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« Toute reproduction, représentation ou diffusion, par quelque moyen que ce soit, d’une œuvre de l’esprit en violation des droits de l’auteur, tels qu’ils sont définis et réglementés par la loi » est un délit de contrefaçon, en vertu de l’article L335-3 du Code de la propriété intellectuelle.

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  • 03/12/13--14:49: Le Rémois Randon de Boisset
  • Longtemps oublié de toutes les biographies, on avait, pour conserver la mémoire de Randon de Boisset, que les anecdotes données par son ami l’expert Sireuil pour l’« Avertissement » du catalogue de sa vente de tableaux, un article nécrologique de l’Almanach historique et raisonné des architectes (Paris, veuve Duchesne, 1777) répétant à peu près cet avertissement, le passage d’une lettre de Diderot dans le « Salon de 1767 » (Œuvres de Denis Diderot. Paris, J. L. J. Brière, 1821, t. II, p. 443-444), et une ligne dans la Gazette littérairede Grimm (Paris, Eugène Didier, 1854, p. 225). Il ne restait, pour sauver son nom de l’oubli, que son portrait par Jean-Baptiste Greuze, la représentation de sa galerie par Gabriel-Jacques de Saint-Aubin et deux catalogues de livres et d’œuvres d’art.


    
    Portrait de Randon de Boisset, par J.-B. Greuze
    
    Les « historiens » les plus récents persistant à ne pas remonter aux sources plutôt que de donner des dates fantaisistes, nous donnerons les transcriptions de son acte de baptême, en l’église Saint- Jacques de Reims (Marne), et de son acte d’inhumation, paroisse de Saint-Roch de Paris.

    « Lan Mil Sept Cens Neuf le Vingt cinquieme jour du Mois Doctobre je Anthoine Curiot prètre docteur En Theologie Recteur de Luniversité de Reims et Curé de cette paroisse ay [baptisé] le fils de Monsieur Pierre Larandonniere Directeur des Aides de Lelection de Reims et de Madamme françoise Delacroix ses pere et Mere mariée Ensemble auquel on a imposé le nom de Pierre Louis Paul le parein a Eté Mr Paul Malin Receveur des dittes Aides a Reims et la Mareine Mde Louise Loyer Soussignés » [sic]
    En marge est écrit qu’il se nomme Pierre Louis Paul Randon, suivant l’ordonnance du lieutenant général au bailliage de Vermandois, siège royal et présidial de Reims, du premier avril 1741.

    Au sortir du collège, Randon de Boisset se destina au barreau et devint avocat au Parlement en 1736. Il finit par suivre l’intention de ses parents qui le destinaient aux affaires, et, après avoir été receveur des Aides à Épernay, il devint fermier général en 1757. Témoignant du peu de rapport qu’il y avait entre son mince travail et une aussi énorme masse d’argent qui lui revenait, il échangea sa place de fermier général avec le protégé de la marquise de Pompadour, Jean-Baptiste Darnay, et devint dès 1758 receveur général des finances de la généralité de Lyon : il eut alors plus de temps pour se livrer à son goût pour les lettres et pour les beaux-arts.
    À partir de 1758, il demeura rue des Fossés-Montmartre, aujourd’hui rue d’Aboukir (IIe), près la place des Victoires, à Paris.
    La recherche des livres, dès 1740, précéda celle des tableaux. Celle-ci le prit en 1752 au cours d’un premier voyage en Italie. Il ne cessa alors de se livrer conjointement à ces deux passions. C’est pendant ce voyage qu’il se lia avec le peintre Joseph Vernet. Il retourna une seconde fois en Italie en 1763, on ne sait dans quelles conditions. En 1766, il fit le voyage de la Hollande et de la Flandre, accompagné par le peintre François Boucher.
    Ce fut donc dans son « Salon de 1767 » que Diderot écrivit, à propos d’un tableau de Philippe-Jacques de Loutherbourg (1740-1812) appartenant à Randon de Boisset :

    « Cet honnête homme, honnête, et très-honnête, fait peu de cas du genre humain, et vit beaucoup pour lui. Il est receveur-général des finances. Il s’appelle Randon de Boisset. Vous ne verrez pas ses tableaux ; mais vous saurez une de ses actions, qui ne vous déplaira pas. Au bout de cinq à six mois de son installation dans la place de fermier-général, lorsqu’il vit l’énorme masse d’argent qui lui revenait, il témoigna le peu de rapport qu’il y avait entre son mince travail et une aussi prodigieuse récompense ; il regarda cette richesse si subitement acquise, comme un vol, et s’en expliqua sur ce ton à ses confrères, qui en haussèrent les épaules, ce qui ne l’empêcha pas de renoncer à sa place. Il est très-instruit. Il aime les sciences, les lettres et les arts. Il a un très-beau cabinet de peinture, des statues, des vases, des porcelaines et des livres. Sa bibliothèque est double. L’une, des plus belles éditions, qu’il respecte au point de ne les jamais ouvrir. Il lui suffit de les avoir et de les montrer. L’autre, d’éditions communes, qu’il lit, qu’il prête, et qu’on fatigue tant qu’on veut. On sait ces bizarreries ; mais on les pardonne à la probité, au bon goût, et au vrai mérite. »


    En 1771, Randon de Boisset déménagea pour venir rue Neuve des Capucines, aujourd’hui rue des Capucines (Ier), près la place Vendôme, habiter un hôtel acquis en 1768 de la veuve du receveur général Dodun, réaménagé par Gabriel et devenu plus tard le siège du Crédit foncier de France. La maladie termina sa vie le 28 septembre 1776. Il décéda en un hôtel de la place Vendôme (actuel n° 18), dont il était locataire, sans avoir été marié ; sa fortune passa à ses deux neveux.

    « L’an 1776, le 30 septembre, a été inhumé au cimetière le corps de messire Pierre-Louis-Paul Randon de Boisset, écuyer, conseiller du Roy, receveur général des finances de la généralité de Lyon, garçon, décédé avant-hier rue Neuve des Capucines en cette paroisse, âgé de soixante-huit ans.
    Présents : Messire Jean-Louis Millon Dainval, receveur général des finances de la généralité de Lyon, et Augustin Millon Dailly, receveur général des domaines et bois de la généralité de Paris, ses neveux, qui ont signé avec nous, curé soussigné. »



    Les ventes de Randon de Boisset se firent en sa maison de la rue des Capucines. Elles commencèrent le lundi 3 février 1777 et continuèrent jusque vers la fin du mois de mars.
    Les livres furent vendus d’abord. L’« Avertissement » du Catalogue des livres du cabinet de feu M. Randon de Boisset, Receveur Général des Finances (Paris, Debure fils aîné, 1777, in-12, [2]-iv-6-188-28 p., 1.450 lots) est très court :

    « La Collection des Livres de feu M. Randon de Boisset, mérite à tous égards l’attention des Amateurs. Chaque classe leur offrira les articles les plus curieux, tant par la rareté & le choix des éditions, la beauté des exemplaires qui sont pour la plûpart en grand papier, que par l’élégance & la richesse des reliures (*). Plusieurs voyages que M. de Boisset avoit faits en Italie pour y satisfaire son goût pour les Arts & pour augmenter son Cabinet, un des plus précieux qu’il y ait en Europe, en Tableaux, Bronzes, &c. lui avoient inspiré le goût de la Littérature italienne, & l’avoient mis à portée de rassembler les meilleurs Auteurs qui ont écrit en cette Langue. (*) La plus grande partie a été reliée par MM. de Rome pere & fils. » [sic]

    Le catalogue ne donne aucun nom de relieur, ni aucune provenance :

    124. Liber moralis, italica lingua scriptus, qui dicitur Luctus Christianorum. Venetiis, per Nic. Jenson, anno 1471, in-4. m. cit. Liber eximia raritatis. Voyez Bibliographie instructive N° 1.336. 360 liv.
    158. Caii Plinii Secundi naturalis Historiae Libri XXXVII. Venetiis, Jenson, 1474, in-fol. m. r. 99 liv. 19 s.



    190. Le diverse ed artificiose machine del Capitano Agostino Ramelli. Parigi, in-fol. v. f. 76 liv. 19 s.
    193. Dictionnaire raisonné des Sciences, des Arts & des Métiers. Par. 1751, 28 vol. in-fol. gr. pap. fig. v. m.
    194. Supplément au Dictionnaire des Sciences, des Arts & des Métiers.Paris, Panckoucke, 1776, 2 vol. in-fol. gr. pap. br. 3.220 liv. pour les deux lots 193 et 194.
    211. Les édifices antiques de Rome dessinés & mesurés par Ant. Desgodets, Paris, Coignard, 1682, in-fol. m. r. 143 liv. 19 s.

    223. Architecture Françoise, par Jac. Fr. Blondel. Paris, Jombert, 1752, 4 vol. in-fol. gr. pap. 2 vol. m. r. & 2 vol. en feuilles. 301 liv. 2 s.
    229. Mes Rêveries, ouvrage posthume de Maurice, Comte de Saxe. Paris, Desaint, 1757, 2 vol. in-4. gr. p. m. r. fig. 62 liv. 19 s.

    272. M. T. Ciceronis Opera omnia cum delectu Commentariorum, studio Josephi Oliveti. Paris. Coignard, 1740, 9 vol. in-4. ch. mag. m. v. l. r. 1.260 liv.

    352. Pub. Virgilii Maronis Opera. Birminghamiae, Baskerville, 1757, 2 vol. in-4. m. r. à compartiments. On a joint à cet exemplaire les Figures d’Hollart & autres. 318 liv.
    382. Les Métamorphoses d’Ovide, trad. par Ant. Banier, avec fig. de B. Picart. Amsterd. Wetstein, 1732, in-fol. très gr. pap. m. b. Ce Livre est très rare de ce format. 630 liv.
    404. Valerii Martialis Epigrammata. Venetiis, Vindelinus de Spira, anno 1470, in-fol. m. bl. Editio primaria, & rarissima. 510 liv.
    449. Les Fables de la Fontaine, avec les figures d’Oudry. Paris, Desaint, 1755, 4 vol. in-fol. très gr. p. m. r. 420 liv.
    453. Les Œuvres de Nicolas Boileau Despréaux, avec des éclaircissements historiques donnés par lui-même, publiés par Cl. Brossette. Amst. Mortier, 1718, 2 vol. in-fol., m. viol. dent. fig. de B. Picart. 240 liv.
    475.Œuvres de J. Bapt. Poquelin de Moliere. Paris, 1734, 6 vol. in-4. m. r. fig. 160 liv.

    528. La divina Comedia di Dante Alighieri, col commento di Benevenuto da Imola, e la vita di Dante, scritta da Giov. Boccaccio. In Venetia, Vindeli de Spira, 1477, in-fol. m. r. 68 liv.
    549. Rime di Franc. Petrarcha. In Venetia, Jenson, 1473, in-fol. m. r. Voyez Bibliographie Inst. n° 3.343. 153 liv.
    864. Le Temple des Muses, avec des figures gravées par Bernard Picart. Amsterd. Chatelain, 1733, in-fol. m. bl. 143 liv. 19 s.
    885. Les Etrennes de la S. Jean. Troyes, veuve Oudot, 1742, in-12. m. bl. imprimé sur vélin, avec des fermoirs d’argent. 150 liv.
    891. Il medesimo Decamerone. In Firenze, Giunti, 1527, in-8. m. à compartimens, t. l. r. dans une boîte de m. r. Exemplar elegans. Editio originalis. 600 liv.
    917.  Hieronymi Morlini Novellae, Fabulae & Comedia. Napoli, in aedibus Jo. Pasqueti de Sallo, 1520, in-4. m. à compartiments. Exemplar elegans libri rarissimi. 900 liv.
    927. Les Amours pastorales de Daphnis & Chloé. Paris, 1718, in-8. m. à compartiments. 174 liv.
    940. Les Aventures de Télémaque. Amsterdam, Wetstein, 1734, in-fol. m. viol. t. d. fig. de Bern. Picart. 500 liv.


    
    Le Recueil des Histoires Troyennes
    Recto du dernier feuillet
    
    975. Le Recueil des Histoires Troyennes, contenant la Généalogie de Saturne & de Jupiter ; les faits & prouesses du vaillant Hercule, & la Réédification de Troyes. Paris, Vérard, in-fol. gothique, imprimé sur vélin avec miniatures. 760 liv. [vient de Gaignat, n° 2.340, 531 liv. 4 s.]
    1.031.Œuvres diverses de M. Bern. le Bovier de Fontenelle. La Haye, Gosse, 1728, 3 vol. in-fol. très g. pap. m. r. t. d. fig. de Bern. Picart. 350 liv.




    1.054. Cymbalum mundi, ou Dialogues sur divers sujets, par Bonaventure Desperiers, avec les Remarques de Prosper Marchand. Paris, 1732, in-12. fig. m. bl. Imprimé sur vélin. 160 liv.
    1.102. Collectiones peregrinationum in Indiam Orientalem & Occidentalem, 25 partibus comprehensae, opus illustratum figuris fratrum de Bry & Meriani. Francofurti ad Moenum, 1590, 12 vol. in-fol. m. bl. Liber rarissimus. 1.002 liv. [imparfait]



    1.139. Histoire de la Papesse Jeanne, trad. de Spanheim, par Jacq. Lenfant. La Haye, Scheurleer, 1720, 2 vol. in-12. m. viol. l. r. 271 liv.
    1.200. Caii Julii Caesaris Commentariorum de Bello Gallico, Libri V, ex recognitione Jo. And. Episcopi Aleriensis. Romae, in domo Petri de Maximis, anno 1469, in-fol. m. r. Editio princeps Libri eximiae raritatis. 900 liv.
    1.208. C. Cornelii Taciti Opera. 1468, in-fol. m. bl. t. d. Editio primaria & rarissima. 801 liv.

    1.228. Leonardus Aretinus de bello Italico adversus Gothos. Romae, 1470, petit in-fol. m. r. t. d. Editio Princeps, Rarissima. 360 liv.
    1.264. Jo. Simonetae Commentarii rerum gestarum Franc. Sfortiae Ducis Mediol. Mediolani, Zarotus, 1479, in-fol. ch. mag. m. bl. 120 liv.
    1.274. Histoire de France, par François Eudes de Mezeray, avec les Portraits & les Médailles. Paris, Guillemot, 1643, 3 vol. in-fol. gr. pap. m. viol. 580 liv.



    1.345. Histoire des Yncas du Pérou, trad. de Garcilasso de la Vega, par Jean Baudouin. Amsterd. Bernard, 1737, 2 vol. in-4. gr. pap. v. f. fig. de B. Picart. 96 liv.

    1.352. Les Ruines de Palmyre, autrement dite Tedmor au desert, par Rob. Vood. Londres, Millar, 1753, in-fol. gr. pap. m. viol. 199 liv. 19 s.



    1.367. Recueil de peintures antiques, imitées fidellement [sic] pour les couleurs & pour le trait, d’après les desseins coloriés, faits par Pierre Santi [sic] Bartoli, par MM. le Comte de Caylus & Mariette. 1757. La Mosaïque de Palestrine, avec des explications par M. l’Abbé Barthelemy. Paris, 1760, in-fol. gr. pap. m. l. r. 1.251 liv.
    1.368. Le Pitture antiche e Bronzi d’Ercolano, incise, con qualche spiegazione. Napoli, nella Regia Stamperia, 1757, 7 vol. in-fol. br. en carton. 680 liv.

    1.373. Traité des Pierres gravées, par M.Mariette. Par. Mariette, 1750, 2 vol. in-fol. m. r. t. d. 200 liv.

    1.375. Musaeum Florentinum exhibens insigniora vetustatis Monumenta, cum observationibus Anton. Franc. Gorii. Florentiae, 1731, 10 vol. in-fol. v. 970 liv.
    1.416. Probi Æmilii, liber de virorum excellentium vita. Venetiis, per Nic. Jenson, 1471, in-fol. m. r. Editio princeps, & exemplar elegans libri rarissimi. 186 liv.
    1.443. Valerii Maximi, factorum & dictorum memorabilium, libri IX. Moguntiae, per Petrum Schoyffer de Gernsheym, anno 1471, in-fol. m. b. Editio princeps, & exemplar elegans libri rarissimi. 139 liv. 19 s.
    1.449. Dictionnaire historique & critique, par Pierre Bayle. Rotterdam, Bohm, 1720, 4 vol. in-fol. gr. pap. m. viol. t. d. l. r. 751 liv.

           

    La vente de cette bibliothèque fut l’une des ventes les plus importantes de la décennie 1770. Tous les bibliophiles connaissent ces beaux in-octavo reliés en maroquin rouge, bleu ou vert, par Derome père et fils ou par Padeloup : avec ses armes sur les plats – « D’azur, à la fasce d’or, chargée d’un cœur de gueules, et accompagnée en chef de deux gerbes du second, et en pointe d’une ancre d’argent » – ou une petite étiquette portant son nom sur le contreplat supérieur.




    La vente de la bibliothèque produisit 64.631 liv. 2 s.
    Les prix furent regardés comme excessifs. Le petit ouvrage de Charles de Fieux, chevalier de Mouhy, intitulé Opuscule d’un célèbre auteur égyptien, contenant l’histoire d’Orphée (Londres, 1752, in-12, mar. r.) fut vendu 11 livres et 19 sols (n° 1.007) : le libraire Mérigot fit aussitôt annoncer qu’il le vendait 2 livres broché.
    Derome l’aîné a laissé sur cette bibliothèque la note suivante :
    « La reliure d’un in-12 en veau fauve coûtait 3 livres à M. Randon de Boisset, et les autres formats en proportion. Cette reliure était travaillée et dorée avec une exactitude presque géométrique. M. Randon de Boisset achetait toujours six exemplaires en blanc du même ouvrage, pour en avoir un parfait. Il regardait le jour à travers toutes les feuilles et réformait impitoyablement celles qui avaient le moindre défaut. D’ailleurs ses exemplaires étaient ornés de tout ce qui était capable de satisfaire et d’instruire un curieux ; variantes, cartons, estampes rares, tout s’y trouvait réuni. Une addition non imprimée, comme tables, épigrammes, éloges, etc., y était faite de la main du fameux Monchausset [Étienne Monchaussé], copiste du La Fontaine de M. Gaignat. » 


    La vente des tableaux et objets d’art vint ensuite : Catalogue des Tableaux & Desseins précieux des Maîtres célèbres des trois Ecoles, Figures de marbres, de bronze & de terre cuite, Estampes en feuilles & autres objets du Cabinet de feu M. Randon de Boisset, Receveur Géneral des Finances. Par Pierre Remy, On a joint à ce Catalogue celui des Vases, Colonnes de marbres, Porcelaines, des Laques, des Meubles de Boule & d’autres effets précieux, par C. F. Juliot (Paris, Musier père, 1777, in-12, xij-149-[1 bl.]- 158 p., 887 lots). Elle commença le jeudi 27 février 1777, se continua jusqu’au 25 mars et produisit 1.249.632 liv. 9 s.  

    Randon de Boisset possédait toutes les qualités de l’amateur par excellence : le goût, l’instruction et la grande fortune.



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    « Souscriptionpour les Fables de la Fontaine, avec les Estampes coloriées, 4 vol. in-fol.

    Tous les amateurs connoissent cette magnifique édition, l’un des chef-d’œuvres de la Typographie Françoise, à laquelle ont contribué tant d’habiles Artistes ; mais parmi les exemplaires qui en ont été coloriés, plusieurs l’ont été sans goût, sans principes, sur des épreuves retouchées, peu propres à recevoir le coloris, & on ne s’y est pas même attaché à rendre les vrais couleurs des animaux ; au lieu que les exemplaires que nous annonçons, sont des épreuves-tirées avant la retouche des planches, qui, au moyen des soins qu’on apporte pour les colorier, sont très-propres à imiter la Gouache, & à devenir précieux aux connoisseurs, qui sauront les distinguer de ce qu’on nomme enluminure.
    Les quatre Volumes sont divisés en douze Livres, & seront délivrés dans cet ordre aux Souscripteurs. Le prix en est de 400 livres, dont on paiera 37 livres en souscrivant, & 33 livres en recevant les planches coloriées de chaque Livre, excepté celles du dernier Livre pour lesquelles on ne paiera rien.
    Le texte des Fables sera délivré gratis avec la douzième livraison des planches ; à moins qu’on n’en demande les fleurons coloriés, pour lesquels on paiera alors 40 livres, ou 440 livres pour la totalité, y compris le portrait d’Oudry, qui ne se trouve pas dans tous les exemplaires de cet Ouvrage.
    Ceux qui n’auront pas souscrit, paieront 500 livres sans les fleurons coloriés, & 550 livres avec les fleurons coloriés.
    On souscrit à Paris, chez Mesdemoiselles Neviance, rue du Foin, la porte cochère attenant la Chambre Syndicale, en entrant par la rue de la Harpe, où l’on verra les exemplaires dont elles s’occupent actuellement, & qui ne sont point inférieur à ceux qu’elles ont déjà coloriés, & qui ont été vendus 600 livres, vu que le texte n’en étoit pas gratis comme dans cette souscription. »
    (L’Année littéraire. Paris, Mérigot, 1782, p. 351-353)



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    Le projet de l’édition des Contes de La Fontaine fut étudié dans la société des Fermiers généraux dans l’année 1758, puisque la plus ancienne date qui se trouve consignée sur les gravures est celle de 1759. Aucune de ces estampes ne porte la date de 1760, ce qui paraît indiquer que les travaux des graveurs furent alors suspendus. Beaucoup de gravures sont datées de 1761 et de 1762, et tous les culs-de-lampe de Pierre-Philippe Choffard (1730-1809) datent de l’année même de la publication.
    L’édition étant acceptée, fut commencée par les graveurs, d’après les quatre-vingts dessins de Charles Eisen (1720-1778), qui avait mis six ans à les exécuter.

    La liste des soixante-cinq Fermiers généraux qui contribuèrent, dans des proportions différentes, aux dépenses de cette édition, dite « des Fermiers généraux », distribuée à 1.000 exemplaires, selon la tradition, ou à 2.000 exemplaires, selon le libraire Chevalier, aurait mérité d’y être inscrite.
     

    François-Antoine Alliot (?, 1699–Saint-Mihiel, Meuse, 11 septembre 1779), en Lorraine. Fermier général de 1756 à 1779.


    François Baudon (Fontainebleau, Seine-et-Marne, 12 janvier 1696-Paris, 5 août 1779), rue de Richelieu, vis-à-vis la rue Feydeau. Fermier général de 1756 à 1779.


    François de Beaumont (Paris, 19 mai 1686- 21 juillet 1761), place de Louis-le-Grand. Fermier général de 1741 à 1761. 


    Jean-Baptiste de Bouilhac (?- ?), place des Victoires, au coin de la rue des Fossés-Montmartre. Fermier général de 1756 à 1778.


    Étienne-Michel Bouret (Paris, 19 janvier 1710-10 avril 1777), dit « le Grand Bouret », rue de la Grange-Batelière. Fermier général de 1744 à 1777.


    François Bouret d’Érigny (Paris, 1713 – 27 mars 1775), frère du précédent, rue des Jeûneurs. Fermier général de 1754 à 1775.


    Antoine-François Bouret de Valroche (Paris, 29 novembre 1711- 15 juin 1776), frère des précédents,  rue de la Magdeleine, Faubourg Saint-Honoré. Fermier général de 1762 à 1776.


    Auguste-Simon Brissart (Paris, 3 décembre 1726-1779), rue Saint-Honoré, près l’Assomption. Fermier général de 1753 à 1762.


    Anne-Nicolas-Robert de Caze (Paris, 4 février 1718-Neuilly-sur-Seine, Hauts-de-Seine, 8 juin 1793), dit « de Javincourt », place de Louis-le-Grand. Fermier général de 1751 à 1763.



    Geoffroy Chalut de Vérin (Lyon, Rhône, 17 janvier 1705-Paris, 22 août 1787), place de Louis-le-Grand. Fermier général de 1754 à 1787. 


    Laurent Charron (?, 1706-Cellettes, Loir-et-Cher, 17 août 1769), rue Sainte-Avoie. Fermier général de 1757 à 1768.


    Jean-Joseph-François Chicoyneau de La Valette (Montpellier, Hérault, 23 juillet 1720-Paris, 19 février 1776), rue des Bons-Enfants. Fermier général de 1753 à 1761.


    Léonard du Cluzel de La Chabrerie (?, 1680-Paris, 30 novembre 1765), rue de Richelieu, près le Boulevard. Fermier général de 1726 à 1762.


    Philippe de Cuisy (Le Grand Andely, Eure, 11 mai 1691-Paris 23 novembre 1779), rue de Cléry. Fermier général de 1744 à 1764.


    François-Balthazard Dangé (Loches, Indre-et-Loire, 13 décembre 1696-Paris, 6 mars 1777), place de Louis-le-Grand. Fermier général de 1736 à 1777.


    Jean-Hyacinthe Davasse de Saint-Amarand (Albi, Tarn, 22 février 1692-Paris, 20 mai 1770), dit « Saint-Amaranthe », rue Neuve-Saint-Augustin, vis-à-vis l’Hôtel de Gesvres. Fermier général de 1756 à 1770.


    Nicolas de Delay de La Garde (Paris, 25 octobre 1709- 11 juillet 1783), rue Saint-Honoré, vis-à-vis les Capucins. Fermier général de 1755 à 1780. 


    Claude Douet (Vichy, Allier, 9 novembre 1698-Paris, 14 avril 1778), rue Gaillon. Fermier général de 1756 à 1778.


    Claude Dupin (Châteauroux, Indre, 8 mai 1686-Paris, 25 février 1769), rue Plâtrière. Fermier général de 1726 à 1768. C'est à Louise Dupin, sa seconde femme, qu’on attribue la différence d’orthographe entre le nom de la ville « Chenonceaux » et celui du château « Chenonceau ».


    Louis-Claude Dupinde Chenonceaux (? - ?, 3 mai 1767), fils du précédent, rue Plâtrière. Fermier général de 1750 à 1762.


    Alexandre-Marc-André Estienne d’Augny (?, v. 1710- Paris, 28 nivôse an VII [17 janvier 1798]), rue Grange-Batelière. Fermier général de 1738 à 1768.



    Pierre Faventines (Le Vigan, Gard, 6 octobre 1695-12 janvier 1776), rue de Richelieu, près la Fontaine. Fermier général de 1756 à 1776.


    Laurent-René Ferrand (?, v. 1717-?, v. 1788), rue et porte Montmartre. Cousin de Madame de Pompadour. Fermier général de 1751 à 1761.


    François Fontaine de Cramayel (Paris, 1714-24 avril 1779), rue du Sentier, près la rue du Rempart. Fermier général de 1747 à 1771. 


    Jean-Baptiste-Louis Fournier (?-Paris, 26 juin 1782), rue Saint-Honoré, vis-à-vis les Jacobins. Fermier général de 1755 à 1768.


    Charles-François Gaillard de La Bouexière (?-Paris, 14 novembre 1773), rue d’Antin. Fermier général de 1729 à 1762.


    Étienne-Paschal Gigault de Crisenoy (Toucy, Yonne, 18 juillet 1695-Paris, 12 janvier 1782), rue Coquillière, Hôtel de Laval. Fermier général de 1755 à 1762.


    Claude Godard d’Aucour (Langres, Haute-Marne, 27 décembre 1716-Paris, 13 thermidor an III [31 juillet 1795]), rue Vivienne. Fermier général de 1754 à 1780.




    Laurent Grimod de la Reynière (Paris, 11 février 1734- 6 nivôse an II [6 décembre 1793]), rue Neuve-des-Petits-Champs, près la place des Victoires. Fermier général de 1754 à 1780.


    Jules-Armand Guillaume de Fontaine (?- Paris, 4 mars 1758), rue Couture et vis-à-vis Sainte-Catherine. Fermier général de 1756 à 1758.


    Jean Haran de Borda (Berraute, Pyrénées-Atlantiques, 15 juillet 1707-Paris, 3 novembre 1784), rue Neuve-des-Capucines. Fermier général de 1750 à 1783.




    René Hatte (?-Paris, 10 octobre 1759), rue Neuve-de-Luxembourg. Fermier général de 1726 à 1759.


    André Haudry (Corbeil, Essonne, 11 novembre 1688-Paris décembre 1769), rue du Bouloy. Fermier général de 1744 à 1769.


    André-Pierre Haudryde Soucy (?, 1736-Paris, 24 avril 1815), fils du précédent, rue du Bouloy. Fermier général adjoint auprès de son père de 1756 à 1769, puis titulaire de 1769 à 1781.


    Jean-Hyacinthe Hocquart (?, 1694-Paris, 3 mai 1764), place de Louis-le-Grand. Fermier général de 1721 à 1762.


    Gilles-Marie Hocquart de Coubron (?, 1735-Paris, [guillotiné] 1794), fils du précédent, place de Louis-le-Grand. Fermier général adjoint de 1736 à 1762, puis titulaire de 1762 à 1763.


