Étienne-Constantin de Gerlache (1785-1871), premier président de la Cour de cassation, président de l’Académie des sciences et belles-lettres de Bruxelles et de la commission royale d’histoire, fut chargé, avec François-Joseph-Ferdinand Marchal (1780-1858), conservateur des manuscrits de la Bibliothèque de Bourgogne, de constater l’état de la bibliothèque de Van Hulthem. Après avoir rappelé que « la valeur de cette collection augmente en raison du nombre et surtout de l’ensemble », qu’il avait fallu « une réunion de circonstances qui ne se représenteront plus : la destruction des couvents, un homme riche, ayant la monomanie des livres et s’y connaissant », que cette collection présentait des lacunes mais qu’ « il sera facile de les combler en mettant annuellement au budget une somme raisonnable », le rapport concluait : « Telle qu’elle est, la collection de Van Hulthem formerait déjà le commencement d’une belle et vaste bibliothèque nationale, que la Belgique pourrait montrer à l’étranger et ouvrir à la jeunesse studieuse. »


    Le baron Frédéric de Reiffenberg (1795-1850), professeur à l’Université de Liège, fut nommé le 25 juillet 1837 conservateur de la bibliothèque, avec un traitement de 7.000 francs.

    Transférées par la voie du chemin de fer, 293 caisses arrivèrent à Bruxelles du 30 octobre 1838 au 24 mars 1839. La bibliothèque Van Hulthem fut placée dans l’aile gauche du palais de l’industrie et fut ouverte au public le 21 mai 1839.




    Le Catalogue des livres de la bibliothèque de feu M. de Bremmaecker, provenant en grande partie de celle de M. Ch. Van Hulthem (Gand, Ad. Van der Meersch, 1845) est un supplément indispensable à celui de la Bibliotheca Hulthemiana (Gand, J. Poelman, 1836-1837, 6 vol. in-8), rédigé par Auguste Voisin (1801-1843), bibliothécaire et professeur à l’Université  de Gand, qui renferme 32.701 numéros, dont 1.016 manuscrits, soit environ 64.000 volumes : théologie, jurisprudence, sciences et arts, philosophie, économie, politique, physique, chimie, histoire naturelle, agriculture et économie rurale, botanique (vol. I), sciences et arts (suite) et belles-lettres (vol. II), histoire (vol. III), histoire, sciences, arts et littérature des Pays-Bas (vol. IV), supplément et tables (vol. V), manuscrits (vol. VI).











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    Gustave Brunet (1805-1896), dans ses « Études sur la reliure des livres » (in Actes de l’Académie de Bordeaux. Paris, Dentu, 1866, p. 88), signale « à cause de sa singularité, un poème sur la Reliure, que publia en 1820 un relieur parisien, nommé Lesné, dont les vers, tout comme les produits industriels, sont restés au-dessous du médiocre. » Il ajoute, après avoir offert deux échantillons dudit poème : « On voit que le poème de Lesné mérite de rester dans l’oubli, qui en a fait sa proie. »


    Cet avis catégorique est asséné sans aucune autre justification que le renvoi, d’ailleurs incomplet et inexact, à la « Lettre trentième concernant l’imprimerie et la librairie de Paris » (Paris, Crapelet, 1821, p. 58-71), par l’imprimeur Georges-Adrien Crapelet (1789-1842), traduite de l’anglais de A bibliographical, antiquarian and picturesque tour in France and Germany (London, 1821, vol. II, p. 412-422), par Thomas-Frognall Dibdin (1776-1847), où le bibliographe anglais critique les relieurs français, sans en avoir vu aucun :


    « Il y a un relieur du nom de Lesné, maintenant occupé, comme je viens de l’apprendre, d’un poëme sur son art, et qui passe également pour un artiste assez habile. Quelques uns disent cependant qu’il écrit mieux qu’il ne relie, ce qui et d’autant plus fâcheux pour sa petite famille, s’il est marié. […] Il est pourtant vrai que des amateurs judicieux et impartiaux, avec lesquels je me suis entretenu, paraissent aussi penser que l’art de la reliure en France, dans son état actuel, s’il ne rétrogade pas, est au moins stationnaire, et ne paraît pas pouvoir atteindre au plus haut degré de perfection. » [sic]


    En note, Crapelet commente :


    « Quoique l’ouvrage de M. Lesné ne forme qu’un petit volume in-8°, qu’il n’est pas coûteux de se procurer, et dont on ne peut pas regretter la dépense, je retranche peu de choses aux longues citations de M. Dibdin, parce que le poëme de M. Lesné ne me paraît pas une production ridicule, comme je l’ai entendu dire. Le style et la poésie de l’auteur n’ont pas une grande élévation sans doute, mais ils sont presque toujours appropriés au sujet. […] Il était impossible à l’auteur d’éviter l’emploi d’une foule de mots propres, mais très peu poétiques, lorsqu’il décrit la partie technique ; mais cet ouvrage, dans les notes surtout, n’en est pas moins instructif, curieux et utile aux amateurs de belles et bonnes reliures, qui certainement y trouveront beaucoup de choses qu’ils ignorent. » [sic]


    Lesné ne put se contenter de commentaires qui n’avaient relevé qu’une partie des inconvenances de la « Lettre trentième », et contre-attaqua dans une Lettre d’un relieur français à un bibliographe anglais (Paris, Crapelet, 1822) :


    « Si dans votre Lettre vous vous borniez à critiquer mon Poëme, ou même à dire que j’écris moins mal que je ne relie, je me garderais bien de vous répondre ; mais vous attaquez les relieurs français en général ; vous prétendez qu’ils ne sont parvenus au point où ils en sont qu’en imitant vos ouvriers ; vous leur accordez, comme par grâce, qu’en continuant ainsi, l’âge d’or pourra renaître en France pour la reliure : phrase à coup sûr plus gigantesque que celle que vous me reprochez quand je parle de sa décadence. […] il ne me sera pas difficile de vous prouver que c’est justement en imitant vos ouvriers que la reliure française est tombée dans l’état de dépérissement où nous l’avons vue […].

    Quant à moi je voudrais qu’on se bornât à établir des reliures simples, mais solides, susceptibles de durer autant de temps que les livres, dans les deux parties qui constituent essentiellement la reliure, c’est-à-dire  la couture et l’endossement ; que l’on pût renouveler la couverture sans pour cela être obligé de démonter le livre, et par conséquent de le recoudre et le rogner de nouveau ; mon unique but est la conservation des marges, puisque c’est d’après leur dimension que s’établit ordinairement le prix d’un livre. » [sic]



    Cette Lettre fut suivie par une Épître à Thouvenin (Paris, F. Didot, 1823) :


    « Vous croyez que Dibdin s’en tient à ses missives ;

    Il sait par cent moyens vomir des invectives ;

    A Londres, à Paris, on connaît ses écarts,

    Nous ne sommes pas seuls l’objet de ses brocards. »


    Ces deux textes de Lesné témoignent bien des rivalités mesquines entretenues alors par la France et l’Angleterre.

    En remerciement, Thouvenin offrit à Lesné un exemplaire de sa Lettre d’un relieur français à un bibliographe anglais dans une reliure en maroquin rouge mosaïqué de jaune et de vert, tranches dorées, qui a appartenu à Charles Cousin (1822-1894), puis à René Descamps-Scrive (1853-1924).


    Mathurin-Marie Lesné, dit « Lesné aîné », naquit à Paris le 7 novembre 1777 et mourut à Batignolles-Monceaux (aujourd’hui XVIIe arrondissement de Paris) le 31 juillet 1841.

    La Révolution ayant interrompu ses études, il exerça la profession de serrurier jusqu’en 1804, quand il se forma, seul dit-il, à l’art de la reliure et s’installa comme libraire dans la rue des Grès, dénomination du passage des Jacobins depuis 1799, aujourd’hui rue Cujas (Ve).

    À la même adresse, on relève à cette époque la présence du libraire Antoine-René-Marie Lesné, dit « Lesné père », et, tenant la librairie voisine immédiate, Jean-Auguste Lesné, dit « Lesné jeune », décédé le 24 octobre 1846 dans le XIe arrondissement ancien (VIe actuel) : le premier pourrait être le père, le second le frère de Mathurin. Nous ne le saurons probablement jamais, l’état-civil parisien antérieur à 1860 ayant été détruit lors des incendies de la Commune en mai 1871, et un tiers seulement des actes perdus ayant été rétabli.


    Dès 1818, Mathurin Lesné présenta à la Société d’encouragement pour l’industrie nationale un « Mémoire relatif aux moyens de perfectionnement propre à faire retarder de plusieurs siècles le renouvellement des reliures »,  qui fut soumis, avec succès, au jury de l’Exposition des produits de l’industrie française l’année suivante. Lesné avait cherché à éviter les inconvénients des méthodes suivies alors pour relier les livres, afin d’arriver à la souplesse et à la solidité de la reliure hollandaise :


    -          il substituait, aux nerfs formés de ficelles, de forts lacets plats en soie, évitant ainsi de faire des entailles dans le dos pour les y loger et permettant de conserver toute la marge intérieure des livres.

    -          adoptant des fils de soie torse au lieu de fils de chanvre, il pratiquait la couture cahier à cahier et l’étendait sur toute la longueur de chacun d’eux, de manière qu’elle y forme au moins quatre points longs d’attache.

    -          il rétablissait l’usage du parchemin pour doubler les dos et les attacher aux couvertures.

    -          pour les couvertures, il substituait, aux cartons fabriqués en pâte molle et recouverts d’une peau mince, du cuir fort, battu ou laminé.

    -          il diminuait l’emploi de la colle, et remplaçait la colle de pâte, faite avec de la farine et principale cause de la destruction des livres par les insectes, par la colle forte (colle de gélatine) délayée dans une dissolution de coloquinte.


    Ces reliures avaient pour avantages leur longue durée et la facilité de les renouveler sans découdre les livres, mais pour inconvénient leur prix augmenté et ne pouvaient donc pas être employées pour des livres ordinaires.


    C’est au cours de l’année 1820 que Lesné déménagea de la rue des Grès à la rue de Tournon (VIe), où il demeura au moins une quinzaine d’années. Sur la fin de sa vie, en 1839 et en 1840, on le trouve rue Vivienne (IIe).


    Plus indulgent que Brunet, Henri Beraldi (1849-1931), dans La Reliure du xixe siècle (Paris, L. Conquet, 1895, Première partie, p. 57-84), fait naître Lesné vers 1775, le confond avec un certain François-Antoine-Désiré Lesné – en réalité son fils ? – dont on retrouva le corps le 19 février 1839 dans la Seine, près du pont d’Arcole.



    Pourtant, la nécrologie exacte de Mathurin Lesné avait été publiée dans le Feuilleton du Journal de la librairie du 26 février 1842.


    Roger Devauchelle (1915-1993), dans La Reliure (Paris, Éditions Filigranes, 1995, p. 169) recopie servilement Beraldi, et augmente le nombre des adresses fantaisistes du relieur qui avaient été données par le célèbre bibliophile, malgré les indications fournies par les publications du poète.




    Après huit années de travail, Lesné publia La Reliure, poème didactique en six chants (Paris, Lesné et Nepveu, 1820, in-8, 252 p.), avec l’aide de son ami Auguste-Nicolas Nepveu († 1837), libraire-éditeur dans le passage des Panoramas (IIe). L’ouvrage est dédié à son fils :


    « A dix-sept ans, tu es mon premier ouvrier ; à dix-sept ans, tu sais à-peu-près un art que je ne commençai à apprendre qu’à vingt-sept ; tu n’as plus qu’à t’y perfectionner. 

    C’est bien moins dans mon livre qu’il te faut étudier, que d’après nos grands ouvriers que tu dois t’efforcer d’imiter. […]

    Pénètre-toi bien que l’état le plus simple devient un art dans la main de celui qui l’exerce avec distinction […].

    Sans négliger l’embellissement, […] que la solidité soit ta principale étude […]. »


    La « Dédicace » est suivie d’une « Préface » :


    « Mon unique but a été de fixer, pour ainsi dire, mnémoniquement les principes fondamentaux de mon art, me réservant de développer quelques principes secondaires, seulement les plus essentiels, dans des notes […] »


    Le poème, suivi du « Mémoire relatif aux moyens de perfectionnement », est enrichi de notes particulièrement intéressantes sur le mécanisme de la reliure.


    Le chant premier est historique :


    « Gascon parut alors, et des premiers en France

    Sut mettre en sa reliûre une noble élégance ;

    Une solidité que Deseuil imita,

    Et que de surpasser personne ne tenta.

    Pasdeloup le suivit, puis le fameux Derome,

    […]

    Ces hommes ne visaient qu’au bien fait, au solide ;

    Le clinquant à leurs yeux était fade, insipide ;

    […]

    L’art pour beaucoup de gens devint trop malaisé ;

    La paresse inventa bientôt le dos brisé.

    Les parchemins, les nerfs parurent inutiles,

    On osa supprimer jusques aux tranchefiles ;

    L’élégance tint lieu de la solidité,

    On sacrifia tout à l’élasticité.

    Delorme effrontément supprima la couture ;

    D’autres auraient peut-être élagué l’endossure ;

    […]

    Les amateurs, outrés de tant de nonchalance,

    Envoyèrent long-temps leurs livres hors de France,

    Et chez nous ce bel art retombait au néan,

    Alors que s’établit le fameux Bozérian.

    Cet artiste amateur sut guérir sa patrie

    De regarder l’Anglais avec idolâtrie.

    […]

    Oui, Bozérian l’aîné, seul osa les combattre ;

    Son frère en l’imitant sut presque les abattre ;

    En marchant sur ses pas, Lefebvre, son neveu,

    Entre les deux parens tint un juste milieu.

    […]

    Tous trois seraient pourtant demeurés sans rival,

    S’il n’était survenu le soigneux Courteval ;

    […]

    Simier parut ensuite, et cet habile artiste

    Des ouvriers fameux semblait fermer la liste ;

    Près de lui le plus grand ne paraissait qu’un nain,

    Quand pour l’honneur de l’art s’établit Thouvenin ;

    […]

    Il est riche, pompeux, superbe, magnifique !

    Ses fers semblent poussés par l’art typographique,

    Et toujours élégant dans sa simplicité,

    Sait joindre la souplesse à la solidité. » [sic]


    Lesné ajoute en note :


    « Desseuil [Augustin Duseuil, relieur ordinaire du roi de 1717 à 1746] fut celui qui, après Gascon [Le Gascon, actif de 1622 à 1661], ajouta beaucoup à la solidité de la reliure et à son embellissement. […]

    Pasdeloup [Antoine-Michel Padeloup, relieur du roi de 1733 à 1758] et Derome [Jacques-Antoine Derome, actif de 1718 à 1760] étaient contemporains : ils travaillaient très solidement et très élégamment dans le goût de leur temps. […] Peu de relieurs ont trouvé le moyen de réunir la solidité à cette élasticité, tant estimée aujourd’hui. Les Courteval [actif rue des Carmes, de 1796 à 1836], Bozérian [Jean-Claude Bozérian, dit « l’Aîné », actif de 1795 à 1812, et François Bozérian, dit « le Jeune », actif de 1801 à 1818], Lefebvre, Simier, Thouvenin, et un très petit nombre avec eux, ont assez bien réuni ces deux extrêmes ; mais la plupart ne s’attachent qu’à l’embellissement souvent mal entendu, et à donner de l’ouverture à leur livre. De là est venue la mode presque universelle des reliures à la grecque, méthode très abréviative et pernicieuse, qui gâte presqu’autant de livres qu’on en relie […] » [sic]


    Le chant II est pour les préceptes généraux ; les chants III et IV traitent du corps d’ouvrage ; le chant V est « le chant du veau », selon l’expression de Beraldi ; le chant VI est celui de la dorure.



    Dans son Épître à Simier père, sur l’Exposition de 1823 (Paris, J. Renouard, 1827), datée du 15 décembre 1823, Lesné établit un parallèle entre René Simier (1772-1843) et Joseph Thouvenin (1790-1834) et montre sa préférence pour ce dernier. L’éditeur Jules Renouard (1798-1854) était son voisin d’en face, rue de Tournon, depuis 1826. Lesné, avait été admis à l’exposition, mais, inquiet sur le sort de son fils et de sa fille malades, n’eut pas le temps d’achever les ouvrages qu’il se proposait d’exposer. Cette épître, qui fait partie de la seconde édition du poème de La Reliure, a été tirée à part à 12 exemplaires.



    Cette « Seconde édition dédiée aux amateurs de la reliure » de La Reliure, poème didactique en six chants (Paris, l’Auteur et J. Renouard, 1827, in-8, 390 p.) ne fut tirée elle-même qu’à 125 exemplaires, numérotés en or, sur grand-raisin [sic] vélin, et offre, outre des rectifications, des additions d’opuscules alors épuisés : « Lettre d’un relieur français à un bibliographe anglais », « Épître à Thouvenin », « Épître à Simier père, sur l’Exposition de 1823 », « Satire à mon esprit », une déclaration de l’auteur – « je vais m’occuper maintenant de mettre en ordre et de rédiger les matériaux amassés depuis long-temps [sic] pour le Manuel du Relieur, que je me propose de publier par la suite » –, des « Notes des pièces diverses » et un « Vocabulaire explicatif et analytique des termes techniques ». L’ouvrage fut publié broché et « cartonné par l’auteur d’après ses procédés ».

    Georges Vicaire (1853-1921), dans son Manuel de l’amateur de livres du xixe siècle (Paris, A. Rouquette, 1904, t. V, col. 260), précise qu’il existe quatre cartons :

    -          pour les pages 89-90 correspondant aux pages 95-96.

    -          pour les pages 107-108-109 et 110 (cette dernière blanche).

    -          pour les pages 323-324-325 et 326.

    -          pour les pages 347-348-349 et 350.

    Le bibliographe explique comment reconnaître les exemplaires cartonnés de ceux qui ne le sont pas :

    -          p. 96 : après le vers « Défiez-vous des gens qui sans cesse vous louent. » qui figure dans le premier texte, les deux vers suivants sont ajoutés dans le carton : « Incapables sur rien de donner leur avis, Tout est bien à leurs yeux, alors qu’ils sont servis. »

    -          p. 108 : les vers suivants qui figurent dans le premier texte, sont supprimés dans le carton : « Je ferai mieux un jour, j’en conçois l’espérance, Si vous me précédez, je suis payé d’avance. »

    -          p. 326 : après le vers « S’attribuer l’esprit, le talent des graveurs, » qui figure dans le premier texte, les deux vers suivants sont ajoutés dans le carton : « Tous deux nous avons vus [sic] des Prussiens, des Cosaques, Se prélasser bien haut, quand ils poussaient leurs plaques. »

    -          p. 348 : après le vers « C’est un tyran qui vise au pouvoir absolu » qui figure dans le premier texte, les deux vers suivants sont ajoutés dans le carton : « De ses anciens excès gardons mieux la mémoire, Et ne lui laissons pas remporter la victoire. »



    
    Reliure de Debes sur La Reliure (1827)
    New York, 21 mars 2005, 7.200 $
    
    Dès la « Préface » de son célèbre Manuel du relieur (Paris, Roret, 1827, p. vj-ix), Louis-Sébastien Le Normand (1757-1837), professeur de technologie et des sciences physico-chimiques appliquées aux arts, cite avantageusement l’ouvrage de Lesné :


    « Celui de M. Lesné, intitulé la Reliure, poëmedidactique, est plutôt une critique judicieuse des manipulations vicieuses introduites dans l’art dont il traite, qu’une description de cet art. L’histoire de la reliure y est tracée avec assez d’exactitude. Les deux Mémoires qui terminent son poëme sont spécialement destinés aux divers perfectionnemens qu’il propose d’introduire dans l’art qu’il exerce, pour donner aux reliures les trois qualités essentielles que tout connaisseur recherche, l’élasticité, la solidité et l’élégance. » [sic]



    
    Reliure de Lesné sur La Reliure (1820)
    New York, 27 juin 2005, 3.360 $
    Les reliures de Mathurin Lesné sont extrêmement rares, non seulement sur le marché, mais aussi dans les collections publiques et privées.

    Ses travaux finirent par attirer sur lui l’attention de plusieurs amateurs et Lesné obtint, de 1832 à 1834, une place de chef d’atelier, et non de professeur, comme il le dit lui-même, à l’Institut royal des sourds-muets, établi rue Saint-Jacques.


    Il fut aussi l’auteur d’un  Mémoire présenté au jury de l’Exposition de 1834 sur les cartonnages conservateurs (Paris, J. Renouard, mai 1834) :


    « Le principal but de ces Cartonnages est de faciliter l’usage des livres dès qu’ils sont imprimés […]. Leur principal mérite est de conserver les livres intacts jusqu’à la reliure définitive.

    Ces cartonnages, cousus sur toile dans toute leur longueur, faits sans colle adhérente aux livres, bien que très solides et pouvant supporter autant de lectures réitérées qu’on peut le désirer, peuvent être défaits très facilement sans que les livres soient nullement endommagés, ce qui n’arrive jamais avec les cartonnages dits à la Bradel. […] ; je publie mon procédé, je n’en fais aucun mystère, et désire dans l’intérêt de la conservation des livres, que beaucoup d’ouvriers français et étrangers l’exploitent. Mais comme il est juste que chacun réponde de ses œuvres, afin que le public ne puisse être trompé, je l’avertis que de tout temps mes reliures ont porté mon nom, et que ces cartonnages soit à dos de toile, en simple carton, soit en demi-reliure à dos de veau ou de maroquin, porteront tous sur la garde voisine du titre un timbre sec avec ces mots :

    Exposition de 1834  Cartonnages conservateurs de Lesné. »



    Il adressa ce Mémoire avec une Lettre d’un relieur français aux principaux imprimeurs, libraires, relieurs et bibliophiles de l’Europe (Paris, J. Renouard, mai 1834) :


    « Fidèle à mes antécédents, je ne prendrai pas plus pour ce genre de cartonnage, un brevet que je n’en ai pris pour ma reliure en cuir sans carton et cousue sur lacets de soie […]. Je terminerai, messieurs, cette lettre, par quelques instructions touchant l’exécution de ces cartonnages. […] le manuel du relieur et de l’amateur de reliure paraîtra en 1835, grand in-8° ou peut-être même in-4°, le format n’est pas encore bien arrêté ; le prospectus en sera publié immédiatement après le cours public de reliure que j’ouvrirai au mois de février prochain […]. Il sera tiré du Manuel cinquante exemplaires sur grand et beau papier vélin, tous seront numérotés de 1 à 50, et seront cartonnés par moi, les vingt-cinq premiers exemplaires seront offerts aux vingt-cinq relieurs qui auront été jugés les mériter par leurs propres talens bien plus que par l’importance de leur établissement. » [sic]


    De son Manuel, il n’a paru que le prospectus. On ne connaît aussi que le Prospectus de mise en souscription de reliures à bordures typographiques, inventées par Lesné en 1835. Il dédia à sa fille un poème intitulé Esther, ou l’Éducation paternelle, poème en six chants, dédié aux demoiselles à marier (Paris, Lesné, 1839), daté du 26 novembre 1831, par L.R.F. [Lesné Relieur Français], suivi de Lycas et Stilla. Idylle, avant de publier sa dernière poésie, À la gloire immortelle des inventeurs de l’imprimerie (Paris, l’Auteur, s.d. [1840]).


    Les travaux de Mathurin Lesné intéressèrent encore les amateurs, longtemps après sa mort. Luigi Odorici (1809-1882), professeur de littérature à Modène, exilé politique en France en 1831, s’était retiré à Dinan, où il devint conservateur de la bibliothèque et du musée qu’il créa en 1845. Il publia une troisième édition, avec des notes, de La Reliure, poème didactique en six chants  (Dinan, J.-B. Huart, 1853, in-8, 106 p.) : « Désirant que ce petit volume intitulé La Reliure fut rarissime, je n’en ai fait imprimer que 5 exemplaires, pour l’offrir aux personnes qui me sont chères » [lettre à Claude de Barthélemy, inspecteur général de la préfecture des Côtes-du-Nord, 20 novembre 1853]. Le Docteur Joachim-Agathon-Adjutor Rattel, ancien médecin de l’Institution nationale des sourds-muets et de la Clinique nationale des maladies de l’oreille, publia, d’après le manuscrit original laissé par Lesné, un Petit Manuel du relieur, à l’usage des sourds-muets (Paris, Dispensaire du Louvre, 1896).


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    L'ouvrage suivant a été primé cette année :

    " Catalogues régionaux des incunables des bibliothèques publiques de France.
    Volume XVIII. Bibliothèque de l'Ecole nationale supérieure des Beaux-Arts."
    Edité par Dominique Coq. Collection Histoire et Civilisation du livre. Ecole
    Pratique des Hautes Etudes (E.P.H.E.). Genève, Librairie Droz, 2012, 334 p., ill.




     
    
    Cazin or not Cazin ?
    London, John Brindley, 1749
    







    
















    
    

















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    La bibliophilie naquit un jour du développement progressif du goût pour la collection de l’objet livre, pour le plaisir, aux dépens de la collecte du livre utile, pour l’instruction.
    Parallèlement se développèrent la librairie spécialisée dans le commerce du livre ancien et les ventes aux enchères de livres. Deux libraires parisiens, Prosper Marchand (1678-1756) et Gabriel Martin (1679-1761), travaillèrent ensemble au perfectionnement décisif des catalogues de vente.    
      