    Gabriel de Jort de Fribois (Rouen, Seine-Maritime, 7 mars 1689- ?, v. 1773), rue des Vieilles-Audriettes. Fermier général de 1752 à 1765.



    Jean-Benjamin de La Borde (Paris, 5 septembre 1734- [guillotiné] 4 thermidor an II [22 juillet 1794]), rue et porte Montmartre. Fermier général adjoint auprès de son père de 1756 à 1758, puis titulaire de 1761 à 1762.


    Jean-François de La Borde (?-Bonneval, Eure-et-Loir, 1er janvier 1769), père du précédent, rue et porte Montmartre. Fermier général de 1744 à 1758.


    Denis-Joseph Lalive d’Epinay (Paris, 16 février 1724-15 février 1782), rue Saint-Honoré, près les Capucins. Fermier général de 1752 à 1762.


    Michel-Joseph-Haycinthe Lallemant de Betz (Paris, 28 mars 1694-21 sept 1773), rue Neuve-Saint-Augustin. Fermier général adjoint de 1711 à 1716, puis titulaire de 1716 à 1760.



    Étienne-Charles-Félix Lallemant de Nantouillet (Paris, 20 mai 1696-28 avril 1781), frère du précédent, rue Neuve-Saint-Augustin. Fermier général de 1752 à 1761.


    Marie-Charles-François-Xavier Lallemant de Nantouilletde Marly (Paris, 14 juillet 1733-17 décembre 1816), fils du précédent,  rue Neuve-Saint-Augustin. Fermier général adjoint de 1757 à 1761, puis titulaire en 1762.


    Philippe-Charles Le Gendre de Villemorien (Paris, 27 janvier 1717-Marly-le-Roi, Yvelines, 5 avril 1789), rue Basse-du-Rempart, près le Marché Daguesseau. Fermier général de 1756 à 1789.


    Thomas Le Monnier (Elbeuf, Seine-Maritime, 1677-Le Thuit, Eure, 6 juillet 1761), rue Neuve-des-Petits-Champs, près la place des Victoires. Fermier général de 1721 à 1761.



    Charles-Guillaume Le Normant (Paris, 8 mai 1717-28 ventôse an VIII [19 mars 1800]), époux de la marquise de Pompadour, rue de la Grange-Batelière. Fermier général de 1752 à 1768.




    Alexandre-Jean-Joseph Le Riche de la Poupelinière (?, 1692-Paris, 5 décembre 1762), rue de Richelieu, près la Bibliothèque. Fermier général de 1716 à 1762. L’un des six fermiers renvoyés en 1762 avec Brissart, Chicoyneau de La Valette, de Caze, de La Bouexière et Lalive d’Épinay.


    Gabriel-André Le Subtil de Boisemont (Sens, Yonne, 1702- Paris, 6 février 1776), rue Coqhéron. Fermier général de 1756 à 1776.


    Charles Mazières (?-Paris, 15 juin 1783), rue du Chaume, au Marais. Fermier général de 1756 à 1783.


    Alexis-Emmanuel Ménagede Pressigny (Paris, 17 décembre 1699-8 septembre 1763), place de Louis-le-Grand. Fermier général de 1754 à 1763.


    Louis Mercier de Montplan (Paris, 15 février 1717-[guillotiné] 24 floréal an II [3 mai 1794]), rue du Chantre, vis-à-vis Saint-Honoré. Fermier général de 1756 à 1786.



    Louis-Antoine Mirleau de Neuville (?, 1701-Charenton, Val-de-Marne, 3 mars 1780), rue et près la Fontaine de Richelieu. Fermier général de 1757 à 1779.


    Jean-Jacques Papillonde Fontpertuis (Paris, 11 juin 1715-5 février 1774), rue Neuve-Saint-Augustin, près la rue Sainte-Anne. Fermier général de 1754 à 1763.


    Philibert Parseval (Nogent-le-Rotrou, Eure-et-Loir, 17 juillet 1696-Paris, 11 octobre 1766), rue Saint-Marc. Fermier général de 1756 à 1766.


    Étienne Perrinet (Paris, 1670-8 juillet 1762), à l’entrée du Faubourg-Saint-Honoré. Fermier général de 1721 à 1762.


    Claude-Jean-Baptiste Preaudeau (? –Paris, 4 juillet 1758), rue Montmartre, près l’Hôtel d’Uzès. Fermier général de 1756 à 1758.


    Adrien-Jacques Puissant (Paris, 17 avril 1699-20 février 1782), rue Saint-Marc. Fermier général de 1756 à 1782.


    Pierre-Louis-Paul Randon de Boisset (Reims, Marne, 25 octobre 1709-Paris, 28 septembre 1776), rue des Fossés-Montmartre. Fermier général de 1756 à 1758.


    Brice Richard de Pichon (?-Paris, 23 octobre 1769), place de Louis-le-Grand, près les Capucines. Fermier général de 1756 à 1769.


    Jean-Baptiste-Paulin-Hector-Edme Roslin (Alençon, Orne, 9 décembre 1721-Paris, 17 juin 1790), rue Vivienne. Fermier général de 1756 à 1787.


    Jacques-Jérémie Roussel (Paris, 19 avril 1712-v. 1785), rue Plâtrière. Fermier général de 1736 à 1768.


    Alexandre-Victor de Saint-Amand (Marseille, Bouches-du-Rhône, 8 septembre 1720-Paris, [guillotiné] 19 floréal an II [8 mai 1794]), rue Plâtrière. Fermier général de 1756 à 1791.


    Marie-Joseph Savalettede Buchelay (Paris, 15 juillet 1727-Rome, Italie, 18 janvier 1764), rue Saint-Honoré, près les Jacobins. Fermier général de 1749 à 1764.


    Jacques Verdeilhan des Fourniels (Nîmes, Gard, 2 mars 1697-Paris, 7 novembre 1763), rue de Cléry, à l’Hôtel le Blanc. Fermier général de 1754 à 1763.


    Jean-François Verdun (?-Paris, 25 juillet 1782), rue de Gaillon. Fermier général de 1756 à 1780.











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  • 03/23/13--14:53: Paradoxes d’un bibliophile
  • Les livres ne sont pas faits pour être lus.

    Celui qui coupe ses livres est capable de dépecer sa femme.

    Il y a des bibliophiles honnêtes, comme il y a des maris heureux.

    L’amitié entre deux bibliophiles n’est jamais qu’une conspiration contre un libraire.

    Le bibliophile sera célibataire ou il ne sera pas.

    Les hommes ne diffèrent que par la nature de leurs collections.

    Acheter un livre pour sa reliure, c’est épouser une femme pour sa toilette.

    Un bibliothécaire qui aime les livres est un garde-chasse qui aime le gibier.

    Celui qui prête un livre ne mérite pas qu’on le lui rende ; celui qui l’emprunte ne mérite pas qu’on le lui confie.

    La conscience humaine est un exemplaire à grandes marges.

    On ne ramasse rien sans se baisser.

    Les enchères sont un feu où l’on se chauffe la tête et où l’on se brûle les doigts.

    Omar, le destructeur de la bibliothèque d’Alexandrie, était un bibliophile qui spéculait à la hausse.

    Selon Pascal, la chasse est supérieure à la poésie ; suivant moi, le bibliophile est l’égal du chasseur.

    En fait de livres, la possession ne vaut rien sans le titre.

    Beaucoup d’épelés et peu de lus.

    La ponctualité et la ponctuation sont les deux choses les plus difficiles de ce monde.

    C’est dans l’obscurité qu’on pêche les perles.

    Un érudit sans talent est une bibliothèque sans catalogue.

    Donner commission c’est s’exposer à devenir, à la fois, victime et complice d’un abus de confiance.

    Mieux vaut avoir du monde à sa vente qu’à son enterrement.

    Charles Dumercy (Anvers, 1848-1934), avocat et homme de lettres.
    In L’Art moderne, dimanche 26 octobre 1890.


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    Fils d’un directeur général des fermes, Jean-Baptiste-François Gigot d’Orcy est né à Paris, le 8 février 1737 (et non en 1731 ou en 1733). Sa mère était la belle-sœur du fermier général André Haudry (1688-1769). Il épousa en 1765 la fille d’un avocat au Parlement, conseiller des finances du duc d’Orléans, devint receveur général des finances de Châlons-en-Champagne en 1773, et fut intéressé dans plusieurs sociétés minières, dans quelques armements et dans la manufacture de tabac à Toulouse. Il s’adonna dès l’enfance à l’histoire naturelle et forma diverses collections d’insectes. Il installa son superbe cabinet d’histoire naturelle place Vendôme, dans l’hôtel du banquier Jean Cottin (1709-1781), qu’il acheta en 1780 pour la somme de 180.000 livres tournois, aujourd’hui siège de la Maison Boucheron :



    « M. Gigot d’Orcy, Receveur général des Finances, possede un très-beau Cabinet d’histoire naturelle, où l’on distingue une suite des plus nombreuses & des plus complettes en insectes & papillons, tant d’Europe que de la Chine & des deux Indes : un choix des oiseaux les plus rares, artistement grouppés sur des arbrisseaux feints dans des cages vitrées : enfin de belles suites de coquilles, madrépores, minéraux, fossiles, pétrifications, cristallisations : quelques quadrupedes, poissons, crustacées, reptiles, &c. : le tout disposé dans l’ordre le plus élégant. » [sic] (Desallier d’Argenville. La Conchyliologie. Paris, G. Debure fils aîné, 1780, 3eéd., t. I, p. 797)



    Gigot d’Orcy fut membre de la loge maçonnique « Les Amis Réunis » et de la « Société philanthropique », fondée en 1780 par Charles Savalette de Langes (1746-1797), garde du Trésor royal.



    La science lui reste redevable du financement de la publication des Papillons d’Europe, peints d’après nature (Paris, P. M. Delaguette, Basan et Poignant, 1779-1792, 8 tomes in-4) par Jean-Jacques Ernst et décrits par Jacques-Louis-Florentin Engramelle (1734-1814), « Religieux Augustin, Q.S.G. [Quartier Saint Germain] », souvent confondu avec son frère aîné, Marie-Dominique-Joseph Engramelle (1727-1805), musicologue.


    Le plus bel ouvrage français sur les papillons ne fut tiré qu’à 250 exemplaires, presque tous vendus à la souscription lancée en juillet 1782, comme en atteste la liste des souscripteurs où se retrouvent les noms des rois et grandes familles d’Europe.


    Il comprend 3 titres gravés, dont 2 coloriés et 1 en noir, 3 planches en noir au tome II pour les instruments du collectionneur de papillons et 350 planches hors-texte gravées en taille-douce et coloriées.



    Gigot d’Orcy finança également la publication de l’ Entomologie, ou Histoire naturelle des insectes (Paris, Baudouin, 1789-1790, 2 tomes in-4, 245 pl.), par Guillaume-Antoine Olivier (1756-1814), continuée chez Lanneau (t. III-IV, 1795) et chez Desray (t. V-VIII, 1807-1808).


    Il mit à disposition de l’auteur son cabinet et ses livres, et le fit voyager en Angleterre et en Hollande. L’ouvrage complet comprend 1 frontispice et 362 eaux-fortes.


    Gigot d’Orcy laissa une bibliothèque remarquable par le nombre, le mérite et la rareté des livres sur la science qu’il cultivait et un cabinet d’histoire naturelle. La Convention nationale décréta le 11 germinal an II [31 mars 1794] :


    « La citoyenne veuve Gigot d’Orcy fera procéder à la vente publique, et par enchère, de la bibliothèque et du cabinet d’histoire naturelle provenant de la succession de son mari, en présence d’un commissaire du gouvernement, lequel fera verser les deniers provenans de la vente à la trésorerie nationale, en tant moins de la créance de la nation sur les biens dudit Gigot d’Orcy. »



    La bibliothèque fut vendue la première : Catalogue des livres de feu citoyen Gigot d’Orcy (Paris, Veuve Tilliard et fils, an II [1794], in-8).


    La vente du cabinet ne se fit que dix ans plus tard : Catalogue abrégé des minéraux, coquilles, madrépores et autres objets faisant partie du cabinet de feu M. Gigot d’Orcy (Paris, 1804, in-8, 24 p.). Ce fut Henri Boissier (1762-1845), recteur de l’Académie de Genève, qui l’acheta.     


    « Vente d’un très-beau cabinet d’histoire naturelle.

    Il existe peu d’amateurs d’histoire naturelle en Europe, qui ne connaissent la superbe collection de feu M. Gigot-d’Orcy à Paris : quarante ans de soins assidus l’avaient formée. Ses voyages en Suisse, en Angleterre, en Hollande, en Allemagne, et ses correspondances multipliées dans les quatre parties du monde, lui avaient fourni les moyens de recueillir un grand nombre de morceaux intéressans. La réputation de son cabinet y attiroient tous les étrangers qui venaient à Paris ; et beaucoup se faisaient gloire d’y avoir placé quelques objets. La partie de la minéralogie est très-considérable ; on y trouve rassemblées les variétés de gangues, les cristallisations de métaux et demi-métaux les mieux prononcées et bien conservées : aussi a-t-on tiré de ce cabinet beaucoup de modèles pour la cristallographie de Romé-de-Lille, et autres ouvrages sur la minéralogie. Douze cents oiseaux, tans européens qu’exotiques, perchés sur des branches d’arbres dans leur attitude naturelle, présentent le tableau le plus pittoresque : plusieurs ne se trouvent point au muséeum national, et n’ont point été connus du célèbre Buffon. Les coquilles ne sont pas très-nombreuses, mais d’un beau choix, et nettoyées dans une grande perfection. On y trouve un assemblage d’œufs d’une infinité d’espèces. La partie la plus curieuse et la plus rare de cette collection, est une suite immense de papillons et d’insectes, tant exotiques qu’indigènes, parfaitement développés et classés, arrangés dans des corps de tiroirs en acajou recouverts en verre. On y remarque en outre quantité de madrépores, de coraux, de plantes marines, de dendrites, de pétrifications ; une suite de marbres, d’agates, etc. etc. Les troubles de la révolution avoient fait jusqu’ici suspendre la vente de ce cabinet. La paix rappelant aujourd’hui les étrangers en France, et donnant un nouvel essor aux arts, on a cru pouvoir réveiller l’attention des amateurs, et leur proposer l’emplette d’un objet dont le mérite leur est connu depuis long-tems. La valeur de cette collection a été portée ci-devant par les connaisseurs à trois cents mille livres monnoie métallique : le possesseur actuel se bornera à un prix beaucoup plus modéré. La vente aura lieu dans le cours de brumaire prochain ; et à partir du 1er. Fructidor, le cabinet sera ouvert au public, les jours impairs, depuis dix heures du matin jusqu’à 4 heures après-midi. » [sic]

    (In Journal général de la littérature de France. Paris et Strasbourg, Treuttel et Würtz, thermidor an IX [juillet 1801], p. 253-254)


    Gigotorcya. Nobis. La Gigot d'Orcy.
    Buchoz. Le Jardin d'Eden (Paris, chez l'Auteur, 1783)
    Gigot d’Orcy décéda en son domicile, et non guillotiné, comme on a pu l’écrire, le 10 juin 1793. Sans postérité, ses trois frères furent ses héritiers.



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    Adrien-Louis Lebeuf [sans « œ »], né à Paris le 16 janvier 1824, demeurant au château de Montgermont, sur la commune de Pringy (Seine-et-Marne), épousa le 16 juillet 1853, à Coubert (Seine-et-Marne), Marie-Joséphine-Clotilde-Elise Parent (1835-1892). Fils aîné de Louis-Martin Lebeuf (1792-1854), régent de la Banque de France, député de Seine-et-Marne (1837-1842) et sénateur, il succéda à son père, directeur de la manufacture de faïences de Creil et Montereau, et devint maire de Montereau-Fault-Yonne (Seine-et-Marne). Par décret impérial du 24 septembre 1859, il fut autorisé à ajouter à son nom patronymique celui de « de Montgermont ».



    
    Assiette en faënce de Creil et Montereau
    Décor "Flora" dit "au liseron"
    
    Il est souvent confondu avec son frère cadet, Alfred-Louis Lebeuf (1841-1918), diplomate, qui fut autorisé en 1863 à ajouter à son nom patronymique celui de « de Montgermont », qui épousa en 1866 Jeanne-Madelaine Schnetz (1846-1931), et dont la bibliothèque fut dispersée de 1911 à 1913.


    
    Château de Montgermont
    Le goût de Montgermont s’était porté avec une prédilection particulière sur les livres dont l’ornementation faisait le principal mérite.
    Les éditions des Elzevier et de leurs émules se montraient dans ce qu’elles ont de plus rare et de plus parfait. La partie la plus riche de la collection était la littérature française : les poètes français comptaient près de 250 titres. Beaucoup de livres étaient décorés des armoiries des personnages les plus illustres ou provenaient des amateurs les plus célèbres : Madame de Chamillart, la comtesse de Verrue, marquise de Pompadour, Mademoiselle de La Vallière, Grolier, de Thou, Longepierre, comte d’Hoym, etc. Les anciennes reliures étaient de Duseuil, Boyet, Padeloup, Derome, etc. Parmi les reliures modernes, plus de 300 volumes étaient sortis de l’atelier de Trautz-Bauzonnet.



    La bibliothèque de Montgermont fut livrée anonymement aux enchères à l’Hôtel des commissaires-priseurs du 5 rue Drouot, en 6 vacations, du 27 mars au 1er avril 1876 : Catalogue de livres rares et précieux imprimés et manuscrits composant la bibliothèque de M. L. de M*** (Paris, Adolphe Labitte, 1876, in-8, XVI-216-24 p., 991 numéros). C’était une des plus remarquables bibliothèques livrées aux enchères depuis les grandes ventes de Yemeniz (1867), de J.-C. Brunet (1868), du baron J. Pichon (1869) et de L. Potier (1870). L’engouement et la vivacité des enchères caractérisèrent cette vente où on vit payer des prix jusqu’alors inconnus : elle produisit environ 500.000 francs, avec un bénéfice estimé à plus de 200.000 francs.


    1. La Sainte Bible, traduite en françois par le Maistre de Sacy, édition ornée de 300 figures, d’après les dessins de Marillier (et Monsiau).Paris, Defer de Maisonneuve et Gay, 1789-1804, 12 vol. gr. in-4, papier vél., fig., mar. r., dos ornés, fil. tr. dor. (Capé.) 24.500 fr.
    Exemplaire en grand papier vélin, avec les figures avant la lettre. On y a joint la précieuse suite des 300 desssins originaux à l’encre de Chine de Marillier et Monsiau. Ces dessins ont figuré à la vente Détienne (1807), et à celle de Marie-Jacques Debure (1849). Acquis à cette dernière vente par La Bédoyère, cet amateur les avait joints à un exemplaire broché de la Bible, en grand papier. C’est depuis sa vente, faite en 1862, que, confiés aux soins intelligents de l’excellent relieur Capé, ils ont été réunis dans l’élégante et riche reliure qui les recouvre.
    6. Le Nouveau Testament de Nostre-Seigneur Jésus-Christ, traduit en françois, selon l’édition vulgate, avec les différences du grec (par MM. de Port-Royal). Mons, Gaspard Migeot (Amsterd., D. Elzevier), 1667, 2 vol. pet. in-8 réglés, front. gr., mar. r. dos ornés, doublé de mar. r. dent. tr. dor. (Boyet.) 1.780 fr.
    Edition originale. Il s’en trouve bien peu d’exemplaires avec une aussi belle reliure et d’une aussi parfaite conservation. Provient de la bibliothèque de Brunet.
    11. Histoire du Vieux et du Nouveau Testament (par David Martin), enrichie de plus de quatre cents figures. Anvers (Amsterdam), P. Mortier, 1700, 2 vol. in-fol. régl., mar. v. large dent. tr. dor. (Padeloup.) 1.980 fr.

    Magnifique exemplaire en grand papier et avant la marque des clous ; il provient de la bibliothèque de M. d’Ourches, à la vente duquel il fut annoncé comme le plus beau qu’on eût vu passer en vente. Il a figuré à la première et à la seconde vente La Bédoyère.
    57. Le Bréviaire de Nostre-Dame, auquel tout le Pseautier est distribué pour les sept jours de la semaine. Paris, Jamet Mettayer, 1587, pet. in-8, 8 fig. grav. par Th. de Leeu, mar. v. compart. dos fleurdelisé, tr. dor. 940 fr.
    Très bel exemplaire de Henri III, portant sur le dos de la reliure ses armes, sa devise Spes mea Deus et la tête de mort. Dans un écusson placé sur chaque plat, se trouve la représentation du Crucifiement. Sur le titre se lisent les noms de J. Ballesdens, des PP. Germont, L. Jobert et Baudrand, à qui ce livre a successivement appartenu. De la bibliothèque de Brunet ; acheté à la vente Potier (1870).

    75. L’Imitation de Jésus-Christ, traduite en vers françois par P. Corneille. Leyde, Jean Sambix (J. et Dan. Elsevier), 1652, pet. in-12, mar. r. compart. dos orné, tr. dor. (Capé.) 365 fr.
    Un des volumes les plus rares de la collection des Elzeviers. Exemplaire grand de marges (127 mm.) acquis à la vente Capé.
    82.Œuvres spirituelles de Henri Suso, personnage fort célèbre en doctrine et saincteté de vie : traduittes de latin en françois par F. N. Le Cerf, prieur de la Chartreuse de N.-D. de Bonne-Espérance, près le chasteau de Gaillon. Paris, Guill. Chaudière, 1586, in-8, réglé, mar. r. à riches compart. tr. dor. 2.050 fr.
    Superbe exemplaire de Henri III, roi de France, avec ses armes, sa devise et la tête de mort sur le dos, et le crucifiement au milieu des plats. Un des plus beaux spécimens qu’on puisse trouver de la bibliothèque de ce roi. De la bibliothèque de Brunet. (Vente Potier, 1870, 1.500fr.)
    87. Introduction à la vie dévote, du bienheureux François de Sales, évesque de Genève. Paris, de l’Imprimerie royale, 1651, in-8, fig., réglé, mar. r. dos et plats ornés, tr. dor. 1.820 fr.
    Belle édition, dédiée à la reine Anne d’Autriche. Ses armes mi-parties de France et d’Espagne, se trouvent sur le titre et dans d’autres endroits du volume. Cet exemplaire est celui de dédicace. Les plats sont ornés d’une riche et large bordure, formée de fleurs de lis mêlées au chiffre couronné de la reine, répété à l’infini.
    117. Les Propos d’Epictète, recueillis par Arrian, son disciple, translatez du grec en françois par Fr. J. de S. F. (Jean de Saint-François, c’est-à-dire le P. Goulu, général des Feuillants). Paris, Jean de Heuqueville, s. d., (1609), in-8, titre gr. mar. ol. tr. dor. 285 fr.
    Exemplaire de la reine Marguerite, première femme de Henri IV, à laquelle le livre est dédié. Son chiffre couronné, alternant avec des fleurs de lis, est parsemé à l’infini sur le dos et sur les plats du volume. Sur un des feuillets de garde, on trouve la note suivante : « Achapté en l’inventaire de la feu reine Margueritte par moi Jean de Sainct Pec, 4 liv. 10 sols. » Provient de la bibliothèque de feu Taillandier, conseiller à la Cour de cassation.
    119. Essais de messire Michel seigneur de Montaigne (deux livres). Bourdeaus, par S. Millanges, 1580, 2 vol. pet. in-8, mar. r. fil. tr. dor. (Derome) 1.910 fr.
    Edition originale, provenant de la bibliothèque de d’Hangard et en dernier lieu de la vente Radziwill. Six feuillets qui étaient plus courts ont été habilement remmargés.
    147. Histoire naturelle générale et particulière, avec la description du cabinet du roi, par le Clerc de Buffon, Daubenton et de Lacépède. Paris, Impr. royale, 1749 et années suiv. 56 vol. in-4, mar. r. dent. doubl. de moire, tr. dor. (Bozerian.) 3.250 fr.
    Superbe exemplaire de première édition, satiné et relié sur brochure par Bozerian aîné, composé ainsi qu’il suit : Histoire naturelle générale, 15 vol. ; Supplément, 7 vol. ; Oiseaux, 9 tom. rel. en 18 vol. ; Minéraux avec les cartes, 6 vol. ; Ovipares et serpents, 2 vol. ; Poissons, 5 vol. ; Cétacés, 1 vol. ; Observations de Malesherbes, Paris, 1798, 2 tom. in-8 tirés in-4 et rel. en 1 vol. ; vignettes des chapitres et planches des scarabées et papillons, 1 vol. Toutes les fig. de l’Hist. naturelle de Buffon et Daubenton, et celles des 8 vol. de Lacépède, sont avant la lettre ; la plupart des planches d’anatomie sont doubles, avant et avec les lettres de renvoi. On y a ajouté les figures des quadrupèdes coloriées ; les 1.008 planches de l’histoire des oiseaux coloriées ; les fig. du tome 7 du supplément, celles des quadrupèdes, ovipares, serpents, poissons et cétacés de Lacépède, enluminées avec le plus grand soin ; les gravures coloriées des girafes tirées du voyage de Le Vaillant, et quelques autres du même genre ; enfin, trois portraits de Buffon et celui de Lacépède. Les 9 vol. des oiseaux étant reliés en 18, on a fait imprimer des titres pour les seconds volumes. Le tome 56e est composé de toutes les vignettes placées au commencement des chapitres, premières épreuves, et des planches coloriées des scarabées et des papillons faisant partie des 1.008 planches des oiseaux. Un des plus beaux exemplaires qu’on puisse trouver. Exemplaire de La Bédoyère.


    179. Les Simulachres et Historiées Faces de la Mort, autant elegamment pourtraictes, que artificiellement imaginées. Lyon, soubz l’escu de Coloigne. M. DXXXVIII. (A la fin :) Excudebant Lugduni Melch. et Gasp. Trechsel fratres, 1538, pet. in-4, fig. sur bois, mar. citr. dos et plats ornés, doublé de mar. noir, dent. tr. dor. (Trautz-Bauzonnet.) 2.150 fr.
    Edition originale de la Danse des Morts d’Holbein, composée de 41 admirables figures gravées sur bois, ayant chacune au bas un quatrain en français attribué à Gilles Corrozet. Belle reliure décorée sur le dos et les plats des emblèmes de la Mort.
    217. Le Pastissier françois, où est enseignée la manière de faire toute sorte de pastisserie … Ensemble le moyen d’aprester toutes sortes d’œufs pour les jours maigres, et autres, en plus de soixante façons. Amsterdam, chez Louys et Daniel Elzevier, 1655, pet. in-12, front. gr., mar. r. fil. dos et plats ornés, doublé de mar. bleu, large dent. tr. dor. (Trautz-Bauzonnet.) 4.550 fr.
    Depuis longtemps, ce petit livre est regardé à tort ou à raison comme le volume le plus rare de la collection des Elseviers, et à ce titre il a atteint, dans les ventes publiques et surtout à l’amiable, les prix les plus élevés. Le dernier exemplaire qui ait passé en vente, celui de Montesson, adjugé en mars 1870 à 2.910 fr., à été revendu chez Benzon, en avril 1875, 3.255 fr. sans les frais. Il mesurait 128 mm. ; la taille de celui-ci est de 130 mm. ½. C’est peut-être le plus grand exemplaire connu. La reliure est un petit chef-d’œuvre.
    244. Catulli, Tibulli, Propertii nova editio. Jos. Scaliger recensuit. Ejusdem in eosdem castigationum liber. Lutetiae, apud Mamertum Patissonium, 1577, 2 part. en 1 vol. in-8, mar. v. riches compart., tr. dor. 1.800 fr.
    Exemplaire aux premières armes de J.-A. de Thou. Porte l’ex-libris de la bibliothèque Caumartin S. Ange. Acquis à la vente Radziwill.
    253. La Métamorphose d’Ovide figurée. A Lyon, par Ian de Tournes, MDLVII, in-8, figures et encadrements sur bois, mar. orange, dos et plats ornés, tr. dor. (Trautz-Bauzonnet.) 385 fr.
    Edition originale de ce chef-d’œuvre de Bernard Salomon : 178 gravures sur bois. Exemplaire de Pixerécourt, acquis à la vente Yemeniz et recouvert depuis d’une reliure de Trautz-Bauzonnet.
    254. Les Métamorphoses d’Ovide, en latin et en françois, de la traduction de l’abbé Banier. Paris, Delalain, 1767-1771, 4 vol. in-4, fig. d’Eisen, Boucher, Moreau, etc., grav. Par Lemire et Basan, mar. r. dos ornés, doublé de tabis, fil. tr. dor. (Derome.) 2.975 fr.
    Superbe exemplaire du premier tirage.
    255. Phaedri, Augusti Caesaris liberti, fabularum Aesopiarumlibri quinque, notis perpetuis illustrati, et cum integris aliorum observationibus in lucem editi a Joan. Laurentio. Amstelodami, Janssonius a Waesberge, 1667, in-8, front. gr., mar. rouge, doublé de mar. rouge, tr. dor. (Boyet.) 1.300 fr.
    Très bel exemplaire, de la bibliothèque de Brunet.


    277. Le Rommant de la Rose nouvellement reveu et corrigé oultre les precedentes impressions (par Cl. Marot). On les vend à Paris, par Galliot du Pré, impr. par P. Vidoue, 1529, lettres rondes, pet. in-8, fig. sur bois, mar. rouge, dos orné, fil. tr. dor. (Rel. anc.) 500 fr.
    Edition rare. Exemplaire aux armes du duc de Mortemart, acheté à la vente du docteur Mitford, à Londres.
    290. Les Œuvres de maistre Guillaume Coquillart, en son vivant official de Reims, nouvellement reveues et imprimées à Paris. 1532. On les vend à Paris pour Galiot du Pré, en la grant salle du Palays, pet. in-8, mar. rouge, doublé de mar. bleu, riches compartiments, tr. dor. (Trautz-Bauzonnet.) 2.600 fr.
    Très rare et très recherché. Exemplaire très grand de marges,un des deux plus grands connus (hauteur : 130 mm.). Le haut du feuillet du titre ayant été coupé pour enlever un nom, a été habilement remmargé par Vigna.

    298.Œuvres de Clément Marot, plus amples et en meilleur ordre que paravant. A Lyon, à l’enseigne du Rocher (chez S. Sabon), 1545, 2 part. en 1 vol. in-8, mar. bl. doublé de mar. r. large et riche dent. tr. dor. (Très belle reliure de Duru.) 1.550 fr.
    Superbe exemplaire de la bibliothèque de Double.
    306. Saulsaye, Eglogue de la vie solitaire, par Maurice Sceve, Lyonnois. A Lyon, par Iean de Tournes, 1547, in-8, fig. sur bois, 32 pages, mar. vert, dos orné, fil. tr. dor. (Koehler.) 610 fr.
    Opuscule fort rare. Deux figures de Bernard Salomon dans le texte, dont l’une représente une vue de Fourvière. Exemplaire de Nodier et de Yemeniz.
    314. Les Œuvres de Hugues Salel, valet de chambre ordinaire du Roy, imprimées par commandement dudict Seigneur. A Lyon, par Benoist Rigaud, 1573, de l’imprimerie de François Durelle, in-16, mar. r. compart. doublé de mar. vert, dent. tr. dor. (Niedrée.) 1.210 fr.
    Fort rare. Chef-d’œuvre de dorure de Niedrée. Exemplaire de Yemeniz, grand de marges.
    329. Elégies (et Epigrammes) de Jean Doublet, Dieppoys. Paris, pour Charles Langelier, 1559, in-4, 55 f. chiffrés et 1 n. chiff. Pour la marque de Langelier, réglé, mar. r. ornements sur les plats, tr. dor. (Trautz-Bauzonnet.) 1.500 fr.
    Poésies d’une insigne rareté. Cet exemplaire a fait partie des bibliothèques de d’Auffray et Ed. Turquety.


    325. Euvres de Louize Labé Lionnoize. Revues et corrigees par la dite Dame. A Lion, par Ian de Tournes, MDLVI, in-8, mar. vert clair, compart. doublé de mar. rouge, couvert de riches ornements, tr. dor. (Thouvenin.) 2.700 fr.
    Cet exemplaire a appartenu en 1647 à un Charles Labé, dont la signature se trouve sur le titre, puis à Nodier, dont il porte l’ex musaeo sur les plats. Exemplaire très grand de marges (hauteur : 165 mm.). De la bibliothèque de Yemeniz (1.020 fr.).

    368. Les Diverses Poésies du sieur de la Fresnaie Vauquelin. A Caen, chez Charles Macé, 1612, in-8, mar. bleu, dos orné, fil. dent. int. tr. dor. (Bauzonnet.) 2.300 fr.
    Rare et très bel exemplaire provenant de la bibliothèque de Cigongne, très grand de marges.
    379. Les Poëmes divers du sieur de Lortigue, Provençal, où il est traitté de guerre, d’amour, gayetez, points de controverse, hymnes, sonnets et autres poésies. Paris, Gosselin, 1617, in-12, réglé, mar. vert fleurdelisé, fil. tr. dor. (Aux armes de Marie de Médicis.) 1.750 fr.
    Volume très rare. Exemplaire de Marie de Médicis.
    408. Poésies françoises, par M. de Ménage. Paris, A. Courbé, 1656, pet. in-12, 40 p., lettres italiques, mar. r. fil. tr. dor. (Trautz-Bauzonnet.) 600 fr.
    Edition sortie des presses de Foppens. L’une des pièces les plus rares de la collection elzévirienne.
    419.Œuvres diverses du sieur Boileau-Despréaux, avec le Traité du sublime ou du merveilleux dans le discours, traduit du grec de Longin. Paris, Denys Thierry, 1701, 2 vol. in-12, réglés, frontisp. et fig., mar. citr. doublé de mar. r. dent. tr. dor. (Rel. anc.) 3.920 fr.
    Dernière édition publiée du vivant de Boileau. Exemplaire aux armes et au chiffre de Madame de Chamillart.
    443. La Henriade, de M. de Voltaire, seconde édition (avec dédicace à la Reine d’Angleterre). Londres, 1728, in-8, fig., réglé, mar. r. comp. doublé de pap. doré, tr. dor. (Padeloup.) 3.000 fr.
    La reliure, un des chefs-d’œuvre de Padeloup, est ornée de riches compartiments à mosaïque de maroquin vert, citron et rouge, avec dorures, à petits fers et au pointillé, couvrant entièrement le dos et les plats du volume. Exemplaire de d’Hangard, acquis à la vente de Radziwill pour 1.500 fr.
    482. Les Baisers, précédés du Mois de mai, poëme (par Dorat). La Haye et Paris, Lambert, 1770, gr. in-8, pap. de Holl., titre rouge et noir, portr. de Dorat grav. par Dupin, frontisp., 23 vignettes et 22 culs-de-lampe d’Eisen, mar. vert, riches compart. à petits fers, dos orné, tr. dor. (Capé.) 1.050 fr.
    Reliure élégante avec dos et plats à la Derome, et attributs de l’amour à chaque coin. Exemplaire de Capé qu’il avait relié pour lui.
    501. Choix de chansons, mises en musique par M. de la Borde, ornées d’estampes par J.-M. Moreau, dédiées à Madame la Dauphine. Paris, de Lourmel, 1773, 4 tom. en 2 vol. gr. in-8, texte gravé, mar. vert, dos ornés, dent. doublé de tabis, tr. dor. (Derome.) 4.250 fr.
    De la bibliothèque de Yemeniz.
    539. Le Théatre de P. Corneille, reveu et corrigé. Suivant la copie imprimée à Paris (Amsterd., Abr. Wolfgank), 1664 (à 1676), 4 vol. – Les Tragédies et Comédies de Th. Corneille. Suivant la copie imprimée à Paris (Amsterd., Abr. Wolfgank), 1665 (à 1678), 5 vol. ; ensemble 9 vol. pet. in-12, mar. rouge, fil. dos ornés, tr. dor. (Trautz-Bauzonnet.) 4.100 fr.
    Un des plus beaux exemplaires connus, très grand de marges (hauteur : 132 mm.).


    571. Les Œuvres de Monsieur de Molière. Paris, Jean Guignard fils, 1666, 2 vol. in-12, 2 front. grav. Par Chauveau, mar. bl. doublé de mar. r. dent. tr. dor. (Trautz-Bauzonnet.) 5.700 fr.
    Première édition du Théâtre de Molière avec une pagination suivie. Exemplaire très grand de marges, de la bibliothèque Odiot.
    585. Le Tartufe, ou l’Imposteur, comédie par J.-B. P. de Molière. Imprimé aux despens de l’autheur, et se vend à Paris chez J. Ribou, 1669, in-12, mar. vert, fil. tr. dor. (Duru.) 2.250 fr.
    Edition originale très rare. A la fin du privilège, on lit : « Achevé d’imprimer pour la première fois le 28 mars 1669. »
    640. Les Amours pastorales de Daphnis et Chloé (traduites du grec de Longus, par J. Amyot). S. l. (Paris), 1718, pet. in-8, front. et fig. gr. par Audran d’après les dessins de Philippe duc d’Orléans, mar. vert, dos orné, riches compart., doublé de mar. orange, large dent. tr. dor. (Trautz-Bauzonnet.) 2.600 fr.
    Edition dite du Régent. Exemplaire très grand de marges et rempli de témoins (en hauteur et en largeur), provenant de la bibliothèque de La Bédoyère ; il était alors relié par Bozerian.

    644.Œuvres de maitre François Rabelais, avec des remarques historiques et critiques de M. Le Duchat, nouvelle édition, ornée de figures de B. Picart, etc., augmentée de nouvelles remarques et de plusieurs pièces curieuses. Amsterdam, J.-F. Bernard, 1741, 3 vol. gr. in-4, mar. r. fil. dos ornés, tr. dor. (Padeloup.) 6.000 fr.

    Superbe exemplaire en grand papier. C’est le premier et le plus beau des deux exemplaires sur ce papier qui se trouvaient à la vente du prince Radziwill. Le second, relié en maroquin citron, a été depuis vendu à la vente Benzon, en avril 1875, 5.500 fr.
    646. Les Songes drolatiques de Pantagruel, où sont contenues plusieurs figures de l’invention de maistre François Rabelais, et dernière œuvre d’iceluy pour la récréation des bons esprits. A Paris, par Richard Breton, rue S. Iaques, à l’Ecrevisse d’Argent, MDLXV, in-8, figures sur bois, mar. vert, fil. tr. (Rel. anc.) 2.135 fr.
    Recueil de 120 figures des plus grotesques, sans autre texte qu’un avis au lecteur en 3 pages dans lequel il est dit que Rabelais en est l’auteur. De la plus grande rareté. Vient de la bibliothèque Yemeniz (705 fr.).

    671. Le Diable boiteux, nouvelle édition augmentée d’une Journée des Parques, par M. Le Sage, et des Béquilles du diable boiteux (par Bordelon). Paris, Musier fils, 1765, 3 vol. pet. in-12, fig., mar. r. fil. tr. dor. gardes de pap. doré. 700 fr.
    679. Lettres d’une Péruvienne, par Madame de Graffigny, traduites du français en italien par M. Deodati (texte en regard). Paris, de l’imprimerie de Migneret, 1797, in-8, gr. pap. vél., fig., rel. en vél. blanc, doublé de moire, tr. dorée. (Courteval.) 2.300 fr.
    Exemplaire unique, avec le dessin du portrait, gravé par Gaucher d’après Delatour, et les 7 dessins originaux à la sépia des vignettes, par Le Barbier, les eaux-fortes, et les figures avant et avec la lettre. De la bibliothèque de La Bédoyère.

    Exemplaire aux armes de la comtesse du Barry, provenant de la bibliothèque de Double.
    716. Contes des fées, par Ch. Perrault (en prose) : Griselidis, Peau d’âne, les Souhaits ridicules (en vers, et Peau d’âne en prose). Paris, chez Lamy, 1781, 2 tom. en 1 vol. in-12, frontisp. et jolies vign. de Martinet, mar. r. jans. tr. dor. (Derome.) 2.400 fr.
    La plus complète et la plus belle des anciennes éditions de ces Contes. Exemplaire en grand papier de Hollande provenant de la première bibliothèque de La Bédoyère (1837) ; acheté à la vente de M. J. P***.
    764. Diogenis, Bruti, Ippocratis medici, epistole. (A la fin :) Florentiae facta est harum epistolarum impressio per Antonium Francisci Venetum. Anno Domini M. CCCCLXXXVII (1487), in-4, v. f. à compart. tr. dor. 2.050 fr.
    Exemplaire de Grolier. Sur le titre du volume on lit une note d’une écriture du xvie siècle qui se termine ainsi : « A Me J. Grozelier, acheté à Paris de la bibliothèque de M. le médecin Duret. ». Cet exemplaire a figuré aux ventes Coste (1853, 800 fr.), Riva de Milan (1.000 fr.), Solar (1860, 1.200 fr.) et Techener (1865, 885 fr.).
    770. Les Œuvres de M. de Voiture (Lettres et Poésies, publ. par E. Martin de Pinchesne), seconde édition. Paris, Aug. Courbé, 1650, in-4, front. gr. et portr. d’après Philippe de Champagne, gr. par Nanteuil, mar. citron, dos orné, dent. tr. dor. (Rel. anc.) 356 fr.
    Bel exemplaire aux armes du marquis de La Vieuville.
    787. Les Vies des hommes illustres, grecs et romains, …par Plutarque de Chaeronée, translatées de grec en françois par Jacques Amyot. Paris, Vascosan, 1567, 7 vol. – Les Œuvres morales et meslées de Plutarque, translatées de grec en françois (par J. Amyot). Paris, Vascosan, 1574, 6 vol. – Table de tous les opuscules de Plutarque, 1 vol. ; ensemble 14 vol. in-8, réglés, mar. r. dos ornés, fil. tr. dor. (Derome.) 4.100 fr.
    Superbe exemplaire, grand de marges et bien conservé d’un livre qu’on trouve rarement en bon état.

    789. M. Tullii Ciceronis Opera, cum optimis exemplaribus accurate collata. Lugduni Batavorum, ex officina Elzeviriana, 1642, 10 vol. pet. in-12, frontisp. et portr., réglé, mar. vert, fil. doublé de mar. r. dent. tr. dor. (Du Seuil.) 4.910 fr.
    Superbe exemplaire aux armes du comte d’Hoym (hauteur : 126 mm.). Le comte d’Hoym possédait deux exemplaires du Cicéron des Elsevier : celui-ci, qui a été acheté 60 livres (1.500 fr.) à la vente Libri, faite à Londres en 1859, et un autre exemplaire en maroquin rouge, relié par Padeloup, qui a été payé à la vente des livres du baron Pichon en 1869, 5.008 fr.
    807. Œuvres complètes de Berquin. Nouvelle édition, rangée dans un meilleur ordre. Paris, Renouard, 1803, 17 tom. en 19 vol. in-18, gr. pap. vélin, fig. de Borel et autres, cuir de Russie, n. rog. (Purgold.) 6.999 fr.
    Exemplaire de Renouard. Orné de près de 300 dessins originaux.
    812. Collection des classiques français, avec les notes de tous les commentateurs. Paris, Lefèvre (impr. de Jules Didot), 1821-1828, 73 vol. gr. in-8, demi-rel. dos et coins de mar. rouge, dos ornés à petits fers, dorés en tête, non rognés. (Rel. de Capé.) 7.600 fr.
    Superbe exemplaire en très grand papier vélin, provenant de la bibliothèque de Renouard, orné par lui d’environ 630 gravures (vignettes et portraits).

    846. Justini Historiarum ex Trogo Pompeio libri cum notis Is. Vossii. Lugd. Batav., ex officina Elzeviriana, 1640, pet. in-12, mar. rouge, doublé de mar. r. dent. tr. dor. (Boyet.) 1.450 fr.
    Exemplaire de la bibliothèque de Longepierre, avec les insignes de la Toison-d’Or sur le dos, les plats et à l’intérieur ; acheté à la vente Double.

    Adrien-Louis Lebeuf de Montgermont mourut en son domicile parisien, 12 place Vendôme, le 19 juin 1876, dans sa cinquante-troisième année d’existence.

           
    Longtemps après l’adjudication, un sieur Crépet, prétextant que les deux ouvrages qui lui avaient été vendus (numéros 57 et 117) se trouvaient en mauvais état et ne répondaient pas aux indications du catalogue, assigna Montgermont et les experts Labitte et Potier, en restitution de la somme de 1.225 francs, avec laquelle il s’était rendu acquéreur des deux volumes, qu’il s’offrait naturellement à restituer. Le tribunal civil de la Seine, dans son audience du 13 mars 1880, déclara « le sieur Crépet mal fondé dans sa demande, tant contre le sieur Lebeuf de Montgermont, que contre les sieurs Labitte et Potier ; l’en déboute et le condamne aux dépens. »
        

       



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    Le plus célèbre des relieurs du Second Empire n’a pas eu droit à une notice dans le Dictionnaire encyclopédique du livre (Paris, Cercle de la Librairie, 2002-2011, 3 vol.).


    Charles-François Capé est né à Villeneuve-Saint-Georges (Val-de-Marne) en 1806, « dans la nuit du neuf décembre, de la dite année, à quatre heures du matin, fils de Jean-Charles-François Capé, militaire pensionné et charpentier de bateaux, âgé de trente un ans, demeurant à Villeneuve-Saint-Georges, département de Seine-et-Oise, et de Suzanne Monrosier, âgée de vingt cinq ans, mariés ».
    Orphelin de père dès 1815, il entra comme apprenti dans une grande Maison qui faisait le commerce des papiers peints. S’étant procuré quelques livres pour suppléer à une éducation incomplète, il les cartonna et comprit alors sa vocation. Après avoir épousé Élisa Viard le 9 septembre 1826, il succéda à son beau-père comme concierge du Louvre, où il devint relieur de la bibliothèque. Devenu veuf le 26 juillet 1843, il finit par quitter le Louvre après la mort de sa mère, arrivée le 1er juin 1848,  pour s’installer rue Dauphine.



    Aucun relieur ne savait mieux que lui approprier le style de la reliure au genre du livre et au goût de l’époque où il avait été imprimé. Les bibliophiles voulurent alors avoir des reliures de Capé, et il devint le relieur de l’impératrice Eugénie, du baron Taylor, d’Emmanuel Martin, de Charles Baudelaire, de Jules Janin, de Madame Delessert et du duc d’Aumale.

    C’est lors de son premier exil en Angleterre que ce dernier trouva une distraction dans l’amour de l’art et des livres. Resté en relation avec l’historien Alfred-Auguste Cuvillier-Fleury (1802-1887), son ancien précepteur devenu son secrétaire particulier, il lui écrivit en décembre 1848 : « Je deviens décidément bibliomane : quand je vais à Londres, je vais chez les libraires qui ont de vieux livres ; j’en regarde, j’en marchande, et je m’en vais, me bornant à emporter le catalogue. » 
    Dès 1850, le duc d'Aumale se révéla être amateur de reliures : « Je sais que les livres rares sont chers ; je sais que les jolies reliures le sont aussi ; mais j’aime les uns et les autres, et surtout les deux choses réunies, et j’y veux mettre le prix qu’il faut. »
    Il était le moins exclusif des bibliophiles et traita avec de nombreux relieurs, la plupart à Paris : Hippolyte Duru, « qui fait surtout bien les jansénistes et les maroquins lisses, mais qui ne réussit pas aussi bien les livres épais » ; Laurent-Antoine Bauzonnet et Charles-François Capé, qui « sont incontestablement les deux plus forts » ; Georges Trautz, la veuve de Jean-Edouard Niedrée et Pierre-Marcellin Lortic, pour les reliures « les plus faciles » ; Charles Petit, successeur d’Alphonse Simier (1795-1859) en 1849, pour les veaux.
    Mais en 1861, le duc d’Aumale déclarait sans ambiguïté que les trois grands relieurs vivants étaient Trautz, Capé et Duru.

    Capé devint célèbre pour les compositions pastichées qu’il faisait réaliser par le doreur Jean, dit « Marius », Michel (1821-1890), le père ; mais les amateurs les moins bien disposés pour le genre adopté par Capé furent obligés de reconnaître le talent qu’il possédait à un si haut degré, de combiner les fers, de diversifier les dessins et de choisir les ornements ; ce n’est pas seulement comme ouvrier relieur que sa réputation s’était établie. Relieur de talent, Capé était aussi un grand amateur de gravures, et il se constitua une belle bibliothèque. En 1856, le jeune relieur et poète toulousain Auguste Abadie, devenu libraire à Paris, quai Voltaire, lui dédia quelques vers :

    « Et sur tous ces bijoux où ton nom est frappé,
    Je veux en les voyant que la foule s’écrie :
    Ces livres sont charmants, ils sont, je le parie,
    De ce grand relieur que l’on nomme Capé. »

    En 1860, à la réception, à Londres, de la reliure de Capé sur un exemplaire de l’édition princeps de Theseida, de Boccace (Ferrare, Augustinus Carnerius, 1474), le duc d’Aumale écrivit à son correspondant parisien : « La Théséide est, je crois, la plus belle reliure que j’aie vue parmi les livres anciens ou modernes. […] Vous avez raison d’appeler Capé un véritable artiste. »



    Marié en secondes noces à Stéphanie Daustel, de dix ans sa cadette, il mourut en son domicile du 14 bis rue Vineuse (Paris XVIe), le 5 avril 1867, au moment de l’ouverture de l’Exposition universelle, après deux mois de souffrances provoquées par une blessure profonde à un genou, faite en jardinant. Il réclama alors, en vain, la Légion d’honneur qui lui avait été promise. Son atelier fut repris par ses deux ouvriers, Germain Masson et Charles Debonnelle.

    Au lendemain de sa mort, Bauzonnet écrivit : « Pour moi, Capé était l’idéal ».

    La mort de Capé inspira Jules Janin, dans le Journal des débats politiques et littéraires du lundi 15 avril 1867 : « Hélas ! Le voilà mort, cet artiste excellent, ce grand relieur qui n’avait qu’un rival dans le monde. Il avait accompli sa tâche ici-bas. Son œuvre était la grâce et l’honneur des plus riches armoires en vieux Boule et des plus modestes tablettes en sapin odorant du nord, rayées de rouge et parfumées du miel de l’abeille attique. Il s’était bâti dans la région des bibliophiles, à côté de Mme Delessert, sa digne cliente, et non loin de son client M. Benjamin Delessert, une maison au milieu d’un petit jardin. Là il espérait se reposer quelques années et mourir doucement à côté de son aimable et vaillante femme … Il est mort brusquement, châtié par la muse, pour avoir échangé le stylet léger des entre-filets et des dentelles contre une hache à fendre du bois. La hache est tombée sur son genou, il en est mort. Quelle élégie en latin, au temps des Erasmes et des Scaliger ! Pauvre et digne Capé, compagnon de nos heures les plus belles, ta mort est un deuil pour tous les livres du temps passé, du temps présent, s’il en est beaucoup, dans ce siècle au papier moisi, qui aient mérité l’honneur d'un manteau de pourpre ou d’azur taillé par tes savantes et délicates mains ! »

    Dans La Maison d’un artiste (Paris, G. Charpentier, 1881, t. I, p. 347), Edmond de Goncourt soulignait : « Je sais qu’il existe des fanatiques du nom de Bauzonnet qui ne veulent que du Bauzonnet, qui vont jusqu’à faire casser, sur les livres qu’ils achètent, les reliures de ses plus illustres confrères ; moi, je l’avoue, je trouve que, malgré la conscience de son travail et la solidité des dorures, ses reliures ont toujours un aspect un peu vieillot, un peu restauration, et mes reliures d’affection sont des reliures de Capé et de Lortic. Le vieux Capé était inimitable pour la résurrection des reliures riches du xviiie siècle et de leurs arabesques fleuries. Je possède une reliure des Maitressesde Louis XV, exécutée par lui dans la dernière année de sa vie, qui est un vrai chef-d’œuvre de goût et d’imitation intelligente. »


    Henri Beraldi semble bien être le seul à penser que « Capé, lui, n’est pas accepté par tous les bibliophiles, à cause de son corps d’ouvrage grêle, mou, sans valeur. Mais il n’en est pas moins très célèbre, très poussé, notamment par Janin. Capé, le relieur de l’impératrice, fut même le relieur le plus célèbre et comme le Bozérian du second Empire. Il avait avec le relieur du premier Empire ce trait commun, de faire en même temps commerce de livres tout reliés, et d’être bibliophile et amateur de vignettes, d’avoir une bibliothèque. […] Janin, – qui évidemment ne s’est jamais douté de ce que c’est que juger une reliure au toucher, – n’était pas de force à toiser l’illustre Capé pour un relieur de second ordre, dont la reliure élégante, mais grêle et anémique, ne se relève quelquefois que grâce à l’apposition de copies des plus beaux décors anciens. Corps d’ouvrage plat, maroquin souvent défectueux, dorure mince, titres maigres. Les bibliophiles appelaient la reliure de Capé “de la demi-reliure en maroquin plein” » [sic] (La Reliure du xixe siècle. Paris, L. Conquet, 1895, deuxième partie, p. 182, 201-202)



    La vente de la bibliothèque de Capé se déroula du 27 janvier au 3 février 1868, en 7 vacations, et rapporta 73.500 francs à sa veuve. Le catalogue avait été rédigé par Laurent Potier, libraire sur le quai Malaquais : Catalogue des livres rares et précieux la plupart en belles reliures anciennes et modernes composant la bibliothèque de feu M. Capé ancien relieur (Paris, L. Potier, 1868, in-8, XVI-167-[1 bl.] p., 1.137 lots). Parmi les ouvrages que Capé avait reliés pour lui-même :


    19. Figures de la Bible, par Léonard Gaultier. In-16, mar. br. riches compart.dos orné, tr. dor. 455 fr.

    26. (Uldarici Pinder) Speculum passionis Domini nostril Jhesu Christi. Norembergae, 1507, in-fol. à 2 col. fig. sur bois, mar. br. jansén. tr. dor. 260 fr. à Tandeau de Marsac.  

    35. Les Presentes heures à lusaige de Lisieux, toutes au long sans requerir, avec les figures et signes de Lapocalipse ; la Vie de Thobie et de Judic ; les Accidens de l’homme ; le Triumphe de Cesar ; les Miracles Nostre Dame ; ont este faictes à Parispour Symon Vostre libraire (calendrier de 1519 à 1530), in-4, goth. réglé, fig. et encadr. grav. sur bois, mar. La Vall. Compart. tr. dor. 1.030 fr.

    43. Horae in laudem beatiss. Virginis Mariae, ad usum Romanum, officium triplex. Parrhisiis, apud Oliverium Mallard, ad insigne vasis effracti, 1542, in-8, fig. et encadr. sur bois, mar. vert, compart. à mosaïque, avec entrelacs de couleur, doublé de mar. v. compart. à petits fers, dorure pleine, tr. ciselée. 1.030 fr.   

    59. L’Imitation de Jésus-Christ, traduite en vers françois par P. Corneille. Leyde, Jean Sambix (J. et Dan. Elzevier), 1652, pet. in-12, mar. r. compart. dos orné, tr. dor. Ex. grand de marges (151 mm.). 355 fr.  

    63. Le Chapelet de Virginite, dit damours spirituelles, faict et compose par maistre Pelerin de Vermendois. (A la fin :) Imprime a Paris, par maistre Guichard Soquand, s. d., pet. in-8 goth. 20 f. réglé, mar. La Vall. Compart. tr. dor. 200 fr. à Tandeau de Marsac.

    97. Les Essais de Michel, seigneur de Montaigne. Bruxelles, Fr. Foppens, 1659, 3 vol. in-12, portr. mar. r. fil. dos orné, tr. dor. Ex. grand de marges (156 mm.). 300 fr.

    187. (Pourtraits divers). Lyon, J. de Tournes, 1557, pet. in-8, grav. sur bois, mar. La Vall. tr. dor. 355 fr.  

    291. La Dance des aveugles. Cy finist la Dance des aveugles, imprimee a Paris par Le Petit Laurens, s. d., in-4, goth. réglé, fig. sur bois (marque de Le Petit Laurens à la fin), mar. La Vall. compart. genre Grolier, tr. dor. 110 fr.

    395. La Pucelle, ou la France délivrée, poëme héroïque, par Chapelain. Paris, Aug. Courbé, 1656, in-fol., frontisp. et fig. mar. r. fil. dent. intér. dos orné, tr. dor. 335 fr.

    454. Les Baisers, précédés du Mois de mai, poëme (par Dorat). La Haye et Paris, Lambert, 1770, gr. in-8, pap. de Holl., portr. grav. par Dupin, frontisp., fig. d’Eisen et culs-de-lampe, mar. v. compart. à petits fers, dos orné, tr. dor. 460 fr.

    460. Choix de chansons mises en musique, par M. de La Borde. Paris, de Lormel, 1773, 4 tomes en 2 vol. gr. in-8, fig. de Moreau et de Le Barbier, mar. r. fil. dos orné, tr. dor. 615 fr.

    468. Œuvres complètes de Béranger, édition revue par l’auteur, contenant les dix chansons nouvelles. Paris, Perrotin, 1851, 4 vol. gr. in-8, portr. et fig. sur Chine, mar. r. fil. tr. dor. 485 fr.

    499.Œuvres de Molière, nouvelle édition, collationnée sur les textes originaux, avec leurs variantes (par M. Chaudé), précédées de l’histoire de sa vie et de ses ouvrages, par M. J. Taschereau. Paris, Furne, 1863, 6 vol. in-8, mar. rouge, à compart. tr. dor. 1.505 fr.