    Prosper Marchand, fils d’un musicien du Roi, est né à Saint-Germain-en Laye (Yvelines) le 11 mars 1678. Ayant perdu sa mère alors qu’il avait 5 ans, il fut élevé chez son grand-père maternel, à Guise (Aisne), puis fit des études à Versailles. Mis en apprentissage en 1693 chez quatre libraires parisiens – successivement Robert Pépie, Jean Guignard, Edme Couterot et Nicolas Pépie –, il fut reçu libraire le 1er août 1698 et s’installa en 1701 rue Saint-Jacques, à l’enseigne du Phénix, vis-à-vis la fontaine Saint-Séverin. Il travailla en étroite collaboration avec Gabriel Martin, édita quelques ouvrages, conçut plusieurs catalogues de livres et rassembla une bibliothèque personnelle. Passé à la Réforme, il fut obligé, à la fin de l’année 1709, de s’exiler en Hollande : il vécut successivement à La Haye, Amsterdam et Rotterdam, tenta en vain de s’établir en Angleterre, et revint se fixer définitivement à La Haye en 1726. Il s’était retiré officiellement des affaires de librairie en 1713, mais il poursuivit des transactions sur les livres, devint correcteur, puis rédacteur dans des journaux littéraires. Il mourut dans la misère, le 14 juin 1756, après avoir légué sa bibliothèque d’environ 3.000 volumes à l’Université de Leyde. Il fut l’auteur d’une Histoire de l’origine et des premiers progrès de l’imprimerie (La Haye, Veuve Le Vier et Pierre Paupie, 1740) et d’un Dictionnaire historique, ou Mémoires critiques et littéraires, concernant la vie et les ouvrages de divers personnages distingués, particulièrement dans la République des lettres (La Haye, Pierre de Hondt, 1758-1759).
    Les deux premiers catalogues de Prosper Marchand furent des catalogues de vente : Bibliotheca Bigotiana (1706) et la Bibliotheca D. Joannis Giraud (1707). Contrairement à ce qu’affirme Christiane Berkvens-Stevelinck (Prosper Marchand. La Vie et l’Œuvre. Leyde, Brill, 1987, p. 12), le troisième fut aussi un catalogue de vente : l’exemplaire d’Antoine Moriau du Catalogus librorum bibliothecae domini Joachimi Faultrier (1709) porte des mentions manuscrites de prix (Bibliothèque de l’Institut, cote 8° AA1871). Seul le troisième catalogue est nommément attribué à Marchand, qui y reconnaît lui-même la paternité des deux autres.


    D’une famille de libraires et imprimeurs établis depuis le xvie siècle à Paris, rue Saint-Jacques, à l’enseigne du Soleil d’or,Gabriel Martin naquit à Paris le 2 août 1679. Il servit pendant près de quatre ans chez Jacques Villery, dont il épousa la fille, Louise-Geneviève. Reçu libraire le 17 mars 1700, imprimeur en 1701, il s’installa rue Saint-Jacques, sur la paroisse Saint-Séverin, sous  l’enseigne de l’Étoile d’or. Entre 1702 et 1709, il collabora étroitement avec Prosper Marchand, son meilleur ami depuis 1698, pour proposer des ouvrages à leurs clients, notamment dans un Catalogue des livres qui se vendent à Paris chez Prosper Marchand, et Gabriel Martin, Libraires,  rue S. Jacque [sic], vis-à-vis la Fontaine S. Severin, au Phenix en 1703, et perfectionner la technique du catalogue de vente. Il mourut le 2 février 1761, âgé de 83 ans.


    Jusqu’au temps de Gabriel Martin, les catalogues de livres se faisaient par ordre de formats, ce qui obligeait de parcourir plusieurs fois la même classe pour trouver ce qu’on cherchait.
    À partir de 1708, avec le catalogue Cloche, Martin adopta les 5 grandes classes (théologie, jurisprudence, sciences et arts, belles-lettres et histoire), que son ami Prosper Marchand (1678-1756) avait utilisées deux ans auparavant dans son catalogue Bigot. Mais il ne suivit cependant pas Marchand dans son revirement du catalogue Faultrier (1709) : les livres y sont décrits en une seule liste, quel que soit leur format, et se divisent en trois grandes classes – philosophie, théologie, histoire –, précédées d’une « Introductio ad rem librariam » pour la bibliographie et suivies d’un « Appendix » pour les polygraphes, mélanges et dictionnaires. Marchand explique son nouveau système bibliographique dans la « Praefatio, seu Epitome systematis bibliographici » qui est en tête du catalogue Faultrier. En reniant ses catalogues Bigot et Giraud, Marchand a perdu la paternité du système bibliographique dit « des libraires de Paris », auquel Martin demeurera toujours fidèle.

    Martin ne se décida au mélange des formats et à la présence d’une table alphabétique des auteurs qu’en 1711 dans son catalogue Bulteau. Le catalogue Barré, « dressé du vivant de M. Barré par une personne intelligente qui y avait travaillé avec lui [Chapoteau], est un des plus parfaits de ceux que Gabriel Martin a publiés : le classement en est irréprochable et les anonymes y sont dévoilés avec beaucoup de curiosité. » (P.L. Jacob, bibliophile. In Bibliothèque dramatique de monsieur de Soleinne. Paris, Alliance des arts, 1844, p. 186, n° 810)
    Le nombre de catalogues de ventes publiques ou à usage privé qui sont dus à ses soins, de 1705 à 1761, s’élève à 148, dont 22 avec tables. Les plus remarquables de ceux rédigés pour la vente sont les suivants :




    . Bibliotheca Bultelliana : seu Catalogus librorum bibliothecæ v. cl. d. Caroli Bulteau, regi a consiliis & secratariorum regiorum decani. (Paris, Pierre Giffart et Gabriel Martin, 1711, 2 vol. in-12, [10]-xxxvj-499-[1 bl.] p., 4.768 lots ; [2]-535 p. chiffrées 501-1.035, 4.051 lots numérotés 4.769-8.819). L’ « Index authorum » du t. II renvoie aux pages des deux volumes.

    D’une famille distinguée dans la magistrature, Charles Bulteau (Rouen, 1627 - Paris, 1710), Conseiller du Roi, doyen des Secrétaires du Roi, est le frère de l’historien bénédictin Louis Bulteau (1625-1693) et l’auteur de De la presseance des rois de France, sur les rois d’Espagne (Paris, Louis Billaine, 1674).




    . Bibliotheca Baluziana : seu Catalogus librorum bibliothecæ v. cl. d. Steph. Baluzii Tutelensis. (Paris, Gabriel Martin et Jean Boudot, 1719, 3 parties en un in-12, [16]-XXXII-[2]-527-[1 bl.] p., 5.762 lots ; [2]-497, chiffrées 601-1.097-[1 bl.] p., 5.037 lots numérotés 5.763-10.799 ; [4]-136-116 p., 1.672 lots et 7 armoires). « Pars prima » pour les in-fol. et in-4 ; « Pars secunda » pour les in-8, in-12 et petits formats ; « Pars tertia » pour les manuscrits. Le feuillet 63-64 de la 3e partie est doublé.

    Dans son testament, Étienne Baluze (Tulle, 1630 – Paris, 1718), bibliothécaire de Colbert et professeur de droit canonique au Collège royal, institua pour légataire universelle Geneviève-Magdeleine Muguet, veuve Le Maire, fille de son ami imprimeur François Muguet (1630-1702), précisant :

    « Je deffends et prohibe expressément la vente de ma bibliothèque en gros, volant qu’elle soit vendue en détail au plus offrant et dernier enchérisseur, afin que les curieux puissent en avoir leur part, y ayant une très-grande quantité de livres rares, difficiles à trouver, que les gens de lettres seront bien aises d’avoir occasion d’acquérir. J’excepte néantmoins de cette prohibition ma bibliothèque de manuscrits, au cas qu’il se trouve quelqu’un qui les veuille acheter en gros et en donner un prix raisonnable, dont ma légatrice universelle puisse estre contente. » [sic]


    . Bibliotheca Fayana, seu Catalogus librorum bibliothecæ ill. viri d. Car. Hieronymi de Cisternay du Fay, gallicanæ cohortis prætorianorum militum centurionis. (Paris, Gabriel Martin, 1725, in-8, [14]-xxij-450-107-[54] p., portrait frontispice, 4.414 lots). L’ « Index auctorum » renvoie aux pages.

    Charles-Jérôme de Cisternay du Fay (Paris, 1662 - 1723), capitaine aux gardes françaises, avait eu une jambe emportée d’un coup de canon au bombardement de Bruxelles en 1695 ; il fut obligé de renoncer au service et se consola dans la bibliophilie. À propos du catalogue, l’avocat Mathieu Marais (1665-1737) écrivit : « ce n’est pas une bibliothèque, c’est une boutique de livres curieux faite pour vendre et non pour garder ».


    . Musæum selectum, sive Catalogus librorum viri clariss. Michaelis Brochard. (Paris, Gabriel Martin, 1729, in-8, xvj-325-[1 bl.]-[42] p., 3.034 lots). L’ « Index auctorum » renvoie aux pages. Imprimé par Jacques Guérin.

    L’abbé Michel Brochard, professeur au collège Duplessis, puis au collège Mazarin, passa la plus grande partie de sa vie à se former une collection de livres précieux, dont il exigeait une telle beauté, une telle conservation et une telle condition qu’l fit souvent le désespoir des libraires et des relieurs auxquels il s’adressait.

    « Il les lui falloit en blanc & en grand papier, autant que la chose étoit possible ; […] Il choisissoit toûjours son exemplaire feuille à feuille sur quantité d’autres ; & la moindre tache, la moindre déchirure étoit un titre d’exclusion pour la feuille qui en étoit malheureusement atteinte : ce qui, sans jamais fatiguer sa patience, poussoit souvent à bout celle du Marchand. Sa délicatesse sur le fait des relieures ne donnoit pas moins d’exercice aux gens du métier. On ne pouvoit conserver assez à son gré les marges d’un Livre ; & il étoit des plus clairvoyans sur toutes les circonstances ou les minucies qui prouvent qu’un Livre sort des mains d’un Relieur habile & attentif. Aussi presque tous ses Livres sont-ils des mieux conditionnez & des mieux conservez ; c’est-à-dire, reliez en veau fauve ou en maroquin de toutes couleurs, & dorez sur tranche pour la plûpart ; bien margez & collationnez avec une exactitude, qui doit mettres en sureté contre les imperfections ou les défectuositez si frequentes dans les Livres ordinaires, quiconque voudra faire emplette de ceux de M. Brochard » [sic]   


    . Catalogus librorum bibliothecæ illustrissimi viri Caroli Henrici comitis de Hoym, olim regis Poloniæ Augusti II. apud regem christianissimum legati extraordinarii. (Paris, Gabriel et Claude Martin, 1738, in-8, [6]-xx-528-[58] p., 4.785 lots). L’ « Index auctorum » renvoie aux pages.

    L’un des plus célèbres bibliophiles de tous les temps, Charles-Henri comte de Hoym (Dresde, 1694 - Königstein, 1736), fut ministre plénipotentiaire en France de l’électeur de Saxe et roi de Pologne de 1720 à 1729. Il acheta en 1725 la « Fayana », et, trois ans plus tard, de nombreux ouvrages à la vente de la « Colbertine ». Sous la fausse accusation d’avoir livré à la manufacture de Sèvres les secrets de la fabrication de la porcelaine de Saxe, il fut arrêté comme intrigant et emprisonné à la forteresse de Königstein, où il se suicida par pendaison.


    . Catalogue des livres de feu M. Bellanger, trésorier général du sceau de France. (Paris, Gabriel et Claude Martin, 1740, in-8, [4]-xxviij-[4]-638 p., 3.706 lots), suivi du Catalogue des estampes du cabinet de feu M. Bellanger, trésorier général du sceau (xij p., 62 lots), suivi d’une Table des auteurs (45-[3] p.). Ce catalogue ayant été imprimé dans plusieurs imprimeries en même temps, la numérotation des lots est désordonnée et la table des auteurs inutilisable.


    Toussaint Bellanger, ancien notaire au Châtelet, trésorier général du sceau de France, mourut sans laisser d’enfants.
    « On ne doit point s’attendre de trouver ici une Bibliotheque générale & suivie, mais un choix de Livres sur toutes les matieres, bons par eux-mêmes & par leurs Editions, suffisant pour former le Cabinet d’un Homme du Monde, qui ne donne point dans les Sciences, & qui ne veut des Livres que pour s’instruire & s’amuser. La condition en est très-belle, la plupart sont en maroquin ou en veau doré sur tranche, de la relieure du célébre Boyet Relieur du Roi. » [sic] 


    . Catalogue des livres de feu M. Barré, auditeur des comptes (Paris, Gabriel Martin, 1743, 2 vol. in-8, [4]-xxxiv-409-[1 bl.] p., 3.338 lots ; [2]-472 p. chiffrées 411-882-[2]-69-[3] p., 4.262 lots numérotés 3.339-7.600). La « Table des auteurs » du tome II renvoie aux pages.


    Jean-Louis Barré était Conseiller du Roi, auditeur ordinaire en sa Chambre des comptes.
    « On sera peut-être surpris que dans un Cabinet de plus de dix mille volumes, il se trouve si peu de grands Livres, & de ces Collections qu’on regarde comme des objets capitaux & essentiels dans les Bibliotheques ; mais par une conséquence des ses principes M. Barré jugeoit que ces grands objets détournoient de la recherche des Singularités, qui s’échapent de jour en jour, & deviennent plus rares & plus difficiles à rencontrer, au lieu qu’on peut avoir les autres en tout temps. » [sic]


    . Catalogue des livres de feu M. l’abbé d’Orléans de Rothelin (Paris, Gabriel Martin, 1746, in-8, [2]-xij-xxiv-618 p., portrait frontispice, 5.036 lots). La « Table des auteurs » renvoie aux pages.

    Charles d’Orléans (Paris, 1691- 1744), abbé de Rothelin, prit le goût des médailles antiques et des livres à Rome. Reçu à l’Académie française en 1728 et à l’Académie des inscriptions en 1732, il était un des bibliophiles les plus savants de son temps.


    . Catalogue de la bibliothèque de feu M. Burette, médecin de la faculté de Paris ; de l’Académie royale des belles-lettres ; & doyen des professeurs royaux. (Paris, G. Martin, 1748, 3 vol. in-12, xxxij-459-[1 bl.] p., 4.063 lots ; [2]-381 chiffrées 461-841-[1 bl.] p., 3.730 lots numérotés 4.064-7.793 ; [2]-363 chiffrées 843-1.205-[1 bl.]-[6] p., 2.398 lots numérotés 7.794-10.191). À la fin du t. III, un Index des « Variorum », des « Ad usum Ser. Delphini » et des « Elzevir » renvoie aux numéros des lots ; un « Index auctorum » renvoie aux pages.

    Pierre-Jean Burette (Paris, 1665 – 1747) était docteur en médecine de la Faculté de Paris, pensionnaire de l’Académie des inscriptions et belles-lettres et professeur de médecine au Collège royal de France.



    . Catalogue des livres du cabinet de M. de Boze. (Paris, G. Martin, H. L. Guérin et L. F. Delatour, 1753, in-8, [2]-x-552 p., 2.723 lots). La « Table des auteurs » renvoie aux pages. « Table des N°. des Elzevirs, des Dauphins, & des Variorum. »

    Claude Gros (Lyon, 1680 – Paris, 1753) était l’un des plus grands collectionneurs français de la première moitié du xviiie siècle. Un oncle maternel, trésorier de France, nommé de Boze, lui laissa son nom en même temps que sa charge. Numismate, il fut secrétaire perpétuel de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, reçu à l’Académie française et devint garde du Cabinet des antiques et médailles de la Bibliothèque royale en 1719.



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    Heures du Moyen Âge
    Paris, Gruel et Engelmann, 1887
    

    Fondateur d’une dynastie de relieurs qui exercèrent jusque 1967, Auguste-Pierre-Paul Gruel (Paris, 1er germinal an VIII [22 mars 1800] – 24 novembre 1846) avait repris en 1825, année de son mariage avec Éléonore-Marguerite Deforge (Paris, 1er janvier 1806 – 6 mars 1831), l’atelier que son beau-père, Isidore Deforge, avait fondé en 1811 rue Duphot (Ier). Il déménagea en 1834 rue Royale-Saint-Honoré (rue Royale, VIIIe), épousa en 1837 Catherine-Élisabeth-Aglaé Mercier (Montigny-en-Arrouaise, Aisne, 12 janvier 1813 – Fourdrain, Aisne, 3 octobre 1896) et spécialisa son entreprise dans la reliure de piété, confiant la dorure au jeune Marius Michel père (1821-1890). 

    Sa veuve se remaria en 1850 à l’imprimeur Jean Engelmann (Mulhouse, Haut-Rhin, 2 mars 1816 – Fourdrain, Aisne, 29 juillet 1875), fils de Godefroy Engelmann (1788-1839), introducteur de la lithographie en France et inventeur de la chromolithographie. L’atelier Gruel-Engelmann créa surtout des reliures de présent dans le style néo-gothique.


    
    Léon Gruel et le relieur Emile Mercier (1855-1910) en janvier 1903
    

    Veuve une seconde fois, Catherine Gruel-Engelmann s’associa à ses deux fils, Edmond-Jean-Godefroy Engelmann (Paris, 6 octobre 1851 – 11 janvier 1918) et Paul-Joseph-Léon Gruel (Paris, 14 mai 1841 –Cannes, Alpes-Maritimes, 7 novembre 1923).


    
    Léon Gruel, à gauche, et le peintre-illustrateur Louis-Edouard Fournier (1857-1917) en mai 1913
    (collection B. Hugonnard-Roche)
    

    Léon Gruel, premier président de la Chambre syndicale de la reliure fondée en 1889, resta le seul propriétaire en 1891 et accorda une place importante à la reliure d’art. Sa collection de reliures était célèbre. Il est l’auteur d’un Manuel historique et bibliographique de l’amateur de reliures (Paris, Gruel et Engelmann, 1887, 1.000 ex. numérotés ; Paris, Gruel et Leclerc, 1905, 700 ex. numérotés ; 2 vol. in-4). À la mort de sa femme, Caroline-Éléonore Cagniard (Saint-Quentin, Aisne, 2 mars 1844 – Paris, 8 janvier 1901), son fils Paul Gruel (Paris VIIIe, 7 juin 1864 – Paris, 16 avril 1954) lui succéda.

























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    Dans « Le Bibliomane »(in Paris, ou Le Livre des cent-et-un. Paris, Ladvocat, 1831, t. I, p. 99-100), Théodore, alias l’auteur, Charles Nodier (1780-1844), est obsédé par les reliures en maroquin et la hauteur des marges de ses Elzévirs, pour lesquels il a imaginé un « elzéviriomètre » [avec deux « i »] :


    « Théodore avait cessé d’écouter. Il venait de mettre la main sur un volume d’assez bonne apparence, auquel il s’était empressé d’appliquer son elzéviriomètre, c’est-à-dire, le demi-pied divisé presque à l’infini sur lequel il réglait le prix, hélas ! et le mérite intrinsèque de ses livres. Il le rapprocha dix fois du livre maudit, vérifia dix fois l’accablant calcul, murmura quelques mots que je n’entendis pas, changea de couleur encore une fois, et défaillit dans mes bras. […]

    Je continuais à l’interroger. Il parut céder à un mouvement d’expansion. “ Voyez en moi, me dit-il, le plus malheureux des hommes ! Ce volume, c’est le Virgile de 1676, en grand papier, dont je pensais avoir l’exemplaire géant, et il l’emporte sur le mien d’un tiers de ligne en hauteur. Des esprits ennemis ou prévenus pourraient même y trouver la demi-ligne. Un tiers de ligne, grand Dieu ! ” –

    Je fus foudroyé. Je compris que le délire le gagnait. »


    Cet elzéviriomètre a bien existé.


    En 1848, le libraire Joseph Techener (1802-1873) passa une annonce dans le Bulletin du bibliophile (N° 22-23-24, octobre-novembre-décembre 1848, p. 146) :



    On doit à Maurice Leloir (1851-1940), illustrateur de Le Bibliomane (Paris, L. Conquet, 1893, p. 15), la seule représentation connue d’un elzéviriomètre :



    Enfin, un elzéviriomètre semble avoir servi de marque page lors de la photocopie d’un exemplaire du Bulletin du bibliophile de 1847 :
























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  • 05/02/13--06:21: À l’heure des souvenirs
  • Au lendemain de la fermeture du XXVe Salon international du livre ancien, je réalise que j’étais à la 2e Foire internationale du livre ancien … il y a 28 ans.

    « Ce vendredi 21 juin 1985, nous étions de bonne heure quai de l’Horloge avec les plus passionnés, et avec un spécimen de notre N° I, avant la foule du samedi et du dimanche. Lundi, nous serons les quinze mille visiteurs de la 2 ème foire internationale du livre ancien.
    En un lieu unique, sous les voûtes séculaires de la Conciergerie, quatre-vingt-dix libraires offraient à nos yeux et aux yeux de nos doigts, cinquante mille volumes ! Passionnantes rencontres, de libraires, d’amis, de livres parmi les plus prestigieux.
    Un feuillet splendide de la Bible de Gutenberg imprimé sur peau de vélin. L’édition originale des œuvres d’Avicenne, en arabe, imprimée à Rome en 1593. Le plus beau livre sur la Corse, imprimé à Paris en 1821, illustré de quarante huit lithographies d’Engelmann. Un important ouvrage sur la Champagne aux armes de l’historien J.-A. de Thou, imprimé à Paris en 1572. Une impression rémoise de Nicolas Bacquenois datée de 1558.
    Pas moins de sept heures d’émerveillement …. et quelques regrets :les transactions entre confrères la veille (2/3 des ventes), les prix de foires souvent déraisonnables, l’absence des Américains, la présence de sandwichs aux environs de midi (où se lavait-on les mains ?), l’inefficacité du stand de la presse. Mais quel spectacle !
    Depuis, et malgré le calme estival, notre appel a été entendu. Aujourd’hui, nous sommes cent. Continuons !
    Reims, le 15 septembre 1985
    Docteur Jean-Paul Fontaine »
    [« Éditorial » in Le Bibliophile rémois, numéro 2-année 1985]

    
    Savador Miraglia, libraire à Lyon
    
    Bernard Clavreuil, libraire à Paris
    
    Auguste Bellanger (en blanc), libraire à Nantes
    
    François Chamonal, libraire à Paris
    
    Avec François Goulet (à droite), libraire à Reims
    

    
    Avec François Goulet (à gauche), libraire à Reims










































    

    



























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    Le chevalier Gabriel-Jacques-Jules Tandeau de Marsac (Saint-Léonard-de-Noblat, Haute-Vienne, 17 juillet 1786 – Royères, Haute-Vienne, 30 mars 1865)  épousa Marie-Geneviève-Pauline Noualhier, sa nièce, le 16 juin 1823 à Paris. De ce mariage sont issus : Henry-François en 1824, Gabriel-Jean-Amand [et non Armand] en 1825, Armand-Jules-François en 1826, une fille morte au berceau et Alexandre-Jean en 1831.

    Gabriel-Jean-Amand Tandeau de Marsac est donc né à Paris le 14 juin 1825. Notaire à Paris, il épousa à Paris (VIIe), le 22 janvier 1867, Claire Bélurgey de Grandville, de seize ans sa cadette, fille du préfet de la Meuse. De ce mariage sont issus : des jumelles mortes à leur naissance en 1868, Henri-Joseph-Hippolyte-Paul en 1869, Amédée-Louis-Joseph-Gabriel en 1873 et Paul-Armand-Victor-Marie en 1877. Doyen du corps des notaires de Paris, il mourut le 6 juin 1896, après une courte maladie, en son domicile, 23 place Dauphine (Ier).



    « Dès que les affaires lui laissaient un instant de répit, il quittait Paris pour venir passer quelques jours dans cette belle résidence de Brignac [propriété de la famille depuis 1824, à Royères] qu’il aimait tant et où il se trouvait si bien. Du haut de ce vert coteau, son regard embrassait presque toute la commune de Royère, qui lui devait tant et où sa sollicitude éclairée venait d’implanter une nouvelle et intéressante industrie. Il était demeuré membre du Conseil municipal de cette petite commune, qu’il avait jadis administrée, et il n’hésitait pas à faire deux cents lieues pour assister à une séance du Conseil. »

    La bibliothèque de Tandeau de Marsac se composait de près de 12.000 volumes.
    Parmi les manuscrits se trouvait l’ouvrage (n° 3) qui se vendra le plus cher de toute la bibliothèque, le samedi 1er mai 1897. S’il y avait peu d’incunables dans les imprimés, on rencontrait en revanche beaucoup d’excellents ouvrages du xvie siècle. La valeur de ces ouvrages était augmentée par de belles reliures aux armes ou des ex-libris recherchés. Tandeau de Marsac fut le fidèle client de Capé, puis de ses successeurs, Masson et Debonnelle. Les trois-quarts au moins des reliures de sa bibliothèque portent ces signatures. De loin en loin, on rencontre quelques Trautz. Dans la section belles-lettres, la plus nombreuse, Molière semblait bien être l’auteur préféré de Tandeau de Marsac. Comme beaucoup de bibliophiles, Tandeau de Marsac avait réuni un certain nombre de gravures, dans l’espoir d’augmenter la valeur de ses ouvrages.
    Très attaché au Limousin que toute sa famille habitait, Tandeau de Marsac avait acheté 222 lots sur les 1.213 lots du catalogue de la vente de la bibliothèque régionaliste d’Auguste Bosvieux (1831-1871), archiviste de la Creuse, dispersée à Limoges le 26 décembre 1887. En outre, son frère, le chanoine Armand-Jules-François Tandeau de Marsac (1826-1895) lui avait légué sa bibliothèque personnelle, où se trouvait une foule de raretés locales.

    Libraire-expert chargé de la vente, Charles Porquet fit six lots de la bibliothèque Tandeau de Marsac.

    Le premier lot comprenait les ouvrages qui se trouvaient en grande partie au château de Brignac. C’est celui qui n’a pas eu les honneurs d’un catalogue. Le commissaire-priseur de Limoges s’est borné à lancer le prospectus suivant, suivi d’une désignation sommaire :

    « Vente aux enchères publiques après décès de M. T. de M., par suite d’acceptation bénéficiaire, en vertu d’une ordonnance, de 5,000 volumes anciens et modernes en parfaite condition : archéologie, beaux-arts, littérature, histoire, histoire du Limousin, les jeudi 12, vendredi 13 et samedi 14 novembre 1896, à deux heures très précises, en la Salle des Ventes, rue Neuve-de-Paris, 12, Limoges. »

    Dès l’ouverture des portes, la plus grande partie des amateurs de Limoges, du département et des départements voisins, se trouvaient réunis ; aux libraires de Limoges étaient venus se joindre quelques libraires de Paris, dont Gougy. La vente s’est élevée à une dizaine de mille francs environ. Un catalogue aurait probablement attiré un plus grand nombre d’amateurs, et les prix se seraient élevés en proportion.