    545. Collection des meilleurs romans français, dédiée aux Dames. Paris, 1826, 27 vol. in-32, fig. de Desenne sur Chine, mar. r. dos orné, fil. tr. dor. 400 fr.

    584. Contes et Nouvelles de Marguerite de Valois, reine de Navarre, mis en beau langage accommodé au goût de ce temps. Amsterda, George Gallet, 1698, 2 vol. in-12, fig. à mi-page de Romain de Hooge, mar. r. fil. dos orné, tr. dor. 260 fr.

    585. L’Hepaméron des nouvelles de Marguerite d’Angoulême, reine de Navarre ; nouvelle édition, publ. Par la Société des bibliophiles. Paris, 1853-54, 3 vol. pet. in-8, mar. bleu, chiffres et armes de Marguerite sur les plats, tête dor. n. rog. 395 fr. au docteur Danyau.

    656. Œuvres de Scarron, édition augmentée de l’histoire de sa vie et de quantité de pièces. Amsterdam, J. Wetstein, 1752, 7 vol. pet. in-12, portr. mar. r. fil. dos orné, tête dor. non rog. 225 fr.  

    676. Collection des auteurs classiques françois imprimés pour l’éducation du Dauphin. Paris, Didot l’aîné, 1784-1786, 17 vol. in-8, pap. vél. mar. r. dos orné, fil. tête dor. 770 fr.

    694. Le Grant Voyage de Hierusalem (tiré du latin de Breydenbach, par Nic. Le Huen) divise en deux parties : en la premiere est traite des peregrinations de la saincte cite de Jherusalem, du mont Saincte Catherine de Sinaï, et autres lieux sainctz…Imprimé à Paris pour François Regnault, MDXXII, in-4, goth. fig. sur bois, mar. br. jansén. tr. dor. 400 fr.

    701. Discours sur l’histoire universelle, par Bossuet. Paris, Sébast. Mabre-Cramoisy, 1681, in-4, mar. r. jansén. tr. dor. 201 fr.

    717 bis. Histoire des Juifs, par Flavius Josèphe, sous le titre des antiquités judaïques (avec la guerre des Juifs contre les Romains), traduite sur l’original grec par Arnauld d’Andilly. Bruxelles, E.-H. Fricx, 1701-1703, 5 vol. in-8, gr. pap., frontisp. et fig. dans le texte, mar. v. jansén. tr. dor. 200 fr.

    738. Histoire de France avant Clovis, par le sieur de Mézeray. Amsterdam, Abr. Wolfgang, 1688, in-12, frontisp. – Abrégé chronologique de l’histoire de France, par le même. Amsterdam, Abr. Wolfgang, 1673-74, 6 vol. in-12, frontisp., portr. des rois, mar. r. fleurdelisé, dent. intér. tr. dor. 355 fr. 

    749. Epitaphes à la louenge de ma dame mère du roy, faictz par plusieurs recommandables autheurs. Imprimé à Paris, à l’enseigne du Pot cassé, par maistre Geoffroy Tory de Bourges, imprimeur du roy, 1531, in-4, encadr. gr. sur bois, 10 f., mar. br. compart. tr. dor. 175 fr.

    771. Recueil de portraits et éloges en vers et en prose (par mademoiselle de Montpensier et autres). Paris, Charles de Sercy, 1659, 2 part. en 1 in-8, ens. de 912 pages, mar. v. compart. dos à petits fers, tr. dor. 480 fr.

    899. Les Hommes illustres qui ont paru en France pendant ce siècle, avec leurs portraits au naturel, par Perrault. Paris, Ant. Dezallier, 1696-1700, 2 tomes en 1 vol. in-fol., frontisp., et nombr. portr. gravés par Edelinck, Lubin, etc., mar. r. fil. dent. intér. dos orné, tr. dor. 502 fr.


    Pour plusieurs exemplaires (dont les numéros 43 et 291), Capé fit refaire des feuillets manquants par le procédé Pilinski, ancêtre de la photocopie : mélange ingénieux de la photographie et de la lithographie qui permettait de rendre la gravure avec une telle exactitude, que les impressions produites sur papier ancien étaient de nature à tromper les connaisseurs les plus exercés.



    Adam-Joseph Pilinski naquit en 1810 à Maciejowice, village du Palatinat de Lublin, à 10 lieues de Varsovie (Pologne), où il fit l’École des Beaux-Arts. Il dut se réfugier en France en 1832, la Pologne devenant une province russe. Arrivé à Marseille, il apprit la lithographie, puis il alla à Clermont-Ferrand remplir les fonctions de dessinateur chez un géomètre : il s’y maria en 1836, y créa une lithographie artistique et commerciale en 1844 et fit différents essais d’un procédé spécial de réimpression. Il finit par monter à Paris en 1853 et ne tarda pas à rentrer en rapports avec Capé : il mit à sa disposition son talent à compléter les livres incomplets que lui confiaient ses clients. Le duc d’Aumale et Ambroise Firmin Didot furent parmi les premiers à témoigner leur satisfaction, et Techener père estimait que la perfection du procédé était telle que désormais il ne dédaignerait pas d’acquérir des volumes incomplets.

    Pilinski exécuta de nombreuses reproductions pour la Gazette des beaux-arts, pour les Marques typographiques de Silvestre, pour le Manuel de l’amateur d’estampes d’Eugène Dutuit, pour l’Origine des cartes à jouer de Merlin, pour l’École des chartes, etc. Des amateurs, Lessoufaché, Guiffrey, Bancel, baron Sellière, Double, Jomard, Le Roux de Lincy, Vatel, Niel, Villot, Royer, baron Pichon, comte de Reiset, Eugène Piot, Gancia, Prosper Blanchemain, comte Delaborde, Boucher de Molandon, Bordier, Chantelauze, prince Ladislas Czartoryski, comte Jean Dzialynski, Gustave Pawlowski, Harrisse, Gibson Craig, Tuffton ; les libraires, imprimeurs ou éditeurs Tross, Aubry, Asher, Potier, Claudin, Bachelin Deflorenne, Labitte, Dumoulin, Porquet, Lemerre, Maisonneuve, Dufossé, A. Lévy, Schwabe, Albert Cohn, Fontaine, Morgan et Fatou, eurent aussi recours au talent de Pilinski. Le « dessinateur paléographe » décéda à Paris (Ve), le 23 janvier 1887.    



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  • 04/09/13--08:35: Connaissance de Rouveyre
  • Se définissant lui-même « bibliophile par goût, libraire bouquiniste éditeur par profession », Édouard Rouveyre a été inexplicablement oublié dans les nécrologies du Bulletin du bibliophile, dans l’Histoire de l’édition française, qui ne cite que son patronyme (1986, t. IV, p. 413-414), et dans l’Histoire de la librairie française (2008).Seul le Dictionnaire encyclopédique du livre (2011, t. III, p. 618-619) lui a rendu un hommage, malheureusement approximatif.

    Fils de Alexandre Rouveyre et de Sophie-Nicolette Gratpanche, marchands d’objets d’art et de curiosités, faïences, bijoux, soieries, vitraux et meubles anciens, sur le quai Voltaire (VIIe) à Paris, Édouard Rouveyre naquit le 16 août 1849.



    Il débuta sa carrière de libraire et éditeur en 1872, rejoignant Antoine Laporte (1835-1900) qui tenait une librairie au n° 7 du quai Malaquais (VIe) et publiait un journal mensuel intitulé Moniteur universel des livres anciens et modernes.


    C’est à cette époque que dans son numéro du 20 août 1872, le quotidien L’Univers publia un long article de Victor Pelletier, chanoine de l’église d’Orléans, article apostillé par Louis Veuillot, fondateur du journal, signalant « à ceux qui prennent quelque souci des bonnes mœurs le développement de plus en plus accentué de la littérature obscène » et citant, à l’appui de ses remontrances, 23 extraits du N° 2-Août 1872 du Moniteur universel des livres anciens et modernes :

    « 302. Le héros de ces aventures graveleuses (sic) s’est trouvé dans les situations les plus libertines et les plus originales.
    310. Charmante édition reproduisant les chansons et passages condamnés.
    315. Bien que, dans la préface, on dise aux nobles, vertueuses et gracieuses dames, que ce livre n’a point imaginé pour les induire à aimer, ou suivre les tromperies de l’amour, mais pour leur apprendre à fuir ses lascivetés, les amours de *** trouveront plus d’imitateurs dans leurs entraînements que dans leurs remords.
    348. Quelques-uns de ces contes sont non-seulement facétieux, mais encore croustillants.
    347. [sic pour 349.] Espèce de voyage à travers l’Europe, dans lequel l’auteur a le soin de soin [sic] de semer les anecdotes les plus croustillantes, etc.
    360. Recueil de pièces poissardes très difficile à réunir.
    383. Recueil de contes les plus légers.
    384. Ouvrage épuisé contenant des pièces fort lestes.
    399. Drôlerie impossible avec deux chansons égrillardes à la fois.
    401. Ouvrage en latin. Il y a des passages et même des chapitres d’une telle crudité, l’art de se prostituer, par exemple, que c’est à peine si le latin voile cet érotisme.
    404. Lire les chapitres, etc.
    485. [sic pour 405.] Cet ouvrage trop leste valut à un imprimeur de Lyon le bannissement et une forte amende.
    450. Lettres galantes et graveleuses. Le nom de la célèbre courtisane ne devait pas faire mentir l’auteur de cette œuvre.
    478. Ouvrage érotique très recherché. On a ajouté dans cette édition des fragments érotiques qu’on ne trouve pas dans les autres.
    493. Gravure très libre.
    519. On a ajouté 47 figures. Ces figures, très belles d’épreuves et de la plus grande rareté, sont d’un érotique qui interdit toute description.
    521. Pièces très graveleuses ; prière d’une vieille courtisane, etc.
    526.[sic pour 626.] Pièce interdite, saisie, et par conséquent très rare.
    548. Ouvrage curieux où l’auteur digresse sur les sujets érotiques les plus lestes avec la verve la plus originale.
    560. Ces contes sont plus que galants, et la fable, si habile qu’elle soit, ne voile guère la lubricité du sujet et des détails.
    573. Charmante édition avec les passages libres.
    577. Ouvrage historique où l’auteur, sans s’écarter de la vérité, nous initie à des débauches si déplorables qu’on croirait lire des fantaisies obscènes.
    578. [sic pour 878.] Edition rare où l’éditeur n’a point gazé comme dans les suivantes les passages libres et même obscènes. »

    Dès le début du mois de septembre, la police perquisitionna chez Laporte et y saisit les 23 ouvrages incriminés. Prenant en considération la bonne foi et l’honorabilité du libraire, le parquet n’exerça aucune poursuite. En riposte à l’article de L’Univers, Laporte, sous le pseudonyme-anagramme « L’Apôtre bibliographe », publiera une Bibliographie clérico-galante (1879), où il explique comment elle naquit d’un chanoine et d’un journaliste.  
         
    À la suite de cet incident, Rouveyre décida de s’installer seul, non loin du quai Malaquais, au 6 de la rue des Beaux-Arts (VIe), où il ouvrit une « Librairie ancienne et moderne », au cours du dernier trimestre de 1872. Il donna alors sa première publication, en apparence bibliographique par son titre, un Essai satirique sur les vignettes, fleurons, culs-de-lampe et autres ornements des livres. Traduction libre de l’allemand (1873, in-8, VI-46 p., frontispice, 200 ex.), dont l’épître dédicatoire est signée du pseudonyme Woldamar de Tschaschlau :

    « Il ne faut point prendre ce titre au pied de la lettre, et l’on s’exposerait, en le plaçant dans un catalogue, à lui assigner un rang auquel il ne saurait prétendre. Ce n’est point un livre de bibliographie ; c’est une facétie germanique qui paraîtra sans doute à bien des lecteurs dépourvue de légèreté et d’agrément. Le nom de l’auteur germanique et celui de son imitateur français nous sont inconnus. » (Polybiblion, octobre 1873, p. 251)


    Suivirent un Guide du libraire bouquiniste ou liste et adresses de plus de deux mille bibliophiles et amateurs français et étrangers (1873, in-8), « Ouvrage indispensable à tout libraire qui publie des catalogues à prix marqués, des catalogues de ventes ; à tout éditeur qui envoie des prospectus pour l’annonce d’une mise en vente ; à tout directeur d’une revue littéraire, historique ou bibliographique, etc. », et le premier numéro d’un recueil mensuel de notices bibliographiques, philologiques et littéraires, suivi d’un catalogue de livres anciens et modernes, intitulé Le Bibliographe (1873-1874).

    L’année suivante, il publia Des marques et devises mises à leurs livres par un grand nombre d’amateurs (1874, in-12, 32 p.), par le baron Frédéric de Reiffenberg et Les Couvertures et Feuilles de garde des vieux livres et des manuscrits (1874, in-12, 16 p.), par le baron Jules de Saint-Genois, articles parus dans Le Bibliophile belge (Bruxelles, A. Van Dale, 1845 [i.e. 1844], t. I, respectivement p. 169-181 et p. 323-331).

    En 1875, Rouveyre déménagea pour s’installer plus durablement au numéro 1 de la rue des Saints-Pères (VIe), à l’angle du quai Malaquais, où il poursuivit ses publications bibliographiques et développa celles d’art décoratif.



    C’est ainsi qu’il publia anonymement la première édition de ses Connaissances nécessaires à un bibliophile (1877, in-8, XVI-78 p., 1.050 ex.), réutilisant comme marque celle de Barthélemy Honorat, libraire à Lyon dans la seconde moitié du xvie siècle – une cruche dont l’eau se répand sur une fleur, avec la devise « Poco a poco » [« Petit à petit »] :

    « Dans cette collection que nous avons intitulée : Bibliothèque de l’Amateur de livres, paraîtront successivement divers autres ouvrages en préparation ; qui, par leur exécution matérielle et par leur intérêt bibliographique et philologique intéresseront l’amateur et le bibliophile. »

    Le 24 novembre 1877, il épousa à Paris (IIe) une caissière de trois ans sa cadette, Marie-Louise-Adélaïde Simoneau, fille d’un tourneur de Saint-Aignan (Loir-et-Cher), qui donnera naissance à André-Louis-Marie Rouveyre (1879-1962), futur journaliste et portraitiste, ami du peintre Henri Matisse et biographe du poète Guillaume Apollinaire.



    Après la publication de Un bouquiniste parisien. Le Père Lécureux (1878, in-18, 500 ex), par Alexandre Piedagnel, avec un frontispice à l’eau-forte composé et gravé par Maxime Lalanne, Rouveyre publia la seconde édition, revue, corrigée, augmentée et également anonyme des Connaissances nécessaires à un bibliophile (1878, in-12, XVIII-119 p., 2.500 ex.), dédiée « à la mémoire de l’immortel J. Ch. Brunet », avec sa marque en page de titre : son monogramme, qui avait été utilisé comme cul-de-lampe en dernière page de la première édition, se décomposant en R O U V E Y R E.


    Puis, utilisant de nouveau comme marque celle de Barthélemy Honorat, furent publiés les Caprices d’un bibliophile (1878, in-8, 572 ex.), par Octave Uzanne, avec une eau-forte dessinée et gravée par Adolphe Lalauze, et les premières livraisons mensuelles des Miscellanées bibliographiques, qui se poursuivirent pendant trois ans (1878-1880, 3 vol. in-8) :

    « Sous ce titre, nous entendons grouper, à bon escient, tous les documents rares ou curieux qui se trouvent épars de ci de là, et dont la recherche fatigue quelquefois l’esprit patient des bibliophiles ; nous choisirons avec soin les questions qui se trouvent le mieux en rapport à la Technologie du Livre, à la Bibliognosie et aussi à la Bibliatrique. […]
    Cette publication paraissant régulièrement chaque mois, en manière de livraison, formera annuellement un intéressant volume d’Analectes utiles à consulter. »

    Suivirent rapidement, le Catalogue des ouvrages, écrits et dessins de toute nature poursuivis, supprimés ou condamnés depuis le 21 octobre 1814 jusqu’au 31 juillet 1877 (1879, in-8), par Fernand Drujon, Le Luxe des livres (1879, in-12), par Léopold Derome, la troisième édition revue, corrigée et augmentée des Connaissances nécessaires à un bibliophile  (1879, in-8, XIV-217 p., achevé d’imprimer le 25 janvier 1879), ouvrage accompagné de 7 planches et de 5 spécimens de papier, par Rouveyre, devenu  membre et libraire correspondant de plusieurs Sociétés savantes et membre et éditeur de l’Académie poétique de France, le Manuel du cazinophile (1879), par Augustin Corroënne, l’anonyme De la matière des livres (1880, in-8), par Rouveyre lui-même, les Recherches bibliographiques sur des livres rares et curieux (1880) et Les Amateurs de vieux livres (1880), par Paul Lacroix, une Histoire de l’imprimerie (s.d. [1880], 2 vol. in-8), par Paul Dupont, et Du papier mécanique et de ses apprêts dans les diverses impressions (1882), par Georges Olmer.

    La troisième édition revue, corrigée et augmentée des Connaissances nécessaires à un bibliophile  (1879-1880, 2 vol. in-8, XIV-215 et XI-193 p.) fut de nouveau publiée en deux parties, alors que Rouveyre était devenu libraire de la Société des études japonaises, dont il édita les Mémoires de 1877 à 1881.


    En 1880, un différend éclata entre Charles Read, fondateur en 1864 et directeur de L’Intermédiaire des chercheurs et curieux, et Guillaume Fischbacher, éditeur dépositaire, libraire rue de Seine, qui donna sa démission ; Rouveyre devint alors l’éditeur dépositaire de L’Intermédiaire, du 10 août 1880 (n° 294) au 25 décembre 1883 (n° 375) :    

    « Je fus consulté à cette époque par l’infortuné directeur qui rêvait de s’adjoindre au Livre. Sur nos instances, l’éditeur Rouveyre accueillit le transfuge. […] L’éditeur Rouveyre lui donna une assez grande impulsion ; il sut faire racheter dans les ventes tous les volumes ou livraisons qui passaient au feu des enchères. De là, une hausse assez sensible se produisit sur les premières années de la publication ; volumes d’autant plus rares que beaucoup de libraires et de bouquinistes mettaient alors chaque livraison nouvelle au papier comme étant sans valeur aucune. Une collection complète de l’Intermédiaire vaut aujourd’hui de 100 à 130 francs. » (Octave Uzanne. Le Livre. Bibliographie moderne. 10 février 1884, p. 67-68)

    Parallèlement furent publiés : en 1878, Le Droit du seigneur et la Rosière de Salency (in-12), par Léon de Labessade, Idée sur les romans (in-12) par Sade, avec une préface d’Octave Uzanne ; en 1879, Les Ruelles du xviiie siècle (2 vol. in-8, 600 ex.) par Léon de Labessade, avec une préface de Alexandre Dumas fils et deux eaux-fortes par Mongin, Les Tapisseries françaises (in-4, 200 ex.), par le baron de Boyer de Sainte-Suzanne, Le Bric-à-Brac de l’amour (in-8) par Octave Uzanne, avec une préface de Jules Barbey d’Aurevilly et une eau-forte frontispice composée et gravée par Adolphe Lalauze, Connaissances nécessaires à un amateur d’objets d’art et de curiosité (in-8), par Ancel Oppenheim ; en 1880, Histoire de l’ornementation des manuscrits (in-8, frontispice et 140 pl. gravées sur bois, 600 ex.) par Ferdinand Denis, Traité complet de la science du blason (in-8, plus de 300 blasons) par Jouffroy d’Eschavannes.




    Sous le pseudonyme de Roger de Parnes, Rouveyre fit également œuvre d’historien en publiant Le Directoire. Portefeuille d’un Incroyable (1880), Gazette anecdotique du règne de Louis XVI. Portefeuille d’un Talon-Rouge (1881) et La Régence. Portefeuille d’un Roué (1881), avec des préfaces de Georges d’Heylli (1833-1902).
    En 1881, Rouveyre édita La Ville et la Cour au xviiie siècle (in-8), par Adolphe Jullien, avec des eaux-fortes par De Marval, Pierrot sceptique, par Léon Hennique, Les Surprises du cœur (in-8), par Octave Uzanne, avec des illustrations de Géry-Bichard ; la même année et l’année suivante le Carnet d’un mondain, par Étincelle, pseudonyme de Marie-Henriette Biard, épouse du vicomte Jules de Peyronny ; en 1882, Joyeux Devis (in-12), par Théodore Massiac, avec des illustrations de Le Natur, Chair à plaisir (in-12), par Lucien-Victor Meunier, avec des illustrations de Alexandre Ferdinandus, l’anonyme Trois Dizains de contes gaulois (in-12), avec des illustrations de Le Natur.


    En 1882, Rouveyre et G. Blond s’associèrent et publièrent, au 98 rue de Richelieu (IIe) : les premières livraisons d’un Guide du libraire-antiquaire et du bibliophile, par J. de Beauchamps [pseudonyme de Jules Le Petit] et Rouveyre, en livraisons ; la quatrième édition [marquée « Troisième édition revue, corrigée et augmentée »]  des Connaissances nécessaires à un bibliophile (1882-1883, 2 vol. in-8, XIV-198 et XI-164 p.), par Rouveyre ; L’Art de former une bibliothèque (1883, in-8), par Jules Richard ; la seconde édition de La Reliure ancienne et moderne. Recueil de 116 planches (1884, in-8), avec une introduction par Gustave Brunet, la première ayant été publiée par Paul Daffis en 1878.
    C’est en 1882 que furent publiés par Rouveyre et Blond Anecdotes secrètes du temps de Louis XV. Portefeuille d’un Petit-Maître (1882), sous le pseudonyme de Roger de Parnes, avec une préface de Georges d’Heylli, L’Amour romantique, par Léon Cladel, le Manuel du parfait réserviste, par Paul Ginisty, Le Mal d’aimer (in-12), par René Maizeroy, avec des illustrations de Courboin ; en 1883 Contes de la bécasse, par Guy de Maupassant, Les Ridicules du temps et Memoranda, par Jules Barbey d’Aurevilly, Histoire anecdotique du siècle, par Auguste Marcade, L’Art de la femme (in-8), en livraisons, Le Conte de l’archer (in-8), par Armand Silvestre, avec 46 aquarelles de A. Poirson gravées en couleurs par Gillot, premier ouvrage imprimé par gillotage en couleurs par A. Lahure ; en 1884 Denise, par Aurélien Scholl, Les Duels célèbres (in-8, 650 ex.), par le baron de Vaux, L’Art intime et le Goût en France (in-8) par Spire Blondel, avec 25 planches hors-texte et 189 figures in-texte.        

    En 1885, on retrouve Rouveyre au 45 rue Jacob (VIe), qui édita en volume le Guide du libraire-antiquaire et du bibliophile (1885, in-8, 46 pl.), dont il n’a paru d’un tome II que 64 pages et les planches 47 à 58, et Les Ombres chinoises de mon père, par Paul Eudel. Puis La Reliure moderne, artistique et fantaisiste (1887, in-8, 1.500 ex.) d’Octave Uzanne, avec un frontispice d’Albert Lynch gravé en taille-douce par Manesse, et 72 planches hors-texte ; les Causeries d’un ami des livres. Les Éditions originales des romantiques (s.d. [1887], 2 vol. in-8, 800 ex. sur Hollande, 50 ex. sur vélin, 10 ex. sur Chine, 10 ex. sur Japon), après livraison en fascicules à partir de 1886,  et La Reliure de luxe. Le Livre et l’Amateur (1888, in-8, 65 pl., 60 ex. sur Japon impérial, 900 ex. sur vélin teinté) de Léopold Derome, avec un frontispice sur double page de Jules Adeline ; Les Reliures d’art à la Bibliothèque nationale (1888, in-8, 80 pl. h-t, 1100 ex.) de Henri Bouchot ; Les Livres à clef  (1èreédition incomplète, 1885, 2 vol. in-8 sur 3 ; seconde éd., 1888, 2 vol. in-8, 650 ex.), par Fernand Drujon ; La Dorure sur cuir, reliure, ciselure et gaufrure en Allemage (s.d. [1888], 2 vol. in-4, 90 pl., 50 ex.), par Jacob Stockbauer et Johannes Maul ; Recueil desœuvres de J.- A. Meissonnier et Recueil des œuvres de Gilles-Marie Oppenord.



    À partir de 1891, au 76 rue de Seine (VIe), des exemplaires du Guide du libraire-antiquaire et du bibliophile furent remis en vente avec des pages de couverture et de titre à l’adresse de la rue de Seine (s.d. [1885], in-8, 46 pl.). Plusieurs ouvrages de Henri Bouchot furent publiés en 1891 dans la « Bibliothèque des Connaissances utiles aux Amis des Livres », tous in-18 tirés à 750 exemplaires, avec une nouvelle marque au titre : Les Ex-libris et les Marques de possession du livre, Des livres modernes qu’il convient d’acquérir, De la reliure, Les Livres à vignettes du xve au xviiie siècle et Les Livres à vignettes du xixe siècle. La même année, Bernard-Marie-Henry Gausseron, rédacteur au Livre moderne d’Octave Uzanne, commença une publication mensuelle donnant la valeur des livres anciens et modernes, intitulée Bibliographie instructive. Petit Manuel du bibliophile et du libraire (in-12).




    Dans la cinquième et dernière édition des Connaissances nécessaires à un bibliophile (s.d. [1899], 10 vol. in-8, 1.800 fig.), imprimée du 28 février au 30 novembre 1899 en la maison Lahure (Imprimerie générale de Paris), Rouveyre écrivit :

    « La première édition parut en 1877 (petit in-8° de 78 pp.), la deuxième en 1878 (petit in-12 de 119 pp.), la troisième en 1880 (petit in-8° de 200 pp.) et la quatrième en 1883 (2 vol. petit in-8° de 200 et 192 pp.) » (« Avertissement », p. IX)

    On a vu que cela avait été un peu plus compliqué.

    C’est à Rouveyre que nous devons encore l’édition de L’Or en Sibérie orientale (1897, 2 vol. in-8), par Edouard-David Levat, des Feuillets inédits, reproduits d’après les originaux conservés à la Bibliothèque du château de Windsor (1898-1901, 22 vol. in-fol., 100 ex.) de Léonard de Vinci, de Comment apprécier les croquis, esquisses, études, dessins, tableaux, aquarelles, pastels, miniatures (Paris, G. Baranger fils, MCMXI, in-8, fig.), des Connaissances nécessaires aux amateurs et antiquaires (Paris, Eugène Rey, 1924-1926, 3 vol. in-8, fig.).

    Officier de l’Instruction publique,  membre de la Commission extra-parlementaire chargée d’étudier toutes les questions relatives à l’organisation des musées de province et la conservation de leurs richesses artistiques, Édouard Rouveyre est mort à Le Coudray-Montceaux (Essonne), le 26 août 1930, apparemment dans l’indifférence quasi générale. Seul l’avis suivant fut publié dans Le Figaro du lundi 8 septembre 1930 :
    « On annonce la mort de M. Edouard Rouveyre, ancien éditeur, survenue le 26 août, à Montceaux, dans sa quatre-vingt-deuxième année. Ses obsèques ont eu lieu dans l’intimité. De la part de M. et Mme André Rouveyre, M. et Mme Gustave Rouveyre, M. et Mme François Rouveyre. Cet avis tient lieu de faire-part. »


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    Patrick Poivre d'Arvor présente Le Livre des livres
    (TF1, "Ex-libris", 24 octobre 1994)


    ERRATA



     

    p. 25, légende, 3e ligne : « Glanville »


    p. 35, 15e ligne : « qu’on puisse dater »


    p. 38, 3e col., 1ère  ligne : « en 1462 »


    p. 38, 3e col., 2e  ligne : « de la Bible de Mayence »


    p. 53, 1ère  col., 1ère ligne : « originaire de Noyon »


    p. 54, légende, 5e ligne : « ils représentent »


    p. 102, 1ère col., légende, 2e ligne : « qui date »


    p. 103, 1ère col., 26e ligne : « fascé »


    p. 109, 2e col.,  6e ligne : « (1820-1878) »


    p. 121, 29e  et 30e  lignes : « Amis des livres, en 1874 »


    p. 141, 2e col., dernière ligne : « tourner »


    p. 151, 3e col., légende, 6e  ligne : « XVIe siècle »


    p. 156, 1ère col., 13e ligne : « C’est »


    p. 191, 8e ligne : « conservateur général »





    Réédition
    (Paris, Bibliothèque de l'image, 1999)

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    Guillaume-Claude Delaleu (Paris, 24 octobre 1712 – 21 février 1775), écuyer, conseiller secrétaire du Roi, Maison, Couronne de France et de ses finances, à la mort de son père en 1753, notaire au Châtelet de 1740 à 1774, était, en particulier, le notaire du duc de Saint-Simon et de Voltaire.