    Les livres vendus à Paris ont fait l’objet de cinq catalogues :



    Catalogue de livres rares manuscrits et imprimés provenant de la bibliothèque de feu M. T. de M. Première partie (Paris, Ch. Porquet, 1897, in-8, 181 p., 773 lots).
    Vente à l’hôtel Drouot en 6 vacations à partir du 26 avril 1897 : 126.758 fr.

    3. Bréviaire à l’usage d’une confrérie parisienne. In-4 de 438 ff., hauteur 242 millim., largeur 170 millim., velours rouge, tr. dor.
    Magnifique manuscrit sur vélin du XIVe ou du commencement du XVe siècle, orné de 60 grandes ou petites miniatures et d’une infinité de lettres initiales peintes. 13.900 fr.
    23. La Sainte Bible. (Par les Pasteurs de Genève.) A Lyon, par Jean de Tournes, 1554, 3 tomes en un vol. in-fol., réglé, figg. sur bois, veau fauve, compart. et arabesques, feuillages, mosaïques de couleurs noire, verte et blanche, dos orné, doré et argenté, tr. ciselée et dorée. (Rel. du XVIe siècle.)
    Superbe exemplaire orné d’une très riche et très élégante reliure portant sur les plats les trois croissants de Diane de Poitiers. 7.000 fr.
    25. Liber Psalmorum cum Canticis et Hymnis, jussu Reginae Matris impressus. Parisiis, apud Abel Langelier, 1586, in-12, réglé, titre gr., figg., mar. ol., fil., compart., feuillages, tr. dor. (Rel. du xvie siècle)
    Reliure en maroquin olive foncé couverte sur le dos et sur les plats de dorures représentant une suite régulière d’ovales formés par des feuillages. Ces ovales sont remplis alternativement par des D entrelacés, par des flammes de l’Ordre du Saint-Esprit et par des S barrés. Reliure faite pour Diane de France, fille légitimée de Henri II et mariée à Horace Farnèse, duc de Castro, puis à François de Montmorency, fils du connétable. 480 fr.
    26. Le Pseaultier de David, contenant cent cinquante Pseaumes. A Paris, chez Iamet Mettayer, 1586, gr. in-4, réglé, mar. brun, fil., tr. dor.
    Reliure exécutée pour le roi Henri III. Sur le dos du volume, les armes de France, la tête de mort et sa devise : Spes mea Deus. Sur les plats, les saintes femmes au pied de la croix. La reliure des plus belles, des plus riches et bien conservée, est entièrement couverte de dorure à petits fers, volutes, rinceaux, feuillages, marguerites, roses et pensées. 2.360 fr.
    61. Heures à lusaige de Rōme tout au long sās riens requerir. (A la fin :) Ont este nouuellement Imprimees a Paris par Guillaume anabat Imprimeur demourant en la rue sainct Jehā de beaulvais a lēseigne des Conis pres les grandes escolles de decret : pour Gillet hardouyn libraire et pour Germain hardouyn, s. d. In-8 (Almanach de 1500 à 1520), v. brun, fil., dent., ornements, fers à froid, tr. dor.
    Superbe exemplaire imprimé sur vélin, composé de 116 ff. et orné de 17 grandes figures et de 22 petites, toutes coloriées et rehaussées d’or et d’argent. Chaque page est entourée d’une très riche bordure représentant des ornements variés, des scènes de chasse, des sujets tirés de l’histoire du Vieux et du Nouveau Testament. Hauteur 247 millimètres. 3.005 fr.
    151. Essais de Michel seigneur de Montaigne. Cinquiesme édition, augmentée d’un troisiesme liuvre et de six cens additions aux deux premiers. A Paris, Chez Abel l’Angelier, 1588, in-4, titre gr., réglé, mar. marb., fil. dos orné, tr. dor. (Rel. anc.)
    Dernière édition publiée du vivant de l’auteur et la première où se trouve le troisième livre. On remarque sur les plats de ce volume le chiffre H.D. entouré d’un signe répété quatre fois et ayant la forme d’un S fermé, qui pourrait être celui de Henri d’Estrées. 1.000 fr.
    383. Le fond du sac, ou Restant des Babioles de M. X***, Membre éveillé de l’Académie des Dormans (par F. Nogaret). A Venise (Paris, Cazin [sic]), chez Pantalon-Phébus, 1780, 2 tomes en un vol. in-18, front. et 9 vignettes de Durand, mar. rouge, dent., dos orné, doublé de mar. bleu, dent., gardes de tabis, tr. dor. (Lortic.)
    Bel exemplaire contenant les dessins originaux du portrait et des 9 planches très finement exécutés à la plume, au crayon et à la sépia par le miniaturiste Durand. 1.200 fr.
    412. Choix de Chansons mises en musique par M. de La Borde. A Paris, chez de Lormel, 1773, 4 vol. gr. in-8, v. gr., dent., tr. dor. (Derome.)
    On a ajouté à l’exemplaire une lettre autographe signée : Delaborde, formant 3 pp. in-4, adressée « à M. de Voltaire, en son château de Ferney ». 1.500 fr.


    
    Edition de T. Jolly (T I) et L. Billaine (T II). Reliure signée M. Godillot
    Paris, Christie's, 29/04/2013, 6.875 €

    453. Les Œuvres de Monsieur Molière. A Paris, chez Claude Barbin et Thomas Jolly, 1666, 2 vol. in-12, frontispices, mar. bleu jans., doublés de mar. rouge, dent., tr. dor. (Trautz-Bauzonnet.)
    Edition précieuse, la première du Théâtre de Molière avec une pagination suivie. Hauteur : 147 millimètres. 1.025 fr.
    [Le privilège est donné à Gabriel Quinet le 6 mars 1666. Il y a des exemplaires aux noms de Louis Billaine, d’Estienne Loyson, de Guillaume de Luyne, de Jean Ribou, de Claude Barbin, de Thomas Jolly, et peut-être encore d’autres libraires.]
    454. Les Œuvres de Monsieur Molière. A Paris, chez Guillaume de Luyne et Claude Barbin, 1673, 8 vol. in-12, mar. rouge, fil., dos ornés, tr. dor. (Rel. anc.)
    Ces 8 volumes sont une réunion factice des Œuvres de M. de Molière publiées par G. de Luyne, Claude Barbin et J. Ribou sous la date de 1673. On ne connaît jusqu’à présent que cinq exemplaires de ce très curieux recueil. 6.000 fr.
    « Le privilège de 1666 expirait le 23 mars 1673, et d’un autre côté, Molière venait de mourir subitement en février de la même année. Il avait obtenu un nouveau privilège dès le 16 mars 1671 pour faire imprimer ses œuvres complètes. N’est-il pas naturel de supposer que les libraires associés pour l’exploitation du privilège de 1666, voulant profiter du regain de popularité qui se faisait autour de la tombe du grand comédien, aient jugé à propos d’exploiter leur privilège jusqu’au bout, et fait paraître à la hâte cette édition de 1673 » (A. Claudin in Cabinet de feu Mr A. Rochebilière, 1882)
    Grand sujet d’orgueil de Tandeau de Marsac, ce Molière lui fut vendu vers 1878 par les libraires Gouin et Fontaine pour le prix de 20.000 fr., prix de faveur, car le baron J. de Rothschild était décidé à en donner 30.000 fr. Les deux libraires, associés pour la circonstance, l’avaient acheté 1.500 florins en Hollande.  



    659. Discours sur l’histoire universelle à Monseigneur le Dauphin, pour expliquer la suite de la Religion et les changemens des Empires, par Mre Jacques Benigne Bossuet. A Paris, chez Sébastien Mabre-Cramoisy, 1681, in-4, mar. rouge, fil., dos orné, tr. dor. Edition originale. Superbe exemplaire tiré sur grand papier. Aux armes de Michel Le Tellier, Chancelier de France. 2.125 fr.  
    Exemplaire vendu 6.400 fr. à la vente Turner (1878), puis marqué 8.000 fr. dans le catalogue Fontaine (1879). Le 6 mai 2011 (Paris, Alde), sur une estimation à 6.000/8.000 €, cet exemplaire a été adjugé 39.000 €.
    661. Jac. Aug. Thuani Historiarum sui temporis. Parisiis, apud Abrosium et Hieronymum Drovart, 1604, 2 vol. in-8, front. gr., avec un joli portrait de Henri IV, vél. blanc, fil., tr. dor.
    Très bel exemplaire tiré sur grand papier. Aux armes du roi Henri IV. 1.505 fr.
        


    Catalogue de beaux et bons livres modernes avec illustrations et dessins originaux collections diverses grands ouvrages à figures livres imprimés sur peau vélin provenant de la bibliothèque de M. T. de M. Deuxième partie (Paris, Ch. Porquet, 1897, in-8, 60 p., 388 lots).
    Vente à l’hôtel Drouot en 3 vacations à partir du 22 mars 1897 : 51.767,50 fr.

    29. Beaumarchais. La Folle Journée, ou le Mariage de Figaro. De l’Imprimerie de la Société littéraire-typographique, et se trouve à Paris, chez Ruault, 1785, gr. in-8, réglé, figg., cart., tr.dor. Exemplaire tiré sur grand papier vélin, contenant les 5 figg. dess. par Saint-Quentin, gr. par Halbou, Liénard et Lingée, épreuves en double état avant et avec la lettre. 1.100 fr.
    308. Redouté (P.-J.). Les Liliacées. Paris, l’auteur, an VIII, 1802-1816, 8 tomes en 4 vol. in-fol. max. pap. vélin, 588 planches coloriées, demi-rel. mar. vert, dos et coins, tête dor., non rognés. Exemplaire tiré sur grand papier. Sur le dos des volumes, le chiffre couronné de Napoléon Ier. 1.150 fr.
    322. Saint-Pierre (Jacques-Bernardin-Henri de). Paul et Virginie. Paris, de l’Imprimerie de Monsieur, 1789, pet. in-12, mar. bleu, fil., doublé de tabis, dent. int., tr. dor. (Bozérian [sic].) Edition originale. Exemplaire tiré sur papier vélin, contenant les 4 figures dess. par Moreau et Vernet, épreuves avant la lettre. Portrait de Bernardin de Saint-Pierre, d’après Lafitte, ajouté. 1.200 fr.
    376. Voltaire. Œuvres complètes. A Paris, chez Ant.-Aug. Renouard, 1819-1825, 66 vol. in-8, gr. pap. vélin, demi-rel. mar. violet, dos ornés, non rognés. (Hering.)
    Avec la suite complète des 80 dessins originaux de Desenne exécutés à la sépia. 1.155 fr.


    Catalogue de bons livres anciens et modernes provenant de la bibliothèque de M. T. de M. Troisième partie (Paris, Ch. Porquet, 1897, in-8, 93 p., 903 lots).
    Vente à la salle Silvestre en 6 vacations à partir du 3 mars 1897 : 13.313,50 fr.

    Catalogue de bons livres anciens et modernes manuscrits et imprimés relatifs au Limousin et provinces voisines provenant de la bibliothèque de M. T. de M. Quatrième partie (Paris, Ch. Porquet, 1897, in-8, 55 p., 512 lots).
    Vente à la salle Silvestre en 3 vacations à partir du 8 avril 1897 : 7.000 fr.

    Catalogue de vignettes anciennes et modernes dessins originaux portraits provenant de la bibliothèque de M. T. de M. Cinquième partie (Paris, Charles Porquet et Paul Roblin, 1897, in-8, 28 p., 186 lots).
    Vente à l’hôtel Drouot le 26 mars 1897 : 9.864 fr.


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    Dans « Portraits de libraires. Les frères Garnier », article signé « H.C. Libraire-expert au Tribunal de la Seine » [Honoré Champion (1846-1913)], paru dans le Bulletin de l’Association amicale professionnelle des commis-libraires français (Paris, A. Fleury, 1913), les légendes de leurs portraits en photographie ont été inversées.



    
    Les légendes sont inversées
    
    La révélation de cette erreur, qui n’a pas été corrigée dans l’Histoire de l’édition française (Paris, Promodis, 1985, t. III, p. 168), est venue de la vente récente [Paris, Millon & associés, Ugo Paolantonacci, expert, 7 décembre 2010] d’un portrait au crayon d’Auguste Garnier, réalisé par Diogène Maillart (1840-1926), d’après la photographie incriminée et fautivement attribuée à son frère Hippolyte, portant la dédicace « Monsieur Auguste Garnier hommage de l’auteur D Maillart », qui atteste l’identité du portraituré.


    
    Auguste Garnier
    
    Ce fut l’occasion de corriger également certaines dates qui n’avaient pas été vérifiées sur les actes authentiques.


    Tous deux nés à Lingreville (Manche), Auguste-Désiré le 24 octobre 1812, François-Hippolyte le 14 mars 1815, les frères Garnier arrivèrent à Paris en 1828. Ils furent commis libraires pendant quelques années : Auguste à la librairie Saint-Jorre, boulevard Montmartre, Hippolyte à la librairie Delaroque, boulevard des Capucines.



    
    Galerie d'Orléans au Palais Royal
    
    Auguste s’établit dès 1833, avec son jeune frère Hippolyte, au Palais-Royal, dans la superbe galerie d’Orléans ou péristyle Montpensier, paradis des bibliophiles aujourd’hui démoli. Ils furent rejoints par leur frère aîné, Pierre-Auguste (Lingreville, 1807-Paris, 1899), qui avait débuté à la librairie Truchy, boulevard des Italiens. Ils obtinrent tous les trois leur brevet de libraire : Auguste le 9 mars 1835, Hippolyte le 22 février 1838 et Pierre le 28 mars 1838.

    Pierre vécut avec ses frères, mais fit commerce de son côté. Il fut condamné en 1854 pour avoir été en possession de gravures obscènes et aurait fait un an de prison sans l’intervention de Jules Taschereau (1801-1874), ancien député et administrateur adjoint à la Bibliothèque nationale.

    Le benjamin, Baptiste-Louis Garnier (Quettreville, 1822-Rio-de-Janeiro, 1893), les seconda jusqu’en 1844, quand il décida alors de se rendre à Rio-de-Janeiro, où il ouvrit une modeste librairie au 69 rue d’Ouvidor en 1846. Travailleur infatigable, il fut bientôt l’éditeur attitré des écrivains brésiliens qu’il faisait imprimer à Paris. On lui doit la création au Brésil du format in-8° et in-12 allongé, lancé en France par Calmann-Lévy. Deux ans avant sa mort, il refusa une offre d’achat de sa librairie, qui, à l’époque, atteignait six  millions de francs.


    Après des débuts modestes, les affaires des frères Garnier se développèrent et ils furent bientôt acquéreurs des fonds Delloye, place de la Bourse, en 1846, Dubochet, rue Richelieu, en 1848 et Salva, rue de Lille, en 1849.

    De 1845 à 1853, les deux frères occupèrent également le 10 de la rue Richelieu (Ier), voisin du Palais-Royal. Toujours les premiers au travail, Auguste organisait la librairie, Hippolyte spéculait en Bourse. Au milieu du mouvement révolutionnaire, quelques-unes de leurs publications atteignirent des chiffres de tirage inconnus jusqu’alors. Dans son Tableau de Paris (Paris, Paulin et Le Chevalier, 1853, t. II, p. 109), le journaliste Edmond Texier (1816-1887) se souvint du Palais-Royal :


    « C’est dans le péristyle Montpensier que se trouve la librairie des frères Garnier, les éditeurs intrépides des brochures pamphlétiques [sic], du temps qu’il y en avait. Aussi voyait-on souvent, sous la dernière République, la foule se réunir devant leur étalage pour se procurer quelque nouvel ouvrage de Proudhon, quelque pamphlet d’un Chenu ou autre, et donner ainsi à cette extrémité de la galerie vitrée une apparence émeutière. »



    
    1 rue de Lille
    
    Tout en conservant leurs locaux du Palais-Royal, les frères Garnier s’installèrent en 1852 dans le quartier des antiquaires, à l’angle des rues des Saints-Pères et de Lille (VIIe), dans l’hôtel Pidoux, construit en 1640, dont il ne reste aujourd’hui du xviie siècle que le balcon de l’appartement au premier étage du 6 rue des Saints-Pères et la porte monumentale du 1 rue de Lille.


    En 1854, les frères Garnier devinrent propriétaires de la « Bibliothèque latine-française » de Charles-Louis-Fleury Panckoucke (1780-1844), formée des principaux auteurs latins et composée de 211 volumes : cette collection avait acquis dans le monde savant une haute réputation, tant par la fidélité de la traduction et par l’exactitude du texte qui se trouve en regard, que par les notices et les notes savantes qui l’accompagnent.  


    Après la publication de l’ouvrage du socialiste Pierre-Joseph Proudhon (1809-1865) intitulé De la justice dans la Révolution et dans l’Église. Nouveaux principes de philosophie pratique (Paris, Garnier frères, 1858, 3 vol.), le gouvernement, convaincu que cette œuvre était un outrage à la religion, fit saisir les exemplaires de l’ouvrage et déféra l’auteur et l’éditeur à la justice. Aggravant le délit, l’auteur répondit par une Pétition au Sénat, qui fut saisie à son tour. Le 2 juin 1858, le tribunal condamna  l’auteur à trois ans de prison, 4.000 francs d’amende et la suppression de ses deux ouvrages, l’éditeur Auguste Garnier à un mois de prison et 1.000 francs d’amende, l’imprimeur P.-A. Bourdier, rue Mazarine, à quinze jours de prison et 1.000 francs d’amende, l’imprimeur Jules Bry « Aîné », boulevard Montparnasse, à quinze jours de prison et 200 francs d’amende. Député en 1848, Proudhon avait déjà été condamné en 1849 à trois ans de prison pour des articles contestant l’action de Louis-Napoléon Bonaparte. En 1850, Garnier avait déjà été condamné en appel à 2.000 francs d’amende pour avoir vendu Le Bon messager, almanach essentiellement politique et légitimiste, sans mention d’imprimeur. Le 28 juillet 1858, la cour d’appel confirma la condamnation de Proudhon, qui s’était exilé à Bruxelles, et éleva celle de Garnier à quatre mois de prison et 4.000 francs d’amende ; l’année suivante, la grâce d’Auguste fut accordée.


    Les frères Garnier furent également acquéreurs des fonds Langlois-Leclercq, rue de la Harpe,  en 1859 et Perrotin, rue de la Fontaine-Molière,  en 1867.


    Après l’incendie qui détruisit en 1868 la majeure partie des « Ateliers catholiques, rue d’Amboise, au Petit-Montrouge, barrière d’Enfer de Paris » de l’abbé Jacques-Paul Migne (1800-1875), les Garnier achetèrent en 1876 le fonds, la maison et les vastes terrains où ils firent construire un immeuble pour stocker leurs productions.

    Profitant des transformations de Paris, ils achetèrent d’autres terrains et vieux immeubles, réalisant d’heureuses affaires dont témoigne Honoré Champion :


    « Quand on parlait des frères Garnier, c’était toujours de leur or. On connaissait leur trésor : eux seuls semblaient l’ignorer. Et leurs immeubles, leurs titres étaient si nombreux qu’on en faisait des légendes. »


    Auguste et Hippolyte Garnier « vécurent côte à côte, en chapeau haut de forme du matin jusqu’au soir, dans l’étroit bureau sans feu de la rue des Saints-Pères, aménagé entre les travées de leur magasin encombré de livres. » Auguste mourut célibataire, à Paris, le 24 mai 1887, des suites d’une longue maladie qui l’avait tenu alité depuis six mois.


    Après la mort de François-Hippolyte Garnier, le 13 juillet 1911, le journaliste Émile Berr (1855-1923) écrivit, dans Le Figaro du 16 juillet :


    « C’était le dernier des “ frères Garnier ”, une raison sociale depuis longtemps célèbre dans le monde de l’édition.

    Les frères Garnier, venus très jeunes à Paris, installèrent leur première boutique de livres au Palais-Royal, il y a soixante-dix-huit ans ; et quelques années plus tard, allèrent s’établir libraires-éditeurs rue des Saints-Pères. C’est là que, depuis un demi-siècle, tout Paris les a connus.

    On peut dire qu’ils furent, commercialement, au nombre des plus actifs collaborateurs du mouvement littéraire de cette période. On doit aux frères Garnier une précieuse collection, et justement populaire, des classiques français. Ils ont édité les classiques latins et grecs traduits par Panckoucke, les Causeries du lundi, et la plus grande partie de l’œuvre de Sainte-Beuve. Chateaubriand, Casanova, Tallemant des Réaux, Rabelais, Balzac, avec ses Contes drolatiques (illustrés par Gustave Doré) figurent sur leur catalogue. Et c’est par eux qu’a été édité l’Empire libéral, en quinze volumes, de M. Emile Ollivier.

    Enfin, depuis soixante-treize ans, les frères Garnier ont été parmi les plus utiles propagateurs de notre langue à l’étranger, et notamment dans l’Amérique du Sud, où leur maison de Rio de Janeiro, fondée en 1838, n’a cessé de répandre les traductions espagnoles de nos meilleurs ouvrages.

    François-Hippolyte Garnier était le seul survivant de cette grande maison. Il était célibataire et laisse une fortune considérable – dont une grande partie consiste en maisons de rapport, qu’il gérait lui-même – et à l’accroissement de laquelle sa sévère économie contribua presque autant que son labeur.

    C’était un vieillard de haute taille, taciturne et doux, très simple, de mise négligée. Rue des Saints-Pères, il préférait à son bureau, pauvrement meublé, la petite table encombrée de paperasses et placée dans un coin de son magasin, sur laquelle on le voyait penché, des journées entières, la calotte enfoncée sur le crâne, et occupé à faire son courrier, à corriger des épreuves, ou à rédiger des baux. Des visiteurs le prenaient, en passant, pour le garçon de bureau. “ Monsieur Garnier ? – C’est moi, monsieur.” L’étranger, parfois, était accueilli avec bienveillance, d’autres fois se heurtait à un mutisme absolu et troublant. Les employés de Garnier l’excusaient : “ Il y a des semaines, disaient-ils, où il ne parle pas.” Ils ajoutaient : “ C’est un brave homme.”

    François-Hippolyte Garnier avait, au surplus, depuis quelque temps, une excuse d’être un peu sauvage : ses contemporains étaient tous morts, et c’est au milieu de visages presque inconnus, tant ils étaient jeunes pour lui, que ce célèbre vieux garçon vient de s’éteindre, richissime et triste, à l’âge de quatre-vingt-dix-sept ans. »


    L’œuvre des frères Garnier fut considérable.



    
    Aguttes, 6/12/2012, 2.741 €
    
    Les Chants et Chansons populaires de la France (Paris, H.-L. Delloye, éditeur, librairie de Garnier frères, Palais-Royal, galerie vitrée, péristyle Montpensier, 1843) parurent en 84 livraisons, mais aussi en 3 volumes cartonnés, recouverts de trois couvertures illustrées de vignettes. La couverture de la première série, imprimée en or, vert et noir, porte : « Chants et chansons populaires de la France. H.L. Delloye, éditeur, librairie Garnier frères, Paris. 1843. Chromolith. de Engelmann et Graf, Paris. » La couverture de la deuxième série, imprimée en noir, vert et or, est illustrée sur le premier plat de 4 vignettes et porte : « Chants et chansons populaires de la France. H.L. Delloye, éditeur, librairie Garnier frères. Paris. 1843. Chromolith. de Engelmann & Graf, Paris. » La couverture de la troisième série, tirée en bleu, noir et or, est ornée d’une vignette et porte : « Chants et chansons populaires de la France. H.L. Delloye, éditeur, librairie Garnier frères, Paris. 1844. » 


    Les bibliophiles connaissent bien les Œuvres complètes de Buffon (Paris, Garnier frères, 1853-1856). Revues sur l’édition in-4° de l’Imprimerie royale et annotées par Pierre Flourens (1794-1867), secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences, membre de l’Académie française et professeur au Muséum d’histoire naturelle, elles comptent 12 volumes grand in-8° jésus, illustrés de 161 planches, 800 sujets coloriés, gravés sur acier d’après les dessins originaux de Victor Adam (1801-1886), imprimés en caractères neufs, sur papier pâte vélin, par la typographie Jules Claye.


    Ils connaissent aussi les ouvrages illustrés par Jean-Ignace-Isidore Gérard (1803-1847), dit Jean-Jacques Grandville :



    Les Fleurs animées (2 vol.), texte par Alphonse Karr (1808-1890), Taxile Delord (1815-1877) et le comte Fœlix [pseudonyme de Louis-François Raban (1795-1870)]. Nouvelle édition avec planches très soigneusement retouchées pour la gravure et le coloris, par Édouard Maubert (1806-1879), peintre d’histoire naturelle, attaché au Jardin des plantes. Forment 2 volumes grand in-8° jésus, illustrés de 50 gravures coloriées et de nombreuses vignettes sur bois intercalées dans le texte. Les frères Garnier ayant acheté, en janvier 1866, l’édition des Fleurs animéesà Gabriel de Gonet (1818-1892), rue des Beaux-Arts, prétendirent empêcher les fabricants de mouchoirs de poche des sieurs Delarue, Lelièvre et fils, et Sueur, de copier les dessins sur leurs étoffes et gagnèrent leur procès en contrefaçon le 12 décembre 1867.


    
    Autoportrait de Grandville (p. 189)
    
    Les Métamorphoses du jour, 70 gravures coloriées, accompagnées d’un texte, par Albéric Second (1817-1887) et Taxile Delord, et précédées d’une notice sur Grandville, par Charles Blanc (1813-1882). Nouvelle édition, augmentée en 1869 d’un magnifique frontispice colorié, etc., et complétée pour le texte, par Jules Janin (1804-1874). Magnifique volume in-8° jésus. Les planches de 1869 se distinguent de celles de 1854 à plusieurs particularités : elles ne portent pas de nom d’imprimeur ; la plupart sont signées « JJ. Grandville » ; elles sont imprimées sur papier plus fort ; les légendes sont modifiées ou augmentées sur un grand nombre de planches.