    
    Guillaume-Claude Delaleu, par Maurice Quentin de La Tour
    
    Il demeura successivement rue du Bourg-Tibourg (IVe) ; rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie (IVe), au coin de la rue du Puits [actuelle rue Aubriot], à partir de 1749 ; rue Vieille-du-Temple (IIIe), dans l’Hôtel de La Tour-du-Pin, construit en 1724, à partir de 1768.

    
    Hôtel de La Tour-du-Pin
    
    Son train de vie et ses goûts de luxe entraînèrent sa faillite. Sa veuve, Marie-Geneviève Dutartre (1723-1806), fille de notaire, remboursa les créanciers de son époux et dispersa sa bibliothèque.



    Le Catalogue des livres de la bibliothèque de feu M. Delaleu, secrétaire du Roi, et notaire à Paris (Paris, Saillant et Nyon, 1775, in-8, xx-138-118-lxix [i.e. lxvij]-[1 bl.] p., 1.956 lots [les lots 295 à 303, p. 36, et 1.141 à 1.144, p. 138, manquent]) se termine par une Table des auteurs, une Liste de 178 volumes imprimés chez les Elzévirs et la liste des 24 vacations qui eurent lieu du mardi 2 au mercredi 31 mai 1775, en son hôtel :

    « Monsieur Delaleu a employé 40 à 50 ans à former ce cabinet dont il faisoit son amusement. […]
    Nous ferons cependant remarquer que les Belles-Lettres sont composées de presque tous les Auteurs Latins, dits Elzevirs, & de toutes les plus belles Editions des Auteurs Latins & François ; que la partie du théâtre, soit Françoise, soit Italienne est assez nombreuse : mais nous recommandons sur-tout de faire attention à l’exemplaire de la Jérusalem délivrée en Italien, indiqué au numéro 757 auquel nous renvoyons [illustrations coloriées]. Quant à l’Histoire, outre les meilleures Editions d’Auteurs Latins, François & Italiens, que l’on y rencontre dans les différentes divisions dont elle est composée, l’Histoire de France y tient le premier rang.
    Nous ajouterons aussi que la condition de ces Livres est très-belle, en général ; que beaucoup sont en grand papier, lavés & réglés ; que le plus grand nombre provient des ventes les plus fameuses faites à Paris, telles que celles de MM. Dufay, le Comte d’Hoym, de Rothelin, de Pompadour, &c. & que les relieures en ont été faites par les plus habiles Ouvriers du temps. […]
    Nous avons détaillé les différentes Pièces de théâtre, contenues dans les Œuvres d’Auteurs peu connus ; & ce sont les Catalogues de Madame de Pompadour & celui de M. de Pont-de-Vesle qui nous ont donné cette idée : mais nous n’avons pas cru qu’il fût utile de détailler celles d’Auteurs plus connus, tels que Corneille, Molière, &c. » [sic]

    La manière dont est relié chaque article est indiquée ; aucune provenance n’est mentionnée. On rencontre rarement des volumes qui portent les armes de Delaleu : « D’azur, au lion couronné d’or, accompagné en chef de deux étoiles d’argent. »

    7. La sainte Bible en françois, sur la version de Genève, avec des notes disposées par Samuël et Henry Desmarests. Amst. Elzevir, 1669. 2 vol. in fol. papier impérial, m. r. 42 liv.
    16. Histoire du vieux & du nouveau Testament, par David Martin, enrichie de plus de 400 figures gravées en taille douce. Anvers, (Amsterdam) Mortier, 1700. 2 tom. 1 vol. in fol. grand pap. m. r. Première édition. 160 liv.
    49. De Imitatione Jesu Christi, libri IV. Lugduni, apud Elzevirios, absque anni indicatione (1630) in 12, mar. citr. 33 liv.
    100. Statuta Ordinis Carthusiensis, à Guigone Priore Carthusiae, compilata, necnon privilegia ejusdem Ordinis. Basileae Joannes Amorbachius, impensis domus Montis S.Joannis Baptistae, prope Friburgum, cum fig. anno 1510, in fol. m. r. 70 liv.

    129. Recueil des Edits & Ordonnances Royaux de Pierre Néron & Etienne Girard, avec les notes de M. Eusebe de Lauriere. Paris, Montalant, 1720. 2 vol. in fol. v. br. 67 liv.
    145.Œuvres de Henri Basnage, contenant ses Commentaires sur la Coutume de Normandie, & son Traité des hypotheques. Rouen, Maury, 1709. 2 vol. in fol. v. br. 70 liv.
    312. Histoire naturelle, générale & particuliere, avec la description du Cabinet du Roi, par MM. de Buffon & d’Aubenton. Paris, Impr. royale, 1749 et ann. suiv. 17 vol. in 4, v. f. 140 liv.
    323. Elémens de Botanique, ou Méthode pour connoître les Plantes, par Joseph Pitton de Tournefort, avec 451 planches gravées en taille douce. Paris, Imprimerie royale, 1694. 3 vol. in 8, vél. 97 liv.



    342. Les vraies Centuries & Prophéties de Michel Nostradamus, avec la vie de l’Auteur. Amsterdam, Jansson à Waësberge, 1668. petit in 12, m. r. 30 liv.
    347. Encyclopédie, ou Dictionnaire raisonné des Sciences, des Arts & des Métiers, recueilli des meilleurs Auteurs, & mis en ordre par MM. Diderot & d’Alembert. Paris, le Breton, 1751, & ann. suiv. 28 vol. in fol. v. m. 1.235 liv.
    357. Les dix Livres de l’Architecture de Vitruve, corrigés & trad. du Latin, avec des notes, par Charles Perrault, deuxieme édition, augmentée. Paris, Coignard, 1684. in fol. fig. v. br. 59 liv.
    360. L’Art de la Guerre, par principes & par regles, ouvrage posthume du Maréchal de Puysegur, & publié par M. le Marquis de Puysegur son fils. Paris, Jombert, 1748. 2 tom. 1 vol. in fol. g. p. v. m. 43 liv.


    367. Méthode & invention nouvelle de dresser & travailler les chevaux, trad. de l’Anglois de Guillaume de Cavendish, Duc & Comte de Newcastle, avec figures en taille douce, exécutées par les plus habiles Graveurs. Anvers, van-Meurs, 1658. in fol. mar. r. 140 liv.
    380. Dictionnaire Universel, françois & latin (tiré de celui d’Antoine Furetiere) avec les augmentations données premierement par les Jésuites, & ensuite par plusieurs Gens de Lettres, vulgairement appellé de Trévoux. Par. Desaint & Saillant, 1752. 7 vol. in fol. v. m. 66 liv.
    396. M. Tullii Ciceronis Opera, cum optimis exemplaribus collata. Lugd. Bat. Elzevir, 1642. 10 vol. in 12 m. r. 80 liv.
    446. Catulli, Tibulli & Propertii Opera (nitidissimè impressa). Birmingham, Baskerville, 1772. in 4, gr. pap. m. r. 31 liv.

    475. Les Métamorphoses d’Ovide, en Latin & en François, avec des remarques & des explications historiques, données par l’Abbé Antoine Bannier, & des figures gravées par Bern. Picart, & autres habiles Maîtres. Amsterdam, Westein, 1732, 2 tom. 1 vol. in fol. gr. pap. mar. r. 160 liv.

    476. Les Métamorphoses d’Ovide en latin & françois, par le même Abbé Bannier, avec cent quarante Estampes gravées par le Mirre & Basan. Paris, Delalain, 1767, 4 vol. in 4. mar. r. 125 liv.
    491. La Pharsale de Lucain traduite du latin en vers françois, par Guillaume de Brebeuf. Leyde, Elzevir, 1658, in 12 v. f. d. s. tr. 24 liv.
    531. Le Champion des Dames, contenant la défense des Dames contre Mallebouche & ses Consorts, composé en rime françoise, par Martin Franc. Paris, Galliot du Pré, 1530, in 8. lettres rondes, m. r. 66 liv.
    540. Les menus propos moraux & joyeux de Mere Sotte, par Pierre Gringore, avec le testament de Lucifer. Paris, 1521, in 8. gothique g. pap. m. citr. 51 liv.
    589. Fables de la Fontaine, ornées de belles figures en taille-douce, gravées sur les desseins de M. Oudry. Paris, 1755, & ann. suiv. 4 vol. in fol. gr. pap. v. f. dor. s. tr. 200 liv.

    593. Les Œuvres de Nicolas Boileau, Despréaux, avec des éclaircissements historiques donnés par lui-même, & des remarques par Claude Brossetre, avec des figures & cul de-lampes, gravés par Bern. Picart. Amst. Mortier, 1718, 2 vol. in fol. v. f. dor. s. tr. 85 liv.
    617. Le Mystere de la Vengeance de Notre Seigneur J. C. mis en rime françoise, & par personnaiges. Paris, Allain, Lotrian, 1539. in 4. gothiq. mar. r. 145 liv.
    618. Le Mystere des Actes des Apôtres, mis par Personnaiges en rime françoise (commencé par Arnoul Greban, & continué par Simon son frere). Paris, Couteau,1537, 2 tom. 1 vol. in fol.goth. mar. r. lavé r. 169 liv.
    623. La Moralité de l’Homme juste & de l’Homme mondain, avec le Jugement de l’Ame dévote, & exécution de sa Sentence, par Simon Bourgoin. Paris, Ant. Verard, 1558, in 4. v. f. 100 liv.
    665. Rodogune, Princesse des Parthes, Tragédie de Pierre Corneille. Au Nord, 1760, in 4. mar. à compartiments. 70 liv.
    676. Les Œuvres de Jean-Baptiste Pocquelin de Moliere ornées de figures gravées en taille-douce. Paris, 1734, 6 vol. in 4. figur. v. m. 75 liv.
    717.Œuvres dramatiques de Nericault Destouches. Paris, 1757, 4 vol. in 4. v. f. dor. s. tr. 37 liv.



    757. La Gierusalemme liberate del Tasso, con gli argomenti, e le figure intagliate in rame da Gian-Battista Piazzetta. In Venetia, Albrizzi, 1745, in fol. forma majori. mar. à compartiment, avec figures colorées en miniatures.
    Edition magnifique, dont les Curieux font grand cas, & qui devient rare ; elle est décorée de figures, vignettes et cul de-lampes, gravés en taille-douce, dont l’exécution est fort belle ; cet Exemplaire est d’autant plus précieux que chacune de ces Estampes a été colorée avec tant de soins, qu’elle peut passer pour un superbe tableau en miniature : quant à la relieure il est impossible de rien voir de plus beau en ce genre. 501 liv.
    [Édition monumentale in-folio de l’œuvre la plus importante du Tasse, réalisée en 1745 par le journaliste et éditeur vénitien Giovanni Battista Albrizzi (1698-1777), issu d’une famille de libraires de Venise active depuis près de 150 ans, et dont les illustrations sont de la main du peintre vénitien Giambatista Piazzetta (1682-1754), premier président de l’Académie des beaux-arts de Venise.]
    886. Teatro Comico Fiorentino. In Firenze, 1750, 6 vol. in 12 v. m. 30 liv.

    950. Les Amours Pastorales de Daphnis & Chloë, trad. du grec de Longus, en françois, par Jacques Amyot, ouvrage enrichi de figures en taille-douce, gravées par Benoît Audran, sur les desseins de M. le Duc d’Orléans, Régent du Royaume. 1718, (Paris) in 8. mar. bl. doublé de tabis. 96 liv.
    958. Les Aventures de Thélémaque, nouvelle édition conforme au manuscrit original de l’Auteur, & enrichie de figures gravées en taille-douce, sous la direction de Bernard Picart, par les plus habiles Maîtres. Amst. Westein, & Smith, 1734. in fol. figures, m. r. 380 liv.
    969. Les principales aventures de Don Quichotte de la Manche, représentées en figures gravées en taille-douce, sur les desseins de Coypel, par Bernard Picart, & autres habiles Maîtres. La Haye, de Hondt, 1746, in fol. mar. r. 120 liv.
    989. Les Tableaux du Temple des Muses, où sont représentés les évenemens les plus remarquables de l’Antiquité fabuleuse, en LX Tableaux, gravés en taille-douce par Bernard Picart, avec des explications & des remarques historiques. Amst. Chatelain 1733, grand in fol. mar. r. 97 liv.



    993. Les Œuvres de Rabelais, avec les remarques historiques & critiques de Jacob le Duchat, & Bernard de la Monnoye, & celles de l’édition Angloise, ornées de figures en taille-douce gravées par Bernard Picart. Amst. Bernard. 1741. 3 vol. in 4. gr. pap. f. d. s. tr. 126 liv.

    1.036. Le Décameron de Bocace, traduit en françois, avec figures. Londres (Paris), 1757, 5 vol. pap. de Hollande, mar. bl. 87 liv.
    1.094. Collection complette des Œuvres de M. de Voltaire. Geneve, Cramer, 1768 & années suiv. 24 vol. in 4. fig. v. m. 201 liv.

    1.149. Le Petit Atlas Maritime, recueil de cartes & plans des quatre parties du Monde, par Bellin. Paris, 1764 : 5 vol. in 4, g. pap. m. r. 121 liv.
    1.164. L’art de vérifier les dates des faits historiques, des Chartes, des Chroniques, & autres monumens, depuis la naissance de J. C. par DD. Maure d’Antine, Durand, Clémencé & autres Benédictins ; nouvelle édition. Par. Després, 1770 : in-fol. g. pap. d’Hollande, m. r. Il y a eu peu d’exemplaires tirés sur ce papier. 200 liv.


    1.223. Cérémonies & coutumes religieuses de tous les Peuples du monde, représentées par des figures gravées par Bern. Picart, avec des explications historiques, & des dissertations curieuses, par l’Abbé Bannier ; avec les superstitions anciennes & modernes, & le supplément. Amst. Bernard, 1723 ; 11 vol. in-fol. g. p. mar. r. Le Frontispice, gravé par Bern. Picart, se trouve à la tête du premier volume. 1.024 liv.
    1.275. Julii Caesaris commentarii accuratissimè cum libris editis & Mss. optimis collati, recogniti & correcti ; accesserunt Samuelis Clarke annotationes, nec non indices locorum, rerumque & verborum, cum figuris aeneis elegantissimis ; Londini, Tonson, 1712 : in-fol. magn. m. r. 408 liv.
    1.343. Recueil des Historiens des Gaules & de France, par le P. Dom Martin Bouquet, & autres Religieux Bénédictins. Paris, Gab. Martin, 1738, & ann. suiv. : 11 vol. in-fol. g. p. m. r. 660 liv.

    1.348. Histoire de France, depuis Pharamond jusqu’à la paix de Vervins, par François Eudes de Mézeray. Paris, Guillemot, 1643, 1646 & 1651 : 3 vol. in-fol. g. p. m. bl. l. r. 499 liv.

    1.589. Jugement de tout ce qui a été imprimé contre le Card. Mazarin, depuis le six Janvier jusqu’à la Déclaration du premier Avril 1649 ; par Gabr. Naudé. Seconde édition, sans date ni nom d’imp. : 718 pag. in-4, g. pap. m. r. l. r. 62 liv.
    1.612. Les Soupirs de la France esclave, qui aspire après la liberté. Amsterdam, 1690 : in-4, v. f. 50 liv.
    1.689. Histoire ample des Peuples habitans aux trois Bourgs de Ricey, & description de la Terre & Baronnie de Ricey, en Bourgogne ; par Pierre du Breuil. Paris, 1654 : in-12, v. br. 48 liv.
    1.718. La Chorographie, ou Description de la Provence, & l’histoire chronologique du mesme Pays ; par Honoré Bouche. Aix, David, 1664 : 2 vol. in-fol. g. p. v. m. 60 liv.

    1.762. Le Sacre de Louis XV, dans l’Eglise Cathédrale de Rheims, le 15 Novembre 1722, représenté par des figures dessinées par les plus habiles Maîtres, & gravées en taille-douce par les plus célèbres Artistes, avec des explications historiques ; grand in-f. form. d’Atlas, mar. bl. dent. 90 liv.
    1.847. Voyage en Sibérie, fait en 1761 par M. l’Abbé Chappe d’Auteroche ; ouvrage enrichi de très-belles figures, & de cartes géographiques. Par. Debure, père, 1768 : 3 vol. in-4, g. p. v. m. 180 liv.
    1.868. Histoire généalogique de la Maison Royale de Savoye, divisée en VI livres, avec les preuves ; par Samuel Guichenon. Lyon, 1660 : 2 vol. in-fol. g. p. v. b. 153 liv.
    1.887. Les Edifices antiques de Rome, dessinés & mesurés très-exactement. par Antoine Desgodets ; avec figures. Paris, Coignard, 1682 : in-fol. fig. v. b. 129 liv.
             




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    Extrait du catalogue d'un libraire parisien qui le distribuera au Salon international du livre ancien, qui se tiendra à Paris, au Grand Palais, du 26 au 28 avril 2013.

    On ne devrait plus avoir l'hilarante ou douloureuse lecture d'inepties semblables quand on sait que tout a été fait, depuis un an au moins, pour informer les amateurs et les professionnels du livre ancien des progrès de la recherche biographique et bibliographique : le changement n'est pas alors pour la prochaine génération, c'est maintenant !

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    Jean-Jacques Charron, né à Blois (Loir-et-Cher) le 13 novembre 1643, devint possesseur de tous les biens de sa famille en 1669, à la mort de son père Jacques Charron, bailli d’épée, gouverneur de Blois et surtout beau-père du grand Colbert, et de son oncle Guillaume Charron, trésorier général de l’extraordinaire des guerres, décédé sans alliance.


    
    Menars au XVIIIe siècle
    
    Charron agrandit encore de la terre et seigneurie de Mer le domaine de Menars [sans accent aigu sur le « e »], à 6 km. au nord-est de Blois, qui devint en 1676, par lettres patentes de Louis XIV, un marquisat relevant immédiatement de la couronne.


    
    Menars aujourd'hui
    
    Le marquis de Menars ajouta deux pavillons au château, qui ne se composait alors que d’un modeste corps de logis, et fit construire la grande terrasse.

    
    Menars : la bibliothèque en 1976
    Il dut à son beau-frère Colbert les emplois d’intendant de la généralité d’Orléans, de capitaine des chasses et gouverneur du château de Blois et président au Parlement de Paris en 1691. Il résidait à Paris, à l’hôtel de Menars ; outre le château de Menars, il possédait un autre lieu de résidence à Neuville-sur-Oise (Val-d’Oise).



    Le principal fonds de sa bibliothèque était la célèbre collection de livres formée par le président Jacques-Auguste de Thou (1553-1617), qu’il avait achetée en bloc en 1680, au moment où elle allait être vendue en détail, après la mort de Jacques-Auguste de Thou (1609-1677), deuxième du nom.
    C’est par les manuscrits, en un seul lot, que commença la vente de la bibliothèque Thuanienne. Ils furent vendus à l’amiable le 22 mars 1680 à Menars, contre la somme de 4.500 livres tournois. Il garda les manuscrits modernes des frères Dupuy et rétrocéda les manuscrits anciens à Colbert.
    Le catalogue des imprimés, dressé par le bibliothécaire Joseph Quesnel, était imprimé depuis le 27 juin 1679 ; c’est seulement le 26 mars 1680 que les créanciers s’abouchèrent avec un libraire et imprimeur, Jacques Villery, deuxième du nom, rue Vieille Bouclerie, à  l’Étoile, au bas de la rue de la Harpe, proche le pont Saint-Michel, pour la vente en détail de tous les livres [13.176 volumes], qui devait commencer le même jour.
    D’après Jacques-Charles Brunet, la bibliothèque aurait été dispersée de la façon suivante :

    « Cette vente fut effectivement commencée, et déjà pendant une ou deux vacations les curieux de beaux livres avaient pu se partager une partie de ceux qui venaient d’être livrés aux enchères, lorsque, au grand désappointement des premiers enchérisseurs, le président de Menars vint mettre fin à ce déplorable morcellement en achetant en totalité tous les livres qui restaient de cette bibliothèque [le 5 avril 1680, pour 20.061 livres ; Menars en avait déjà acheté aux enchères pour 11.940 livres], qu’ensuite il continua. » (Manuel du libraire et de l’amateur de livres. Paris, Firmin Didot frères, fils et Cie, 1864, t. V, col. 841)


    
    Plan Turgot (1734)
    
    Ces livres et les manuscrits modernes furent transférés dans l’hôtel de Menars, à l’angle de la rue de Richelieu et de la rue Neuve Saint-Augustin. La rue de Menars (IIe) actuelle est seulement l’impasse visible sur le plan Turgot, et n’a pas été percée sur les débris de l’hôtel : c’est la rue du Quatre Septembre qui passe sur l’emplacement de l’hôtel. Joseph Quesnel, bibliothécaire du président de Thou suivit la bibliothèque quand le président de Menars l’eut achetée ; le théologien et moraliste Jacques-Joseph Duguet (1649-1733) lui succéda en 1690.   



    Par cet achat, Menars acquit la réputation de grand bibliophile et de fin lettré, loué dans le poème de Jean de Santeul, intitulé Bibliotheca Thuana, nunc Menarsiana, carmen  (Paris, S. Mabre-Cramoisy, 1680) et plus tard par Germain Brice (Description nouvelle de la vile [sic] de Paris. Paris, Nicolas Le Gras, 1706, t. I, p. 211) :
    « Les autres Maisons remarquables de la rue de Richelieu, qui se trouvent à son extrêmité, sont, l’Hôtel de Menars, dont les vûes sont charmantes ; de même que de toutes les autres maisons qui se trouvent sur la même ligne, parce qu’elles découvrent la campagne qui est de ce côté-là.
    On conserve dans cette maison de très-beaux tableaux, & la fameuse bibliothèque de Thou, autrefois amassée par les grands hommes de ce nom, qui ont fait tant d’honneur à la France par leur merite & par leur doctrine. Jean-Jaques Charron de Menars, Président au Mortier, par une espece de veneration pour ces Illustres, & par la passion ardente qu’il a pour les sciences, a acheté cette bibliotheque une somme considerable, sur le point qu’elle alloit être dissipée, pour satisfaire à des créanciers avides. Tous les jours il l’a fait augmenter de rares Volumes, qui la rendront avec le temps, beaucoup plus considerable qu’elle n’a jamais été. » [sic]

    Seuls les Mémoiresdu duc de Saint-Simon (Paris, Hachette et Cie, 1874, t. XIV, p. 371) apportèrent quelques restrictions :

    « C’étoit une très-belle figure d’homme, et un fort bon homme aussi, peu capable, mais plein d’honneur, de probité, d’équité et modeste, prodige dans un président à mortier. Le cardinal de Rohan acheta sa précieuse bibliothèque, qui étoit celle du célèbre M. de Thou, qui fut pour tous les deux un meuble de fort grande montre, mais de très-peu d’usage. » [sic]
     

    Dès 1701, Menars chercha à se défaire de sa bibliothèque.
    Dans son « Éloge de M. le cardinal de Rohan », lu le 15 novembre 1749 dans l’assemblée publique de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, Jean-Pierre de Bougainville rapporta :

    « M. le cardinal de Rohan, prodigue de cette estime si capable d’encourager les gens de Lettres, en a souvent aidé plusieurs à l’obtenir, par les secours qu’ils puisoient dans sa bibliothèque, l’une des plus nombreuses & des mieux choisies qui soient en Europe. Celle de M. de Thou, possédée depuis par M. le Président de Menars, en compose le fonds. Elle étoit prête à se disperser en 1701 ; & la France auroit vû passer dans des mains étrangères une partie de ce trésor amassé par un de ses plus grands hommes, si le goût de M. l’évêque de Strasbourg pour les Lettres ne nous l’eût conservé. Il l’acheta dans le fort d’une guerre opiniâtre & ruineuse. Les sollicitations de M. l’abbé de Boissy, qu’il s’étoit attaché dès le temps de sa Licence, & qui fut depuis Associé de l’Académie, contribuèrent à le déterminer. » [sic]

    L’évêque de Strasbourg se rendit donc acquéreur de la bibliothèque Thuanienne, pour 36.300 livres, non, comme le disent Brunet et Le Roux de Lincy, à la mort du président Menars en 1718, mais en 1706.

    
    J. Passerat. Les Trois Livres de la bibliothèque d'Apollodore.
    Paris, Gosselin, 1605
    
    Menars forma aussitôt une nouvelle bibliothèque. Elle contenait encore plusieurs manuscrits superbes des Dupuy provenant de Jacques-Auguste de Thou (II), que Menars s’était réservés lors de la vente de 1706.

    
    Menars, église Saint-Jean-Baptiste : tombeau de J.-J. Charron
    
    Le marquis mourut subitement à Menars le 16 mars 1718 ; il fut inhumé dans la chapelle seigneuriale de l’église Saint-Jean-Baptiste, où sa tombe se voit encore aujourd’hui.

    Peu après, sa seconde bibliothèque fut vendue par ses héritiers à un libraire de La Haye, Abraham de Hondt (1659-1726) qui la dispersa en vente publique dans la Grande Salle de la Cour, en 17 vacations, du 10 au 28 juin  1720. En effet, contrairement aux libraires d’Amsterdam, d’Utrecht et de Rotterdam, les libraires haguenois étaient libres de faire venir des bibliothèques de l’étranger, qu’ils vendaient à la Grande Salle.


    Le catalogue de la Bibliotheca Menarsiana, ou Catalogue de la Bibliotheque de feu Messire Jean Jaques [sic] Charron (La Haye, Abraham de Hondt, 1720, in-8, [6]-556 p., 7.730 lots) présente quatre parties :
    - p. 1-8 : manuscrits de théologie in-folio (78 lots).
    - p. 9-153 : imprimés et manuscrits in-folio (2.013 lots : le lot 2.013, omis p. 153, a été mis p. 554) ; 1 feuillet chiffré * 8 et ** 8 a été ajouté pour 1 lot supplémentaire exceptionnel (Biblia latina de 1462) ; les pages 70 et 71 sont doublées.
    - p. 155-403 : imprimés et manuscrits in-quarto (3.392 lots).
    - p. 405-554 : imprimés et manuscrits in-octavo et « minori forma » (2.246 lots).

    Sous prétexte que l’exemplaire de la Bibliothèque du Roi ne portait pas de prix de vente, Paulin Paris affirma que la « Menarsiana » avait été achetée en bloc (Les Manuscrits françois de la Bibliothèque du Roi. Paris, Techener, 1841, t. IV, p. 435). Les prix figurent bien en marge de l’exemplaire de Isaac Meulman (1807-1869), négociant et bibliophile à Amsterdam, appartenant aujourd’hui à la Bibliothèque de l’Université de Gand. Les deux enchères les plus élevées furent :



    ** 1. (p. * 8).Biblia latina. 2. vol. Moguntiae 1462. 1.200 liv.



    2.525. (p. 340). Anacreontis Teii Odae, Gr. Lat., ab Henrico Stephano Latinitate donatae. Parisiis H. Stephan. 1554 impressa in membrane ; Exemplar elegantissimum, e Biblioth. Illustr. Grolierii. 120 liv.

    Des livres provenant de la bibliothèque Thuanienne entrèrent alors pour la première fois dans le commerce de la librairie. Soixante neuf ans devaient s’écouler avant que les amateurs pussent revoir de ces beaux volumes passer en vente, grâce à l’héritier du prince de Soubise. Cependant, plusieurs volumes achetés lors des premières vacations d’avril 1680 étaient passés dans les mains des libraires ; parmi ceux achetés par Huet, qui furent incorporés finalement dans la Bibliothèque du Roi, certains furent alors échangés ou vendus à des libraires.



    Les volumes qui appartenaient à Menars étaient ornés de ses armoiries (« D’azur au chevron d’or, accompagné de trois étoiles du même, deux en chef et une en pointe »), ou du monogramme « CCJJM » entre les nerfs. 




    
    A. Arnauld. La Tradition de l'Eglise sur le sujet de la Pénitence.
    Paris, Antoine Vitré, 1645
    
    Les manuscrits des Dupuy avaient été vendus à l’amiable le 10 avril 1720, par Marie-Thérèse Charron de Neuville et Marie-Françoise-Thérèse Charron de Nozieux, les deux filles et héritières de Menars, pour 25.000 livres, au procureur général Guillaume-François Joly de Fleury, qui les abandonnera, le 10 juillet 1754, à la Bibliothèque du Roi, moyennant 60.000 livres.
      






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    « Il n’est pas de pays au monde qui, toutes proportions gardées, possède plus de livres rares et précieux que la Belgique, et où l’amour des livres soit plus vif et plus général. » écrivait en 1844 le baron Frédéric de Reiffenberg (Mons, 1795-Bruxelles, 1850), conservateur à la Bibliothèque royale, en ouverture de la première livraison du mensuel Le Bibliophile belge.




    Henri-Florent Delmotte (Mons, 1798-1836) fut notaire à Baudour, où naquit son fils en 1822, puis à Mons. En 1824, il remplaça son père décédé dans la place de bibliothécaire de la ville, puis, en 1832, le gouvernement lui confia la garde des archives de l’État de la province de Hainaut. Delmotte s’attacha à réunir tout ce qui était sorti des presses de sa ville, dans le but de publier une Bibliographie montoise.




    La première société de bibliophiles de Belgique, la « Société des bibliophiles de Mons », fut créée le 4 avril 1835 chez Delmotte, qui en fut le premier président, où s’étaient réunis les treize autres membres fondateurs : Rénier Chalon, docteur en droit, membre de diverses sociétés savantes, receveur des contributions directes de la ville de Bruxelles, qui en fut le premier secrétaire et trésorier ; Charles Delecourt, avocat, membre du conseil communal, à Mons ; Victor François, docteur en médecine, membre de l’Académie de médecine et professeur à l’Université de Louvain ; Louis-Prosper Gachard, membre de l’Académie, archiviste général du royaume, à Bruxelles ; Frédéric Hennebert, membre de plusieurs sociétés savantes, archiviste et professeur, à Tournai ; Henri Hoyois, typographe, à Mons ; Emmanuel Hoyois, membre de la « Société des sciences du Hainaut », typographe, à Mons ; André-Joseph-Ghislain Le Glay, docteur en médecine, archiviste du département du Nord, à Lille ; Martin Leroux, libraire à Mons ; Adrien Le Tellier, avocat et membre de la « Société des sciences du Hainaut », à Mons ; Mathieu-Lambert Polain, docteur en lettres, archiviste de la Province, à Liège ; Maurice Ranscelot, membre de la députation permanente des États-Provinciaux, à Mons ; Camille Wins, avocat, président de la « Société des sciences du Hainaut », à Mons.

    Le but de la société était de publier des documents historiques ou littéraires inédits et de réimprimer des opuscules d’une grande rareté intéressant de préférence la ville de Mons ou le Hainaut, tirés à 100 exemplaires sur papier ordinaire destinés au commerce, plus les 27 exemplaires sur papier de choix destinés aux sociétaires, au nombre de 25, à la Bibliothèque de Mons et à la « Société des bibliophiles françois » de Paris. La première publication de la société fut le Gouvernement du pays d’Haynnau (Mons, Hoyois-Derely, 1835).

    Dès le 8 mai 1835, Delmotte fut admis au nombre des correspondants de l’Académie royale des sciences et belles-lettres de Bruxelles. En 1840, le nombre des sociétaires passa à cinquante. En 1841, la société prit le nom de « Société des bibliophiles belges séant à Mons ». Leur bulletin ne commencera à paraître qu’en 1908. Ce ne sera qu’en 1949 qu’une femme, l’archéologue Germaine Feytmans (1903-1983), conservateur du musée de Mariemont, occupera pour la première fois un siège au sein de la société.


    Le 10 janvier 1839, la « Société des bibliophiles flamands », ou « Maetschappy der vlaemsche bibliophilen », fut fondée à Gand par 28 amateurs menés par leur premier président, François Vergauwen (Gand, 1801-Scheldewindeke, 1881), éditeur et copropriétaire du journal gantois Den Vaderlander et futur sénateur, qui possédait, dans sa collection d’environ 3000 volumes, des manuscrits du ixe siècle et la plus riche collection jamais formée d’incunables imprimés dans les Pays-Bas, au nombre de près de 400. Philippe Blommaert, avocat et défenseur de la littérature flamande, en sera le secrétaire. Charles Pieters, futur auteur des Annales de l’imprimerie elsévirienne (Gand, Annoot-Braeckman, 1851), en sera le trésorier jusqu’en 1855 et sera remplacé par Ferdinand Vanderhaeghen (1830-1913), bibliothécaire et archiviste de la « Société royale des beaux-arts et de littérature » de Gand et auteur de la Bibliographie gantoise (Gand, E. Vanderhaeghen, 1858-1869). La préface de leurs statuts déclare que seraient publiés surtout des documents inconnus ou d’une extrême rareté concernant l’histoire de la Flandre et du Brabant. Les publications (1ère série) furent tirées à 30 exemplaires sur papier vergé de Hollande et à 100 exemplaires sur papier vélin numérotés à la presse et destinés au commerce. En 1845, le nombre des sociétaires ayant été fixé à 36, il fut décidé qu’il serait imprimé de la 2e série et des suivantes, 38 exemplaires sur papier de Hollande, dont deux seraient donnés aux bibliothèques de Gand et de Bruxelles.


    À l’initiative du baron de Reiffenberg, son futur secrétaire, la « Société des bibliophiles de Belgique » fut fondée à Bruxelles, le 1er novembre 1839, pour faire imprimer, à 55 exemplaires, des ouvrages inédits ou devenus rares concernant l’histoire et la littérature du pays, par 22 amateurs de bons et beaux livres : le duc d’Arenberg, Auguste Baron, professeur de littérature à l’Université de Bruxelles, le comte Amédée de Beaufort, Julien de Bonne, avocat, H. Cattoir, Théodore de Jonghe, rentier, le chanoine Pierre-François-Xavier de Ram, le baron Étienne-Constantin de Gerlache, premier président de la Cour de cassation, le comte Jean-Baptiste d’Hane de Potter, sénateur, Adolphe Hauman, le prince de Ligne, Jean-Baptiste Nothomb, ministre des Travaux publics, Charles Pieters, le baron de Reiffenberg, le chevalier de Sauvage, le baron Goswin de Stassart, sénateur, le baron Jules de T’Serclaes, Charles-Eugène Thiry, président de la commission des monnaies, Sylvain Van de Weyer, ministre plénipotentiaire à Londres, Jules Van Praet, ministre de la Maison du roi, Hippolyte Vilain XIIII, le baron Jean-François de Wyckersloot de Weerdesteyn.

    Sauvage en fut le premier président, Reiffenberg le secrétaire et Bonne le trésorier. Cette société, dont le siège était dans l’imprimerie Hauman et Cie, eut une existence éphémère.

    Reiffenberg avait suivi la carrière des armes : à la chute de Napoléon, il avait quitté le service et s’était consacré aux études littéraires. Il fut nommé professeur de philosophie à l’Université de Louvain vers 1822, puis à celle de Liège en 1835. Marié en 1827, il avait eu deux fils. En 1837, il fut appelé à Bruxelles en qualité de conservateur en chef de la Bibliothèque royale qui venait d’être créée avec le fonds Van Hultem. Chevalier de 17 ordres et membre de 50 académies, Reiffenberg laissera « une quinzaine de volumes de poésies et de pièces dramatiques, quarante volumes de biographies, d’études et de réimpressions historiques et quinze volumes de brochures, de notices, d’ouvrages de philosophie et d’écrits politiques. »

    Le chevalier Étienne de Sauvage (Liège, 1789-Bruxelles, 1867), qui avait été gouverneur de la province de Liège en 1830, ministre de l’Intérieur en 1831 dans le deuxième ministère du Régent, puis sous le roi Léopold, était président de chambre à la Cour de cassation depuis 1832.


    La « Société des bibliophiles campagnards », que le baron de Reiffenberg, mystifié par la vente Fortsas, avait pris pour une nouvelle mystification, fut réellement fondée à Ardoye, le 1er août 1841, par Charles-Louis Carton (Pitthem, 1802-Bruges, 1863), son président. Composée de 25 membres, dont Reiffenberg et l’empereur de Chine, son but était « la publication d’ouvrages singuliers », tirés à 25 exemplaires sur papier de choix et 5 exemplaires pour le commerce. « Il parut de cette élucubration originale deux brochures et les statuts », écrivit le biographe de Carton.

    Fils de médecin, Charles Carton avait été ordonné prêtre en 1825. Après avoir été vicaire à Ardoye de 1829 à 1835, il ouvrit à Bruges, cette dernière année, un Institut de sourds-muets. En 1838, il fut membre fondateur et président de la « Société d’Émulation pour l’étude de l’histoire et des antiquités de la Flandre occidentale », deviendra membre de l’Académie royale de Belgique en 1847 et chanoine de la cathédrale de Bruges.


    Quatorze autres passionnés, conduits par Mathieu-Georges-Joseph Fiess (Meisenheim, 1804-Liège, 1875), docteur en droit, bibliothécaire en chef de la bibliothèque de l’Université de Liège à partir de 1825, fondèrent la « Société des bibliophiles liégeois », le 15 mars 1863, pour publier des manuscrits ou des imprimés devenus rares, concernant l’histoire politique et littéraire de l’ancien pays de Liège, à 50 exemplaires numérotés destinés aux membres : Joseph Fiess en fut le premier président ; Henri Helbig, homme de lettres, en fut le premier secrétaire ; Stanislas Bormans,  docteur en philosophie et lettres, membre de l’Académie royale de Belgique, administrateur et inspecteur de l’Université de Liège ; Mathieu Polain, membre de l’Académie royale de Belgique, administrateur et inspecteur de l’Université de Liège ; Épiphane Martial, avocat à Liège ; le chevalier Xavier de Theux, docteur en droit, président de la « Société des bibliophiles de Belgique », à Bruxelles, en fut le premier trésorier ; Gustave Francotte, à Liège ; Léonard Terry, professeur au Conservatoire royal de Liège, membre de l’Académie royale de Belgique ; Ulysse Capitaine, conseiller provincial, à Liège ; le chevalier Camille de Borman, docteur en droit, député permanent du Limbourg, à Liège ; le baron Adrien Wittert, à Bruxelles ; Eugène Dognée, avocat, à Liège ; Joseph Daris, chanoine de la cathédrale et professeur au Séminaire de Liège ; Mathieu Grandjean, docteur en philosophie et lettres, bibliothécaire de l’Université de Liège. La première publication de la société fut une Chronique des évêques de Liège (Liège, L. Grandmont-Donders, 1864). Un bulletin commença à être publié en 1882.




    
    Vignette de la seconde Société des bibliophiles de Belgique
    Gravée sur bois par François Pannemaker (1822-1900)
    
    À Bruxelles, une seconde « Société des bibliophiles de Belgique » fut fondée en 1865 par Xavier de Theux de Montjardin (Saint-Trond, 1838-Bruxelles, 1896), docteur en droit, président, auteur d’une Bibliographie liégeoise (Bruxelles, Fr.-J. Olivier, 1867, 2 vol.), dont la bibliothèque sera dispersée en 1903 ; Jules Delecourt, secrétaire. Les autres membres étaient : le chevalier Camille de Borman, à Schalkhoven, le chevalier Léon de Burbure, à Anvers, Charles-Alexandre Campan, à Bruxelles, Ulysse Capitaine, à Liège, Jules Capron, à Ypres, le prince Alfred-Emmanuel de Croy, au Rœulx, Prosper Cuypers van Velthoven, à Bruxelles, Julien de Bonne, à Bruxelles, Frédérk-Andries-Gerardus Campbell, à La Haye, Félix Delhasse, à Bruxelles, Henri Delmotte, à Bruxelles, Jean de Meyer, à Gand, François du Bus aîné, à Tournai, Charles Duvivier, à Bruxelles, le colonel Justinus-Antonius-Felix Geisweit van der Netten, à Zwolle, Charles Grandgagnage, à Liège, Gustave Hagemans, à Bruxelles, Henri Helbig, à Liège, le comte Charles de Kerchove, à Gand, C.F. Kofoed, à Bruxelles, Simon-Édouard-Victor Legrand de Reulandt, à Anvers, le comte de Limburg-Stirum, à Gand, Charles Maus, à Bruxelles, le comte de Neudonchel, à Tournai, Fr. J. Olivier, à Bruxelles, Jules Pety de Thozée, au château de Grüne, le comte Maurice de Robiano, à Bruxelles, Charles Ruelens, à Bruxelles, Dr. Auguste Scheler, à Bruxelles, le chevalier de Schoutheete de Tervarent, à St Nicolas, Dr. Snellaert, à Gand, Ferdinand Van der Haeghen, à Gand, Dr. A. van der Linde, au château de Winkelsteeg, Alphonse van den Peereboom, à Bruxelles, Sylvain van de Weyer, à Londres, le chevalier Gustave van Havre, à Anvers, F. Vergauwen, à Gand, L. Veydt, à Bruxelles, le comte de Villermont, à Bruxelles, le baron de Vinck des Deux-Orp, à Bruxelles, Alphonse Willems, à Bruxelles, le baron Wittert, à Liège, Émile Petit, à Nivelles. La société avait pour premier but de fonder une revue trimestrielle, Le Bibliophile belge.


    En 1877, Max Rooses (Anvers, 1839-1914), conservateur au musée Plantin-Moretus, et Pierre Génard (1830-1899), archiviste de la ville, fondèrent à Anvers une « Société des bibliophiles anversois » qui proposait de publier des textes concernant l’histoire de la ville. La société publia un bulletin de 1878 à 1886. Une nouvelle revue paraîtra à partir de 1923 sous le titre De Gulden passer. Le Compas d’or.

    L’imprimerie et son matériel avaient été achetés par la ville l’année précédente. Diplômé de l’Université de Liège, Maximilian Rooses avait été professeur de néerlandais à l’athénée royal de Namur, puis à Gand, et fut l’auteur de Christophe Plantin, imprimeur anversois (Anvers, J. Maes, 1882) et Le Musée Plantin-Moretus (Anvers, G. Zazzarini, 1914, tirage 500 ex. numérotés).


    De 1839 à 1841, la première revue bibliographique et bibliophilique publiée en Belgique fut Le Bibliologue de la Belgique et du nord de la France, à Tournai, de la librairie ancienne et moderne Hennebert frères, sous la direction de Frédéric Hennebert (Crèvecoeur, Oise, 1800-Tournai, 1857), archiviste et professeur à l’athénée royal de la ville, qui explique, dans l’introduction du premier numéro daté du mois d’août 1839 :


    « Dans un temps si fertile en publications spéciales, il peut paraître assez étonnant que les sciences philologiques et bibliographiques n’aient pas la leur dans nos contrées, où l’amour des livres se propage de plus en plus [...]. Il y a donc à pourvoir à une lacune [...], avec le secours de plusieurs bibliophiles distingués, tant de la Belgique que du nord de la France [...].

    Le Bibliologue paraîtra à des époques plus ou moins rapprochées suivant l’abondance des matières : chaque livraison, de 8 ou de 16 pages in-8°, contiendra, outre des notices et des variétés bibliographiques, un extrait du catalogue de notre librairie [...]. »


    Hennebert avait dû renoncer à ses études médicales à la mort de son père. Pris sous la protection d’une famille de Tournai, il y devint le secrétaire du baron Léopold Lefebvre (1769-1844), puis remplaça l’archiviste de la ville en 1829 et fut nommé en 1833 professeur de français à l’athénée royal de Tournai. Il fut également secrétaire de la « Société historique et littéraire de Tournai », dont il dirigea le mensuel Bulletin des sociétés savantes et littéraires de Belgique, et membre de la « Société des bibliophiles campagnards ».

    Dans le Messager des sciences historiques de Belgique (Gand, Hebbelynck, 1841, p. 281), qui annonce la 6e livraison (1841), on peut lire : « Cet intéressant recueil auquel nous ne ferons que le reproche de paraître avec trop d’irrégularité, continue à mériter les suffrages de tous les bibliophiles. »


    Le baron de Reiffenberg publia, de 1840 à sa mort, un Annuaire de la Bibliothèque royale de Belgique (Bruxelles et Leipzig, C. Muquardt, 1840-1850, 11 vol. in-12). L’avertissement du premier numéro annonçait :


    « On se propose d’offrir annuellement au public un volume pareil à celui-ci. Chacune de ces publications contiendra, avec un exposé de la situation de la Bibliothèque royale, des notices sur ce qu’elle renferme de rare ou de curieux, des recherches sur les anciennes bibliothèques du pays, des renseignements sur celles qui existent actuellement, des articles biographiques sur les bibliographes, les artistes et les écrivains belges, avec des mélanges bibliologiques. »


    Le volume de la douzième, et dernière, année (Bruxelles, Leipzig et Gand, C. Muquardt, 1851) fut publié par Louis Alvin (1806-1887), successeur de Reiffenberg à la Bibliothèque royale.




    Une nouvelle revue, mensuelle, était parue, encore à l’initiative du baron de Reiffenberg : Le Bibliophile belge (Bruxelles, A. Van Dale, 1844). La page de titre du tome I, rassemblant les douze premières livraisons, porte la date de 1845, mais la première livraison date de 1844. Ce périodique n’a rien à voir avec la première « Société des bibliophiles de Belgique » : il est édité par la librairie de Antoine Van Dale (1806-1856). La revue prit le titre de Bulletin du bibliophile belgeà partir du tome VII (1850).



    C’est en corrigeant les dernières épreuves du 2e numéro du tome VII que Reiffenberg rendit le dernier soupir. Les deux livraisons qui parurent ensuite furent publiées sous la direction du capitaine Auguste-Joseph de Reume (1807-1865). La rédaction passa, à partir de la page 257 du tome VII, entre les mains de Charles Lioult de Chênedollé (1797-1862), ancien professeur de l’athénée de Liège, qui se retira vers la fin de 1852 (tome IX). Son successeur fut Adrien Sterckx, qui cessa à la page 408 du tome I-2e série (tome X de la collection) dont la publication s’est étendue sur 1853-1854. C’est Auguste Scheler, bibliothécaire du roi des Belges, qui dirigea en 1855 la première livraison du tome XI de la collection (2e série, tome II) et les tomes suivants.







    Après Van Dale (tomes I-V, 1845-1848), les éditeurs successifs furent Alexandre Jamar (tome VI, 1850), J.M. Héberlé (tomes VII-VIII, 1850-1851), librairie appartenant à Heinrich Lempertz (1816-1898), et Ferdinand Heussner jusqu’à la dernière année (tomes IX-XXI, 1852-1865).


    En 1864, le libraire bruxellois François-Jean Olivier (Zierikzee, 1829-Bruxelles, 1887) publia le premier numéro des Annales du bibliophile belge et hollandais :


    « Il y a place pour tout le monde au soleil.

    C’est en vertu de ce principe que l’éditeur entreprend ces Annales.

    Malgré le grand nombre de publications périodiques consacrées à la bibliographie, [...] il nous a semblé que l’étude des produits des presses néerlandaises et belges n’est pas suffisamment représentée [...] »


    Le Bulletin du bibliophile belge (tome XX, 1864, p. 435-436) annonça la parution de ce « concurrent » mensuel :


    « Nous ne sommes pas compétent pour nous prononcer sur le point de savoir, si ce nouvel organe de bibliographie répond à un besoin réel, s’il y avait avantage ou non à fournir au petit nombre des bibliologues belges ou néerlandais une nouvelle occasion pour “ placer ” le fruit de leurs études, et nous serions du reste bien mal venu si nous voulions contester à M. Olivier, l’éditeur de la nouvelle feuille, la justesse du principe en vertu duquel il déclare avoir entrepris ses Annales […]. Nous avons donc accueilli les Annales sans le moindre sentiment de jalousie, persuadé que nous sommes qu’elles ne sont pas provoquées non plus par un sentiment de rivalité. »  



    La publication se poursuivit jusqu’en 1866, quand Olivier l’abandonna pour devenir l’éditeur du bulletin trimestriel de la seconde « Société des bibliophiles de Belgique », fondée par Xavier de Theux, intitulé Le Bibliophile belge. Rappelant sa préface de 1864, Olivier écrivait : « C’est pour rester fidèle à ce même principe que nous nous effaçons aujourd’hui pour faire place au grand soleil à un confrère nouveau [...] » Certaines contributions sont importantes, telle la « Bibliographie bouillonnaise » de Jean-Baptiste Douret, en 1868 (p. 38-51, 101-120 et 197-211). Le bulletin cessa de paraître avec le numéro de 1879. Olivier reprit de 1881 à 1886 ses Annales, sous le titre des Annales du bibliophile belge.




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    A ne lire qu'après avoir lu Cazin, l'éponyme galvaudé (au risque de ne plus rien y comprendre)
    

    p. 46




















































































    












































































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    Fils du sénateur Pierre Boutourlin (1734-1787) et filleul de l’impératrice de Russie Catherine II « la Grande » (1729-1796), le comte Dmitri Boutourlin est né à Saint-Pétersbourg [Leningrad], en Russie, le 14 décembre 1763. Il fut élevé dans la demeure de son oncle, le très anglophile comte Alexandre Vorontsov (1741-1805), après la mort prématurée de sa mère en 1765. Il reçut une éducation militaire et fut d’abord aide de camp du prince Grigori-Aleksandrovitch Potemkine (1739-1791), puis il entra au ministère des affaires étrangères. Il démissionna en 1793, s’installa à Moscou et s’adonna complètement à la création de sa célèbre bibliothèque.

    Si les recueils biographiques sont muets sur son compte, ceux qui s’occupent de bibliographie n’ont pas perdu de vue ce fervent collectionneur de livres : sauf, entre autres, Joannis Guigard au xixe siècle (Nouvel armorial du bibliophile. Paris, Émile Rondeau, 1890, t. II, p. 86-87) et la Médiathèque de Montpellier aujourd’hui (http://www.purl.org/yoolib/bmmontpellier/13372), qui le confondent avec son homonyme le général Boutourlin (1790-1849), semblant ne pas se rendre compte de l’incompatibilité des dates.
    Le comte Alphonse Fortia de Piles fut le premier à s’en souvenir, dans son Voyage de deux Français en Allemagne, Danemarck, Suède, Russie et Pologne, fait en 1790-1792 (Paris, Desenne, 1796, 5 vol. in-8, t. III, p. 342-343) :

    « Comte Boutourlin. Il possède une très-jolie bibliothèque, en fort bon état, quoique continuellement feuilletée : elle est de 14 à 15 mille volumes (ils ne sont pas tous à Moskou). Rien d’unique ; mais dans le nombre, de très-beaux ouvrages : on a de la peine à concevoir comment le possesseur a pu, en cinq ans, former un recueil aussi considérable, et sur-tout aussi bien choisi dans le pays le plus dénué de ressources pour cette partie, où tout doit s’acheter au poids de l’or. On ne sera pas moins surpris de voir comment le comte Boutourlin s’exprime en français, comment il connoît la France, comment il parle de Paris, et cela sans être jamais sorti de Russie : il a de plus, sur son pays, des idées que l’on n’y rencontre que dans les gens qui ont voyagé, mais non dans tous, à beaucoup près ; ce qui prouve que les bons esprits trouvent en eux-mêmes toutes les ressources, et peuvent se passer de secours étrangers. Il a un cabinet de physique, garni des plus beaux instrumens : une belle collection de musique. Nous invitons les voyageurs à se procurer sa connoissance, sur-tout les Français, qu’il paroît aimer de préférence, et qui forment presque entièrement sa société. » [sic]

    C’est vers cette époque que le comte Boutourlin fit imprimer son premier catalogue domestique intitulé Catalogue de la bibliothèque de M. le comte D. Boutourline [sic] (Saint-Pétersbourg, 1794, in-4, II-149 p.) : rare, il contient des livres imprimés en langue française et quelques manuscrits.


    Le second catalogue, également domestique, fut le Catalogue des livres de la bibliothèque de S.E.M. le comte de Boutourlin (Paris, Charles Pougens, an XIII-1805, in-8, [2]-758 p., 4.003 numéros pour les imprimés, 24 numéros pour les manuscrits), revu par Antoine-Alexandre Barbier, bibliothécaire du Conseil d’Etat, et Charles Pougens, de l’Institut de France :

    « En fesant imprimer le Catalogue de mes livres, je n’ai d’autre intention que de me rendre compte à moi-même de mes propres jouissances. […]
    On trouvera dans ce Catalogue quelques éditions du xve siècle. Elles se sont trouvées inscrites à leurs places et sont ainsi restées ; mais j’avertis que je suis bien plus riche dans cette partie. J’en possède près de trois cents articles, dont quelques-uns infiniment précieux, tels que le Speculum humanae salvationis, sur vélin, la Biblia Pauperum, etc. J’en ai fait un Catalogue à part, avec quelques observations, que je compte faire imprimer. J’ai aussi quelques Manuscrits sur vélin : avec le tems, tout cela pourra paraître. Mais comme je n’y mets aucune espèce de prétention, je ne puis être tenu à aucune espèce de responsabilité. » [sic]

    Le « Catalogue des éditions du xve siècle faisant partie de la bibliothèque de M. le comte de Boutourlin » que promettait le comte a paru : in-4 de 467 pages, sans titre, sans nom, ni lieu [Leipzig], ni date [1806], contenant 379 articles, il fut rédigé par Louis de Ronca, bibliothécaire du comte pendant plusieurs années.    


    
    Camellia japonica Comte Boutourlin
    
    Edouard-Daniel Clarke, dans ses Voyages en Russie, en Tartarie et en Turquie (Paris, Fantin, 1812, t. I, p. 179-182), décrivit la bibliothèque, le jardin botanique et les machines de Boutourlin :

    « La bibliothèque, le jardin botanique et le muséum du comte Botterline, sont peut-être les choses les plus curieuses à voir en Europe. Ce seigneur possède non-seulement les exemplaires les plus rares des classiques ; mais il a, de quelques auteurs, et particulièrement de Virgile, un si grand nombre d’éditions que d’elles seules on pourrait former une bibliothèque. Ces livres n’occupent pas un appartement particulier, mais remplissent une multitude de pièces : ils sont relier dans la maison ; et cet emploi occupe plusieurs ouvriers qui y sont entretenus pour cela. Le comte possède presque toutes les éditions princeps ; et sa suite des ouvrages imprimés durant le xve siècle, monte à près de six mille volumes, suivant Orlandi [Origine e progressi della stampa da Peregrin. Anton. Orlandi, Bononiae, 1722]. J’ai autrefois parcouru la liste que cet écrivain donne des auteurs imprimés entre 1457 et 1500 ; leur nombre s’élève à mille trois cent trois : il paraît très-probable que la collection du comte Botterline les renferme tous. Le catalogue de cette partie de sa bibliothèque remplit deux volumes in-folio. Il avait fait venir de Paris le fameux ouvrage de Théodore de Bry, collection de voyages avec de belles gravures en bois. Il avait mis beaucoup de soins à rassembler, de tous les pays, des suites complètes d’annales ecclésiastiques, qui montaient déjà à quarante volumes in-folio. Cette immense bibliothèque se divise en six classes distinctes. Les tableaux ne sont pas nombreux, mais ils sont bien choisis.
    Le jardin botanique (cette étude est son goût favori) renferme une serre qui n’a certainement pas sa pareille dans le monde. A l’une des extrémités est placée une petite bibliothèque de livres botaniques, qui lui offre l’avantage de se livrer à l’étude […] » [sic]

    La bibliothèque d’environ 40.000 volumes du comte Boutourlin, une des premières de l’Europe, brûla lors de l’incendie de Moscou en 1812. « La bibliothèque du comte Boutourline [sic] avait été estimée à un million [de roubles], et il n’en resta pas un volume. » (Comte Rostopchine. La Vérité sur l’incendie de Moscou. Paris, Ponthieu, 1823, p. 46-47)



    Après avoir occupé la place de directeur du musée de l’Ermitage, à Saint-Pétersbourg, son mauvais état de santé l’obligea à aller s’établir en 1817 à Florence, en Italie :

    « Je suis à pourchasser un reste de santé qui m’échappe journellement. Les drogues et la diète m’ennuient au-delà de toute expression. Mais il vaut encore mieux s’ennuyer que souffrir, et depuis longtemps je n’ai plus cette alternative. » (10 août 1809)

    Il y forma une nouvelle collection, plus remarquable que la première, d’environ 33.000 volumes :

    « Comme il faut bien remplir sa journée par quelque chose, je me suis mis à refaire une bibliothèque. Je sens bien dans cette occupation que je travaille pour mes enfans, plus pour mes enfans que pour moi-même ; car en lumières de l’esprit on n’acquiert guère à mon âge, mais dans cette besogne je retrouve parfois le calme du cœur et surtout une distraction utile qui m’éloigne du courant du siècle. Cicerone, Dante, Pascal, etc. me sont de meilleurs amis et bien meilleure compagnie que les plus illustres de nos jours. »[sic] (1819)

    Il y fut aussi l’auteur d’un opuscule d’actualité intitulé Des Grecs, des Turcs, et de l’esprit public européen (Paris, Jules Renouard, 1828).