    Les Cent proverbes illustrés par Grandville, avec 50 gravures coloriées pour la première fois et un grand nombre de vignettes dans le texte.

    Les Fables de La Fontaine, illustrées de 240 gravures, un sujet pour chaque fable, d’après les dessins de Grandville, formant un volume grand in-8° jésus, papier vélin des Vosges. Nouvelle édition augmentée d’un grand nombre de culs-de-lampe, faux-titres ornés, etc., par Grandville, magnifiquement imprimée par J. Claye.

    Les Petites Misères de la vie humaine, illustrées de nombreuses vignettes dans le texte, et de 50 grands bois tirés à part. Texte par Old-Nick [pseudonyme de Paul-Émile Daurand-Forgues (1813-1883)]. Magnifique volume grand in-8° jésus, papier vélin des Vosges, imprimé par J. Claye. Cette nouvelle édition est en outre enrichie d’un beau portrait de Grandville, gravé sur acier.

    Les Chansons de Béranger (2 vol.) contenant 53 gravures sur acier. Les Voyages de Gulliver dans des contrées lointaines, par Jonathan Swift, traduction nouvelle précédée d’une notice par Walter Scott. Les Aventures de Robinson Crusoe, par Daniel Defoe. Les Fables de Florian suivies de son théâtre.


    Citons encore le Dictionnaire national (2 vol. in-4°) par Bescherelle aîné [Louis-Nicolas Bescherelle (1802-1883)], la Géographie universelle (6 vol. grand in-8°, 41 gravures sur acier, avec 1 atlas in-fol. composé de 72 cartes coloriées) par Victor-Adolphe Malte-Brun (1816-1889), les Œuvres complètes de Chateaubriand (12 vol. in-8°), les Galeries historiques de Versailles (10 vol. in-8°, avec un magnifique album in-4° contenant 100 gravures), l’Histoire des ducs de Bourgogne (12 vol. in-8° ornés de 104 gravures et d’un grand nombre de cartes) par le baron de Barante (1782-1866), Les Contes drolatiques (1 vol. in-8° illustré de 425 dessins de Gustave Doré), les Causeries du lundi par Charles-Augustin Sainte-Beuve (1804-1869), la Galerie de femmes célèbres tirée des Causeries du lundi (illustrée de 12 portraits gravés au burin d’après les dessins de M. G. Staal), l’Histoire de la Révolution de 1848 par Lamartine, les Mémoires de Beaumarchais dans l’affaire Goezman, les Œuvres de Rabelais, le Théâtre de Corneille, La Cabane de l’oncle Tom par Henriette Stowe (1811-1896), les Œuvres complètes de George Sand, les Œuvres de M. Flourens, dont l’Histoire de la découverte de la circulation du sang, les Œuvres de F. Lamennais, les Œuvres de Joseph Garnier, professeur d’économie politique à l’École impériale des ponts et chaussées, le Traité élémentaire pratique d’architecture ou Étude des cinq ordres d’après Jacques Barozzio de Vignole (1 vol. in-4° divisé en 72 planches) par Jean-Arnould Leveil (1806-1866), la Correspondance par Grimm, Diderot, Raynal, Meister, etc. par Maurice Tourneux (1849-1917), les Œuvres complètes de Molière, Les Historiettes de Tallemant des Réaux, les Chansons nationales et populaires de France (2 vol.), la Physiologie du blagueur (« pérystile [sic] Montpensier », 1841), etc.








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    Pierre-Daniel Huet, dont le père était magistrat, ex-calviniste converti à la foi catholique, est né à Caen (Calvados), au n° 142 de la rue Saint-Jean, devant l’église Saint-Jean, le 8 février 1630.


    
    Localisation de la maison natale de Huet sur le plan de Caen en 1705
    

    À la Révolution, Charlotte Corday habitera au n° 148, à l’emplacement du n° 114 aujourd’hui. Tout le quartier, comme 75% de la ville, sera détruit par les bombardements alliés en 1944, « une des attaques aériennes les plus inutiles de la guerre ».


    
    Emplacement de la maison natale de Huet en 1944
    

    Orphelin de père à trois ans, puis de mère à six ans, il fut recueillit par une de ses tantes. Après des études brillantes, il fit en 1650 son premier voyage à Paris, dans le but d’acheter des livres et de rencontrer des savants : Denis Pétau, Philippe Labbé, François Vavasseur, Gabriel Cossart, René Rapin, Jean Commire, Jacques Sirmond, Étienne Deschamps, Jean Garnier, les frères Pierre et Jacques Dupuy, François Guyet, Ismaël Boulliau, Pierre Lambécius et Gabriel Naudé.
    En 1652, il accompagna le pasteur Samuel Bochart (1599-1667), invité par la reine Christine de Suède, et explora les trésors littéraires de ce pays. Intégré à l’Académie de Caen dès son retour deux ans plus tard, il fit sa licence en droit civil et canon à l’Université de Caen et devint sous-précepteur du Dauphin en 1670, pour seconder Bossuet. C’est alors qu’il entreprit et dirigea l’exécution des belles éditions des classiques latins « ad usum Delphini » : dix-huit titres parurent de 1674 à 1680.



    Géomètre, physicien, antiquaire, hébraïsant, helléniste, latiniste et poète, il acquit la réputation d’être « de ces gens contre lesquels il n’est pas possible d’avoir raison ». Il entra à l’Académie française en 1674, fut ordonné prêtre en 1676 et nommé à l’évêché de Soissons (Aisne) en 1685. Rome n’envoyant pas les neuf bulles nécessaires, il permuta avec Fabien Brûlart de Sillery pour l’évêché d’Avranches (Manche) en 1689.




    Dix ans plus tard, invoquant son état de santé et le « mauvais air » d’Avranches, il résigna et reçut en compensation l’abbaye Saint-Étienne de Fontenay, à Saint-André-sur-Orne (Calvados) ; il jouissait déjà, depuis 1679, de celle d’Aunay-sur-Odon (Calvados).




    Il s’installa alors à Paris, chez les Jésuites, et se livra tout entier à l’étude. En 1712, il fut atteint d’une maladie qui l’affaiblit et altéra considérablement sa mémoire. Il mourut le 26 janvier 1721 et fut inhumé en l’église Saint-Paul-Saint-Louis, dans le quartier du Marais (IVe).

    De toutes ses publications, son traité sur la traduction, De Interpretatione (1661), ses commentaires sur l’édition d’Origène, Origeniana (1668), son Traitté de la situation du Paradis terrestre (1691) et son traité sur les navigations attribuées à Salomon, De Navigationibus Salomonis (1698), sont considérés comme des chefs-d’œuvre par de nombreux critiques.

    Huet possédait une des plus belles bibliothèques de son temps. Après avoir hésité longtemps sur le choix de sa destination future, il la légua, en 1692, à la maison professe des Jésuites de Paris (IVe), occupée aujourd’hui par le lycée Charlemagne, sous certaines conditions. Elle fut installée, de son vivant, dans une partie réservée de cette maison, où il se retira lui-même et vécut jusqu’en 1721.
    Mais en 1763, quand les Jésuites furent bannis et leurs biens mis en vente, l’abbé Michel-Gabriel Piédoue de Charsigné (1705-1775), petit-neveu [et non neveu] et légataire universel de Huet, la réclama en justice, les principales clauses du legs se trouvant alors violées. Un arrêt du Conseil du Roi du 15 juillet 1763 fit droit à sa demande. L’impératrice de Russie fit offrir cinquante mille écus à l’abbé de Charsigné de la bibliothèque de son grand-oncle ; mais il préféra en faire hommage à Louis XV, qui se contenta de consigner une rente de 1.750 livres, au capital de 35.000 livres, en faveur du donateur, puis de ses héritiers. Cette rente a été acquittée jusqu’en 1792.
    Parmi ces livres, au nombre de 8.271 volumes, « compris 200 volumes manuscrits » (Nicolas-Thomas Le Prince. Essai historique sur la bibliothèque du Roi. Paris, Cabinet historique, 1856, p. 91), ou 8.312 volumes, « non compris les manuscrits » (François-Amand de Gournay. Huet, évêque d’Avranches. Caen, Le Gost-Clérisse, 1854, p. 41), on  garda ceux qu’on n’avait pas, et les doubles de ceux qu’on avait déjà quand ils étaient plus beaux. Le reste fut échangé ou vendu, et c’est ainsi qu’on en trouve dans le commerce une certaine quantité.



    Huet avait un Grolier qui passa chez l'Anglais Heber : Freculphi Episcopi Lexoviensis chronicorum (Coloniae, 1539, in-fol., v. fauve).


    
    Notes manuscrites de Huet
    
    La plupart de ces livres sont remarquables par la beauté des exemplaires, et précieux par les savantes notes que Huet y avait ajoutées de sa main. Il y a des volumes qui en sont couverts, notamment les chefs-d’œuvre de l’antiquité, si familière à l’illustre prélat. Ils sont presque tous en veau fauve ou brun et d’une grande simplicité de reliure. Il en prenait le plus grand soin et il avait des sacs de cuir faits exprès pour ceux qu’il emportait en voyage.


    Tous les volumes, à très peu d’exceptions près, portent ses armes frappées sur les plats extérieurs :« D’azur, à 2 mouchetures d’hermines d’argent en chef, et 3 grillets [grelots] renversés d’or en pointe ».

    Dans l’intérieur, on trouve les mêmes armoiries gravées sur un ex-libris, dont il existe au moins trois types, que les Jésuites y placèrent avec l’inscription suivante, qui rappelle la donation à ces religieux :




    « Ex libris Bibliothecae quam Illus : trissimus Ecclesiae Princeps. D. PETRUS DANIEL HUETIUS. Episc. Abrincensis Domui Professae Paris. PP. Soc. Jesu Integrā vivens donavit An. 1692. »



    « Ex Libris Bibliothecae quã Illustriss. Ecclesiae Princeps D. PETRVS DANIEL HVETIUS Episcopus Abrincensis Domui Professae Paris. PP. Soc. Iesu Integram Vivens Donavit. Anno. 1692 »



    « Ex Libris Bibliothecae quam Illustrissimus Ecclesiae Princeps D. PETRUS DANIEL HUETIUS. Episcopus Abrincensis Domui Professae Paris. PP. Soc. Jesu integram vivens donavit Anno 1692 »



    Au bas de chaque page de titre on voit en outre, sur une bande imprimée et rapportée, cette formule : « Ne extra hanc Bibliothecam efferatur. Ex obedientiâ. »

    Il n’existe pas de catalogue imprimé de cette bibliothèque, mais toutes ses richesses furent comprises dans celui de la maison professe de la rue Saint-Antoine, que l’on dressa en 1763 pour la vente : Catalogue des livres de la bibliotheque de la maison professe des ci-devant soi-disans Jesuites (Paris, Pissot et Gogué, 1763, in-8, xx [i. e. xxiv]-[2]-448-59-[1 bl.] p., 7.252 lots), avec une table des auteurs.


    « LeCatalogue que nous présentons au Public est composé de plusieurs Bibliotheques, parmi lesquelles celles de Menage & du fameux Huet tiennent le premier rang. Ces deux Sçavans sont trop connus pour qu’il soit nécessaire d’entrer dans quelque détail à leur sujet. La vaste littérature de l’Evêque d’Avranches doit faire juger du choix de sa collection. Menage, outre les livres qu’il avoit rassemblés, avoit acheté ceux de François Guyet. […] Plusieurs livres sont chargés de remarques, d’additions, ou de variantes, manuscrites, & particulierement les Auteurs Grecs & Latins : Nous avons eu soin de les annoncer. Une grande partie de ces Notes est de M. Huet : mais n’ayant pas assez de certitude pour assurer qu’elles sont toutes de lui ; nous avons été très réservés à le nommer. » [sic]

    Les organisateurs de la vente agissaient au nom du Parlement, suite à l’ordonnance du 6 août 1762 décidant de la vente du mobilier des Jésuites. Celle-ci, initialement prévue « au mois de décembre [1763] », n’aura finalement lieu qu’en 1765, du 15 avril au 3 juillet. On avait retiré les livres ayant appartenu à Huet, quand ses héritiers en eurent obtenu la restitution.
    La famille de Huet avait conservé une assez volumineuse collection de manuscrits. Un grand nombre furent achetés par la Bibliothèque impériale, en 1858. Les plus importants, comprenant les lettres adressées à Huet, sont tombés dans les mains de Libri, qui en a détaché de nombreuses pièces pour les vendre en détail et qui a cédé le reste, qui remplit trente volumes, à lord Ashburnham.   

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    Le comte Alexandre-Louis-Thomas de Lurde naquit à Paris le 28 vendémiaire an IX [20 octobre 1800]. Après avoir achevé ses études, il commença son apprentissage diplomatique au secrétariat du général Jean Dessolles, président du Conseil, puis auprès de Étienne Pasquier, ministre des Affaires étrangères, dont la chute mit fin à sa carrière. Dévoué à l’idée monarchique, il partit alors en 1823 pour l’Espagne, au service du roi Ferdinand VII. Revenu en France, il ne put entrer dans l’armée française avec son grade de capitaine et démissionna en 1828. Chevalier de la Légion d’honneur en 1829, il fut nommé secrétaire de légation à Rio de Janeiro l’année suivante, chargé d’affaires au Portugal en 1832 et secrétaire de légation à Lisbonne en 1833. Devenu officier de la Légion d’honneur, il fut envoyé à Rome en 1836, reçut le titre de comte en 1838 et fut nommé premier secrétaire d’ambassade à Constantinople en 1839 ; considérant qu’il avait été injustement traité, il quitta Constantinople et rentra à Paris :


    « Toute compensation lui fut refusée, et, durant plus d’une année, il vécut oublié, relégué dans la classe des secrétaires en disponibilité. Il demeura à Paris pendant cette longue période, plus occupé de ses études historiques que des démarches nécessaires pour obtenir du service. Une passion nouvelle, l’amour des livres, s’était emparée de lui depuis plusieurs années. A Rome il avait commencé à rechercher les belles et vieilles impressions des littératures française et italienne. Son séjour à Paris ouvrit un large cours à son goût pour les livres. Quelques ventes aux enchères lui fournirent l’occasion d’acquérir des éditions originales et de belles reliures. Ainsi débuta une passion qui devait absorber la fin de sa vie. » [sic]


    En 1841, il obtint sa réintégration dans la carrière diplomatique : il fut envoyé à Naples, comme médiateur dans un différend entre l’Angleterre et les Deux-Siciles. En 1842, il devint ministre plénipotentiaire auprès de la république Argentine et reçut la croix de commandeur de la Légion d’honneur. Revenu à Paris en 1844, il fut nommé grand officier de la Légion d’honneur et attendit à Paris, 21 bis quai Voltaire (VIIe), la fin de la question Argentine. Après la révolution de 1848, il fut nommé chargé d’affaires en Hollande :


    « A la Haye, le diplomate avait peu de travail, mais le bibliophile trouva de merveilleuses occupations. Les Pays-Bas sont la patrie des Elzevier. Le goût des beaux livres, qui y avait créé les meilleurs imprimeurs du dix-septième siècle, y avait attiré de l’étranger les plus rares et les plus beaux exemplaires de nos classiques. Plus tard, rentré dans la vie privée, M. de Lurde aimait à montrer les précieux volumes qu’il avait trouvés à la Haye, à Utrecht, surtout à Leyde, et rappelait en souriant que ces trésors étaient les seuls qu’il eût rapportés de ses campagnes diplomatiques, l’unique récompense d’une vie entièrement vouée au service de son pays. » [sic]  


    En 1849, le gouvernement français envoya De Lurde à Berlin ; bientôt remplacé pour des raisons politiciennes, il fut profondément dégoûté de la carrière diplomatique et demanda une pension de retraite.

    En 1852, il prit un petit appartement rue Caumartin (IXe) et s’y installa avec ses livres. Il était devenu le client des libraires Joseph Crozet (1808-1841), Joseph Techener (1802-1873) et Léon Techener (1832-1888), puis Laurent Potier (1806-1881). Il avait d’abord aimé les volumes à figures, les belles impressions du dix-huitième siècle, les exemplaires en grand papier du commencement du dix-neuvième. Rapidement, il avait adopté une spécialité plus délicate, les éditions originales.


    
    Recueil général des Caquets de l'Acouchée [sic]
    S. n. [Paris], 1623
    Reliure de Trautz-Bauzonnet, 1848
    (Ruble, 1899, n° 511)
    
    Il n’acceptait que des exemplaires de conservation parfaite : tout volume taché, incomplet, court de marges, quelle que fut sa rareté, n’était pas admis dans sa bibliothèque. Aussi difficile pour les reliures, la plupart sorties des mains de Bauzonnet ou de son gendre et successeur Trautz. Plus d’une fois, il a sacrifié une reliure ancienne pour lui en substituer une exécutée par ses relieurs préférés. On compta à son décès : 15 reliures signées Bauzonnet, 140 signées Bauzonnet-Trautz et 268 signées Trautz-Bauzonnet.



    La plupart portent sur le dos et aux angles des plats, souvent sur la doublure même, un chiffre composé de deux « A » et de deux « L » [Alexandre de Lurde].


    « Il lisait ses livres, il comparait les diverses éditions de ses auteurs favoris. Peu d’hommes possédaient ses classiques comme lui, et personne peut-être les auteurs du seizième siècle. Il aimait principalement, outre les classiques, les vieux poëtes, Ronsard et la Pléiade, les anciens prosateurs, Rabelais, le Plutarque d’Amyot, Montaigne, et, quand il les avait relus en entier, il les relisait encore. Il avait peu de goût pour la littérature contemporaine. Nos poëtes, nos romanciers, nos critiques, nos historiens, toujours empressés à quitter les lettres pour la politique, n’étaient pour lui que des faiseurs de livres de circonstance ; il les lisait quelquefois, comme on lit des journaux, mais il ne gardait pas leurs ouvrages. » [sic]


    Après la mort du chancelier Pasquier en  1862, puis de sa mère en 1864, il prit goût à la solitude, s’adonnant plus que jamais à celui des livres et à l’étude de l’histoire et des grands auteurs. Pendant le second siège de Paris, le 23 mai 1871, en sortant du cercle des Chemins de fer, au coin de la rue de la Michaudière, où il avait dîné, il fut blessé à la hanche par le tir d’un factionnaire. Dès lors, il ne quitta plus son appartement, où il expira le 4 janvier 1872, à 1 h. 10 du matin.  Célibataire, il avait légué sa bibliothèque à son neveu, le baron de Ruble.



    
    Collège de Vaugirard
    
    Descendant d’une vieille famille irlandaise venue s’installer en Gascogne, le baron Joseph-Étienne-Alphonse de Ruble était né à Toulouse (Haute-Garonne) le 6 janvier 1834. Ayant perdu sa mère à l’âge de sept ans, il eut droit à un précepteur ecclésiastique avant d’être envoyé en pension à Toulouse, puis dans l’institution célèbre de l’abbé Poiloup, à Vaugirard [ancien village, qui sera annexé à Paris en 1860, XVe arrondissement]. Ses études terminées, De Ruble revint à Toulouse pour y faire son droit et c’est alors que commença à se manifester chez lui l’amour des livres.
    En 1855, il vint se fixer dans la capitale et se fit inscrire au barreau de Paris. Il devint le secrétaire de l’avocat et homme politique Jules Favre et fréquenta les Archives et le département des manuscrits de la Bibliothèque nationale. Parurent bientôt les trois premiers volumes de ses Commentaires et lettres de Blaise de Monluc maréchal de France (Paris, Vve Jules Renouard, 1864-1872, 5 vol.). En 1868, il épousa Jeanne-Blanche-Caroline Bajot de Conantre [sic], qui devint sa collaboratrice, partageait ses études et l’affranchissait des soucis de la vie matérielle. En dehors des voyages entrepris pour dépouiller les archives françaises et étrangères, il avait à Paris des journées bien réglées : après avoir passé une partie de la matinée et de l’après-midi à la Bibliothèque nationale ou aux Archives, il rentrait chez lui vers 16 heures, classait ses notes, puis faisait une courte apparition au cercle de l’Union.



    La saison d’été, qu’il passait dans son château de Ruble, à Gimat (Tarn-et-Garonne), était réservée au travail de la rédaction : levé le plus souvent à 5 heures, il visitait ses fermes et ses chevaux d’élevage ; il déjeunait à 9 heures puis, après une courte promenade dans la cour du château, se retirait pour travailler dans sa bibliothèque ; à 16 heures il s’entretenait avec son régisseur, puis retournait à ses livres jusqu’à 19 heures ; après le dîner, il consacrait le reste de la soirée à sa famille, mais se couchait de bonne heure.



    Après avoir voulu s’engager en 1870, il suivit sa belle-mère et la baronne au château de Connantre (Marne) [après de nombreux changements de propriétaires, le château, à l’abandon, fut détruit en 1967]. Pendant toute l’occupation, De Ruble recueillit les documents qui permirent la publication de L’Armée et l’Administration allemandes en Champagne (Paris, Hachette et Cie, 1872).
    La même année 1872, il hérita de la bibliothèque de son oncle et témoigna sa reconnaissance en publiant, en 1873-1874 d’abord, dans le Bulletin du bibliophile, et en 1875, dans un volume tiré à 60 exemplaires, une Notice biographique sur le comte de Lurde, suivie du catalogue de sa bibliothèque.
    Il compléta cette belle bibliothèque comme l’aurait complétée celui-là même qui la lui avait léguée, et il ne voulut pas connaître d’autres relieurs que Trautz.



    Les reliures qu’il fit alors exécuter portent sur le dos et aux angles des plats un chiffre composé de deux « R » et de deux « C » [Ruble et Conantre]. Quand Trautz mourut en 1879, De Ruble ne fit presque plus relier, quelques fois par Lortic père ou Thibaron-Joly, mais il acheta dans les ventes des livres reliés par Trautz. Désigné pour préparer la collection de livres et de manuscrits qui devait figurer à l’Exposition universelle de 1878, il donna une Notice des principaux livres manuscrits et imprimés qui ont fait partie de l’exposition de l’art ancien au Trocadéro (Paris, Léon Techener, 1879, in-8, VIII-116 p.).
    Membre de l’Académie des inscriptions et belles-lettres depuis 1896, le baron appartenait à de nombreuses Sociétés : Société des anciens textes français, Société des Bibliophiles françois, Société d’histoire diplomatique, Société de l’histoire de France, Société de l’histoire de Paris et de l’Ile-de-France, Société historique de Gascogne, Société archéologique de Tarn-et-Garonne, Société des Antiquaires du Centre.
    La mort vint le chercher à son domicile, 43 rue Chambon (Ier), le samedi 15 janvier 1898, vers 15 heures 30, après une semaine de maladie.




    Le Catalogue des livres rares et précieux composant le cabinet de feu M. le baron de Ruble (Paris, Em. Paul et fils et Guillemin, 1899, in-8, XVI-192 p., 688 lots) comprend les 244 articles de son propre cabinet avec les 444 articles du cabinet de son oncle. La vente eut lieu à l’hôtel Drouot, du lundi 29 mai au samedi 3 juin 1899.

    8. Missel exécuté par Nicolas Jarry pour le cardinal de Richelieu. In-fol. de 75 f. à 2 col., mar. r. dos orné, fil. double encadrem. genre Du Seuil, tr. dor., aux armes du cardinal. Manuscrit sur vélin, daté 1639. 6.010 fr. Payé 2.320 fr. à la vente Lignerolles, 1894.
    61. Essais de Messire Michel, seigneur de Montaigne. Bourdeaux, S. Millanges, 1580. In-8, mar. bleu, chiffres sur le dos et aux angles des plats, doublé de mar. orange, coins et grand milieu avec chiffre au centre composés d’une riche dorure à petits fers et au pointillé, tr. dor. (Trautz-Bauzonnet, 1851). Première et précieuse édition des deux premiers livres des Essais. Exemplaire réglé. 1.385 fr.
    66. Les Essais de Michel de Montaigne. Paris, 1669, 3 vol. in-12, titres-front. gravés, mar. r. doublé de mar. r. dent. tr. dor. (Boyet). Exemplaire de Longepierre. 2.500 fr.



    83. La Nef des Princes. Lyon, Guillaume Balsarin, 1502. In-4 goth. de 66 f. mal ch. sign. a-l par 6 f. fig. sur bois, mar. vert. dos orné, 3 fil. et comp. à la Du Seuil. dent. int. tr. dor. (Bauzonnet-Trautz). Première et rarissime édition. Exemplaire de la vente Crozet. 1.160 fr.