    Le catalogue domestique de sa bibliothèque fut rédigé par Étienne Audin, aidé par l’Anglais Francis Sloane : Catalogue de la bibliothèque de son exc. M. le comte D. Boutourlin (Florence, s.n., 1831, in-8, [10]-26-[2]-156-[2]-18-[2]-14-74-[2]-26-42-[2]-50-[2]-54 p., 7.930 numéros, 200 ex.). Ce catalogue, qui contient bien des erreurs, compte 244 manuscrits, 964 éditions du xve siècle, des Aldes, la collection des Bodoni complète, des Classiques italiens, etc. :

    « En faisant publier le Catalogue des livres de M. le Comte D. Boutourlin, ses fils n’ont d’autre but que d’élever un monument au plus éclairé et au plus courageux des Bibliophiles. […]
    Il y a peu de Bibliothèques d’Amateurs qui présentent une réunion pareille de livres précieux, tant manuscrits qu’imprimés, et d’une aussi parfaite conservation : on y trouve des manuscrits très anciens ou richement enluminés, et quelques autographes, plusieurs éditions du xv siècle inconnues ou d’une extrême rareté, des superbes grecs et grand-papiers parmi les Aldes, des éditions des Giunti inconnues, la Collection des Bodoni complète, et celle des Classiques italiens d’une très vaste étendue ; plusieurs volumes sont encore dans leurs couvertures primitives et non rognés, et les reliures modernes sont faites avec élégance et presque toutes en maroquin ou en cuir de Russie. […]
    La mémoire prodigieuse dont M. le Comte était doué, favorisait singulièrement son goût passionné pour les livres ; et l’on peut dire, sans exagération, qu’il n’y a pas d’article remarquable en Bibliographie qui lui fût inconnu. Nous en avons eu nous mêmes les plus amples témoignages en travaillant sous sa direction pendant une suite d’années ; et les notices qu’il nous a laissées, nous ont servi de guide dans la rédaction de ce Catalogue. »


    
    Speculum vitae humanae
    Augsbourg, Zainer, 1472
    
    Après la mort de son propriétaire, arrivée à Florence le 7 novembre 1829, cette bibliothèque fut apportée à Paris et mise en vente publique. Le 10 août 1839, dans le Journal de la librairie, parut un « Avis aux bibliophiles » :

    « Il sera vendu, vers la fin de l’année, la magnifique bibliothèque de feu M. le comte de Boutourlin, composée de plus de vingt-cinq mille volumes, et que les héritiers de ce célèbre bibliophile se sont décidés à faire transporter et à faire vendre aux enchères à Paris. […]
    On peut affirmer que depuis la vente Mac-Carthy, il n’a pas été livré aux enchères, en France, une collection de livres rares et de manuscrits, comparable à la bibliothèque de M. de Boutourlin ; elle est des plus riches en éditions du quinzième siècle. La collection des Aldes y est presque complète et renferme des articles uniques. L’histoire et la littérature italienne, les classiques grecs et latins, la théologie, les ouvrages à figures, en un mot toutes les classes de la bibliographie sont dignement représentées dans cette bibliothèque qui doit exciter au plus haut point l’attention des bibliophiles. »



    À cette occasion fut publié un nouveau catalogue, classé selon la méthode française, en trois parties :  
    Catalogue de la bibliothèque de feu M. le comte D. Boutourlin (Paris, Silvestre, 1839, in-8, [4]-3-[1 bl.]-306-[8] p., 3.043 lots). Première partie vendue en 30 vacations du jeudi 25 novembre au lundi 30 décembre 1839.


    Catalogue de la bibliothèque de feu M. le comte D. Boutourlin (Paris, Silvestre, 1840, in-8, [4]-254-[8] p., 2.884 lots). Deuxième partie vendue en 28 vacations du lundi 16 novembre au jeudi 17 décembre 1840.


    Catalogue de la bibliothèque de feu M. le comte D. Boutourlin (Paris, Silvestre, 1841, in-8, [4]-142-[4] p., 1.757 lots). Troisième partie vendue en 15 vacations du jeudi 14 au samedi 30 octobre 1841.
    Les deuxième et troisième parties contiennent les ouvrages catalogués en 1831 ; la première ne se trouvait pas cataloguée précédemment. Trente exemplaires de ce catalogue ont été tirés sur grand papier vélin, et numérotés à la presse. 



    Tous les livres portent l’ex-libris armorié du comte Boutourlin : « Écartelé : au 1, d’or, à l’aigle de sable, couronnée d’or mouvante du flanc senestre de l’écu ; au 2, d’hermine à la couronne impériale d’or ; au 3, d’azur, à une dextrochère, armée d’un badelaire, mouvante du flanc senestre de l’écu ; au 4, d’or à l’aigle de sable contournée, couronnée d’or mouvante du flanc dextre de l’écu. Sur le tout, d’azur à l’aigle d’argent », accompagné de la devise de l’Ordre de Sainte-Anne du Schleswig-Holstein, « Amantibus justitiam, pietatem, fidem » [Pour ceux qui aiment la justice, la piété, la foi].



    Les livres anciens de cette bibliothèque, et surtout les éditions aldines, étaient pour la plupart mal conservés et ont été vendus à des prix médiocres. La Bibliothèque Bodléienne, de l’Université d’Oxford, fit de nombreux achats ; le meilleur, particulièrement des manuscrits, fut acheté par le fameux Guglielmo Libri.

    
    Cloture sacrée de l'église grecque de Livourne
    
    Le comte Boutourlin avait été enterré dans l’église grecque de Livourne. De son mariage avec sa cousine issue de germain, Anna-Artémievna Vorontsov, il avait eu deux fils et trois filles.





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  • 04/24/13--02:35: Bibliotheca Hultemiana
  • C’est après l’acquisition par l’État belge de la collection Van Hulthem que le gouvernement décida la création de la Bibliothèque royale de Belgique.




    Dernier de neuf enfants, Charles-Joseph-Emmanuel Van Hulthem est né à Gand le 17 avril 1764. Orphelin de père à l’âge de cinq ans, il apprit le dessin chez Pierre-Norbert Van Reysschoot (1738-1795), artiste peintre qui possédait une des bibliothèques les plus remarquables qu’aucun peintre belge n’ait possédées et qui lui transmit le goût des arts et des livres. À la sortie du collège, il fut destiné au commerce et fut apprenti négociant à Lille, avant de réussir à convaincre sa mère de le laisser faire des études de droit à Louvain. 

    Devenu bachelier en droit en 1788, Van Hulthem rentra à Gand. Il fut successivement membre du Conseil de la ville de Gand (1789), secrétaire adjoint de la municipalité, membre du Jury des arts et sciences et du Jury d’instruction publique (1795), président de l’Assemblée primaire (1796), député au Conseil des Cinq-Cents, inspecteur de l’Imprimerie nationale de Paris (1797), bibliothécaire de la ville de Gand (1800), membre du Tribunat (1802), député à la section de l’intérieur du Conseil d’État, administrateur de la Société pour l’encouragement de l’industrie nationale à Paris (1803), membre de la Légion d’honneur (1803), secrétaire de la Société royale d’agriculture et de botanique de Gand (1809), recteur de l’Académie et de l’École de droit de Bruxelles (1809), greffier de la Seconde chambre des États-Généraux (1815), chevalier de l’Ordre du Lion Belgique, bibliothécaire et secrétaire perpétuel de l’Académie royale des sciences et belles-lettres de Bruxelles, président de la Société royale d’agriculture et de botanique de Gand (1816), curateur de l’Université de Louvain (1817), membre de la Seconde chambre des États- Généraux (1821), curateur de l’Université de Gand (1823).

    Amateur de botanique, c’est à lui qu’on doit le choix de l’emplacement du jardin botanique de Gand, créé en 1796. Il avait suivi, en 1785, les cours de Jean-Joseph Michaux (1717-1793), directeur du jardin botanique de Louvain, puis, en 1794, ceux de René-Louis Desfontaines (1751-1833), professeur de botanique au Muséum d’histoire naturelle de Paris.



    Il s’abreuvait à toutes les sciences et constitua une des plus belles et des plus complètes bibliothèques particulières consacrées à la Belgique.


    Il avait acheté son premier livre en 1773, à l’âge de neuf ans, un ouvrage sur les arts du dessin, par Willem Goeree (1635-1711), antiquaire et libraire à Middelburg, puis à Amsterdam, intitulé Inleydinge tot de algemeene teyken-konst (Leyden, van der Dyster, 1739).


    Sa première bibliothèque demeura à Gand. Dans son Voyage fait dans les départemens nouvellement réunis (Paris, Baudouin, 1803, t. II, p. 125-127), Armand-Gaston Camus (1740-1804), garde des Archives nationales, disait d’elle :


    « La bibliothèque de ce citoyen mérite elle-même d’être comptée parmi les belles bibliothèques particulières. [...] Ce qui est propre à cette bibliothèque, c’est une nombreuse collection d’ouvrages sur l’histoire de la Belgique. Tout ce qui a trait à cette histoire, dans quelque langue que ce soit, y est rassemblé [...] des recueils intéressans, et en grande partie manuscrits, acquis à la vente de la bibliothèque de Mercier, abbé de Saint-Léger, entr’autres un exemplaire de l’Histoire de l’imprimerie, de Prosper Marchant, considérablement augmenté de notes par Marchant lui-même, copiées sur le manuscrit original qui est à la bibliothèque de Leyde [...] » [sic]


    À partir de 1810, Van Hulthem habita à Bruxelles, dans sa maison située rue Royale, n° 34, à l’angle de la rue Montagne du Parc.

    Il y avait des livres partout, jusque dans le salon. Dans la salle à manger, la table sur laquelle il prenait son dîner en était couverte. Sa chambre en était encombrée. Il craignait si fort la fumée et la poussière pour ses livres, qu’il ne voulut jamais de feu dans sa chambre, même pendant l’hiver. Quand il était couché et que le froid était trop intense, il se faisait mettre sur les pieds un de ses in-folios relié en parchemin : le livre qu’il avait choisi à cet effet était les Rerum per octennium in Brasilia et alibi nuper gestarum (Amsterdam, J. Blaeu, 1647), par Caspar Van Baerle. Pendant l’hiver rigoureux de 1825, on le vit revenir en diligence du fond de la Hollande, sans manteau et tenant sur ses genoux deux magnifiques volumes in-4, qu’il n’avait pas osé mettre dans sa malle, de peur qu’ils ne se frottassent.

    Pendant quinze ans, Van Hulthem et ses deux amis, restés célibataires comme lui, le bibliomane anglais Richard Heber (1773-1833) et Pierre-Philippe-Constant Lammens (1762-1836), bibliothécaire de l’Université de Gand, assistèrent aux principales ventes de livres des Pays-Bas qui se terminaient autour d’une bonne table.

    Lorsqu’on venait à parler devant lui d’un livre introuvable, il laissait dire quelque temps puis terminait par ces deux mots : « Je l’ai. » Avec son fidèle domestique depuis 1804, Joseph Delforge, il a lavé environ 20.000 volumes. À Bruxelles, son relieur était Antoine Catoir (1782-1853), relieur du roi. N’ayant jamais revendu un seul livre, il posséda ainsi plusieurs exemplaires des livres les plus rares.


    Il fit graver cinq ex-libris :




    Le premier fut gravé en 1806 par Emmanuel de Ghendt (1733-1815), d’après un dessin de Bernard Duvivier (1762-1837) : il représente l’Étude, dans un cabinet de travail, avec l’épigraphe de Cicéron « Omnes artes, quae ad humanitatem pertinent, habent commune quoddam vinculum. » [Tous les beaux arts nés de la civilisation se tiennent comme par un lien commun].


    Le second, gravé en 1808 par Antoine Cardon (1739-1822), d’après André-Corneille Lens (1739-1822), montre Minerve assise, tenant d’une main une palme et de l’autre une couronne, avec la légende « Secundas res ornat, adversis perfugium ac solatium præbet. » et la mention « Ex Bibliothecâ C. Van Hulthem Gandensis, Rect. acad. Brux. »

    Le troisième, gravé par Adolphe Jouvenel (1798-1867), directeur de l’Académie de Gand, d’après le dessin de l’architecte François-Tilman Suys, représente une bibliothèque dominée par le buste d’Érasme, avec un passage tiré de son éloge des livres, « Libri vocat praesto sunt, invocati non ingerunt sese, jussi loquuntur, injussi tacent, secundis in rebus moderantur, consolantur in afflictis, cum fortuna minime variantur. » (Epistolarum, centuria VII, epist. 12), complété par « Ex bibliotheca C. Van Hulthem ».

    Le quatrième, gravé par Charles Onghena (1806-1886), représente la tête de Cérès avec cet exergue « Ex libris C. Van Hulthem soc. reg. agricult. et botan. Gand. praesidis. », entourés d’une riche guirlande de fleurs et de fruits.




    Le cinquième renferme, dans une guirlande de fleurs et de fruits, un éloge de l’agriculture partiellement emprunté au De officiis de Cicéron : « Ex libris C. Van Hulthem soc. r. agric. et botan. Gand. praesidis. – Nihil est agricultura melius, nihil homine, nihil libero dignius. Cic. »  [Rien n’est meilleur que l’agriculture, rien n’est plus digne d’un homme, et d’un homme libre].


    Jamais les Belges n’avaient accepté d’être unis contre leur gré aux Pays-Bas : la révolution de Paris entraîna celle de Bruxelles, le 25 août 1830. Le 25 septembre, la maison de Van Hultem fut subitement envahie par une troupe de révolutionnaires belges : ils se mirent aux fenêtres après les avoir garnies de volumes in-folio pour s’abriter de la mitraille des troupes hollandaises. Plusieurs caisses de livres furent employées à la construction d’une barricade. Le fidèle domestique dut abandonner la maison qui devint, le lendemain, le quartier général des révolutionnaires. On ignore le nombre de livres détruits en cette circonstance, et dont quelques-uns servirent aux volontaires à faire des cartouches. Toutes les richesses numismatiques ne furent pas heureusement perdues. Les dégâts furent estimés à plus de 60.000 florins.


    Van Hulthem prit le parti de quitter la capitale et de transporter à Gand ses collections de livres, de gravures et de médailles. Le transport d’un nombre considérable de volumes et d’estampes fut une opération longue et coûteuse à laquelle plus de cinq mois furent employés.

    Van Hulthem vécut deux ans à Gand, dans la retraite. Quoique sobre, ne se nourrissant que de bouillie, de pommes de terre, d’eau et de punch, mais d’une forte corpulence, il mourut le 16 décembre 1832, à l’âge de 68 ans, d’un coup d’apoplexie. Quelques heures avant sa mort, il avait acheté son dernier livre : De l’état moral et politique de l’Europe en 1832 (Paris, Ladvocat, 1832) par Pierre-François-Xavier Bourguignon d’Herbigny (1772-1846). 


    Il laissa une masse énorme de volumes, qu’il ne s’occupa jamais de mettre en ordre. Seul un petit nombre d’ouvrages d’histoire se trouvait classé dans une seule chambre. Tout le reste était entassé dans le vaste salon et dans quatorze chambres, ou renfermé dans des caisses depuis un quart de siècle. Des caisses qui n’avaient pas été ouvertes depuis qu’il les avait envoyées de Paris, en 1810, furent ouvertes : les livres qu’on en tira étaient en partie détruits, soit par les vers, soit par l’humidité.


    Les collections précieuses des abbayes ayant été englouties par la Révolution française, les bibliothèques des universités ayant une destination spéciale, la bibliothèque de la ville de Bruxelles étant très incomplète et seule la bibliothèque de manuscrits, dite « des ducs de Bourgogne », étant la propriété de l’État, il appartenait au gouvernement de créer enfin une bibliothèque nationale et de négocier pour conserver à la Belgique la collection de Van Hulthem qui était mise en vente. Si cette bibliothèque était incomplète sur beaucoup de points, elle se recommandait par plus de mille manuscrits presque tous relatifs à l’histoire de la Belgique, par une collection unique de livres dans toutes les langues et de toutes les époques qui ont trait à cette histoire et par la collection la plus complète de livres relatifs à l’histoire littéraire et à l’histoire de la bibliographie de la Belgique.


    Charles-Jean-François Bremmaecker (1801-1844), de Gand, était l’héritier universel de Van Hulthem. Il céda au gouvernement la précieuse bibliothèque délaissée par son oncle, qui forma le premier fonds de la bibliothèque royale, se réservant un grand nombre d’ouvrages à planches et de livres relatifs aux beaux-arts, toutes les gravures et dessins sous glace ou en feuilles et la collection de médailles et de monnaies :


    « Vu le contrat conclu à Gand, le 2 août 1836, entre les commissaires autorisés à cet effet par le ministre de l’intérieur, d’une part, et Mr. Charles-Jean-François de Bremmaecker, tant en son nom que comme fondé de pouvoirs de Mlle. Marie-Charlotte-Caroline de Bremmaecker [1797-1838], d’autre part, en vertu duquel la bibliothèque de feu Mr. Charles Van Hulthem est acquise pour compte du gouvernement, [...] Il est ouvert au département de l’intérieur un crédit supplémentaire de 315,000 francs pour faire face au prix d’achat [279.400 francs], aux frais d’impression du catalogue et autres frais relatifs à l’acquisition de cette bibliothèque [35.000 francs]. »


    Le baron Étienne-Constantin de Gerlache (1785-1871), premier président de la Cour de cassation, président de l’Académie des sciences et belles-lettres de Bruxelles et de la commission royale d’histoire, fut chargé, avec François-Joseph-Ferdinand Marchal (1780-1858), conservateur des manuscrits de la Bibliothèque de Bourgogne, de constater l’état de la bibliothèque de Van Hulthem. Après avoir rappelé que « la valeur de cette collection augmente en raison du nombre et surtout de l’ensemble », qu’il avait fallu « une réunion de circonstances qui ne se représenteront plus : la destruction des couvents, un homme riche, ayant la monomanie des livres et s’y connaissant », que cette collection présentait des lacunes mais qu’ « il sera facile de les combler en mettant annuellement au budget une somme raisonnable », le rapport concluait : « Telle qu’elle est, la collection de Van Hulthem formerait déjà le commencement d’une belle et vaste bibliothèque nationale, que la Belgique pourrait montrer à l’étranger et ouvrir à la jeunesse studieuse. »


    Le baron Frédéric de Reiffenberg (1795-1850), professeur à l’Université de Liège, fut nommé le 25 juillet 1837 conservateur de la bibliothèque, avec un traitement de 7.000 francs.

    Transférées par la voie du chemin de fer, 293 caisses arrivèrent à Bruxelles du 30 octobre 1838 au 24 mars 1839. La bibliothèque Van Hulthem fut placée dans l’aile gauche du palais de l’industrie et fut ouverte au public le 21 mai 1839.




    Le Catalogue des livres de la bibliothèque de feu M. de Bremmaecker, provenant en grande partie de celle de M. Ch. Van Hulthem (Gand, Ad. Van der Meersch, 1845) est un supplément indispensable à celui de la Bibliotheca Hulthemiana (Gand, J. Poelman, 1836-1837, 6 vol. in-8), rédigé par Auguste Voisin (1801-1843), bibliothécaire et professeur à l’Université  de Gand, qui renferme 32.701 numéros, dont 1.016 manuscrits, soit environ 64.000 volumes : théologie, jurisprudence, sciences et arts, philosophie, économie, politique, physique, chimie, histoire naturelle, agriculture et économie rurale, botanique (vol. I), sciences et arts (suite) et belles-lettres (vol. II), histoire (vol. III), histoire, sciences, arts et littérature des Pays-Bas (vol. IV), supplément et tables (vol. V), manuscrits (vol. VI).











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    Gustave Brunet (1805-1896), dans ses « Études sur la reliure des livres » (in Actes de l’Académie de Bordeaux. Paris, Dentu, 1866, p. 88), signale « à cause de sa singularité, un poème sur la Reliure, que publia en 1820 un relieur parisien, nommé Lesné, dont les vers, tout comme les produits industriels, sont restés au-dessous du médiocre. » Il ajoute, après avoir offert deux échantillons dudit poème : « On voit que le poème de Lesné mérite de rester dans l’oubli, qui en a fait sa proie. »


    Cet avis catégorique est asséné sans aucune autre justification que le renvoi, d’ailleurs incomplet et inexact, à la « Lettre trentième concernant l’imprimerie et la librairie de Paris » (Paris, Crapelet, 1821, p. 58-71), par l’imprimeur Georges-Adrien Crapelet (1789-1842), traduite de l’anglais de A bibliographical, antiquarian and picturesque tour in France and Germany (London, 1821, vol. II, p. 412-422), par Thomas-Frognall Dibdin (1776-1847), où le bibliographe anglais critique les relieurs français, sans en avoir vu aucun :


    « Il y a un relieur du nom de Lesné, maintenant occupé, comme je viens de l’apprendre, d’un poëme sur son art, et qui passe également pour un artiste assez habile. Quelques uns disent cependant qu’il écrit mieux qu’il ne relie, ce qui et d’autant plus fâcheux pour sa petite famille, s’il est marié. […] Il est pourtant vrai que des amateurs judicieux et impartiaux, avec lesquels je me suis entretenu, paraissent aussi penser que l’art de la reliure en France, dans son état actuel, s’il ne rétrogade pas, est au moins stationnaire, et ne paraît pas pouvoir atteindre au plus haut degré de perfection. » [sic]


    En note, Crapelet commente :


    « Quoique l’ouvrage de M. Lesné ne forme qu’un petit volume in-8°, qu’il n’est pas coûteux de se procurer, et dont on ne peut pas regretter la dépense, je retranche peu de choses aux longues citations de M. Dibdin, parce que le poëme de M. Lesné ne me paraît pas une production ridicule, comme je l’ai entendu dire. Le style et la poésie de l’auteur n’ont pas une grande élévation sans doute, mais ils sont presque toujours appropriés au sujet. […] Il était impossible à l’auteur d’éviter l’emploi d’une foule de mots propres, mais très peu poétiques, lorsqu’il décrit la partie technique ; mais cet ouvrage, dans les notes surtout, n’en est pas moins instructif, curieux et utile aux amateurs de belles et bonnes reliures, qui certainement y trouveront beaucoup de choses qu’ils ignorent. » [sic]


    Lesné ne put se contenter de commentaires qui n’avaient relevé qu’une partie des inconvenances de la « Lettre trentième », et contre-attaqua dans une Lettre d’un relieur français à un bibliographe anglais (Paris, Crapelet, 1822) :


    « Si dans votre Lettre vous vous borniez à critiquer mon Poëme, ou même à dire que j’écris moins mal que je ne relie, je me garderais bien de vous répondre ; mais vous attaquez les relieurs français en général ; vous prétendez qu’ils ne sont parvenus au point où ils en sont qu’en imitant vos ouvriers ; vous leur accordez, comme par grâce, qu’en continuant ainsi, l’âge d’or pourra renaître en France pour la reliure : phrase à coup sûr plus gigantesque que celle que vous me reprochez quand je parle de sa décadence. […] il ne me sera pas difficile de vous prouver que c’est justement en imitant vos ouvriers que la reliure française est tombée dans l’état de dépérissement où nous l’avons vue […].

    Quant à moi je voudrais qu’on se bornât à établir des reliures simples, mais solides, susceptibles de durer autant de temps que les livres, dans les deux parties qui constituent essentiellement la reliure, c’est-à-dire  la couture et l’endossement ; que l’on pût renouveler la couverture sans pour cela être obligé de démonter le livre, et par conséquent de le recoudre et le rogner de nouveau ; mon unique but est la conservation des marges, puisque c’est d’après leur dimension que s’établit ordinairement le prix d’un livre. » [sic]



    Cette Lettre fut suivie par une Épître à Thouvenin (Paris, F. Didot, 1823) :


    « Vous croyez que Dibdin s’en tient à ses missives ;

    Il sait par cent moyens vomir des invectives ;

    A Londres, à Paris, on connaît ses écarts,

    Nous ne sommes pas seuls l’objet de ses brocards. »


    Ces deux textes de Lesné témoignent bien des rivalités mesquines entretenues alors par la France et l’Angleterre.

    En remerciement, Thouvenin offrit à Lesné un exemplaire de sa Lettre d’un relieur français à un bibliographe anglais dans une reliure en maroquin rouge mosaïqué de jaune et de vert, tranches dorées, qui a appartenu à Charles Cousin (1822-1894), puis à René Descamps-Scrive (1853-1924).


    Mathurin-Marie Lesné, dit « Lesné aîné », naquit à Paris le 7 novembre 1777 et mourut à Batignolles-Monceaux (aujourd’hui XVIIe arrondissement de Paris) le 31 juillet 1841.

    La Révolution ayant interrompu ses études, il exerça la profession de serrurier jusqu’en 1804, quand il se forma, seul dit-il, à l’art de la reliure et s’installa comme libraire dans la rue des Grès, dénomination du passage des Jacobins depuis 1799, aujourd’hui rue Cujas (Ve).

    À la même adresse, on relève à cette époque la présence du libraire Antoine-René-Marie Lesné, dit « Lesné père », et, tenant la librairie voisine immédiate, Jean-Auguste Lesné, dit « Lesné jeune », décédé le 24 octobre 1846 dans le XIe arrondissement ancien (VIe actuel) : le premier pourrait être le père, le second le frère de Mathurin. Nous ne le saurons probablement jamais, l’état-civil parisien antérieur à 1860 ayant été détruit lors des incendies de la Commune en mai 1871, et un tiers seulement des actes perdus ayant été rétabli.


    Dès 1818, Mathurin Lesné présenta à la Société d’encouragement pour l’industrie nationale un « Mémoire relatif aux moyens de perfectionnement propre à faire retarder de plusieurs siècles le renouvellement des reliures »,  qui fut soumis, avec succès, au jury de l’Exposition des produits de l’industrie française l’année suivante. Lesné avait cherché à éviter les inconvénients des méthodes suivies alors pour relier les livres, afin d’arriver à la souplesse et à la solidité de la reliure hollandaise :


    -          il substituait, aux nerfs formés de ficelles, de forts lacets plats en soie, évitant ainsi de faire des entailles dans le dos pour les y loger et permettant de conserver toute la marge intérieure des livres.

    -          adoptant des fils de soie torse au lieu de fils de chanvre, il pratiquait la couture cahier à cahier et l’étendait sur toute la longueur de chacun d’eux, de manière qu’elle y forme au moins quatre points longs d’attache.

    -          il rétablissait l’usage du parchemin pour doubler les dos et les attacher aux couvertures.

    -          pour les couvertures, il substituait, aux cartons fabriqués en pâte molle et recouverts d’une peau mince, du cuir fort, battu ou laminé.

    -          il diminuait l’emploi de la colle, et remplaçait la colle de pâte, faite avec de la farine et principale cause de la destruction des livres par les insectes, par la colle forte (colle de gélatine) délayée dans une dissolution de coloquinte.


    Ces reliures avaient pour avantages leur longue durée et la facilité de les renouveler sans découdre les livres, mais pour inconvénient leur prix augmenté et ne pouvaient donc pas être employées pour des livres ordinaires.


    C’est au cours de l’année 1820 que Lesné déménagea de la rue des Grès à la rue de Tournon (VIe), où il demeura au moins une quinzaine d’années. Sur la fin de sa vie, en 1839 et en 1840, on le trouve rue Vivienne (IIe).


    Plus indulgent que Brunet, Henri Beraldi (1849-1931), dans La Reliure du xixe siècle (Paris, L. Conquet, 1895, Première partie, p. 57-84), fait naître Lesné vers 1775, le confond avec un certain François-Antoine-Désiré Lesné – en réalité son fils ? – dont on retrouva le corps le 19 février 1839 dans la Seine, près du pont d’Arcole.



    Pourtant, la nécrologie exacte de Mathurin Lesné avait été publiée dans le Feuilleton du Journal de la librairie du 26 février 1842.


    Roger Devauchelle (1915-1993), dans La Reliure (Paris, Éditions Filigranes, 1995, p. 169) recopie servilement Beraldi, et augmente le nombre des adresses fantaisistes du relieur qui avaient été données par le célèbre bibliophile, malgré les indications fournies par les publications du poète.




    Après huit années de travail, Lesné publia La Reliure, poème didactique en six chants (Paris, Lesné et Nepveu, 1820, in-8, 252 p.), avec l’aide de son ami Auguste-Nicolas Nepveu († 1837), libraire-éditeur dans le passage des Panoramas (IIe). L’ouvrage est dédié à son fils :


    « A dix-sept ans, tu es mon premier ouvrier ; à dix-sept ans, tu sais à-peu-près un art que je ne commençai à apprendre qu’à vingt-sept ; tu n’as plus qu’à t’y perfectionner. 

    C’est bien moins dans mon livre qu’il te faut étudier, que d’après nos grands ouvriers que tu dois t’efforcer d’imiter. […]

    Pénètre-toi bien que l’état le plus simple devient un art dans la main de celui qui l’exerce avec distinction […].

    Sans négliger l’embellissement, […] que la solidité soit ta principale étude […]. »


    La « Dédicace » est suivie d’une « Préface » :


    « Mon unique but a été de fixer, pour ainsi dire, mnémoniquement les principes fondamentaux de mon art, me réservant de développer quelques principes secondaires, seulement les plus essentiels, dans des notes […] »


    Le poème, suivi du « Mémoire relatif aux moyens de perfectionnement », est enrichi de notes particulièrement intéressantes sur le mécanisme de la reliure.


    Le chant premier est historique :


    « Gascon parut alors, et des premiers en France

    Sut mettre en sa reliûre une noble élégance ;

    Une solidité que Deseuil imita,

    Et que de surpasser personne ne tenta.

    Pasdeloup le suivit, puis le fameux Derome,

    […]

    Ces hommes ne visaient qu’au bien fait, au solide ;

    Le clinquant à leurs yeux était fade, insipide ;

    […]

    L’art pour beaucoup de gens devint trop malaisé ;

    La paresse inventa bientôt le dos brisé.

    Les parchemins, les nerfs parurent inutiles,

    On osa supprimer jusques aux tranchefiles ;

    L’élégance tint lieu de la solidité,

    On sacrifia tout à l’élasticité.

    Delorme effrontément supprima la couture ;

    D’autres auraient peut-être élagué l’endossure ;

    […]

    Les amateurs, outrés de tant de nonchalance,

    Envoyèrent long-temps leurs livres hors de France,

    Et chez nous ce bel art retombait au néan,

    Alors que s’établit le fameux Bozérian.

    Cet artiste amateur sut guérir sa patrie

    De regarder l’Anglais avec idolâtrie.

    […]

    Oui, Bozérian l’aîné, seul osa les combattre ;

    Son frère en l’imitant sut presque les abattre ;

    En marchant sur ses pas, Lefebvre, son neveu,

    Entre les deux parens tint un juste milieu.

    […]

    Tous trois seraient pourtant demeurés sans rival,

    S’il n’était survenu le soigneux Courteval ;

    […]

    Simier parut ensuite, et cet habile artiste

    Des ouvriers fameux semblait fermer la liste ;

    Près de lui le plus grand ne paraissait qu’un nain,

    Quand pour l’honneur de l’art s’établit Thouvenin ;

    […]

    Il est riche, pompeux, superbe, magnifique !

    Ses fers semblent poussés par l’art typographique,

    Et toujours élégant dans sa simplicité,

    Sait joindre la souplesse à la solidité. » [sic]


    Lesné ajoute en note :


    « Desseuil [Augustin Duseuil, relieur ordinaire du roi de 1717 à 1746] fut celui qui, après Gascon [Le Gascon, actif de 1622 à 1661], ajouta beaucoup à la solidité de la reliure et à son embellissement. […]

    Pasdeloup [Antoine-Michel Padeloup, relieur du roi de 1733 à 1758] et Derome [Jacques-Antoine Derome, actif de 1718 à 1760] étaient contemporains : ils travaillaient très solidement et très élégamment dans le goût de leur temps. […] Peu de relieurs ont trouvé le moyen de réunir la solidité à cette élasticité, tant estimée aujourd’hui. Les Courteval [actif rue des Carmes, de 1796 à 1836], Bozérian [Jean-Claude Bozérian, dit « l’Aîné », actif de 1795 à 1812, et François Bozérian, dit « le Jeune », actif de 1801 à 1818], Lefebvre, Simier, Thouvenin, et un très petit nombre avec eux, ont assez bien réuni ces deux extrêmes ; mais la plupart ne s’attachent qu’à l’embellissement souvent mal entendu, et à donner de l’ouverture à leur livre. De là est venue la mode presque universelle des reliures à la grecque, méthode très abréviative et pernicieuse, qui gâte presqu’autant de livres qu’on en relie […] » [sic]


    Le chant II est pour les préceptes généraux ; les chants III et IV traitent du corps d’ouvrage ; le chant V est « le chant du veau », selon l’expression de Beraldi ; le chant VI est celui de la dorure.



    Dans son Épître à Simier père, sur l’Exposition de 1823 (Paris, J. Renouard, 1827), datée du 15 décembre 1823, Lesné établit un parallèle entre René Simier (1772-1843) et Joseph Thouvenin (1790-1834) et montre sa préférence pour ce dernier. L’éditeur Jules Renouard (1798-1854) était son voisin d’en face, rue de Tournon, depuis 1826. Lesné, avait été admis à l’exposition, mais, inquiet sur le sort de son fils et de sa fille malades, n’eut pas le temps d’achever les ouvrages qu’il se proposait d’exposer. Cette épître, qui fait partie de la seconde édition du poème de La Reliure, a été tirée à part à 12 exemplaires.



    Cette « Seconde édition dédiée aux amateurs de la reliure » de La Reliure, poème didactique en six chants (Paris, l’Auteur et J. Renouard, 1827, in-8, 390 p.) ne fut tirée elle-même qu’à 125 exemplaires, numérotés en or, sur grand-raisin [sic] vélin, et offre, outre des rectifications, des additions d’opuscules alors épuisés : « Lettre d’un relieur français à un bibliographe anglais », « Épître à Thouvenin », « Épître à Simier père, sur l’Exposition de 1823 », « Satire à mon esprit », une déclaration de l’auteur – « je vais m’occuper maintenant de mettre en ordre et de rédiger les matériaux amassés depuis long-temps [sic] pour le Manuel du Relieur, que je me propose de publier par la suite » –, des « Notes des pièces diverses » et un « Vocabulaire explicatif et analytique des termes techniques ». L’ouvrage fut publié broché et « cartonné par l’auteur d’après ses procédés ».

    Georges Vicaire (1853-1921), dans son Manuel de l’amateur de livres du xixe siècle (Paris, A. Rouquette, 1904, t. V, col. 260), précise qu’il existe quatre cartons :

    -          pour les pages 89-90 correspondant aux pages 95-96.

    -          pour les pages 107-108-109 et 110 (cette dernière blanche).

    -          pour les pages 323-324-325 et 326.

    -          pour les pages 347-348-349 et 350.

    Le bibliographe explique comment reconnaître les exemplaires cartonnés de ceux qui ne le sont pas :

    -          p. 96 : après le vers « Défiez-vous des gens qui sans cesse vous louent. » qui figure dans le premier texte, les deux vers suivants sont ajoutés dans le carton : « Incapables sur rien de donner leur avis, Tout est bien à leurs yeux, alors qu’ils sont servis. »

    -          p. 108 : les vers suivants qui figurent dans le premier texte, sont supprimés dans le carton : « Je ferai mieux un jour, j’en conçois l’espérance, Si vous me précédez, je suis payé d’avance. »

    -          p. 326 : après le vers « S’attribuer l’esprit, le talent des graveurs, » qui figure dans le premier texte, les deux vers suivants sont ajoutés dans le carton : « Tous deux nous avons vus [sic] des Prussiens, des Cosaques, Se prélasser bien haut, quand ils poussaient leurs plaques. »

    -          p. 348 : après le vers « C’est un tyran qui vise au pouvoir absolu » qui figure dans le premier texte, les deux vers suivants sont ajoutés dans le carton : « De ses anciens excès gardons mieux la mémoire, Et ne lui laissons pas remporter la victoire. »



    
    Reliure de Debes sur La Reliure (1827)
    New York, 21 mars 2005, 7.200 $
    
    Dès la « Préface » de son célèbre Manuel du relieur (Paris, Roret, 1827, p. vj-ix), Louis-Sébastien Le Normand (1757-1837), professeur de technologie et des sciences physico-chimiques appliquées aux arts, cite avantageusement l’ouvrage de Lesné :


    « Celui de M. Lesné, intitulé la Reliure, poëmedidactique, est plutôt une critique judicieuse des manipulations vicieuses introduites dans l’art dont il traite, qu’une description de cet art. L’histoire de la reliure y est tracée avec assez d’exactitude. Les deux Mémoires qui terminent son poëme sont spécialement destinés aux divers perfectionnemens qu’il propose d’introduire dans l’art qu’il exerce, pour donner aux reliures les trois qualités essentielles que tout connaisseur recherche, l’élasticité, la solidité et l’élégance. » [sic]



    
    Reliure de Lesné sur La Reliure (1820)
    New York, 27 juin 2005, 3.360 $
    Les reliures de Mathurin Lesné sont extrêmement rares, non seulement sur le marché, mais aussi dans les collections publiques et privées.

    Ses travaux finirent par attirer sur lui l’attention de plusieurs amateurs et Lesné obtint, de 1832 à 1834, une place de chef d’atelier, et non de professeur, comme il le dit lui-même, à l’Institut royal des sourds-muets, établi rue Saint-Jacques.


    Il fut aussi l’auteur d’un  Mémoire présenté au jury de l’Exposition de 1834 sur les cartonnages conservateurs (Paris, J. Renouard, mai 1834) :


    « Le principal but de ces Cartonnages est de faciliter l’usage des livres dès qu’ils sont imprimés […]. Leur principal mérite est de conserver les livres intacts jusqu’à la reliure définitive.

    Ces cartonnages, cousus sur toile dans toute leur longueur, faits sans colle adhérente aux livres, bien que très solides et pouvant supporter autant de lectures réitérées qu’on peut le désirer, peuvent être défaits très facilement sans que les livres soient nullement endommagés, ce qui n’arrive jamais avec les cartonnages dits à la Bradel. […] ; je publie mon procédé, je n’en fais aucun mystère, et désire dans l’intérêt de la conservation des livres, que beaucoup d’ouvriers français et étrangers l’exploitent. Mais comme il est juste que chacun réponde de ses œuvres, afin que le public ne puisse être trompé, je l’avertis que de tout temps mes reliures ont porté mon nom, et que ces cartonnages soit à dos de toile, en simple carton, soit en demi-reliure à dos de veau ou de maroquin, porteront tous sur la garde voisine du titre un timbre sec avec ces mots :

    Exposition de 1834  Cartonnages conservateurs de Lesné. »



    Il adressa ce Mémoire avec une Lettre d’un relieur français aux principaux imprimeurs, libraires, relieurs et bibliophiles de l’Europe (Paris, J. Renouard, mai 1834) :


    « Fidèle à mes antécédents, je ne prendrai pas plus pour ce genre de cartonnage, un brevet que je n’en ai pris pour ma reliure en cuir sans carton et cousue sur lacets de soie […]. Je terminerai, messieurs, cette lettre, par quelques instructions touchant l’exécution de ces cartonnages. […] le manuel du relieur et de l’amateur de reliure paraîtra en 1835, grand in-8° ou peut-être même in-4°, le format n’est pas encore bien arrêté ; le prospectus en sera publié immédiatement après le cours public de reliure que j’ouvrirai au mois de février prochain […]. Il sera tiré du Manuel cinquante exemplaires sur grand et beau papier vélin, tous seront numérotés de 1 à 50, et seront cartonnés par moi, les vingt-cinq premiers exemplaires seront offerts aux vingt-cinq relieurs qui auront été jugés les mériter par leurs propres talens bien plus que par l’importance de leur établissement. » [sic]


    De son Manuel, il n’a paru que le prospectus. On ne connaît aussi que le Prospectus de mise en souscription de reliures à bordures typographiques, inventées par Lesné en 1835. Il dédia à sa fille un poème intitulé Esther, ou l’Éducation paternelle, poème en six chants, dédié aux demoiselles à marier (Paris, Lesné, 1839), daté du 26 novembre 1831, par L.R.F. [Lesné Relieur Français], suivi de Lycas et Stilla. Idylle, avant de publier sa dernière poésie, À la gloire immortelle des inventeurs de l’imprimerie (Paris, l’Auteur, s.d. [1840]).


    Les travaux de Mathurin Lesné intéressèrent encore les amateurs, longtemps après sa mort. Luigi Odorici (1809-1882), professeur de littérature à Modène, exilé politique en France en 1831, s’était retiré à Dinan, où il devint conservateur de la bibliothèque et du musée qu’il créa en 1845. Il publia une troisième édition, avec des notes, de La Reliure, poème didactique en six chants  (Dinan, J.-B. Huart, 1853, in-8, 106 p.) : « Désirant que ce petit volume intitulé La Reliure fut rarissime, je n’en ai fait imprimer que 5 exemplaires, pour l’offrir aux personnes qui me sont chères » [lettre à Claude de Barthélemy, inspecteur général de la préfecture des Côtes-du-Nord, 20 novembre 1853]. Le Docteur Joachim-Agathon-Adjutor Rattel, ancien médecin de l’Institution nationale des sourds-muets et de la Clinique nationale des maladies de l’oreille, publia, d’après le manuscrit original laissé par Lesné, un Petit Manuel du relieur, à l’usage des sourds-muets (Paris, Dispensaire du Louvre, 1896).


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    L'ouvrage suivant a été primé cette année :

    " Catalogues régionaux des incunables des bibliothèques publiques de France.
    Volume XVIII. Bibliothèque de l'Ecole nationale supérieure des Beaux-Arts."
    Edité par Dominique Coq. Collection Histoire et Civilisation du livre. Ecole
    Pratique des Hautes Etudes (E.P.H.E.). Genève, Librairie Droz, 2012, 334 p., ill.





























    
    Cazin or not Cazin ?
    London, John Brindley, 1749
    

















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    La bibliophilie naquit un jour du développement progressif du goût pour la collection de l’objet livre, pour le plaisir, aux dépens de la collecte du livre utile, pour l’instruction.
    Parallèlement se développèrent la librairie spécialisée dans le commerce du livre ancien et les ventes aux enchères de livres. Deux libraires parisiens, Prosper Marchand (1678-1756) et Gabriel Martin (1679-1761), travaillèrent ensemble au perfectionnement décisif des catalogues de vente.    
      
    Prosper Marchand, fils d’un musicien du Roi, est né à Saint-Germain-en Laye (Yvelines) le 11 mars 1678. Ayant perdu sa mère alors qu’il avait 5 ans, il fut élevé chez son grand-père maternel, à Guise (Aisne), puis fit des études à Versailles. Mis en apprentissage en 1693 chez quatre libraires parisiens – successivement Robert Pépie, Jean Guignard, Edme Couterot et Nicolas Pépie –, il fut reçu libraire le 1er août 1698 et s’installa en 1701 rue Saint-Jacques, à l’enseigne du Phénix, vis-à-vis la fontaine Saint-Séverin. Il travailla en étroite collaboration avec Gabriel Martin, édita quelques ouvrages, conçut plusieurs catalogues de livres et rassembla une bibliothèque personnelle. Passé à la Réforme, il fut obligé, à la fin de l’année 1709, de s’exiler en Hollande : il vécut successivement à La Haye, Amsterdam et Rotterdam, tenta en vain de s’établir en Angleterre, et revint se fixer définitivement à La Haye en 1726. Il s’était retiré officiellement des affaires de librairie en 1713, mais il poursuivit des transactions sur les livres, devint correcteur, puis rédacteur dans des journaux littéraires. Il mourut dans la misère, le 14 juin 1756, après avoir légué sa bibliothèque d’environ 3.000 volumes à l’Université de Leyde. Il fut l’auteur d’une Histoire de l’origine et des premiers progrès de l’imprimerie (La Haye, Veuve Le Vier et Pierre Paupie, 1740) et d’un Dictionnaire historique, ou Mémoires critiques et littéraires, concernant la vie et les ouvrages de divers personnages distingués, particulièrement dans la République des lettres (La Haye, Pierre de Hondt, 1758-1759).
    Les deux premiers catalogues de Prosper Marchand furent des catalogues de vente : Bibliotheca Bigotiana (1706) et la Bibliotheca D. Joannis Giraud (1707). Contrairement à ce qu’affirme Christiane Berkvens-Stevelinck (Prosper Marchand. La Vie et l’Œuvre. Leyde, Brill, 1987, p. 12), le troisième fut aussi un catalogue de vente : l’exemplaire d’Antoine Moriau du Catalogus librorum bibliothecae domini Joachimi Faultrier (1709) porte des mentions manuscrites de prix (Bibliothèque de l’Institut, cote 8° AA1871). Seul le troisième catalogue est nommément attribué à Marchand, qui y reconnaît lui-même la paternité des deux autres.


    D’une famille de libraires et imprimeurs établis depuis le xvie siècle à Paris, rue Saint-Jacques, à l’enseigne du Soleil d’or,Gabriel Martin naquit à Paris le 2 août 1679. Il servit pendant près de quatre ans chez Jacques Villery, dont il épousa la fille, Louise-Geneviève. Reçu libraire le 17 mars 1700, imprimeur en 1701, il s’installa rue Saint-Jacques, sur la paroisse Saint-Séverin, sous  l’enseigne de l’Étoile d’or. Entre 1702 et 1709, il collabora étroitement avec Prosper Marchand, son meilleur ami depuis 1698, pour proposer des ouvrages à leurs clients, notamment dans un Catalogue des livres qui se vendent à Paris chez Prosper Marchand, et Gabriel Martin, Libraires,  rue S. Jacque [sic], vis-à-vis la Fontaine S. Severin, au Phenix en 1703, et perfectionner la technique du catalogue de vente. Il mourut le 2 février 1761, âgé de 83 ans.


    Jusqu’au temps de Gabriel Martin, les catalogues de livres se faisaient par ordre de formats, ce qui obligeait de parcourir plusieurs fois la même classe pour trouver ce qu’on cherchait.
    À partir de 1708, avec le catalogue Cloche, Martin adopta les 5 grandes classes (théologie, jurisprudence, sciences et arts, belles-lettres et histoire), que son ami Prosper Marchand (1678-1756) avait utilisées deux ans auparavant dans son catalogue Bigot. Mais il ne suivit cependant pas Marchand dans son revirement du catalogue Faultrier (1709) : les livres y sont décrits en une seule liste, quel que soit leur format, et se divisent en trois grandes classes – philosophie, théologie, histoire –, précédées d’une « Introductio ad rem librariam » pour la bibliographie et suivies d’un « Appendix » pour les polygraphes, mélanges et dictionnaires. Marchand explique son nouveau système bibliographique dans la « Praefatio, seu Epitome systematis bibliographici » qui est en tête du catalogue Faultrier. En reniant ses catalogues Bigot et Giraud, Marchand a perdu la paternité du système bibliographique dit « des libraires de Paris », auquel Martin demeurera toujours fidèle.

    Martin ne se décida au mélange des formats et à la présence d’une table alphabétique des auteurs qu’en 1711 dans son catalogue Bulteau. Le catalogue Barré, « dressé du vivant de M. Barré par une personne intelligente qui y avait travaillé avec lui [Chapoteau], est un des plus parfaits de ceux que Gabriel Martin a publiés : le classement en est irréprochable et les anonymes y sont dévoilés avec beaucoup de curiosité. » (P.L. Jacob, bibliophile. In Bibliothèque dramatique de monsieur de Soleinne. Paris, Alliance des arts, 1844, p. 186, n° 810)
    Le nombre de catalogues de ventes publiques ou à usage privé qui sont dus à ses soins, de 1705 à 1761, s’élève à 148, dont 22 avec tables. Les plus remarquables de ceux rédigés pour la vente sont les suivants :




    . Bibliotheca Bultelliana : seu Catalogus librorum bibliothecæ v. cl. d. Caroli Bulteau, regi a consiliis & secratariorum regiorum decani. (Paris, Pierre Giffart et Gabriel Martin, 1711, 2 vol. in-12, [10]-xxxvj-499-[1 bl.] p., 4.768 lots ; [2]-535 p. chiffrées 501-1.035, 4.051 lots numérotés 4.769-8.819). L’ « Index authorum » du t. II renvoie aux pages des deux volumes.

    D’une famille distinguée dans la magistrature, Charles Bulteau (Rouen, 1627 - Paris, 1710), Conseiller du Roi, doyen des Secrétaires du Roi, est le frère de l’historien bénédictin Louis Bulteau (1625-1693) et l’auteur de De la presseance des rois de France, sur les rois d’Espagne (Paris, Louis Billaine, 1674).




    . Bibliotheca Baluziana : seu Catalogus librorum bibliothecæ v. cl. d. Steph. Baluzii Tutelensis. (Paris, Gabriel Martin et Jean Boudot, 1719, 3 parties en un in-12, [16]-XXXII-[2]-527-[1 bl.] p., 5.762 lots ; [2]-497, chiffrées 601-1.097-[1 bl.] p., 5.037 lots numérotés 5.763-10.799 ; [4]-136-116 p., 1.672 lots et 7 armoires). « Pars prima » pour les in-fol. et in-4 ; « Pars secunda » pour les in-8, in-12 et petits formats ; « Pars tertia » pour les manuscrits. Le feuillet 63-64 de la 3e partie est doublé.

    Dans son testament, Étienne Baluze (Tulle, 1630 – Paris, 1718), bibliothécaire de Colbert et professeur de droit canonique au Collège royal, institua pour légataire universelle Geneviève-Magdeleine Muguet, veuve Le Maire, fille de son ami imprimeur François Muguet (1630-1702), précisant :

    « Je deffends et prohibe expressément la vente de ma bibliothèque en gros, volant qu’elle soit vendue en détail au plus offrant et dernier enchérisseur, afin que les curieux puissent en avoir leur part, y ayant une très-grande quantité de livres rares, difficiles à trouver, que les gens de lettres seront bien aises d’avoir occasion d’acquérir. J’excepte néantmoins de cette prohibition ma bibliothèque de manuscrits, au cas qu’il se trouve quelqu’un qui les veuille acheter en gros et en donner un prix raisonnable, dont ma légatrice universelle puisse estre contente. » [sic]


    . Bibliotheca Fayana, seu Catalogus librorum bibliothecæ ill. viri d. Car. Hieronymi de Cisternay du Fay, gallicanæ cohortis prætorianorum militum centurionis. (Paris, Gabriel Martin, 1725, in-8, [14]-xxij-450-107-[54] p., portrait frontispice, 4.414 lots). L’ « Index auctorum » renvoie aux pages.

    Charles-Jérôme de Cisternay du Fay (Paris, 1662 - 1723), capitaine aux gardes françaises, avait eu une jambe emportée d’un coup de canon au bombardement de Bruxelles en 1695 ; il fut obligé de renoncer au service et se consola dans la bibliophilie. À propos du catalogue, l’avocat Mathieu Marais (1665-1737) écrivit : « ce n’est pas une bibliothèque, c’est une boutique de livres curieux faite pour vendre et non pour garder ».


    . Musæum selectum, sive Catalogus librorum viri clariss. Michaelis Brochard. (Paris, Gabriel Martin, 1729, in-8, xvj-325-[1 bl.]-[42] p., 3.034 lots). L’ « Index auctorum » renvoie aux pages. Imprimé par Jacques Guérin.

    L’abbé Michel Brochard, professeur au collège Duplessis, puis au collège Mazarin, passa la plus grande partie de sa vie à se former une collection de livres précieux, dont il exigeait une telle beauté, une telle conservation et une telle condition qu’l fit souvent le désespoir des libraires et des relieurs auxquels il s’adressait.

    « Il les lui falloit en blanc & en grand papier, autant que la chose étoit possible ; […] Il choisissoit toûjours son exemplaire feuille à feuille sur quantité d’autres ; & la moindre tache, la moindre déchirure étoit un titre d’exclusion pour la feuille qui en étoit malheureusement atteinte : ce qui, sans jamais fatiguer sa patience, poussoit souvent à bout celle du Marchand. Sa délicatesse sur le fait des relieures ne donnoit pas moins d’exercice aux gens du métier. On ne pouvoit conserver assez à son gré les marges d’un Livre ; & il étoit des plus clairvoyans sur toutes les circonstances ou les minucies qui prouvent qu’un Livre sort des mains d’un Relieur habile & attentif. Aussi presque tous ses Livres sont-ils des mieux conditionnez & des mieux conservez ; c’est-à-dire, reliez en veau fauve ou en maroquin de toutes couleurs, & dorez sur tranche pour la plûpart ; bien margez & collationnez avec une exactitude, qui doit mettres en sureté contre les imperfections ou les défectuositez si frequentes dans les Livres ordinaires, quiconque voudra faire emplette de ceux de M. Brochard » [sic]   


    . Catalogus librorum bibliothecæ illustrissimi viri Caroli Henrici comitis de Hoym, olim regis Poloniæ Augusti II. apud regem christianissimum legati extraordinarii. (Paris, Gabriel et Claude Martin, 1738, in-8, [6]-xx-528-[58] p., 4.785 lots). L’ « Index auctorum » renvoie aux pages.

    L’un des plus célèbres bibliophiles de tous les temps, Charles-Henri comte de Hoym (Dresde, 1694 - Königstein, 1736), fut ministre plénipotentiaire en France de l’électeur de Saxe et roi de Pologne de 1720 à 1729. Il acheta en 1725 la « Fayana », et, trois ans plus tard, de nombreux ouvrages à la vente de la « Colbertine ». Sous la fausse accusation d’avoir livré à la manufacture de Sèvres les secrets de la fabrication de la porcelaine de Saxe, il fut arrêté comme intrigant et emprisonné à la forteresse de Königstein, où il se suicida par pendaison.


    . Catalogue des livres de feu M. Bellanger, trésorier général du sceau de France. (Paris, Gabriel et Claude Martin, 1740, in-8, [4]-xxviij-[4]-638 p., 3.706 lots), suivi du Catalogue des estampes du cabinet de feu M. Bellanger, trésorier général du sceau (xij p., 62 lots), suivi d’une Table des auteurs (45-[3] p.). Ce catalogue ayant été imprimé dans plusieurs imprimeries en même temps, la numérotation des lots est désordonnée et la table des auteurs inutilisable.


    Toussaint Bellanger, ancien notaire au Châtelet, trésorier général du sceau de France, mourut sans laisser d’enfants.
    « On ne doit point s’attendre de trouver ici une Bibliotheque générale & suivie, mais un choix de Livres sur toutes les matieres, bons par eux-mêmes & par leurs Editions, suffisant pour former le Cabinet d’un Homme du Monde, qui ne donne point dans les Sciences, & qui ne veut des Livres que pour s’instruire & s’amuser. La condition en est très-belle, la plupart sont en maroquin ou en veau doré sur tranche, de la relieure du célébre Boyet Relieur du Roi. » [sic] 


    . Catalogue des livres de feu M. Barré, auditeur des comptes (Paris, Gabriel Martin, 1743, 2 vol. in-8, [4]-xxxiv-409-[1 bl.] p., 3.338 lots ; [2]-472 p. chiffrées 411-882-[2]-69-[3] p., 4.262 lots numérotés 3.339-7.600). La « Table des auteurs » du tome II renvoie aux pages.


    Jean-Louis Barré était Conseiller du Roi, auditeur ordinaire en sa Chambre des comptes.
    « On sera peut-être surpris que dans un Cabinet de plus de dix mille volumes, il se trouve si peu de grands Livres, & de ces Collections qu’on regarde comme des objets capitaux & essentiels dans les Bibliotheques ; mais par une conséquence des ses principes M. Barré jugeoit que ces grands objets détournoient de la recherche des Singularités, qui s’échapent de jour en jour, & deviennent plus rares & plus difficiles à rencontrer, au lieu qu’on peut avoir les autres en tout temps. » [sic]


    . Catalogue des livres de feu M. l’abbé d’Orléans de Rothelin (Paris, Gabriel Martin, 1746, in-8, [2]-xij-xxiv-618 p., portrait frontispice, 5.036 lots). La « Table des auteurs » renvoie aux pages.

    Charles d’Orléans (Paris, 1691- 1744), abbé de Rothelin, prit le goût des médailles antiques et des livres à Rome. Reçu à l’Académie française en 1728 et à l’Académie des inscriptions en 1732, il était un des bibliophiles les plus savants de son temps.


    . Catalogue de la bibliothèque de feu M. Burette, médecin de la faculté de Paris ; de l’Académie royale des belles-lettres ; & doyen des professeurs royaux. (Paris, G. Martin, 1748, 3 vol. in-12, xxxij-459-[1 bl.] p., 4.063 lots ; [2]-381 chiffrées 461-841-[1 bl.] p., 3.730 lots numérotés 4.064-7.793 ; [2]-363 chiffrées 843-1.205-[1 bl.]-[6] p., 2.398 lots numérotés 7.794-10.191). À la fin du t. III, un Index des « Variorum », des « Ad usum Ser. Delphini » et des « Elzevir » renvoie aux numéros des lots ; un « Index auctorum » renvoie aux pages.

    Pierre-Jean Burette (Paris, 1665 – 1747) était docteur en médecine de la Faculté de Paris, pensionnaire de l’Académie des inscriptions et belles-lettres et professeur de médecine au Collège royal de France.



    . Catalogue des livres du cabinet de M. de Boze. (Paris, G. Martin, H. L. Guérin et L. F. Delatour, 1753, in-8, [2]-x-552 p., 2.723 lots). La « Table des auteurs » renvoie aux pages. « Table des N°. des Elzevirs, des Dauphins, & des Variorum. »

    Claude Gros (Lyon, 1680 – Paris, 1753) était l’un des plus grands collectionneurs français de la première moitié du xviiie siècle. Un oncle maternel, trésorier de France, nommé de Boze, lui laissa son nom en même temps que sa charge. Numismate, il fut secrétaire perpétuel de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, reçu à l’Académie française et devint garde du Cabinet des antiques et médailles de la Bibliothèque royale en 1719.



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