    93. Le Livre du roy Modus. Chambéry, Anthoine Neyret, 1486. In-fol. goth. nombreuses fig. sur bois. mar. vert, chiffres sur le dos, fil. à fr. doublé de mar. r. large dent. à petits fers et au pointillé avec une bordure extérieure dite « aux oiseaux », dans laquelle se trouvent placées des bécasses présentées dans diverses postures, tr. dor. (Bauzonnet-Trautz). Exemplaire de la première édition provenant de la bibliothèque du duc de Luynes, dont il porte le timbre sur le premier f. On ne cite que 4 ou 5 exemplaires de ce rare volume : celui de Solar, incomplet du dernier f., a été vendu 5.000 fr. à la vente Potier (1870), celui du prince d’Essling 10.000 fr. à la vente Pichon (1869). 7.800 fr.
    94. La Vénerie de Jaques du Fouilloux. Poitiers, Marnef et Bouchet frères, 1561. In-fol. fig. et musique notée, mar. r. jans. chiffres sur le dos, doublé de mar. bleu, bel et large encadrement formé d’un enroulement de branches de feuillage dans lequel courent des chasseurs, des chiens, des cerfs, des lièvres et des lapins, tr. dor. (Trautz-Bauzonnet). Edition originale très rare entièrement imprimée en caractères italiques. 1.850 fr.
    126. Le Rommant de la rose. Paris, Galliot du Pré, 1529. Petit in-8, lettres rondes, fig. sur bois, mar. r. dos orné avec chiffres, fil. riches comp. à petits fers et au pointillé composé d’ornements aux angles et d’un grand milieu avec une rose dans un médaillon au centre, doublé de mar. vert, larges dent. à petits fers et au pointillé, tr. dor. (Bauzonnet-Trautz). Exemplaire cité comme étant le plus grand connu (nombreux témoins), ayant appartenu au bibliographe Osmont, dont le nom se trouve au bas du titre. 1.440 fr.
    132. Les Œuvres Maistre Guillaume Coquillart. Paris, Galliot du Pré, 1532. Pet. in-8, lettres rondes mar. r. dos orné, fil. et encadrem. genre Du Seuil composé de fil. droits et cintrés avec fleuron aux angles, doublé de mar. bleu, dent. dite « roulette Chamillart » [simple roulette à laquelle la marquise de Chamillart a laissé son nom] avec fleurons au pointillé aux angles, tr. dor. (Bauzonnet-Trautz). Première édition imprimée en lettres rondes. Un des plus grands exemplaires connus. 1.050 fr.
    135. Le Vergier dhonneur. S. l., s. d. In-fol. goth. de 209 f. non ch. à 2 col. nombr. fig. sur bois mar. r. dos orné avec chiffres, 3 fil. dent. int. tr. dor. (Trautz-Bauzonnet, 1848). Rarissime édition imprimée à Paris à la fin du xve. Exemplaire anciennement recouvert d’une reliure en veau fauve au chiffre couronné de Gaston d’Orléans, frère de Louis XIII ; ce chiffre a été découpé et fixé en guise d’ex-libris à l’intérieur du premier plat de la nouvelle reliure ! 1.100 fr.



    141. Gringore [sic]. Les Fantaisies de Mère Sotte. S. d. [privilège du 27 octobre 1516]. In-4 goth. 110 f. [et non 111 comme Brunet l’indique] fig. sur bois, mar. r. dos orné à petits fers, 3 fil. dent. int. tr. dor. (Trautz-Bauzonnet, 1848). Un des ouvrages les plus rares de Gringore. On ne connaît que 3 ou 4 exemplaires de cette édition : celui-ci provient des bibliothèques Heber et du prince d’Essling et a été relié à nouveau depuis la vente de ce dernier amateur. 1.820 fr.



    162.Étienne Dolet. Le Second Enfer. Troyes, Nicole [i.e. Nicolas] Paris, 1544. Pet. in-8 lettres rondes, mar. r. dos orné, fil. et comp. à la Du Seuil, doublé de mar. r. riches comp. à petits fers et au pointillé couvrant entièrement les plats intérieurs, chiffre dans un médaillon au centre, tr. dor. (Bauzonnet-Trautz). On connaît 3 éditions de ce livre publiées sous la même date ; on ne connaît qu’un seul exemplaire de chacune, abstraction faite d’un exemplaire de la première partie seulement de cette édition (B.n.F.). Cet exemplaire provient de la vente Crozet et a été relié depuis. 1.645 fr.
    163. Le Miroir de treschrestienne princesse Marguerite de France, royne de Navarre. Paris, Antoine Augereau, 1533. In-8 mar. La Vallière avec incrustations de mar. brun et r. sur le dos et les plats, riche dorure composée de fil. et de marguerites alternant avec des rosaces, doublé de mar. bleu, bel encadrement formé de branches de feuillage et décoré de marguerites, tr. dor. étui en forme de livre en mar. brun, doublé de peau de chamois grenat, dent. int. tr. dor. (Thibaron-Joly). Exemplaire réglé, grand de marges ; reliure faite à l’imitation des reliures à mosaïque de Padeloup dites « à répétition ». 2.010 fr. Avait été adjugé 1.900 fr. à la vente Guy-Pellion, 1882.
    164. Marguerites de la Marguerite des princesses. Lyon, Jean de Tournes, 1547. 2 tomes en 1 vol. in-8, fig. sur bois, car. ital. mar. r. chiffres sur le dos et aux angles des plats, doublé de mar. bleu, large dent. à petits fers et au pointillé avec chiffre aux angles, tr. dor. (Trautz-Bauzonnet, 1850). Exemplaire réglé, grand de marges (témoins) et le plus grand connu ; il provient des bibliothèques de Soleinne, Baudelocque et Clinchamp, et a été relié depuis. 1.500 fr.



    216. Les Premières Œuvres de M. Régnier. Paris, Toussaint du Bray, 1608. In-4, mar. r. chiffres sur le dos et aux angles des plats, dent. int. tr. dor. (Trautz-Bauzonnet, 1850). Rarissime édition originale. Exemplaire réglé, provenant de la bibliothèque du général Tolosan (1805), le seul connu en dehors de celui de la B.n.F. et de celui de l’Arsenal. 4.400 fr. Un des livres les plus remarquables de la collection.
    218. Les Satyres et autres Œuvres du sieur Régnier. Leiden, Jean et Daniel Elsevier, 1652. Pet. in-12, mar. r. dos orné à petits fers, 3 fil. doublé et gardes de pap. blanc et or, dent. int. tr. dor. (Padeloup). Exemplaire rare, mais court de marges, aux armes du comte d’Hoym. 1.520 fr.
    226. Les Poésies de Malherbe. Paris, Claude Barbin, 1689. In-12, mar. r. doublé de mar. olive, dent. tr. dor. (Padeloup). Exemplaire de Longepierre, réglé ; il a appartenu ensuite à Bignon et Clinchamp, dont il porte l’ex-libris. 5.050 fr.



    299. Airs nouveaux de la Cour. Escripts par N. Jarry. In-8, mar. citron, comp. de mosaïque avec chiffres et riche dorure sur le dos et les plats, doublé de mar. r. fil. et encadrem. à la Du Seuil avec un grand fleuron à petits fers et au pointillé aux angles, tr. dor. étui en forme de livre doublé de drap grenat, les plats en mar. brun jans. dent. int. tr. dor. (Trautz-Bauzonnet, 1854). Manuscrit sur vélin couvert d’une riche reliure à mosaïque considérée comme le chef-d’œuvre de Trautz. Acheté 565 fr. à la vente De Bure (1853). Avait été payé 14 livres et 19 sols à la vente du baron d’Heiss (1785). L’ancienne reliure qui recouvrait le volume à l’époque de la vente De Bure était en trop mauvais état pour être conservée, mais la doublure la représente exactement telle qu’elle avait été exécutée par Le Gascon. On joint la déclaration de Trautz. 17.050 fr.
    314. Maistre Pierre Pathelin. Paris, Anthoine Bonnemere, 1533. In-16 de 124 f. non ch. lettres rondes, mar. orange, dos orné, comp. de fil. droits et cintrés, fleurons aux angles, doublé de mar. r. riche dorure à petits fers et au pointillé avec chiffre au centre et aux angles, tr. dor. (Trautz-Bauzonnet, 1851). Exemplaire réglé provenant de la vente Monmerqué. 1.505 fr.



    314 bis. Maistre Pierre Pathelin. Paris, Jehan Trepperel, s. d. [entre 1502 et 1511]. Petit in-8, goth. de 44 f. non ch. à 26 lignes par page, signé a à e par 8 f. et f par 4 f. fig. sur bois, mar. r. dos orné fil. doublé de mar. r. dent. tr. dor. (Bauzonnet-Trautz). Si cet exemplaire est celui de la vente Soleinne, ce serait alors le seul cité par les bibliographes. 1.705 fr.
    348 bis. P. Corneille. Remerciment [sic] au Roy. Paris, 1663. In-4 de 7 p., mar. r. jans. chiffres aux angles des plats, dent. int. tr. dor. (Trautz-Bauzonnet, 1859). Un des 2 exemplaires connus de l’édition (le second fait partie de la bibliothèque du baron J. de Rothschild). 1.595 fr.
    351. Les Œuvres de Monsieur de Molière. Paris, Denys Thierry, Barbin, etc., 1682.  8 vol. pet. in-8, fig. de Brissart, mar. r. doublé de mar. olive, dent. int. tr. dor. (Rel. anc.). Première édition complète. Exemplaire de Longepierre, réglé, très grand de marges (témoins), qui serait tiré sur « grand papier fin ». 21.000 fr.
    354. Les Précieuses ridicules. Paris, Charles de Sercy, 1660. In-12 de 4 f. prél. non ch. et 135 p. mar. r. chiffres sur le dos, fil. à fr. dent. int. tr. dor. (Trautz-Bauzonnet). Édition originale extrêmement rare, premier état du premier tirage. 4.620 fr.
    355. Sganarelle, ou le Cocu imaginaire. Paris, Jean Ribou, 1660. In-12 de 6 f. prél. non ch. et 60 p., la dernière non ch. pour le privilège, mar. r. chiffres sur le dos, fil. à fr. dent. int. tr. dor. (Trautz-Bauzonnet, 1853). Edition originale rarissime, publiée sans l’autorisation de l’auteur par un sieur de Neuf-Villenaine, et détruite, à l’exception de 8 ou 10 exemplaires, dont plus de la moitié sont en bibliothèques publiques. 4.000 fr.
    383. Les Femmes sçavantes. Paris, Pierre Promé, 1672. In-12 de 2 f. prél. non ch. et 92 p., mar. r. jans. dent. int. tr. dor. (Lortic). Exemplaire de l’édition originale sous la date de 1672, qui passe pour être unique. L’un des petits fleurons qui composent l’ornement typographique, placé en tête de la p. 37, est tombé pendant la mise en pages. 1.080 fr.
    386. Molière. Remerciment [sic] au Roy. Paris, Guillaume de Luynes et Gabriel Quinet, 1663. In-4 de 7 p., mar. r. jans., chiffres aux angles des plats, dent. int. tr. dor. (Trautz-Bauzonnet, 1858). Cet exemplaire et celui de Lignerolles sont les deux seuls connus jusqu’alors. 1.450 fr.   
    431. La Vie très horrificque du grand Gargantua. Pantagruel, roy des Dipsodes. Lyon, François Juste, 1542. Deux parties en 1 vol. in-16, goth. fig. sur bois, mar. citron, dos orné avec chiffres, 3 fil. et encadrem. genre Du Seuil composé de fil. droits et cintrés, avec chiffres aux angles, doublé de mar. r. ornements aux angles et grand milieu avec chiffre, à petits fers et au pointillé, tr. dor. (Trautz-Bauzonnet). On rencontre rarement ces deux parties réunies. 1.220 fr.



    434. Rabelais. Œuvres, 1547. 3 parties en 1 vol. in-16 fig. sur bois, mar. bleu, chiffres sur le dos et aux angles des plats, dent. int. tr. dor. (Trautz-Bauzonnet, 1850). Edition originale de la première édition collective des trois premiers livres. 1.180 fr.


    
    N° 440. Oeuvres de Maître François Rabelais
    Amsterdam, Henry Bordesius, 1711, 6 t. en 5 vol. in-8
    Reliure de Trautz-Bauzonnet, 1852
    

    441.Œuvres de Maitre François Rabelais. Amsterdam, Jean-Frédéric Bernard, 1741. 3 vol. in-4, front. fleurons, culs-de-lampe, portrait, cartes et fig. par B. Picart, Du Bourg, etc., mar. r. dos orné, dent. tr. dor. (Rel. anc.). Exemplaire aux armes de la marquise de Pompadour. 4.260 fr.



    464. Les Contes de la reine de Navarre. In-4, mar. grenat, chiffres dorés et fil. à fr. sur le dos et les plats, doublé de mar. bleu, large dent. à petits fers et au pointillé avec chiffres aux angles, tr. dor. (Bauzonnet-Trautz). Edition originale très rare sous le titre Histoires des amans fortunez : on n’en cite que 5 ou 6 exemplaires. 1.700 fr.
    474. Contes des fées, par Ch. Perrault. Paris, Lamy, 1781. 2 parties en 1 vol. in-12, front. et vignettes, mar. r. dos orné, dent. doublé de tabis bleu, dent. tr. dor. (Derome le jeune). La plus complète et la plus belle des anciennes éditions des Contes de Perrault. Exemplaire sur grand papier de Hollande. Provient des bibliothèques Pixerécourt et Aimé Martin (vente de 1847) et est un des trois seuls connus réunissant la triple condition d’être imprimés sur papier de Hollande, d’être ornés de figures en plusieurs états et d’être reliés par Derome, avec son étiquette sur un feuillet de garde. 4.120 fr.



    478. Cervantes. Don Quichotte. 1605. In-4, mar. r. chiffres sur le dos et aux angles des plats, dent. int. tr. dor. (Trautz-Bauzonnet, 1850). Précieuse et rarissime édition originale de la première partie de ce roman. 7.420 fr.



    481. Segunda parte de Don Quixote (1615). In-4, mar. r. chiffres sur le dos et aux angles des plats, dent. int. tr. dor. Première et précieuse édition de la seconde partie, infiniment plus rare que la première, dit Salva. Le titre porte la mention manuscrite « Ce livre est à Daniel Dumonstier ». 2.550 fr.




    L’ex-libris de De Ruble représente ses armes et son chiffre accolés à ceux de son oncle.   

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    Le relieur Georges-Jacob Trautz (Pforzheim, Allemagne, 12 janvier 1808 – Paris VIe, 6 novembre 1879), « le grand prêtre du pastiche », fut l’élève, le gendre et le successeur de Laurent-Antoine Bauzonnet (Dole, Jura, 14 septembre 1795 – Paris VIe, 28 décembre 1882), « le grand maître des filets ».
    Successeur lui-même de Jean-Georges Purgold (Darmstadt, 1784-Paris, 1829), dont il épousa la veuve, Anne-Thérèse Langlois (Paris, 1788-1861), le 11 septembre 1830 à Paris, Bauzonnet accueillit Trautz en 1833 comme doreur dans son atelier de la rue Honoré Chevalier (VIe).



    Trautz avait appris la dorure dans l’atelier Kleinhans, rue Mazarine (VIe), dans lequel il était entré en arrivant à Paris en 1830. L’atelier de Bauzonnet fut déménagé rue du Four-Saint-Germain (rue du Four, VIe). Le 1er octobre 1840, Trautz épousa Alexandrine-Élisabeth-Estelle Purgold (Paris, 1818-1885), belle-fille de Bauzonnet, dont il devint dès lors l’associé : les reliures furent signées « Bauzonnet-Trautz ». Dès 1847, afin de rendre un hommage public au talent de son gendre, Bauzonnet voulut que les reliures fussent signées « Trautz-Bauzonnet ». En 1851, Bauzonnet quitta son atelier pour prendre sa retraite, et Trautz lui succéda.

    Dans le Catalogue des livres rares et précieux composant la bibliothèque de M. le comte Octave de Behague (Paris, Ch. Porquet, 1880, première partie, p. XXII-XXIII), le libraire Charles Porquet publia la « Liste des reliures à mosaïque exécutées par M. Trautz-Bauzonnet (années 1838 à 1878) », communiquée par Ernest Quentin-Bauchart, qui l’avait reçue de Georges Trautz lui-même :

    « 1° En 1838, pour la Bibliothèque royale. – La Nef des Folz, petit in-folio, reliure à la Grolier (xvie siècle).
    2° En 1839, pour M. Armand Bertin. – Les Saints. Manuscrit, in-8°, genre Grolier, doublé de vélin, dentelles en couleurs.
    3° En 1845, pour M. le baron J. Pichon. – Œuvres de Roger de Collerye (1536), compart. à losanges, imité de Padeloup, petit in-8° (xviiie siècle). Actuellement chez M. le baron J. de Rothschild.
    4° En 1853, pour Monseigneur le duc d’Aumale. – Virgilius, Alde, (1505), sur vélin, in-8°, genre Grolier.
    5° En 1853, pour M. de Clinchamp. – L’Eschole de Salerne, en vers burlesques (Leyde, les Elsevier, 1651), in-12 compart. à losanges, imité de Padeloup ; fait partie de la collection du comte de Béhague.
    6° En 1855, pour M. Cigongne. – Œuvres de Coquillart (1532), pet. in-8°, genre Grolier, appartient aujourd’hui à Mgr le duc d’Aumale.
    7° En 1855, pour M. le comte de Lurde. – Airs nouveaux de Cour, pet. in-8°, manuscrit signé Jarry, dorure Le Gascon, avec riches compart. (xviie siècle). Fait aujourd’hui partie de la bibliothèque du baron de Ruble.



    8° En 1857, pour M. le comte de Lignerolle. – Simulacres de la mort (1538), in-8°, reliure à losanges noirs, avec tête de mort et autres attributs.
    9° En 1858, pour M. le baron Salomon de Rothschild. – Un manuscrit allemand, sur vélin, in-folio, genre Grolier.
    10° En 1869, pour E. Quentin-Bauchart. – Prières chrétiennes, manuscrit de la fin du xviie siècle sur vélin, in-12, compart. à losanges, imité de Padeloup.
    11° En 1870, pour M. E. Paillet. – Office de la Vierge, manuscrit signé Jarry, dorure Le Gascon, avec tranche gravée et à fleurs.
    12° En 1872, pour M. le baron de La Roche-Lacarelle. – Œuvres de Villon, (1532), pet. in-8°, compart. à losanges, imité de Padeloup.


    13° En 1873, pour M. E. Quentin-Bauchart. – Œuvres de Louise Labé (1555), in-8°, riches compart. à mosaïque de maroquin vert, bleu, citron et rouge, avec dorures à petits fers couvrant entièrement le dos et les plats du volume. Appartient aujourd’hui au baron James de Rothschild.
    14° En 1874, pour M. Caen, libraire. – Œuvres de Vauquelin de La Fresnaie (1612), in-8°, compart. à losanges, imité de Padeloup.
    15° En 1874, pour M. le comte de Fresne. – Œuvres de Coquillart (1532), pet. in-8°, même reliure que le précédent.
    16° En 1875, pour M. le baron James de Rothschild. – L’Adolescence Clémentine (1532) in-8°, compart. à la Grolier, citron et bleu.
    17° En 1875, pour M. E. Quentin-Bauchart. – Œuvres de Villon (1537), pet. in-8°, compart. à la Grolier, citron et bleu comme le précédent.



    18° En 1876, pour M. E. Paillet. – Les Caquets de l’Accouchée (1623), in-8°, fantaisie à losanges, imitée de Padeloup.
    19° En 1877, pour M. le baron J. de Rothschild. – Les Blasons du corps féminin, in-16, compart. et entrelacs, genre Padeloup.
    20° En 1877, pour M. le baron J. de Rothschild. – Manon Lescaut (1753), 2 vol. in-12, à losanges, imité de Padeloup.
    21° En 1877, pour M. Colin. – Œuvres de Regnier, Leyde, les Elsevier, 1652, pet. in-12, genre Le Gascon.
    22° En 1878, pour M. le baron J. de Rothschild. – Les Rymes de Pernette du Guillet (1545), pet. in-8°, sur le modèle de la Louise Labé, avec de légères modifications. » [sic]

    Quentin-Bauchart publia une seconde fois cette même liste dans Mes livres (Paris, Librairie de la Bibliothèque nationale, 1881, p. XI-XIII).
    Édouard Rahir, dans son article intitulé « Des reliures de Trautz-Bauzonnet à propos d’une vente récente », paru dans la Revue des livres anciens (Paris, Fontemoing et Cie, 1914, t. I, p. 145-152), mit cette liste à jour, et y ajouta une 23e reliure :

    « N° 1. Nef des Folz. Bibliothèque nationale.
    N° 2. Les Saints. De chez M. Armand Bertin a passé dans la famille Bapst.
    N° 3. Les Œuvres de Roger de Collerye, 1536. Bibliothèque du baron James de Rothschild.
    N° 4. Virgile. Alde, 1505. Bibliothèque de Chantilly.
    N° 5. École de Salerne, Elzevier 1651. Vendu 16 100 francs chez le comte Octave de Béhague en 1880, puis 10 060 francs, chez le comte de Mosbourg et acheté 17 500 francs à la vente Robert Hoe, par M. Cortlandt F. Bishop.
    N° 6. Œuvres de Coquillart, 1532. Biblioth. de Chantilly.
    N° 7. Airs nouveaux de la Cour. Ms. de Jarry, s. d. Vendu 17 050 francs chez le baron de Ruble, acquis pour 28 750 francs à la vente Robert Hoe, par M. Cortlandt F. Bishop.
    N° 8. Les Simulachres de la Mort, 1538. Acheté 8 500 francs chez le comte de Lignerolles par Lord Carnarvon. Aujourd’hui chez M. Mortimer L. Schiff.
    N° 9. Manuscrit allemand. Chez la baronne Salomon de Rothschild.
    N° 10. Prières chrétiennes. Manuscrit. Chez M. Pierre Quentin-Bauchart.
    N° 11. Office de la Vierge. Ms. de Jarry. Acheté à la dispersion de la bibliothèque Paillet, 8 000 francs par M. Blacque, a été revendu 16 750 en avril 1909 à la vente H. W. Poor. Aujourd’hui en Amérique.
    N° 12. Œuvres de Villon, 1532. Acheté 14 020 francs chez le baron de La Roche Lacarelle, revendu 19 000 francs à la vente Robert Hoe. Chez Geo D. Smith à New-York.
    N° 13. Œuvres de Louise Labé, 1555. Bibliothèque du baron James de Rothschild.
    N° 14. Œuvres de Vauquelin de La Fresnaie, 1612. Adjugé 2 852 francs en 1883 à la vente de M. Truel Saint-Evron ; acheté par M. Geo B. de Forest. Aujourd’hui dans la collection J.Pierpont Morgan.
    N° 15. Œuvres de Coquillart, 1532. Acheté 9 000 francs chez le comte de Fresne. Vendu 10 000 francs à la vente Robert Hoe. Aujourd’hui en Amérique.
    N° 16. L’Adolescence Clémentine, 1532. Bibliothèque du baron James de Rothschild.
    N° 17. Œuvres de Villon, 1537. Adjugé 7 500 francs chez E. Quentin-Bauchart ; acheté par M. Geo. B. de Forest. Chez M. J. Pierpont Morgan.
    N° 18. Les Caquets de l’Accouchée, 1623. Acheté à la dispersion de la bibliothèque Paillet, 8 000 francs par M. Müller ; vendu 8 500 francs chez M. Müller et acheté 18 500 fr. à la vente Robert Hoe par la librairie Morgand.
    N° 19. Les Blasons du corps féminin, s. d. Bibliothèque du baron James de Rothschild.
    N° 20. Manon Lescaut, 1753. Bibliothèque du baron James de Rothschild.
    N° 21. Œuvres de Régnier, Elzevier, 1652. Adjugé 5 500 francs à la vente E. Colin en 1881 ; revendu 4 820 francs dans une vente anonyme en février 1891, acheté par M. Geo. B. de Forest. Aujourd’hui dans la collection Pierpont Morgan.
    N° 22. Les Rymes de Pernette du Guillet, 1545. Bibliothèque du baron James de Rothschild.
    N° 23. Heures de Rome. Paris, Simon Vostre, s. d. (calendrier de 1512 à 1530). Reliure exécutée en 1871 pour le comte Clément de Ris. Aujourd’hui chez M. L. de Montgermont.

    Ce dernier ouvrage n’avait pas été mentionné sur la liste remise à M. Potier [i.e. Porquet] au moment de la vente Octave de Béhague ; cette liste n’indiquait pas non plus quelques volumes exécutés pour un bibliomane anglais M. Hankey, sur des livres d’un genre tout à fait spécial, volumes aujourd’hui cachés dans l’Enfer d’une grande bibliothèque américaine. » [sic]   

    Pour l’érotomane Frédérick Hankey (Corfou, 1823-Paris, 1882), ancien officier des Gardes de S.M. la Reine d’Angleterre, qui vivait célibataire à Paris, rue Laffitte (IXe), Trautz avait accepté de se livrer à des mosaïquages spéciaux qui ne figurent pas dans le décompte de ses œuvres. Il signa en particulier une reliure dite « aux fleurs du mal » sur Le Meursius françois,ou Entretiens galans d’Aloysia (Cythère [Paris], s. n. [Valade], 1782, 2 t. en 1 vol. in-18, front. et 12 fig. h.-t. n. sign. [Elluin, d’après Borel]) : maroquin janséniste orange, dos à nerfs, titre doré, doublure de maroquin bleu ciel à bordure en dents de rat, décorée d’une composition érotique dorée de petits fers, têtes de faune et guirlandes florales arabesques, ornée de quatre phallus aux angles intérieurs et d’une vulve solaire au centre, mosaïqués de maroquin beige et rouge, gardes de moire bleu ciel, double filet sur les coupes, tranches dorées ; étui de maroquin noir, dos à nerfs, titre et chiffre FH dorés (Paris, Christie’s, 27 avril 2006, bibliothèque G. Nordmann : 38.400 €)     

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    Don Joachim Gomez de la Cortina, né au Mexique le 6 septembre 1808, docteur en droit, fut successivement recteur de l’Université de Madrid, membre du Tribunal suprême de justice et sénateur. Entre-temps, en 1847, il reçut le titre de marquis de Morante.

    Le marquis de Morante, dont on cherchera en vain le portrait, fut un des plus illustres bibliophiles espagnols. Depuis 1840, il était bien connu, à Paris, des libraires qui faisaient des catalogues et des ventes de livres anciens (Merlin, Tilliard, Crozet, Techener, Potier) et des relieurs (Thouvenin, Thompson, Bauzonnet, Duru, Capé). Le marquis avait en effet compris que le goût, la passion et la connaissance des beaux livres n’avaient jamais été portés aussi haut qu’en France. Les deux tiers de ses revenus, évalués à environ 125.000 francs, étaient sacrifiés pour les livres et leurs reliures. Il laissa la plus grande bibliothèque jamais possédée par un particulier, composée de plus de 120.000 volumes, dont la majorité était en latin.

    Il catalogua lui-même ses livres dans un Catalogus librorum doctoris D. Joach. Gomez de la Cortina, march. de Morante, qui in aedibus suis exstant (Matriti, Eusebium Aguado, 1854-1862, 8 vol. in-8, 16.148 articles au total). Le corps principal du catalogue finit au tome VI, et il est suivi d’un grand supplément et d’un autre peu étendu à la fin du tome VIII.
    Ce catalogue ne fut tiré qu’à 500 exemplaires, dont la plupart furent reliés en basane verte portant ses armes, destinés seulement aux amis et aux bibliothèques publiques.

    Il est classé par ordre alphabétique des titres ou des noms d’auteurs ; les notes sont rédigées en espagnol, et non en latin, comme l’ont écrit tous ceux qui ne l’ont pas lu ; à côté de chaque article, on trouve l’indication du prix qu’il a coûté ; des notices biographiques d’auteurs du xvie siècle, sont intercalées dans les huit volumes. Un troisième supplément (tome IX), publié après la mort du marquis (Madrid, F. Lopez Vizcaino, 1870, in-8), n’est qu’une simple nomenclature des titres.









    Les volumes, qu’il avait fait habiller par les plus habiles relieurs de Paris et de Londres, portaient ses armes, parfois accompagnées de son chiffre, formé des lettres J.G.C. (Joachim Gomez Cortina), redoublées et surmontées d’une couronne de marquis :



    « Coupé d’un et parti de trois, ce qui fait huit quartiers : au 1, d’argent, à 3 fasces de gueules, à la bordure de sinople, chargée de 8 sautoirs d’argent, 3 en chef, 2 aux flancs et 3 en pointe ; au 2, de sinople, à une cotice et un filet d’argent en bande, accompagnés de 2 croix recercelées du même, 1 en chef et 1 en pointe ; au 3, de gueules, au pélican de sinople en sa piété, à la bordure componée de sinople et d’azur ; au 4, de même que le 2 ; au 5, de gueules, à 3 fleurs de lys d’or en fasce, en pointe une tour d’argent maçonnée de sable et donjonnée de même, en chef une cannette d’or, reposant sur une planchette de même ; au 6, de sinople, à 5 étoiles d’argent, 2, 1 et 2 ; au 7, de même que le 1 ; au 8 et dernier, coupé : au 1, d’azur, à 1 tour d’argent surmontée de 3 étoiles de même mises en fasce ; au 2, de sinople, au taureau d’argent. » Ces armes, surmontées d’une inscription imitée de celle de Grolier, « J. Gomez de la Cortina et amicorum », et accompagnées de la même devise que celle du bibliophile français A. R. Courbonne, « Fallitur hora legendo » [Lire fait oublier l’heure], constituaient un super ex-libris, dont il existe plusieurs types, l’inscription et la devise étant portées sur un ruban ou dans un anneau ovale.








    Son ex-libris armorié en dérivait, ou portait ses armes surmontées d’une couronne de comte, avec l’inscription « Bibliotheca Cortiniana. » au-dessous et l’épigramme de John Owen, poète anglais du dix-septième siècle, « Egregios cumulare libros præclara supellex. » [Une collection de livres choisis est un beau meuble], comme devise sur les trois autres côtés.

    Contrairement à l’inscription qu’on peut lire sur ses livres, le marquis n’a jamais voulu en prêter un seul. Sa bibliothèque, dans son hôtel de la rue Fuencarral, à Madrid, était composée de trois salles dallées de marbre, dont une avec une galerie circulaire. Le marquis, vêtu d’une simple veste de coutil et chaussé d’escarpins inusables, y était la plupart du temps, penché sur un livre, au haut d’une échelle peu solide. Il fut un des plus grands latinistes contemporains et on lui doit un Nuevo Diccionario latino-español etimológico [Dictionnaire étymologique latin et espagnol] (Leipzig, Brockhaus, 1867).
    Le marquis de Morante s’éteignit le 13 juin 1868, après une chute de son échelle tremblante, au haut de laquelle il était assis. Il était célibataire.



    Conformément à ses dernières volontés, sa dépouille mortelle, dans un magnifique sarcophage en bronze, fut déposée dans le panthéon de la chapelle de l’église de Salarzon, dont son père avait été le fondateur.

    Il était naturel que sa bibliothèque, dont la plus grande partie a été acquise ou reliée en France, revienne à Paris pour être dispersée au feu des enchères. Les héritiers du marquis de Morante cédèrent la collection en bloc au libraire parisien Jean-Antoine Bachelin (1835-1896), époux Deflorenne. Bachelin dut attendre la fin de la guerre franco-prussienne de 1870 et de la Commune pour envisager une vente à Paris. Il chargea son confrère Édouard-Léon Scott de Martainville (1817-1879), qui avait inventé en 1857 le phonautographe [appareil enregistreur des sons d’où est dérivé vingt ans plus tard le phonographe], de sélectionner les livres et de préparer le catalogue de la vente :



    Catalogue de la bibliothèque de feu M. le marquis de Morante (Paris, Bachelin-Deflorenne, 1872, 3 parties en 1 vol. in-8, XL-352 p., 1.909 lots ; VIII-206 p., 1.165 lots ; VII-[1 bl.]-339-[1 bl.] p., 2.265 lots).

    La vente eut lieu à l’hôtel Drouot.



    La première partie, en 10 vacations, du mercredi 21 février au samedi 2 mars 1872, fut la plus importante : 7 manuscrits (du xiiie au xve s.), 11 livres enluminés, 2 livres imprimés sur peau vélin, 4 exemplaires uniques ou seuls connus ; des éditions rarissimes ou non citées ; des premières impressions de quelques villes (Paris, Cambrai, Orange, Bâle, Cologne, etc.) ; des livres à figures, sur bois et sur cuivre ; des livres provenant de la bibliothèque des rois de France et princes du sang (François II, Louis-Philippe, Dauphin de France, etc.), des reines de France et princesses (Marguerite de Valois, Mademoiselle, etc.), des princes étrangers (Charles-Quint, etc.), des personnages (Calvin, Desportes, Richelieu, etc.) et des bibliophiles (Boutourlin, Cailhava, De Bure, Girardot de Préfond, Giraud, Hoym, Nodier, Peiresc, Pixerécourt, Peignot, Renouard, De Thou, etc.) célèbres ou distingués ; des livres avec signatures ou notes autographes ; des reliures riches ou curieuses (reliures « à la Grolier », Padeloup, Derome, Bozerian, Trautz-Bauzonnet, Capé, Schaefer, etc.). Ce fut pour la première fois en France que les amateurs trouvèrent dans cette collection de belles reliures exécutées en Espagne. Parmi les acheteurs : Bachelin, Ellis, Green, Techener, Potier, Tross, Rouquette, Fontaine.

    La première partie de la vente a produit 118.253 francs, « dont le succès a dépassé toute attente », affirma Bachelin. En réalité, la vente fut un véritable fiasco. Les livres n’atteignirent que rarement les prix de réserve donnés par leur propriétaire. Pour beaucoup de livres, les enchères ne furent pas véritables : nombreux furent ceux rachetés par Bachelin ou ses agents.



    100. Faii (Bartholomaei) Energumenicus. Lutetiae, apud Sebast. Nivellium, 1571, in-8, v. fauve à riches compart. dent. fil. tr. dor. Anc. rel. à la Grolier. 140 fr. à Ellis.



    135. Mornay (Phil. de). De l’institution, usage et doctrine du Saint Sacrement de l’Eucharistie en l’Église ancienne. La Rochelle, Hierosme Haultin, 1598, in-8, mar. brun, à compart. dent. tr. dor. (Anc. rel.). Exemplaire de l’auteur Philippe de Mornay, dont les initiales en grec se trouvent sur les plats de la reliure ; sur le dos, les initiales de Philippe sont séparées par les initiales de Charlotte d’Arbalette, sa femme. 300 fr. à Ellis.



    172. Elizade (Mich. de). Forma verae religionis quaerendae et inveniendae, liber unus. Neapoli, Hyac. Passerus, 1662, in-4, mar. orange, compart. fleurons, fil. tr. dor. (Anc. rel.). Rel. italienne dite « à l’éventail ». 60 fr.


    204. Massae Gallesii (Antonii), civis romani, De exercitatione Jurisperitorum libri tres. Romae, apud Valer. et Aloys. Doricos fratres Brixienses, s. a. (ca 1545), in-4, mar. brun, compart. fil. tr. dor. (Rel. du temps). Exemplaire en grand papier fort, aux armes du pape Jules III. 185 fr. à Ellis.



    228. Peckius (Petr.). Ad Regulas juris Canonici. Helmstadii, excudebat Jacobus Lucius, 1588, in-4, mar. rouge, larges dent. comp. fil. tr. dor. et ciselée. Rel. du temps à la Grolier. 40 fr.



    233. Ciceronis (M.T.). De Philosophia. Parisiis, Sim. Colin., 1545, 2 vol. in-12, mar. brun à compart. mosaïque, fil. tr. dor. Rel. du temps à la Grolier. 55 fr.


    301. Guevara (Ant. de). L’Orloge des princes. Paris, Arnoul l’Angelié, 1550, in-8, v. fauve, riches compart. mosaïque, fil. tr. dor. (Rel. anc.) Exemplaire réglé. Reliure du temps portant la date de 1555, avec dans le haut les initiales R. B. 235 fr. à Bachelin.

    472 bis. Bocchii (Ach.). Symbolicarum quaestionum de universo genere quas serio ludebat, libri quinque. Bononiae, in aedibus novae Academiae Bocchianae, 1555, pet. in-4, fig. sur cuivre, mar. marron à riche compart. mosaïque, fil. tr. dor. et ciselée. Rel. du temps à l’imitation de celles de Grolier. Ex. réglé et en grand papier. Provient de la vente Lefèvre-Dallerange. 390 fr. à Bachelin.


    518. Aedes Barberinae ad Quirinalem à comite Hieronymo Tetio Perusino descriptae. Romae, excudebat Mascardus, 1642, in-fol. mar. r., à riches compert mosaïque, fil. dent. dos orné, tr. dor. et ciselée. (Rel. anc.). Exemplaire en grand papier, aux armes de Jacques II, roi d’Angleterre, qui a passé depuis dans la bibliothèque de Colbert. Rel. romaine. 720 fr. à Potier.



    622. Asconii Paediani expositio in IV Orationes M. T. Ciceronis contra C. Verrem. Venetiis, in aedibus Aldi et Andreae Asulani soceri, 1522, in-8 mar. brun à riche compart. tr. dor. Deux têtes de maure dans un écusson sur les plats. 75 fr.



    658. Longolii (Chr.). Lucubrationes. – Orationes tres. – Epistolarum libri quatuor. Lugduni, apud Sebast. Gryphium, 1542, in-8, mar. brun à compart. dent. fil. tr. dor. (Emblème de Canevari sur les plats). Ex. de Canevarius. 380 fr. à Bachelin.



    775. Horatii (Q. H. F.). Opera. Lugduni, apud haeredes Seb. Gryphii, 1559, in-16, mar. à riches comp. mosaïque, fil. tr. dor. Ex. réglé dans une reliure dans le goût de celles de Maioli. 100 fr. à Voisin.


    783. Horatii (Q. H. F.). Opera omnia. Basileae, apud Ludov. Regem, 1615, in-fol. mar. br. semé de croix croisetées, de fleurs de lis d’or. (Anc. rel.). Ex. aux armes de Henri de Lorraine. Front. gravé de Math. Merian. 200 fr. à Potier.



    836. Ovidii (P. O. N.). Heroidum Epistole, atque Auli Sabini responsiones. Parrhisiis, Bern. Aubririus, 1517. – Auli Persii familiaris explanatio. Impressum est hoc opus in nobilissimo Parrhisiorum Gymnasio, 1516. In-4, semi-goth. v. fauve, racc. à riche compart. blasons sur les plats, fil. tr. dor. et ciselée avec le nom de Pignolet sur cette tranche. Reliure du temps contenant au milieu des plats l’écusson écartelé de France et d’Angleterre avec une vierge au-dessus, et sur les côtés les armoiries du roi de France, de Bretagne, d’Autriche, d’Angleterre, du Dauphin et de Valentine de Milan. 460 fr. à Voisin.



    932. Ausonii (Decii), Burdigalensis, Opuscula varia. Lugduni, apud Seb. Gryphium, 1537, in-8, v. à comp. fleurons, tr. dor. Ex. du Dauphin François II, fils de François Ier. Provient de la vente Lefèvre-Dallerange. 51 fr.



    949. In Testamenti Novi majorem partem. Basileae, 1542, in-8, v. à compartiments, dent. à froid. (Anc. rel.). 82 fr.


    1.142. Sarbievii (Mathiae-Casimiri). Lyricorum libri IV. Lutetiae Parisiorum, J. Henault, 1657. In-16, mar. r., riches compart. petits fers, fil. tr. dor. (Eve). 100 fr. à Bachelin.



    1.218. Terentius. Castigationes plurimorum ex Terentio locorum. Lugduni, apud Seb. Gryphium, 1534, in-8, v. fauve à riche compart. fil.dent.tr. dor. Rel. genre Grolier. 43 fr.


    1.269. Boccaccio. Il Corbaccio.Parigi, Morello, 1569, in-8, mar. br. à riches compartiments, dent. (Rel. du temps). Rel. à la Grolier. Ex. de Ballesdens. 240 fr. à Techener.



    1.384. Apophthegmes, c’est-à-dire, promptz, subtilz et sententieux ditz de plusieurs roys. Paris, Ruelle, 1551, in-16, v. f. riches compart. fil. tr. dor. Rel. du seizième siècle dans le goût des Maioli. 42 fr.



    1.442. Pontani (J. Jov.). Opera. Venetiis, Aldus, 1513, in-8, v. fauve, à riches compartiments, dent. fil. tr. dor. Ex. réglé dans une reliure à la Grolier. 80 fr.



    1.580. C. Sallustii de Conjuratione Catilinae. Venetiis, 1546, pet. in-fol., fig. sur bois, mar. brun, fil. dent. tr. dor. Reliure exécutée pour Th. Maioli dont le nom et la devise se trouvent sur les plats. 350 fr. à Bachelin.

    1.581. Sallustius (C. Crispus) ex museo Johannis Isaci Pontani. Amstelodami (à la Sphère), apud Joan. Janssonium, 1627, in-16, mar. rouge, fil. compart. dent. tr.dor. milieu mosaïque. (Le Gascon). Sur les plats, chiffres de L. Habert de Montmort, conseiller d’État, mort en 1679. 150 fr. à Potier.


    1.608. Valerius Maximus nuper editus. Venetiis, in aedibus haeredum Aldi et Andr. Soceri, 1534, in-8, mar. brun, compart. fil. tr. dor. Reliure seizième genre Grolier. 265 fr. à Potier.


    1.630. Suetonius. C. Suetonius Tranquillus, et in eum commentarius, exhibente Joanne Schildio. Lugd. Batav., ex offic. Fr. Hackii, 1651, in-8, mar. orange, larges dent. fil. tr. dor. Anc. rel. à petits fers. 30 fr.


    1.774. Kircheri (Ath.), Soc. Jesu, Diatribe de prodigiosis Crucibus. Romae, 1661, in-8, mar. rouge, à riches compart. petits fers, dent. tr. dor. 17 fr.



    1.779. Jovii (P.). Elogia veris clarorum virorum imaginibus apposita. Venetiis, apud Michaelem Tramezenium, 1546, pet. in-fol. mince, mar. vert, à riches comp., dent. fil. tr. dor. Rel. du temps aux chiffres de Cosme de Médicis, duc de Florence. 200 fr. à Chossonnery.



    1.785. Plutarque. Les Vies des hommes illustres.Lausanne, François Le Preux, 1575, 2 vol. in-fol., mar. r. fil. ornem. tr. dor. Reliure datée de 1579, aux armes, peintes en miniature, des ducs de Bourgogne, avec la devise « Sans vous ne puis X Bourgogne X ». 150 fr. à Bachelin.


    1.790. Eunapius Sardianus, de Vitis philosophorum et sophistarum. Antverpiae, Ch. Plantinus, 1568, in-8, v. fauve, à riches comp. dent. coins et milieu dorés, fil. tr. dor. Rel. du temps. 50 fr.
                           


    Le plus gros acheteur fut le libraire londonien Frederick-Startridge Ellis (1830-1901), qui acheta 113 lots pour le British Museum ; sur les 94 livres qui atteignirent 200 francs, 16 furent achetés par Ellis ; son collègue français Tross le complimenta à plusieurs reprises pendant la vente : « Monsieur, vous êtes la providence de la vente. » Quatre livres seulement dépassèrent 1.000 francs :

    967. Tory (Geoffroy). Gotofredi Torini, Biturici, in filiam charissimam, virguncularum elegantissimam, Epithalamia et Dialogi. Impressum Parrhisiis e regione scholae Decretorum, 1523 (1524 n.s.), in-4 cart. Exemplaire unique. C’est dans ce poème qu’on trouve pour la première et unique fois la première forme de la marque de Tory, le Pot cassé, avec la petite image dans le haut représentant l’âme de sa fille, sous la figure d’ange entouré de rayons. 1.450 fr. à Bachelin.
    1.459. Collection de classiques français, imprimée par Didot pour léducation de Monseigneur le dauphin, 22 vol. in-4, mar. vert, avec dent. fil. tr. dor. (Riche rel. de Derome). Précieux exemplaire d’une collection qui est introuvable complète et en pareille condition. Tous les volumes portent les armes de la Maison d’Orléans. 1.250 fr. à Bachelin.
    1.529. Gesta nobilis viri Dom. Symonis comitis de Monteforti. Pet. in-fol. mar. noir, jans. (Schaefer). Manuscrit du quinzième siècle sur vélin. 1.350 fr. à Didot.  
    1.719. Chronica regni Aragonum. Manuscrit sur peau de vélin du quinzième siècle, in-fol., rel. du temps à compart. ferm. 1.950 fr. à Bachelin.

    Au cours de la deuxième partie, qui se déroula en 6 vacations, du lundi 20 mai au samedi 25 mai 1872, et de la troisième partie, en 12 vacations, qui a eu lieu du lundi 20 janvier au samedi 1er février 1873, les prix atteints par les livres furent également très bas et une grande partie fut rachetée par Bachelin.


    Peu de temps après les trois ventes de 1872-1873, Bachelin publia des catalogues de livres anciens à vendre, provenant principalement de la bibliothèque Morante. Le dernier de ces catalogues contenaient 2.556 articles, dont les 2/3 environ avaient été rachetés dans les trois ventes ; la plupart réapparurent dans le catalogue de Bachelin en 1875, mais ne trouvèrent toujours pas d’acheteurs et furent finalement mis en vente à la salle Silvestre en avril 1875. Une grande quantité de livres restèrent invendus et 6.230 lots, dont les 2/3 provenaient de la bibliothèque Morante, furent remis en vente dans la même salle, en quatre ventes, en 1878 et 1879.






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    L’illustre maison de Brancas, établie en Provence depuis le xive siècle, est originaire du royaume de Naples. Seules deux branches survivaient à la fin du xviiie siècle : la branche aînée, dite de Céreste et Forcalquier, et la branche cadette, dite de Villars et Lauraguais.



    Célèbre par les services qu’il a rendus aux sciences comme à la littérature, par l’originalité piquante de son esprit – il fut, dans tous les temps, du parti de l’opposition – et par ses nombreuses aventures galantes, Louis-Léon-Félicité de Brancas, dit « le comte de Lauraguais », est né à Paris :

    « Le 3 juillet 1733, a été baptisé Louis-Léon Félicité, né ce jour d’huy, fils de très haut et très puissant seigneur Monseigneur Louis de Brancas [1714-1773], duc de Lauraguais, Pair de France, et de très haute et très puissante dame Madame Geneviève Adélaïde-Félicité d’O [1716-1735] son épouse, demeurant rue de Tournon en leur hôtel. Le parain, très haut et très puissant seigneur Léon de Madaillan de Lesparre [1683-1750] comte de Lassay, la maraine très haute et très puissante dame Madame Marie-Angélique Fremin de Moras [1676-1763], duchesse de Villars-Brancas, épouse de très haut et très puissant seigneur Monseigneur Louis-Antoine de Brancas [1682-1760], duc de Villars, Pair de France, chevalier de l’Ordre du Saint-Esprit. » [sic] (Paroisse Saint-Sulpice. Registre des baptêmes)

    
    Armes de Louis-Antoine de Brancas et Marie-Angélique Frémyn de Moras.
    Brancas, accolé de Moras, qui est : d'argent au chevron de gueules soutenant
    deux perroquets affrontés de sinople, et accompagné en pointe d'un arbre du même.
    

    Sa mère étant morte après avoir donné naissance à un second fils, le comte de Lauraguais fut élevé chez sa marraine, sa grand-mère paternelle, Marie-Angélique Frémyn de Moras, à Versailles. Aussi écrivit-il plus tard dans « Au lecteur », en tête de ses Lettres de L. B. Lauraguais à Madame *** (Paris, F. Buisson et Mongie, an X [1802], p. 7) : « Né à Versailles », ce qui a parfois induit en erreur certains historiens, et encore aujourd’hui « Wikipédia ».



    Nommé « mestre-de-camp-lieutenant » du régiment Royal-Roussillon cavalerie, dès 1749, il se distingua dans les campagnes de la guerre de Sept Ans. Il épousa le 11 janvier 1755, Élisabeth-Pauline de Gand de Mérode de Montmorency (1737-1794), princesse d’Isenghien et de Masmines, comtesse de Middelbourg, qui lui donna deux filles. En 1763, la comtesse de Lauraguais forma contre son mari une demande de séparation, justifiée par ses aventures galantes. Il reconnaîtra plus tard trois enfants naturels qu’il avait eus de la cantatrice Sophie Arnould (1740-1802).

    Doué d’un goût précoce pour l’étude des sciences, le comte de Lauraguais fut reçu à l’Académie des sciences en 1758, et renonça aux armes. Il entreprit en 1763 une campagne en faveur de l’inoculation, remède nouveau pour combattre la variole, dite « petite vérole ».




    Ayant découvert un procédé nouveau de vitrification, il installa une fabrique de porcelaine dans l’hôtel de Lassay, qu’il possédait alors entre la rue de l’Université (VIIe) et la Seine, actuelle résidence du président de l’Assemblée nationale.





    C’est au comte de Lauraguais qu’on doit en 1759 la suppression des banquettes sur la scène du théâtre de la Comédie française, que Voltaire avait demandée vainement : il l’obtint au prix de la somme considérable de 60.000 livres, prix des travaux nécessaires pour aménager la salle, afin d’y retrouver le nombre des places ainsi perdues.
    Curieux de tout, il se serait livré à la dissection sur le cadavre de son cocher et aurait eu la prétention d’être l’accoucheur de son amie Sophie Arnould.
     C.
    Grand anglomane, il se passionna pour les courses de chevaux et organisa, le 25 février 1766, dans la plaine des Sablons, au bois de Boulogne, la première course qu’on ait vue en France.
    Sa fortune ne suffit bientôt plus à dépenses exorbitantes : il dut vendre son hôtel à Louis-Joseph de Bourbon, prince de Condé, en 1768, et sa bibliothèque en 1770.
    On rapporte qu’en voyant partir ses chers volumes, le comte de Lauraguais, auteur de Clitemnestre [sic] (Paris, Michel Lambert, 1761), s’écria, paraphrasant Antiochus dans Rodogune princesse des Parthes (Paris, Toussaint Quinet, 1647, acte III, scène 5) de Pierre Corneille : « Chacun [au lieu de « Elle »] fuit, mais en Parthe, en nous perçant le cœur. », vers qui a toujours été regardé comme un jeu d’esprit.




    Ils furent tous vendus, la plupart portant ses armes « D’azur, au pal d’argent chargé de trois tours crénelées de gueules, accompagné de quatre pattes de lion, affrontées d’or, mouvantes des deux flancs de l’écu. », sur les plats ou sur un ex-libris avec les initiales « B C D L »




    La vente eut lieu en une maison sise quai des Augustins, au coin de la rue Pavée [chez De Bure ?], du lundi 11 au samedi 23 juin 1770, en dix vacations. Elle rapporta 33.416 l. 15. Quatre bustes et deux grands vases antiques, de porphyre, furent également vendus, au cours de la vacation du mercredi 20 juin.

    Le Catalogue d’une collection de livres choisis, provenans du cabinet de M *** (Paris Guillaume De Bure, fils aîné, 1770, in-8, xvj-2-171-[1 bl.]-10-[4] p., 780 + 152 lots) présente une majorité de livres dans la catégorie « Belles-Lettres » (355 lots). La part des livres d’histoire (209 lots) est supérieure à celles des livres de théologie (123 lots), de sciences et arts (82 lots) et de jurisprudence (12 lots).


    
    Armes de Louis de Brancas (1663-1739) et Louise-Diane-Françoise de Clermont-Gallerande.
    Brancas, accolé de Clermont-Gallerande, qui est : d'azur, à trois chevrons d'or, celui du chef brisé.
    

    5. Biblia Sacra Latina Vulgatae editionis. Moguntiaper Joannem Fust, & Petrum Schoyffher de Gernzheym, anno 1462, 2 vol. in-fol. M. R. [mar. rouge] Exemplar elegans impressum in membranis. 2.400 l. sur une estimation à 2.000.
    136. Platonis Opera quae extant omnia, graece & latine, cum interpretatione & notis Joannis Serrani. Parisiis, Henricus Stephanus, 1578, 3 vol. in-fol. Ch. Mag. [Charta Magna] M. R. lavé, réglé. 424 l. 5 sur une estimation à 180.
    139. Aristotelis opera omnia graece. Venetiis, in aedibus Aldi Manutii, 1497, 5 vol. in-fol. veau brun. Editio Primaria. = Theophrasti Eresti, Historia Plantarum, graece. Venetiis, in aedibus Aldi, 1497, in-fol., veau brun. 96 l. sur une estimation à 90.
    141. Senecae utriusque Philosophi & Rhetoris, Opera omnia quae extant. Neapoli, Moravus, anno 1475, in-fol. C. M. M. R. Editio Primaria. 220 l. sur une estimation à 200.
    183. Historia Naturale di Caio Plinio Secondo, traducta di lingua latina in fiorentina, per Christophoro Lantino. Venetiis, per Nicolaum Jenson, anno 1476, in-fol. Ch. M. M. R. 96 l. sur une estimation à 72.
    188. Phytantoza Iconographia, sive conspectus aliquot millium plantarum, arborum, fruticum, &c. a Joanne Weinmanno collectarum ; vivis coloribus represent. per Barth. Seuterum, & explicat. a Joan. Georg. Dieterico. Ratisbona, 1737, 4 vol. in-fol. Ch. Magn. M. R. 630 l. sur une estimation à 600.
    208. Roberti Valturii, de re Militari, libri XII. Veronae, per Joan. Nicolai Cyrurgie, Medici Filium, anno 1472, in-fol. M. R. Editio Primaria. 301 l. sur une estimation à 200.
    210. Méthode & Invention nouvelle de dresser les Chevaux ; par Guillaume de Newcastle, Comte de Cavendish : ouvrage décoré de très-belles Figures gravées en taille-douce. Anvers, Van Meurs, 1658, in-fol. M. cit. [mar. citron] lavé, réglé. 173 l. sur une estimation à 160.
    222. Fr. Joannis de Janua, summa quae vocatur Catholicon. Moguntiae, anno 1460, 2 vol. in-fol. M. R. Exemplar elegans. 234 l. sur une estimation à 200.
    226. Marci Tullii Ciceronis Opera omnia, cum castigationibus Petri Victorii. Venetiis, in officina Lucae Antonii Juntae, 1537, 4 vol. in-fol. M. R. 280 l. sur une estimation à 240.
    227. Marci Tullii Ciceronis Opera omnia. Lugd. Batav. ex officina Elzeviriana, 1541, 10 vol. in-12. Ch. Mag. velin. 193 l. sur une estimation à 150.
    228. Marci Tullii Ciceronis Rhetoricorum Libri. Romae, per Vuendellinum de Vuila, anno 1474, in-fol. M. R. lavé, réglé. 96 l. 4 sur une estimation à 20.
    229. Ciceronis Orationes. Venetiis, per Cristophorum Valdarfer, anno 1471, in-fol. M. violet. 91 l. sur une estimation à 40.
    241. Homeri Ilias & Odyssaea, Batrachomyomachia & Hymni, graece, edente Demetrio Chalcondyla, &c. Florentiae, anno 1488, 2 vol. in-fol. M. R. Editio Primaria. 281 l. 19 sur une estimation à 250.
    313. Les Œuvres de Maître Guillaume Coquillart, Official de Rheims. Paris, Ant. Bonnemere, 1532, in-8 M. R. 6 l. 1 sur une estimation à 3.
    348.Œuvres de Nicolas Boileau Despreaux, avec des Eclaircissemens historiques donnés par lui-même, nouvelle édition, enrichie de figures gravées par Bernard Picart. Amsterdam, David Mortier, 1718, 2 vol. in-fol. M. R. 103 l. sur une estimation à 84.
    351. Le Mystère de la Passion de Jésus-Christ, mis en ryme françoise & par Personnages ; par Jean Michel. Paris, Antoine Verard, 1499, in-fol. M. R. dentelle. 122 l. sur une estimation à 240.
    363. Opere di Dante Alighieri. Mantuae, Magister Georgius & Magister Paulus Teutonici impresserunt anno 1472, in-fol. M. B. [mar. bleu] 66 l. sur une estimation à 240.
    366. Opere di Francesco Petrarcha, cioe le Rime. Patavii, per Martinum de Septem Arboribus Prutenum, anno 1472, in-fol. M. B. lavé, réglé. 436 l. sur une estimation à 480.
    407. Il Decamerone di M. Giovanni Bocaccio, nuovamente corretto, & con diligentia Stampato. In Firenze, Giunti, anno 1527, in-8 V. F. [veau fauve] Editio originalis. 400 l. sur une estimation à 550.
    421. Les Amours Pastorales de Daphnis & Chloë, traduits du grec de Longus, en françois, par Jacques Amyot ; Ouvrage enrichi de figures gravées par Benoist Audran, d’après les Desseins de Monseigneur le Duc d’Orléans, Régent. Paris, 1718, in-8 M. R. 103 l. sur une estimation à 72.
    439. Les Avantures de Télémaque, fils d’Ulysse ; par M. François de Salignac de la Mothe Fenelon, Archevêque-Duc de Cambray : édition enrichie de figures gravées par Bernard Picart, & autres habiles Maîtres. Amsterdam, Wetstein, 1734, in-fol. M. B. Première édition. 329 l. sur une estimation à 250.
    502. Le Triomphe des neuf Preux. Abbeville, Pierre Gerard, 1487, in-fol. M. R. 68 l. 19 sur une estimation à 60.
    508. Aurelii Theodosii Macrobii Opera. Venetiis, per Nicolaum Jenson Gallicum, anno 1472, in-fol.M. B. exemplar elegans. Editio Primaria. 340 l. sur une estimation à 200.
    574. Claudii Ptolomaei Cosmographiae Libri octo, interprete Jacobo Angelo. Bononiae, Dominicus de Lapis, anno 1462, in-fol. M. R. Editio Primaria. 436 l. sur une estimation à 240.
    578. Collectiones Peregrinationum in Indiam Orientalem & Indiam Occidentalem XXV partibus comprehensae, cum figures aeneis Fratrum de Bry, & Meriani. Francofurti ad Maenum, 1590, & annis sequentib. 10 vol. in-fol. M. B. 1.151 l. sur une estimation à 1.000.
    598. Bartholomaei (Albizzi) de Pisis, liber Conformitatum vitae Beati Francisci ad vitam Jesu Christi. Mediolani, per Gotardum Ponticum, anno 1510, in-fol.M. R. Exemplar elegans. 401 l. sur une estimation à 400.
    740. Dialogos de Medallas, inforiciones, y otras antiguedades, ex Bibliotheca Ant. Augustini. En Tarragona, por Felipe Mey, 1587, in-4 M. R. Exemplar elegans. 242 l. sur une estimation à 200.
    748. Museum Florentinum, exibens insigniora vetustatis monumenta quae Florentiae adversantur. Florentiae, 1734, 10 vol. in-fol. Ch. Mag. M. R. lavé, réglé. Le tome X est en feuilles. 980 l. 1 sur une estimation à 750.
              

    
    Aux armes de Louis de Brancas (1714-1773) et de sa seconde épouse, Diane-Adélaïde de Mailly.
    D’azur, au pal d’argent chargé de trois tours crénelées de gueules, accompagné de quatre pattes de lion, affrontées d’or, mouvantes des deux flancs de l’écu, qui est de Brancas ; accolé d'or, à trois maillets de gueules, qui est de Mailly.
    

    Le comte de Lauraguais devint duc de Brancas à la mort de son père, en 1773. Depuis 1726, le domaine de Lauraguais avait été « engagé » [distrait du domaine de la couronne par aliénation ou échange] au duc de Brancas moyennant 195.600 livres ; sur le conseil de Necker, le Roi estima en 1778 qu’il y avait lieu de faire rentrer cette terre dans le domaine royal : informé de cette résolution, le comte de Lauraguais s’insurgea contre la décision du Roi et fut alors exilé dans sa terre de Manicamp [Aisne].


    
    Château de Manicamp vers 1835
    

     

    Tandis que son épouse était traduite devant le Tribunal révolutionnaire pour conspiration contre la République, condamnée à mort et exécutée le 6 février 1794, il échappa miraculeusement aux proscriptions révolutionnaires : enfermé à la Conciergerie, on l’oublia jusqu’aux journées des 9 et 10 thermidor an II [27-28 juillet 1794], qui entraînèrent la chute de Robespierre. Il vécut alors à Manicamp, pratiquement ruiné, consacrant ses loisirs à l’élevage des chevaux et des moutons, à la chimie, à la physique et à quelques publications.




    En 1797, il vendit le château de Lassay (Mayenne), qui était passé autrefois des Madaillan aux Brancas. Lors du retour du Roi, il fut créé pair de France le 4 juin 1814. Accablé d’infirmités, il n’a pu prendre part aux délibérations de la Chambre, et ce fut par ce motif que le 10 décembre 1822, il obtint du Roi une ordonnance l’autorisant à transmettre sa pairie à son neveu Louis-Marie-Buffile de Brancas (1772-1852). Le comte de Lauraguais décéda à Paris, d’un accès de goutte, le 8 octobre 1824, et fut inhumé au cimetière du Père Lachaise [13e division].   


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  • 08/01/13--14:41: Bibliotheca Lamoniana
  • La Bibliothèque des Lamoignon, créée par Guillaume de Lamoignon (1617-1677) vers le milieu du xviie siècle, resta dans la même famille pendant près de cent-cinquante ans.



    Traditionnellement, les Lamoignon tirèrent leur nom d’un fief situé près de Donzy [Nièvre], mais ce sont peut-être eux qui donnèrent leur nom au fief dont on a voulu faire leur berceau. Ils vécurent obscurément au fond de leur province jusqu’à Charles de Lamoignon (1514-1572) qui, le premier, vint à Paris en 1544 s’y faire recevoir avocat au Parlement et acquit la seigneurie de Bâville [Saint-Chéron, Essonne] en 1559.




    Chrétien [I] de Lamoignon (1567-1636)
    Son fils Chrétien [I] de Lamoignon (Paris, 22 août 1567-18 janvier 1636) fut pourvu d’un office de conseiller au Parlement en 1595, puis d’un office de président aux enquêtes en 1623. Le Roi le pourvut enfin d’un office de président « au mortier »* au même Parlement en 1633.





    Ce fut lui qui, à la place de l’ancien manoir seigneurial, fit construire le château actuel de Bâville, entre 1625 et 1629. Son corps fut inhumé dans une des chapelles de l’église des Cordeliers de Paris et son cœur porté en l’église des Récollets de Saint-Denis.

    * « Quelques-uns disent Président à mortier, mais on pense que ces quelques uns ne sont pas de grans docteurs en langue vulgaire. La raison & l’usage veulent qu’on dise, & qu’on écrive Président au mortier. » [sic] (P. Richelet. Dictionnaire françois. Genève, Jean Herman Widerhold, 1680, p. 69)
    Les présidents « au mortier » de Paris présidaient les différentes chambres du Parlement en épitoge brodée d’hermine ajoutée à leur robe rouge. La Grand-Chambre, présidée par le premier président, comprenait huit présidents « au mortier », premier président compris, qui achetaient leur charge et qui assistaient le premier président. Ils tiraient leur nom de leur couvre-chef, mortier de velours noir à un galon d’or [deux galons d’or pour le premier président].




    
    Guillaume de Lamoignon (1617-1677)
    

    Guillaume de Lamoignon (Paris, 23 octobre 1617-10 décembre 1677) fut reçu avocat, puis conseiller au Parlement en 1635, maître des requêtes en 1644, et pourvu de l’office de premier président au Parlement de Paris en 1658. Il se comporta avec impartialité au procès de Fouquet (1662) et prit part à l’élaboration des ordonnances civile de 1667 et criminelle de 1670. Au mois de décembre 1670, ses terres et seigneuries de Bâville, de Boissy, etc. furent érigées en marquisat, et celles de Saint-Cehour, de Launay-Courson [Courson-Monteloup, Essonne], etc. en comté.






    À partir de 1658, il fut locataire de l’hôtel de Lamoignon, ancien hôtel d’Angoulême, rue Pavée [aujourd’hui Bibliothèque historique de la ville de Paris, IVe]. Il protégea toute sa vie les gens de lettres, et se fit un plaisir d’assembler chez lui toutes les semaines un nombre des plus distingués d’entre eux, Louis Bourdaloue (1632-1704), Jean-François Regnard (1655-1709), Jean Racine (1639-1699), Nicolas Boileau (1636-1711), la marquise de Sévigné (1626-1696), Gui Patin (1601-1672), etc. Il fut l’Ariste du Lutrin de Boileau :

    « Je ne diray point comment je fus engagé à travailler à cette bagatelle sur une espece de défi qui me fut fait en riant par feu Monseigneur le premier President de Lamognon, qui est celui que j’y peins sous le nom d’Ariste. […] C’étoit un Homme d’un sçavoir étonnant, & passionné admirateur de tous les bons livres de l’antiquité ; & c’est ce qui lui fit plus aisément souffrir mes ouvrages, où il crut entrevoir quelque goust des Anciens. » [sic] (Œuvres diverses du sieur D***. Paris, Denys Thierry, 1683, préface)





    Il constitua une riche bibliothèque dont les ouvrages portent ses armes, « Losangé d’argent et de sable, au franc quartier d’hermines »,






    ou son chiffre « GDL », ou les deux.






    Il fut inhumé dans le caveau de sa famille, en l’église des Cordeliers ; son cœur fut posé sous les pieds du cercueil de sa mère, ainsi qu’il l’avait ordonné par son testament.




    
    Chrétien-François [I] de Lamoignon (1644-1709)
    

    Chrétien-François [I] de Lamoignon (Paris, 26 juin 1644-8 août 1709), avocat général puis président « au mortier » au Parlement de Paris, académicien dans l’Académie royale des inscriptions et belles-lettres, resta comme son père l’ami des gens de lettres. Son souvenir reste attaché à la sixième Épître de Boileau, composée en 1677, et qui commence ainsi :

    « Oui, Lamoignon, je fuis les chagrins de la ville,
    Et contre eux la campagne est mon unique asile. »






    Il avait augmenté la bibliothèque de son père et en avait confié la garde, en 1680, au savant Adrien Baillet (La Neuville-en-Hez, Oise, 13 juin 1649-Paris, 21 janvier 1706), premier biographe de René Descartes en 1691, qui dressa le catalogue manuscrit de la bibliothèque, en 35 volumes in-folio.





    Les ouvrages portèrent un ex-libris imprimé – « Bibliotheca Lamoniana » – au contreplat supérieur,





    et un timbre humide – « L » couronné – dans la marge de la page 3 du texte.
    Il devint propriétaire de l’hôtel de Lamoignon en 1688. Il fut inhumé au tombeau de sa mère en l’église de Saint-Leu.







    Sa veuve veilla à l’édification du portail de style Régence, couronné d’un fronton où deux enfants symbolisent la Vérité et la Prudence ; quand elle mourut en 1727, l’hôtel passa aux mains de son fils Guillaume de Lamoignon de Blanc-Mesnil (1683-1772), père du futur défenseur du Roi Louis XVI.
      
    Chrétien [II] de Lamoignon (Paris, 14 mars 1676-28 octobre 1729) fut reçu avocat au Parlement en 1693, fait avocat du Roi au Châtelet en 1694 et reçu conseiller au Parlement en 1698. Le Roi lui accorda en 1706 l’office de président au Parlement en survivance de son père. Il prêta serment entre les mains du Roi en 1713 pour la charge de commandeur et greffier des ordres de sa majesté, dont il s’est démis en 1716.

    Chrétien-Guillaume de Lamoignon (Paris, 1er octobre 1712-23 mai 1759) a été d’abord conseiller au Parlement, commissaire aux requêtes du Palais, puis président « au mortier » en 1730, à la place de son père. Il s’est démis de cette charge en 1747.







    Chrétien-François [II] de Lamoignon (Paris, 18 décembre 1735-Bâville, 16 mai 1789) fut conseiller au Parlement (1755), président « au mortier » du Parlement de Paris (1758), dont il partagea l’exil en 1772, et se montra un des plus ardents adversaires de René-Nicolas de Maupeou (1714-1792), chancelier de France. Nommé garde des sceaux en 1787, en remplacement de Armand-Thomas Hue de Miromesnil (1723-1796), il contribua, avec Étienne-Charles de Loménie de Brienne (1727-1794), aux fameux édits du timbre et de la subvention territoriale qui excitèrent en France une fermentation générale, prélude de la Révolution. Après avoir donné sa démission, il se retira sur sa terre de Bâville, où il se suicida :

    « L’an mil sept cent quatre vingt neuf, le dix sept mai, j’ai, Curé de cette paroisse, soussigné, inhumé, au cimetière de céans, le corps de très haut et très puissant seigneur, Monseigneur Chrétien françois de Lamoignon, Chevalier, Marquis de Bâville, Baron de St Yon, Seigneur de St Cheron, Sermaize, S. Sulpice, Breux, Breuilles, Torfou, Boissy sous St Yon, Ravenouville et autres lieux, ancien Garde-des-Sceaux de france, Chancelier, commandeur des Ordres du Roi, décédé hier matin, en son château de Bâville, en cette paroisse, agé de cinquante trois ans passés, vivant époux de très haute et très puissante Dame Marie Elizabeth Berryer […] » [sic] (Acte de décès. A. M. Saint-Chéron)

    Il avait écrit, dans son testament du 12 mai 1789 :

    « Qu’on ne se trompe pas sur la véritable cause de ma mort : Traître à la patrie, à mon roi, à la nation, dépositaire infidèle des deniers de la succession du sieur de Beaujon, dont j’étois l’exécuteur testamentaire, & que j’ai dissipés ; abhorré de l’univers entier, de ma famille, de mes amis, & de moi-même, il m’est impossible d’étouffer plus long-temps la voix de ma conscience » [sic]   

    Dernier propriétaire de la « Bibliotheca Lamoniana », il avait hérité en 1762 de la bibliothèque de son beau-père, Nicolas-René Berryer (1703-1762), successivement conseiller au Parlement, maître des requêtes, intendant du Poitou, enfin lieutenant de police (1747).






    
    Nicolas-René Berryer (1703-1762)
    

    Créature de Madame de Pompadour, il servit ses intérêts beaucoup mieux que ceux de l’État, peupla la Bastille des ennemis de la favorite et suscita des troubles par des actes de l’arbitraire le plus odieux. Sa protectrice le fit ensuite nommer conseiller d’État, ministre de la Marine, enfin garde des sceaux.
    Il s’était occupé pendant près de quarante ans à se former un cabinet des plus beaux livres grecs et latins, anciennes éditions, soit de France, soit des pays étrangers. Si les catalogues des ventes publiques lui apprenaient qu’il existait un exemplaire plus beau, plus grand de marge, mieux conservé, que celui qu’il possédait, il le faisait acquérir, sans s’embarrasser du prix, et il se défaisait à perte de l’exemplaire moins beau. À l’égard des éditions modernes, il voulait les avoir en feuilles : il en faisait choisir, dans plusieurs exemplaires, un parfait, et il le faisait relier en maroquin de choix.





    
    [Duchesne]. Code de la Police (Paris, Prault père, 1757, in-12)
    Paris, Sotheby's, 29 mai 2013 : 5.000 €
    

    Avant de joindre aux richesses littéraires de ses ancêtres le cabinet de Berryer, Lamoignon soumit à un examen rigoureux le catalogue manuscrit dressé par Baillet, afin de supprimer des éditions communes et beaucoup d’ouvrages que des éditions bien meilleures rendaient inutiles. On ajouta à ce choix les livres du cabinet de Berryer. Ces deux parties fondues ensemble déterminèrent Lamoignon à faire imprimer, pour son usage seul et au nombre de 12 à 15 exemplaires, le catalogue de sa bibliothèque : Catalogue des livres imprimés et manuscrits de la bibliothèque de M. de Lamoignon, président du Parlement (Paris, s. n. [impr. L. F. Delatour], 1770, in-fol., [6]-xij-668 [i.e. 654] p.). Cinq suppléments ont été imprimés au commencement de 1784 : [4] p. pour la Théologie, [5] p. pour la Jurisprudence, [8] p. pour les Sciences et Arts, [8] p. pour les Belles-Lettres et [15] p. pour l’Histoire.  




    À la mort de Lamoignon, la bibliothèque fut acquise en totalité par Jean-Gabriel Mérigot (1738-1818), dit « le jeune », libraire sur le quai des Augustins, au coin de la rue Pavée, qui en dressa un catalogue pour la vente : Catalogue des livres de la bibliothèque de feu M. de Lamoignon, garde des sceaux de France (Paris, Mérigot jeune, 1791-1792, 3 vol. in-8, [4]-xvj-xx-400 p., [4]-376 p., 5.904 [i.e. environ 6.000] lots en numérotation continue [erreurs pagination et de numérotation, numéros manquants, numéros répétés 2 à 13 fois] et [4]-355-[1 bl.] p. [Table des auteurs]).

    Il y avait dans cette bibliothèque environ 5.000 volumes reliés en maroquin du Levant, les uns en maroquin rouge, d’autres en bleu, en vert, en citron, et beaucoup de volumes doublés de tabis, ou de maroquin. La plupart ne portent pas ses armes. Nombre de ces volumes avaient été habillés par Étienne Anguerrand, reçu maître relieur en 1747. Les formats grand papier y dominaient. Beaucoup d’ouvrages étaient imprimés sur vélin, dont plusieurs avec miniatures.

    « Après ces renseignements généraux, nous allons entrer dans quelques détails sur chacune des cinq grandes Classes ou divisions du Catalogue de cette Bibliothèque, et sur le Catalogue en 2 vol. in-8°. que nous publions.

    I.                   ThÉologie.

    Elle n’est pas volumineuse, mais elle contient des Ouvrages majeurs. On y remarque les quatre Polyglottes, une suite de Bibles hébraïques et de Bibles grecques, un exemplaire magnifique sur vélin de la Bible latine de Mayence en 1462 ; les deux Bibles latines du Vatican ; une suite de Bibles françoises anciennes et modernes ; la Bible de Desmarets, 2 vol. in-fol. grand papier, édition des Elzévirs et vraiment leur chef-d’œuvre d’art typographique ; une suite des belles éditions des SS. Pères grecs et latins et les traductions qu’on en a données ; les Ouvrages des Théologiens les plus savans ; les Traités singuliers qui ont mérité leur réputation ; les Œuvres des Théologiens hétérodoxes et de ceux qui se sont livrés à la liberté de leurs opinions sur la fin du siècle dernier et dans celui-ci ; la Théologie des Mahométans, etc.

    II.                Jurisprudence.

    Cette classe est abondamment et complettement composée : savoir,
    1°. Collections des Conciles, les belles Editions connues du Louvre : Droit Canonique et Ecclésiastique, Droit Ecclésiastique de France.
    2°. Droit de la Nature et des Gens, dans lequel on trouve le Corps Diplomatique, les Traités de paix précédés des meilleurs Ouvrages sur le Droit public, et les Œuvres du Président de Montesquieu, dont la sagesse a eu plus d’admirateurs parmi les Nations étrangères que dans sa Patrie.
    3°. Le Droit ancien, Grec et Romain, les Traités généraux, le corps de Droit de l’Edition in-folio nette et brillante des Elzévirs et celle in-8° ; les Commentateurs, les Jurisconsultes, etc.
    4°. Le Droit François le plus complet qu’on puisse souhaiter.
    5°. Les Ordonnances de nos Rois sous les différentes Races, en collections et séparées ; celles en nombre faites sous Louis XIV, tant admirées en Europe, et auxquelles les Magistrats les plus célèbres, consultés par le Conseil du Monarque, avoient eu part. De ce nombre sont les Arrêtés du Premier Président de Lamoignon, dernière Edition publiée en 1783, revue sur un Manuscrit corrigé de sa main, et rendue par les soins de sa famille, après plusieurs Editions fautives et défigurées, à toute sa perfection première.
    6°. Les Recueils des Arrêts et Décisions des Cours Souveraines, appuyés par des Collections des Coutumes de France et par les Textes des Coutumes particulières dues aux Jurisconsultes les plus fameux ; par les Œuvres du Chancelier d’Aguesseau d’immortelle mémoire, par des Instructions sur la manière de procéder au Civil et au Criminel, et enfin par un nombre de bons Ouvrages sur le Droit Etranger.

    Monsieur de Lamoignon, né dans la Magistrature, n’a rien négligé pour enrichir cette partie de sa Bibliothèque déjà bien fournie par ses prédécesseurs, tous familiarisés avec l’érudition, l’étude et la méditation des Loix.
    On le dit avec vérité : peu de particuliers se sont journellement occupés avec autant de plaisir et d’intelligence de leur Bibliothèque : peu en ont connu l’ensemble et les différentes parties plus parfaitement : peu d’Amateurs et de Savans out [sic] plus sacrifié à la dépense pour réünir la facilité et la promptitude des recherches dans les Ouvrages majeurs qu’on a besoin de consulter.
    Il existe dans sa Bibliothèque une Table générale et alphabétique des matières contenues dans les Collections des Edits et Ordonnances des Rois de France de Néron, Fontanon et Secousse, et du Traité de la Police par le Commissaire Lamare.
    Les articles du Recueil de Néron sont marqués chacun d’une N. à la marge : ceux de Fontanon d’une F., ceux de Secousse d’une S., et ceux de Lamare d’une L.
    Cette Table unique, en 3 vol. in-fol., a été rédigée en 1777, avec bien de la précision et de l’exactitude, par M. Saliver, Docteur en Droit, sur le plan donné par M. de Lamoignon : elle mêt sous les yeux très-commodément tous les articles contenus dans 22 volumes in-folio.
    Il a fallu deux Exemplaires de ces corps d’Ouvrages, et les rendre de nulle valeur, pour former cette Table, la seule de son genre, et par conséquent d’un prix fort considérable.

    III.             Sciences etArts.

    Dans cette division, 1°. les Ouvrages sur la Philosophie et les Philosophes sont suivis des Tratés grecs et latins des anciens Philosophes, de leurs traductions françoises les plus estimées ; des Ouvrages des Philosophes modernes des différentes Nations ; du Dictionnaire Encyclopédique, première Edition in-folio avec les Planches de bonnes Epreuves : puis de toutes les parties qui dérivent de la Philosophie, telles que la Logique, la Morale, la Métaphysique ; des bons Traités généraux et particuliers de Politique, de ceux modernes qui annonçoient le ressort des pensées si disposé à se fortement détendre sur les objets les plus graves, et sur l’examen de nos Finances, examen suivi de projets d’amélioration et de plans de réforme, en raison des abus, etc. ; des Ouvrages sur la Physique et sur l’Histoire Naturelle. On y trouve les anciens Auteurs d’Editions estimées et les modernes, parmi lesquels M. le C. de Buffon a jetté tant d’éclat par la magie de son style, la variété de ses peintures et la multitude de ses observations.
    2°. Les parties subséquentes des Sciences, comme la Médecine, la Pharmacie, la Chirurgie, la Chymie, les Mathématiques en général et la Musique, présentent les Traités les plus savans et le déployement des connoissances transmises par les Anciens, et celles acquises jusqu’à nous.
    3°. Les Arts en général ; mais la Peinture, la Gravure, l’Architecture, contiennent beaucoup de beaux et précieux Ouvrages.
    La Collection des Arts publiée par l’Académie des Sciences, format grand in-folio, termine cette classe.

    IV.              Belles-Lettres.

    Cette quatrième division, chérie de tous les Littérateurs, présente de beaux Livres à chaque page : le savoir et le goût y sont réunis. Les Orateurs et les Poètes Grecs et Latins ; les Poètes Latins modernes, les Poètes Italiens, Espagnols, Portugais, François, Anglois, et les Poètes du Nord offrent un choix exquis des plus belles Editions depuis 1500 jusqu’à ce tems-ci, et elles sont d’une condition superbe.
    Le Cicéron de l’Abbé d’Olivet est très-grand papier, 9 vol. in-4°. de même les Poètes Grecs et Latins pour la plupart : on trouve huit Editions complettes d’Homère en Grec et en Latin, dont celle d’Eustathe, 4 vol. in-fol. grand papier, et plusieurs autres, tant de l’Iliade que de l’Odyssée, sans les traductions. Le Lucrèce de 1563, 2 vol. in-4°. est sur vélin ; 18 autres Editions subséquentes du même Auteur sont remarquables. Quinze Editions différentes du Catulle, Tibulle et Properce, soit des Aldes, des Gryphes, des Plantins, des Etienne, des Elzévirs, des Tonson et du Louvre, soit celles d’Italie et presque toutes celles ad usum Delphini de France, ou cum notis Variorum publiées en Hollande : 30 Editions de Virgile, dont celle de Coustelier en 1743 sur vélin, une autre de Baskerville, première Edition 1757 in-4°., et celle de Rome en 1763, 3 vol. in-fol. fig. : 30 Editions d’Horace, 18 de Térence, et parmi les Poètes Italiens, la belle Edition du Dante. Venise, 1757. 5 vol. in-4°. grand pap., avec les Estampes tirées en encre de différentes couleurs etc. sans les traductions en différentes langues, sont citées ici pour exemple et donner une légère idée du tout.
    Les Auteurs Polygraphes modernes, après les Grecs et les Latins, sont dans leurs langues Nationales ; et toujours les Ecrivains les plus célèbres.

    V.                 Histoire.

    Elle a beaucoup d’étendue et est magnifiquement remplie, dès ses prolégomènes ou préliminaires, tels que la Géographie et les Voyages, soit généraux, ou autour du monde, ou dans une partie du monde, soit en voyages particuliers. L’Exemplaire du Strabon de Casaubon, 1707, in-fol. est grand papier et d’une superbe condition.
    L’Histoire de l’Eglise Gallicane est abondamment fournie, et l’époque présente la rend plus digne de curiosité.
    Les belles Editions et en nombre des Historiens Grecs et Romains, se trouvent toujours dans l’ordre chronologique depuis 1500 jusqu’à nous. On cite pour exemple seulement 12 Editions majeures du Tite Live : 14 du Salluste : 13 du Cæsar, dont celle de Londres de Tonson, 2 vol. in-fol. grand papier avec les figures de belles Epreuves. Les Auteurs Latins de Tonson, format in-12, répandus dans le Catalogue, sont tous grand papier et difficiles à réunir. Douze Editions du Tacite, dont celle du savant Gabriel Brotier, 4 vol. in-4°. grand papier avec une Dédicace particulière à M. de Lamoignon, laquelle n’existe que dans cet exemplaire, où l’on voit que la reconnoissance et l’attachement le lui ont offert, etc. ; puis les traductions des Auteurs Latins en différentes langues. La Collection Byzantine, ou des Historiens du Bas-Empire, est bien complette et presque toute en grand papier.
    L’Histoire moderne, des pays en Europe et hors d’Europe, offre une belle suite par Règnes, mais l’Histoire de France est plus complette que les Histoires étrangères ; les mêlanges curieux et d’un grand détail qui l’accompagnent, l’enrichissent extraordinairement.
    On remarque dans la classe des Ouvrages qui traitent des Antiquités, un bel Exemplaire de la première Edition du Recueil des Peintures Antiques, donné en 1757 par M. le C. de Caylus ; cette Edition, connue des Amateurs, n’a été tirée qu’à trente exemplaires. Un modèle suffit pour enflammer les gens de goût et portés naturellement vers les belles choses. On se confirme dans cette vérité en se rappellant que les Campi Phlægræi de M. le Comte Hamilton, vol. in-fol., et les Antiquités Etrusques, 4 vol. grand in-fol., où l’érudition, la gravure, la richesse et les difficultés Typographiques se disputent la variété des talens et la prééminence, ne sont venus qu’après les Peintures antiques, qui étoient d’un genre tout nouveau, lorsqu’elles ont paru.
    L’Histoire Littéraire, générale et particulière, tant de France que des autres Etats de l’Europe, fournit tous les bons Ouvrages principaux que l’on peut désirer. Elle termine cette dernière division, après laquelle est le Catalogue des Manuscrits.
    Ce Catalogue particulier des Manuscrits est composé de 357 numéros, et contient ceux recueillis le siècle dernier et dans celui-ci par la famille de Lamoignon.
    On y trouve parmi les articles les plus importans, une Collection complette des Registres, non-seulement du Parlement de Paris, mais aussi de plusieurs autres Cours Souveraines du Royaume, avec des Tables raisonnées, d’autres alphabétiques, d’autres par ordre de matière ; Collection faite à grands frais, mise dans un bel ordre, continuée jusqu’en 1776, et telle qu’il est difficile d’en trouver une qui puisse l’égaler.
    Une suite des Lettres originales des Rois de France, des Ministres d’Etat, Généraux d’Armées et Ambassadeurs depuis 1493 jusqu’en 1560, faisant environ 80 vol. in-fol.
    Les Procès-verbaux de plusieurs Procès criminels des deux derniers siècles ; et dans celui-ci, ceux de MM. de Lally et de la Chalotais, etc.
    Ce Catalogue particulier est suivi d’une Table générale des Auteurs, avec l’indication de leurs Ouvrages. » [sic] (p. vj-xiv)       
                  


    La « Bibliotheca Lamoniana » fut vendue en bloc en 1792 au  libraire anglais Thomas Payne, qui en publia le catalogue l’année suivante :A catalogue of books ; containing a considerable part of the valuable and distinguished library of the late M. de Lamoignon (Londres, T. Payne, 1793, in-8, 332 p.).






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    L'ouvrage suivant a été primé cette année :

    " Catalogues régionaux des incunables des bibliothèques publiques de France.
    Volume XVIII. Bibliothèque de l'Ecole nationale supérieure des Beaux-Arts."
    Edité par Dominique Coq. Collection Histoire et Civilisation du livre. Ecole
    Pratique des Hautes Etudes (E.P.H.E.). Genève, Librairie Droz, 2012, 334 p., ill.




     
    
    Cazin or not Cazin ?
    London, John Brindley, 1749
    







    
















    
    

















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    La bibliophilie naquit un jour du développement progressif du goût pour la collection de l’objet livre, pour le plaisir, aux dépens de la collecte du livre utile, pour l’instruction.
    Parallèlement se développèrent la librairie spécialisée dans le commerce du livre ancien et les ventes aux enchères de livres. Deux libraires parisiens, Prosper Marchand (1678-1756) et Gabriel Martin (1679-1761), travaillèrent ensemble au perfectionnement décisif des catalogues de vente.    
      
    Prosper Marchand, fils d’un musicien du Roi, est né à Saint-Germain-en Laye (Yvelines) le 11 mars 1678. Ayant perdu sa mère alors qu’il avait 5 ans, il fut élevé chez son grand-père maternel, à Guise (Aisne), puis fit des études à Versailles. Mis en apprentissage en 1693 chez quatre libraires parisiens – successivement Robert Pépie, Jean Guignard, Edme Couterot et Nicolas Pépie –, il fut reçu libraire le 1er août 1698 et s’installa en 1701 rue Saint-Jacques, à l’enseigne du Phénix, vis-à-vis la fontaine Saint-Séverin. Il travailla en étroite collaboration avec Gabriel Martin, édita quelques ouvrages, conçut plusieurs catalogues de livres et rassembla une bibliothèque personnelle. Passé à la Réforme, il fut obligé, à la fin de l’année 1709, de s’exiler en Hollande : il vécut successivement à La Haye, Amsterdam et Rotterdam, tenta en vain de s’établir en Angleterre, et revint se fixer définitivement à La Haye en 1726. Il s’était retiré officiellement des affaires de librairie en 1713, mais il poursuivit des transactions sur les livres, devint correcteur, puis rédacteur dans des journaux littéraires. Il mourut dans la misère, le 14 juin 1756, après avoir légué sa bibliothèque d’environ 3.000 volumes à l’Université de Leyde. Il fut l’auteur d’une Histoire de l’origine et des premiers progrès de l’imprimerie (La Haye, Veuve Le Vier et Pierre Paupie, 1740) et d’un Dictionnaire historique, ou Mémoires critiques et littéraires, concernant la vie et les ouvrages de divers personnages distingués, particulièrement dans la République des lettres (La Haye, Pierre de Hondt, 1758-1759).
    Les deux premiers catalogues de Prosper Marchand furent des catalogues de vente : Bibliotheca Bigotiana (1706) et la Bibliotheca D. Joannis Giraud (1707). Contrairement à ce qu’affirme Christiane Berkvens-Stevelinck (Prosper Marchand. La Vie et l’Œuvre. Leyde, Brill, 1987, p. 12), le troisième fut aussi un catalogue de vente : l’exemplaire d’Antoine Moriau du Catalogus librorum bibliothecae domini Joachimi Faultrier (1709) porte des mentions manuscrites de prix (Bibliothèque de l’Institut, cote 8° AA1871). Seul le troisième catalogue est nommément attribué à Marchand, qui y reconnaît lui-même la paternité des deux autres.


    D’une famille de libraires et imprimeurs établis depuis le xvie siècle à Paris, rue Saint-Jacques, à l’enseigne du Soleil d’or,Gabriel Martin naquit à Paris le 2 août 1679. Il servit pendant près de quatre ans chez Jacques Villery, dont il épousa la fille, Louise-Geneviève. Reçu libraire le 17 mars 1700, imprimeur en 1701, il s’installa rue Saint-Jacques, sur la paroisse Saint-Séverin, sous  l’enseigne de l’Étoile d’or. Entre 1702 et 1709, il collabora étroitement avec Prosper Marchand, son meilleur ami depuis 1698, pour proposer des ouvrages à leurs clients, notamment dans un Catalogue des livres qui se vendent à Paris chez Prosper Marchand, et Gabriel Martin, Libraires,  rue S. Jacque [sic], vis-à-vis la Fontaine S. Severin, au Phenix en 1703, et perfectionner la technique du catalogue de vente. Il mourut le 2 février 1761, âgé de 83 ans.


    Jusqu’au temps de Gabriel Martin, les catalogues de livres se faisaient par ordre de formats, ce qui obligeait de parcourir plusieurs fois la même classe pour trouver ce qu’on cherchait.
    À partir de 1708, avec le catalogue Cloche, Martin adopta les 5 grandes classes (théologie, jurisprudence, sciences et arts, belles-lettres et histoire), que son ami Prosper Marchand (1678-1756) avait utilisées deux ans auparavant dans son catalogue Bigot. Mais il ne suivit cependant pas Marchand dans son revirement du catalogue Faultrier (1709) : les livres y sont décrits en une seule liste, quel que soit leur format, et se divisent en trois grandes classes – philosophie, théologie, histoire –, précédées d’une « Introductio ad rem librariam » pour la bibliographie et suivies d’un « Appendix » pour les polygraphes, mélanges et dictionnaires. Marchand explique son nouveau système bibliographique dans la « Praefatio, seu Epitome systematis bibliographici » qui est en tête du catalogue Faultrier. En reniant ses catalogues Bigot et Giraud, Marchand a perdu la paternité du système bibliographique dit « des libraires de Paris », auquel Martin demeurera toujours fidèle.

    Martin ne se décida au mélange des formats et à la présence d’une table alphabétique des auteurs qu’en 1711 dans son catalogue Bulteau. Le catalogue Barré, « dressé du vivant de M. Barré par une personne intelligente qui y avait travaillé avec lui [Chapoteau], est un des plus parfaits de ceux que Gabriel Martin a publiés : le classement en est irréprochable et les anonymes y sont dévoilés avec beaucoup de curiosité. » (P.L. Jacob, bibliophile. In Bibliothèque dramatique de monsieur de Soleinne. Paris, Alliance des arts, 1844, p. 186, n° 810)
    Le nombre de catalogues de ventes publiques ou à usage privé qui sont dus à ses soins, de 1705 à 1761, s’élève à 148, dont 22 avec tables. Les plus remarquables de ceux rédigés pour la vente sont les suivants :




    . Bibliotheca Bultelliana : seu Catalogus librorum bibliothecæ v. cl. d. Caroli Bulteau, regi a consiliis & secratariorum regiorum decani. (Paris, Pierre Giffart et Gabriel Martin, 1711, 2 vol. in-12, [10]-xxxvj-499-[1 bl.] p., 4.768 lots ; [2]-535 p. chiffrées 501-1.035, 4.051 lots numérotés 4.769-8.819). L’ « Index authorum » du t. II renvoie aux pages des deux volumes.

    D’une famille distinguée dans la magistrature, Charles Bulteau (Rouen, 1627 - Paris, 1710), Conseiller du Roi, doyen des Secrétaires du Roi, est le frère de l’historien bénédictin Louis Bulteau (1625-1693) et l’auteur de De la presseance des rois de France, sur les rois d’Espagne (Paris, Louis Billaine, 1674).




    . Bibliotheca Baluziana : seu Catalogus librorum bibliothecæ v. cl. d. Steph. Baluzii Tutelensis. (Paris, Gabriel Martin et Jean Boudot, 1719, 3 parties en un in-12, [16]-XXXII-[2]-527-[1 bl.] p., 5.762 lots ; [2]-497, chiffrées 601-1.097-[1 bl.] p., 5.037 lots numérotés 5.763-10.799 ; [4]-136-116 p., 1.672 lots et 7 armoires). « Pars prima » pour les in-fol. et in-4 ; « Pars secunda » pour les in-8, in-12 et petits formats ; « Pars tertia » pour les manuscrits. Le feuillet 63-64 de la 3e partie est doublé.

    Dans son testament, Étienne Baluze (Tulle, 1630 – Paris, 1718), bibliothécaire de Colbert et professeur de droit canonique au Collège royal, institua pour légataire universelle Geneviève-Magdeleine Muguet, veuve Le Maire, fille de son ami imprimeur François Muguet (1630-1702), précisant :

    « Je deffends et prohibe expressément la vente de ma bibliothèque en gros, volant qu’elle soit vendue en détail au plus offrant et dernier enchérisseur, afin que les curieux puissent en avoir leur part, y ayant une très-grande quantité de livres rares, difficiles à trouver, que les gens de lettres seront bien aises d’avoir occasion d’acquérir. J’excepte néantmoins de cette prohibition ma bibliothèque de manuscrits, au cas qu’il se trouve quelqu’un qui les veuille acheter en gros et en donner un prix raisonnable, dont ma légatrice universelle puisse estre contente. » [sic]


    . Bibliotheca Fayana, seu Catalogus librorum bibliothecæ ill. viri d. Car. Hieronymi de Cisternay du Fay, gallicanæ cohortis prætorianorum militum centurionis. (Paris, Gabriel Martin, 1725, in-8, [14]-xxij-450-107-[54] p., portrait frontispice, 4.414 lots). L’ « Index auctorum » renvoie aux pages.

    Charles-Jérôme de Cisternay du Fay (Paris, 1662 - 1723), capitaine aux gardes françaises, avait eu une jambe emportée d’un coup de canon au bombardement de Bruxelles en 1695 ; il fut obligé de renoncer au service et se consola dans la bibliophilie. À propos du catalogue, l’avocat Mathieu Marais (1665-1737) écrivit : « ce n’est pas une bibliothèque, c’est une boutique de livres curieux faite pour vendre et non pour garder ».


    . Musæum selectum, sive Catalogus librorum viri clariss. Michaelis Brochard. (Paris, Gabriel Martin, 1729, in-8, xvj-325-[1 bl.]-[42] p., 3.034 lots). L’ « Index auctorum » renvoie aux pages. Imprimé par Jacques Guérin.

    L’abbé Michel Brochard, professeur au collège Duplessis, puis au collège Mazarin, passa la plus grande partie de sa vie à se former une collection de livres précieux, dont il exigeait une telle beauté, une telle conservation et une telle condition qu’l fit souvent le désespoir des libraires et des relieurs auxquels il s’adressait.

    « Il les lui falloit en blanc & en grand papier, autant que la chose étoit possible ; […] Il choisissoit toûjours son exemplaire feuille à feuille sur quantité d’autres ; & la moindre tache, la moindre déchirure étoit un titre d’exclusion pour la feuille qui en étoit malheureusement atteinte : ce qui, sans jamais fatiguer sa patience, poussoit souvent à bout celle du Marchand. Sa délicatesse sur le fait des relieures ne donnoit pas moins d’exercice aux gens du métier. On ne pouvoit conserver assez à son gré les marges d’un Livre ; & il étoit des plus clairvoyans sur toutes les circonstances ou les minucies qui prouvent qu’un Livre sort des mains d’un Relieur habile & attentif. Aussi presque tous ses Livres sont-ils des mieux conditionnez & des mieux conservez ; c’est-à-dire, reliez en veau fauve ou en maroquin de toutes couleurs, & dorez sur tranche pour la plûpart ; bien margez & collationnez avec une exactitude, qui doit mettres en sureté contre les imperfections ou les défectuositez si frequentes dans les Livres ordinaires, quiconque voudra faire emplette de ceux de M. Brochard » [sic]   


    . Catalogus librorum bibliothecæ illustrissimi viri Caroli Henrici comitis de Hoym, olim regis Poloniæ Augusti II. apud regem christianissimum legati extraordinarii. (Paris, Gabriel et Claude Martin, 1738, in-8, [6]-xx-528-[58] p., 4.785 lots). L’ « Index auctorum » renvoie aux pages.

    L’un des plus célèbres bibliophiles de tous les temps, Charles-Henri comte de Hoym (Dresde, 1694 - Königstein, 1736), fut ministre plénipotentiaire en France de l’électeur de Saxe et roi de Pologne de 1720 à 1729. Il acheta en 1725 la « Fayana », et, trois ans plus tard, de nombreux ouvrages à la vente de la « Colbertine ». Sous la fausse accusation d’avoir livré à la manufacture de Sèvres les secrets de la fabrication de la porcelaine de Saxe, il fut arrêté comme intrigant et emprisonné à la forteresse de Königstein, où il se suicida par pendaison.


    . Catalogue des livres de feu M. Bellanger, trésorier général du sceau de France. (Paris, Gabriel et Claude Martin, 1740, in-8, [4]-xxviij-[4]-638 p., 3.706 lots), suivi du Catalogue des estampes du cabinet de feu M. Bellanger, trésorier général du sceau (xij p., 62 lots), suivi d’une Table des auteurs (45-[3] p.). Ce catalogue ayant été imprimé dans plusieurs imprimeries en même temps, la numérotation des lots est désordonnée et la table des auteurs inutilisable.


    Toussaint Bellanger, ancien notaire au Châtelet, trésorier général du sceau de France, mourut sans laisser d’enfants.
    « On ne doit point s’attendre de trouver ici une Bibliotheque générale & suivie, mais un choix de Livres sur toutes les matieres, bons par eux-mêmes & par leurs Editions, suffisant pour former le Cabinet d’un Homme du Monde, qui ne donne point dans les Sciences, & qui ne veut des Livres que pour s’instruire & s’amuser. La condition en est très-belle, la plupart sont en maroquin ou en veau doré sur tranche, de la relieure du célébre Boyet Relieur du Roi. » [sic] 


    . Catalogue des livres de feu M. Barré, auditeur des comptes (Paris, Gabriel Martin, 1743, 2 vol. in-8, [4]-xxxiv-409-[1 bl.] p., 3.338 lots ; [2]-472 p. chiffrées 411-882-[2]-69-[3] p., 4.262 lots numérotés 3.339-7.600). La « Table des auteurs » du tome II renvoie aux pages.


    Jean-Louis Barré était Conseiller du Roi, auditeur ordinaire en sa Chambre des comptes.
    « On sera peut-être surpris que dans un Cabinet de plus de dix mille volumes, il se trouve si peu de grands Livres, & de ces Collections qu’on regarde comme des objets capitaux & essentiels dans les Bibliotheques ; mais par une conséquence des ses principes M. Barré jugeoit que ces grands objets détournoient de la recherche des Singularités, qui s’échapent de jour en jour, & deviennent plus rares & plus difficiles à rencontrer, au lieu qu’on peut avoir les autres en tout temps. » [sic]


    . Catalogue des livres de feu M. l’abbé d’Orléans de Rothelin (Paris, Gabriel Martin, 1746, in-8, [2]-xij-xxiv-618 p., portrait frontispice, 5.036 lots). La « Table des auteurs » renvoie aux pages.

    Charles d’Orléans (Paris, 1691- 1744), abbé de Rothelin, prit le goût des médailles antiques et des livres à Rome. Reçu à l’Académie française en 1728 et à l’Académie des inscriptions en 1732, il était un des bibliophiles les plus savants de son temps.


    . Catalogue de la bibliothèque de feu M. Burette, médecin de la faculté de Paris ; de l’Académie royale des belles-lettres ; & doyen des professeurs royaux. (Paris, G. Martin, 1748, 3 vol. in-12, xxxij-459-[1 bl.] p., 4.063 lots ; [2]-381 chiffrées 461-841-[1 bl.] p., 3.730 lots numérotés 4.064-7.793 ; [2]-363 chiffrées 843-1.205-[1 bl.]-[6] p., 2.398 lots numérotés 7.794-10.191). À la fin du t. III, un Index des « Variorum », des « Ad usum Ser. Delphini » et des « Elzevir » renvoie aux numéros des lots ; un « Index auctorum » renvoie aux pages.

    Pierre-Jean Burette (Paris, 1665 – 1747) était docteur en médecine de la Faculté de Paris, pensionnaire de l’Académie des inscriptions et belles-lettres et professeur de médecine au Collège royal de France.



    . Catalogue des livres du cabinet de M. de Boze. (Paris, G. Martin, H. L. Guérin et L. F. Delatour, 1753, in-8, [2]-x-552 p., 2.723 lots). La « Table des auteurs » renvoie aux pages. « Table des N°. des Elzevirs, des Dauphins, & des Variorum. »

    Claude Gros (Lyon, 1680 – Paris, 1753) était l’un des plus grands collectionneurs français de la première moitié du xviiie siècle. Un oncle maternel, trésorier de France, nommé de Boze, lui laissa son nom en même temps que sa charge. Numismate, il fut secrétaire perpétuel de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, reçu à l’Académie française et devint garde du Cabinet des antiques et médailles de la Bibliothèque royale en 1719.



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    Heures du Moyen Âge
    Paris, Gruel et Engelmann, 1887
    

    Fondateur d’une dynastie de relieurs qui exercèrent jusque 1967, Auguste-Pierre-Paul Gruel (Paris, 1er germinal an VIII [22 mars 1800] – 24 novembre 1846) avait repris en 1825, année de son mariage avec Éléonore-Marguerite Deforge (Paris, 1er janvier 1806 – 6 mars 1831), l’atelier que son beau-père, Isidore Deforge, avait fondé en 1811 rue Duphot (Ier). Il déménagea en 1834 rue Royale-Saint-Honoré (rue Royale, VIIIe), épousa en 1837 Catherine-Élisabeth-Aglaé Mercier (Montigny-en-Arrouaise, Aisne, 12 janvier 1813 – Fourdrain, Aisne, 3 octobre 1896) et spécialisa son entreprise dans la reliure de piété, confiant la dorure au jeune Marius Michel père (1821-1890). 

    Sa veuve se remaria en 1850 à l’imprimeur Jean Engelmann (Mulhouse, Haut-Rhin, 2 mars 1816 – Fourdrain, Aisne, 29 juillet 1875), fils de Godefroy Engelmann (1788-1839), introducteur de la lithographie en France et inventeur de la chromolithographie. L’atelier Gruel-Engelmann créa surtout des reliures de présent dans le style néo-gothique.


    
    Léon Gruel et le relieur Emile Mercier (1855-1910) en janvier 1903
    

    Veuve une seconde fois, Catherine Gruel-Engelmann s’associa à ses deux fils, Edmond-Jean-Godefroy Engelmann (Paris, 6 octobre 1851 – 11 janvier 1918) et Paul-Joseph-Léon Gruel (Paris, 14 mai 1841 –Cannes, Alpes-Maritimes, 7 novembre 1923).


    
    Léon Gruel, à gauche, et le peintre-illustrateur Louis-Edouard Fournier (1857-1917) en mai 1913
    (collection B. Hugonnard-Roche)
    

    Léon Gruel, premier président de la Chambre syndicale de la reliure fondée en 1889, resta le seul propriétaire en 1891 et accorda une place importante à la reliure d’art. Sa collection de reliures était célèbre. Il est l’auteur d’un Manuel historique et bibliographique de l’amateur de reliures (Paris, Gruel et Engelmann, 1887, 1.000 ex. numérotés ; Paris, Gruel et Leclerc, 1905, 700 ex. numérotés ; 2 vol. in-4). À la mort de sa femme, Caroline-Éléonore Cagniard (Saint-Quentin, Aisne, 2 mars 1844 – Paris, 8 janvier 1901), son fils Paul Gruel (Paris VIIIe, 7 juin 1864 – Paris, 16 avril 1954) lui succéda.

























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